L’intelligence artificielle fascine, mais elle coûte aussi extrêmement cher. Derrière les promesses technologiques et les démonstrations spectaculaires, une réalité financière s’impose : développer ces systèmes nécessite des investissements colossaux. Et désormais, même les géants du numérique doivent trouver de nouvelles façons de financer cette course.
Dernier exemple en date : Alphabet, la maison mère de Google, s’apprête selon Bloomberg à lancer une émission obligataire d’un type très particulier. Une obligation, rappelons le, est un titre de dette. Concrètement, une entreprise emprunte de l’argent auprès d’investisseurs et s’engage à le rembourser à une date fixée, avec des intérêts. Mais ici, Alphabet prévoit plusieurs tranches, dont une obligation d’une durée exceptionnelle : 100 ans.
Un siècle. Cela signifie que l’entreprise ne remboursera le capital qu’en… 2126. Ce type d’instrument financier est extrêmement rare dans le secteur technologique. Le dernier précédent remonte à 1997, lorsque Motorola, alors leader du marché des téléphones portables, avait lancé une obligation similaire, juste avant l’éclatement de la bulle internet. Pourquoi une durée aussi longue ? L’objectif est clair : attirer un large éventail d’investisseurs, notamment les fonds de pension et les compagnies d’assurance, qui cherchent des placements stables sur le très long terme. Comme l’explique Gordon Kerr, stratège macroéconomique chez KBRA, « celui qui achètera cette obligation ne sera probablement pas celui qui sera encore là au moment de son remboursement ». Autrement dit, ces titres circuleront entre investisseurs pendant des décennies.
Cette décision intervient dans un contexte particulier. La course à l’intelligence artificielle mobilise des ressources financières sans précédent. Les entreprises doivent investir massivement dans les centres de données, les puces spécialisées et les infrastructures énergétiques nécessaires pour entraîner et faire fonctionner les modèles. Cette pression financière ne concerne pas seulement les start-ups, mais aussi les acteurs les plus puissants du secteur. Certains observateurs y voient d’ailleurs un signal inquiétant. L’investisseur Michael Burry, connu pour avoir anticipé la crise des subprimes, a rappelé sur le réseau X le précédent Motorola. Après son émission d’obligations à 100 ans, l’entreprise avait progressivement perdu sa position dominante. Pour Google, cette opération est avant tout un moyen de sécuriser des financements à très long terme, dans une industrie où les besoins en capital explosent.
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