Une équipe de chercheurs américains, dirigée notamment par l’océanographe Lihini Aluwihare, vient de publier l’une des analyses chimiques les plus vastes jamais menées sur les océans. Plus de 2 300 échantillons d’eau de mer, prélevés entre 2017 et 2022 aux quatre coins du globe, ont été passés au crible. Et le constat est sans appel : l’empreinte chimique humaine est désormais omniprésente dans les mers.
Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques ont utilisé une méthode dite « non ciblée ». Contrairement aux analyses classiques, qui recherchent des substances précises, cette approche permet de détecter simultanément des milliers de composés, même inconnus au départ. Grâce à une technique appelée spectrométrie de masse, qui identifie les molécules en fonction de leur masse, les chercheurs ont mis en évidence 248 substances d’origine humaine.
Parmi elles, des additifs plastiques, des lubrifiants industriels, des résidus de médicaments ou encore des pesticides. Autant de composés qui, pour beaucoup, étaient jusqu’ici peu surveillés. Le plus frappant, c’est leur diffusion. Les cinq substances les plus fréquentes ont été retrouvées dans plus de 30 % des échantillons, y compris en pleine haute mer. Près des côtes, les analyses révèlent davantage de traces de médicaments, comme des anxiolytiques, ou de répulsifs anti-insectes comme le DEET. Dans les estuaires, zones de transition entre fleuves et océans, les composés de synthèse peuvent représenter jusqu’à 76 % des substances détectées. Même les régions les plus isolées, comme certains récifs coralliens éloignés, ne sont pas épargnées.
Pour les chercheurs, le plus préoccupant n’est pas seulement la quantité, mais l’ampleur de la dispersion. En haute mer, ces substances ne représentent parfois que 0,5 à 4 % des composés présents. Des chiffres faibles en apparence, mais qui témoignent d’une contamination globale. Et il reste des angles morts. Certaines molécules, comme les PFAS, ces « polluants éternels » très persistants, échappent encore aux méthodes actuelles. D’autres ne figurent pas dans les bases de données utilisées pour les identifier.
Reste une question essentielle : quel impact sur les écosystèmes ? Les scientifiques reconnaissent qu’ils ne disposent pas encore de toutes les réponses. Mais une chose est sûre : ces composés, appelés xénobiotiques, s’accumulent et pourraient influencer le fonctionnement des océans, notamment le cycle du carbone.
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