Rencontre avec Jeanne Favret-Saada à l'occasion de la parution de L'impossible famille Rivière. Retour sur un triple meurtre en 1835 aux éditions Gallimard (février 2026).
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Jeanne Favret-Saada est une anthropologue française les plus connue. Elle est née en 1934 dans l'actuelle Tunisie.
Elle a notamment travaillé sur la sorcellerie et est l'autrice aux éditions Gallimard d'un classique de l'ethnologique française du XXe siècle sur la sorcellerie dans le Bocage normand, Les mots, la morts, les sorts (1977) ou encore du livre Les sensibilités religieuses blessées. Christianismes, blasphèmes et cinéma 1965-1988 (Fayard, 2017).
L'impossible famille Rivière. Retour sur un triple meurtre en 1835
Le 3 juin 1835, un jeune paysan normand, Pierre Rivière, égorge sa mère, sa sœur et son frère avant de s'enfuir. Arrêté le mois suivant, il rédige, dans l'attente de son jugement, un Mémoire d'une cinquantaine de feuillets pour expliquer son geste. Condamné à mort, puis gracié, c'est-à-dire emprisonné à vie, il se suicide dans sa cellule en 1840.
De cette affaire, il nous reste ce Mémoire très détaillé, redécouvert au début des années 1970 par Michel Foucault qui, entouré d'une petite équipe, en produisit l'édition. Jeanne Favret-Saada avait participé à cette entreprise éditoriale, qui se refusait à toute interprétation savante pour laisser la pleine page au jeune homme.
Dans le présent ouvrage, l'anthropologue revient sur ce qui s'est joué en 1835 - des élites donnant la parole à un « subalterne » que son acte jugeait d'avance -, mais en s'attachant au fond de l'affaire : quelle suite d'événements a conduit Pierre Rivière à ce triple meurtre ?
Contre l'interprétation qui réduit ce Mémoire à un discours psychotique, elle propose qu'on le soumette à une enquête qui conjoigne l'ethnologie et l'histoire. Elle examine ainsi les vingt-deux ans d'une vie familiale impossible, Victoire Rivière ayant refusé d'emblée la plupart des devoirs de l'épouse. Le mariage était alors régi par le Code civil napoléonien, pleinement confirmé par la coutume locale en matière de domination masculine. L'analyse serrée des péripéties rapportées par l'assassin montre alors les raisons de son geste meurtrier.
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