Les Chroniques du Jazz — L'histoire du jazz et de ses musiciens
Glenn Meleder

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66 épisodes
- En 1986, Dexter Gordon a soixante-trois ans, il n'a jamais pris un seul cours de comédie, et il est nommé à l'Oscar du meilleur acteur. Dans « Autour de minuit », le film de Bertrand Tavernier, il joue Dale Turner, un saxophoniste américain exilé à Paris et rongé par l'alcool. L'exil, la drogue, Paris : ce rôle, il l'a vécu avant de le jouer.
Fils de l'un des tout premiers médecins afro-américains de Los Angeles, il entre à dix-sept ans dans l'orchestre de Lionel Hampton, l'un des patients de son père. Il marie le swing de Lester Young au langage de Charlie Parker, et ses duels avec Wardell Gray sur « The Chase » font un tabac en 1947. Puis viennent l'héroïne, la prison, et la carte de cabaret que délivre la police de New York : pas de carte, pas de club. En 1962, juste après « Go » chez Blue Note, il part pour l'Europe et y reste quatorze ans, entre Paris et Copenhague. À Paris, en 1963, il enregistre « Our Man in Paris » avec Bud Powell, Kenny Clarke et Pierre Michelot.
Retour au Village Vanguard en décembre 1976 (« Homecoming »), musicien de l'année pour DownBeat en 1978 et en 1980. Puis Tavernier vient le chercher. Tournage aux studios Éclair d'Épinay-sur-Seine en 1985, musique enregistrée en direct devant la caméra, Herbie Hancock, Wayne Shorter, Tony Williams, et à la contrebasse... Pierre Michelot, vingt-deux ans après « Our Man in Paris ». « Il y avait tellement de ma vie là-dedans », dira Dexter. L'Amérique l'avait mis en prison et laissé partir ; c'est un film tourné à Épinay qui l'a conduit jusqu'aux Oscars.
L'épisode se termine par « Body and Soul » dans son intégralité (« Round Midnight », bande originale du film, Columbia, 1986), avec Dexter Gordon au saxophone ténor, Herbie Hancock au piano, John McLaughlin à la guitare, Pierre Michelot à la contrebasse et Billy Higgins à la batterie.
L'épisode et la playlist des 8 morceaux : https://www.google.com/url?q=https://podjazz.net&source=gmail&ust=1792942032001000&sa=E
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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations. - À quatorze ans, Didier Lockwood est un élève modèle du conservatoire de Calais : il joue Wagner et les grands concertos. Puis il se casse le bras gauche, celui qui tient le violon. Pendant près d'un an, il le tient comme une guitare et écoute les disques que lui passe son grand frère Francis : des bluesmen, du rock, et Jean-Luc Ponty. « Quand j'ai découvert Ponty, alors là, c'était la révélation. » Quand on lui retire le plâtre, ce n'est plus le même musicien.
Il renonce au Conservatoire national supérieur pour entrer dans Magma, à dix-sept ans. Puis Stéphane Grappelli, le violoniste que son père écoutait et que lui trouvait « trop vieux », l'entend jouer et l'emmène en tournée. Les années 80 sont celles du grand écart : « New World » avec Tony Williams, « The Kid » et son violon électrique, Grappelli à la salle Pleyel en 1983, « Out of the Blue » à New York avec Cecil McBee et Billy Hart, et la scène de l'Olympia partagée avec les Québécois d'Uzeb en 1986.
Tout ce qui a fait de lui un musicien, il l'a appris hors de l'école. « C'est en faisant la manche que j'ai appris à jouer jazz », disait-il. Il passera la fin de sa vie à demander pourquoi les conservatoires laissent l'improvisation dehors : une école fondée en 2001 à Dammarie-lès-Lys, un rapport remis au ministre de la Culture en 2012. Le 17 février 2018, il joue au Bal Blomet. Il meurt le lendemain, à soixante-deux ans.
L'épisode se termine par « The Kid » dans son intégralité (« The Kid », MPS, 1983), composé par Didier Lockwood, avec David Sancious aux claviers, Barry Finnerty à la guitare électrique, Alphonso Johnson à la basse et Richie Morales à la batterie.
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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations. - À trois ans, David Sanborn attrape la polio et passe un an dans un poumon d'acier. Pour muscler sa respiration, un médecin lui conseille un instrument à vent. Il a onze ans, il choisit le saxophone alto. Cet enfant de la banlieue de Saint-Louis, qui vénère Hank Crawford, le saxophoniste de Ray Charles, sera sur la scène de Woodstock en 1969, puis sur les disques de Stevie Wonder et de David Bowie.
En janvier 1975, à New York, deux frères enregistrent leur premier disque sous leur nom : Randy et Michael Brecker. À l'alto, à côté d'eux, il y a Sanborn. « Some Skunk Funk » ouvre l'album, et les deux frères jouent à leur tour sur son premier disque à lui, « Taking Off ». Trois souffleurs, et le funk new-yorkais des années 70 trouve ses voix.
