À première vue, le phénomène semble paradoxal. Depuis quelques années, certaines formes de pollution atmosphérique diminuent : moins d’oxydes d’azote, moins de particules fines, parfois moins d’émissions industrielles visibles. Et pourtant, dans le même temps, la concentration de méthane, un puissant gaz à effet de serre, augmente brutalement dans l’atmosphère. Comment expliquer cette contradiction ?
Pour comprendre, il faut d’abord rappeler ce qu’est le méthane. Le méthane est un gaz à effet de serre environ 80 fois plus puissant que le CO₂ sur une période de 20 ans, même s’il reste moins longtemps dans l’atmosphère. Il provient principalement de l’agriculture, en particulier de l’élevage de ruminants, des zones humides naturelles, de l’exploitation des énergies fossiles et de la décomposition des déchets.
Mais l’évolution de sa concentration ne dépend pas seulement de ce que nous émettons. Elle dépend aussi de la capacité de l’atmosphère à détruire ce gaz.
Et c’est là que se situe le cœur du problème.
Dans l’atmosphère, le méthane est principalement éliminé par une molécule très réactive : le radical hydroxyle, souvent surnommé le « détergent de l’atmosphère ». Ce radical attaque le méthane et le transforme progressivement en CO₂ et en vapeur d’eau. Tant que cette réaction fonctionne efficacement, la concentration de méthane reste relativement stable.
Or, certaines études récentes montrent que la capacité de l’atmosphère à produire ces radicaux hydroxyles a temporairement diminué. Pourquoi ? Parce que les radicaux hydroxyles se forment à partir de réactions complexes impliquant la lumière solaire, l’ozone et des polluants comme les oxydes d’azote.
Lorsque certaines pollutions baissent fortement — notamment les oxydes d’azote liés au trafic et à l’industrie — cela peut perturber cet équilibre chimique. Résultat : moins de radicaux hydroxyles disponibles, et donc une atmosphère moins efficace pour éliminer le méthane déjà présent.
Autrement dit, même si les émissions de méthane n’augmentent pas brutalement, sa durée de vie dans l’air s’allonge. Il s’accumule plus vite qu’il ne disparaît, ce qui provoque une hausse rapide de sa concentration globale.
Ce mécanisme montre une chose essentielle : la pollution atmosphérique ne fonctionne pas comme un simple robinet que l’on ouvre ou ferme. L’atmosphère est un système chimique complexe, où réduire un polluant peut parfois avoir des effets indirects inattendus sur d’autres gaz.
En résumé, si le méthane augmente malgré une baisse apparente de la pollution, ce n’est pas parce que la planète émet soudainement beaucoup plus, mais parce que l’atmosphère, temporairement, nettoie moins bien. Une leçon de chimie atmosphérique qui rappelle que lutter contre le réchauffement climatique exige une vision globale, fine… et patiente.
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