Les années 80 sont les siennes. Marcus Miller devient son complice : « Voyeur » et son premier Grammy, « Straight to the Heart » enregistré en live devant un public, les Brecker de retour sur « One Hundred Ways ». Puis le saxophone de Murtaugh dans « L'Arme fatale », et « Night Music », l'émission où Leonard Cohen chante pendant que Sonny Rollins improvise. On le range dans le « smooth jazz », et il répond : « par opposition à quoi ? » Jusqu'à sa mort en 2024, de « Another Hand » aux hommages à Ray Charles, il n'aura pas cessé de faire tomber les murs.
L'épisode se termine par « Run for Cover » (« Voyeur », Warner Bros., 1981), composé par Marcus Miller. David Sanborn y joue du saxello, avec Marcus Miller à la basse, à la guitare et à la batterie, Steve Gadd à la batterie et Tom Scott à la flûte et au saxophone ténor.
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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations. - En 1981, Michel Petrucciani a dix-huit ans, pas un sou, et il mesure moins d'un mètre. Né à Orange avec la maladie des os de verre, porté jusqu'au piano par son père qui lui a bricolé une rallonge de pédales, il part pour la Californie et frappe à la porte de Charles Lloyd, le saxophoniste de « Forest Flower », retiré à Big Sur depuis le début des années 70. Lloyd l'écoute, et reprend la route pour lui. Montreux, 1982.
Ce n'est pas le vétéran qui va chercher le jeune prodige : c'est un gamin handicapé et fauché qui tire une légende de sa retraite. Sur scène, la première chose que voit le public, c'est son corps. Petrucciani en joue, avec son humour et son accent du Midi, puis il pose les mains sur le clavier. À la fin, c'est le son qui reste.
En 1985, Bruce Lundvall ressuscite Blue Note et en fait l'une de ses toutes premières signatures : le premier Européen de l'histoire du label. Suivent « Pianism », les duos avec Jim Hall et Wayne Shorter à Montreux, Gary Peacock, Roy Haynes, Eddie Gomez et Al Foster sur « Michel Plays Petrucciani », et en 1989 « Looking Up », son morceau le plus célèbre. Regarder vers le haut : pour un homme de sa taille, le titre ne manque pas de panache.
L'épisode se termine par « The Prayer » dans son intégralité (« Pianism », Blue Note, 1986), avec Michel Petrucciani au piano, Palle Danielsson à la contrebasse et Eliot Zigmund à la batterie.
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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations. - En 1986, il fonde l'Elektric Band et signe chez GRP, la maison-phare du son
numérique de la décennie. Le son est spectaculaire — mais la vraie légende du
groupe, ce sont les hommes. Comme un Art Blakey trente ans plus tôt, Corea en
fait une pépinière : John Patitucci, sorti de l'ombre, qui imposera la basse
six cordes ; Dave Weckl, qui deviendra le batteur le plus copié de la fusion ;
puis Frank Gambale et Eric Marienthal en 1987 sur « Light Years ». Cinq albums
en cinq ans, et un reproche tenace des puristes : trop de notes, trop de
technique, trop de brillance.
Et c'est là qu'il fait volte-face. En 1989, avec le même Patitucci — à la
contrebasse cette fois — et le même Weckl aux balais, il débranche tout et
fonde l'Akoustic Band. Le trio le plus pur du jazz, les standards, « Autumn
Leaves ». La même année, les mêmes complices, les deux camps qui s'affrontent.
Derrière la technologie et la virtuosité, il y a toujours ce gosse de Chelsea
mis au piano à quatre ans, qui baptise ses morceaux « King Cockroach » et
« Got a Match? ». Une vingtaine de Grammy Awards plus tard, sa leçon des
années 80 tient en une phrase : on n'est pas obligé de choisir.
L'épisode se termine par « Got a Match? » dans son intégralité (GRP, 1986) —
Chick Corea au keytar Yamaha KX-5, John Patitucci à la basse six cordes,
Dave Weckl à la batterie.
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À propos de Les Chroniques du Jazz — L'histoire du jazz et de ses musiciens
Écoutez les histoires derrière la musique.
Cent ans de jazz, une décennie par saison : dix saisons prévues, du swing des années 1930 au jazz d'aujourd'hui. À chaque épisode, un musicien — ce qu'il a traversé, ce qu'il a inventé, et ce que son histoire dit de son époque. Armstrong, Ellington, Billie Holiday, Django Reinhardt, Charlie Parker, Thelonious Monk, Miles Davis, John Coltrane, Bill Evans, Nina Simone, Herbie Hancock, Keith Jarrett, Jaco Pastorius, Weather Report, Pat Metheny, Chick Corea, Wynton Marsalis… Plus de soixante épisodes, six décennies racontées, et la suite en chemin.
Des récits documentés — dates, citations d'époque, sources — et racontés sans jargon. Si vous écoutez Pour qui sonne le Jazz (TSF Jazz) ou Club Jazzafip (Fip), vous êtes chez vous.
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