11- Charlatans ! Savoirs, médias et politique : Charlatans ! Savants et philosophes dans l'espace public (11)
25/03/2026 | 1 h 3 min
Antoine Lilti Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle Collège de France Année 2025-2026
11- Charlatans ! Savoirs, médias et politique : Charlatans ! Savants et philosophes dans l'espace public (11)
10 - Charlatans ! Savoirs, médias et politique : La charlatanerie des savants
18/03/2026 | 1 h 2 min
Antoine Lilti Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle Collège de France Année 2025-2026
10 - Charlatans ! Savoirs, médias et politique : La charlatanerie des savants
Résumé
La séance est consacrée principalement au livre de Johann Burckardt Mencken, De Charlataneria Eruditorum, publié en latin en 1715 à Leipzig, puis traduit en allemand en 1717 et en français en 1721, sous le titre « La charlatanerie des savants ». L'ouvrage nous introduit à toute une tradition intellectuelle de critique, ou plutôt d'autocritique, des sciences, un ensemble de textes, souvent oubliés aujourd'hui, qui ont inlassablement insisté sur les abus et le ridicule des savants, stigmatisant leur irrésistible propension au charlatanisme.
09 - Charlatans ! Savoirs, médias et politique : Le monde est rempli de charlatans
11/03/2026 | 1 h 7 min
Antoine Lilti Chaire Chaire Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle Collège de France Année 2025-2026
09 - Charlatans ! Savoirs, médias et politique : Le monde est rempli de charlatans
Résumé
En 1789, Henri Descremps publie Les Petites Aventures de Jérôme Sharp dans lequel il raconte l'histoire d'un jeune homme, instruit mais ruiné, qui traverse la France de Marseille à Paris et rencontre une galerie de charlatans : médecin ambulant, « banquistes » forains, faux savants, beaux esprits et « charlatans littéraires ». « Le monde est rempli de charlatans de toute espèce », s'écrit le narrateur, qui insiste sur le caractère protéiforme du charlatanisme, souvent d'autant plus dangereux qu'il se présente sous les aspects de savants modestes et désintéressés brouillant la frontière entre véritable science et imposture spectaculaire. Le roman contribue à étendre le domaine du charlatanisme bien au-delà de la médecine. Le charlatan est celui qui trompe le public en faisant croire qu'il possède des secrets.
Decremps, déjà auteur de La Magie blanche dévoilée qui révélait les tours du célèbre magicien Pinetti, poursuit ainsi sa croisade contre les usages dévoyés du savoir : son objectif n'est pas de supprimer le merveilleux, mais de transformer la magie en pur divertissement en en dévoilant les « trucs », et de substituer au secret la publicité du savoir. Dans le contexte d'une multiplication des cours publics de physique amusante, du succès de l'aérostation et de l'électricité médicale, et alors que se mêlent, dans l'espace public, science, spectacle et commerce, la figure du charlatan se déplace vers les marges troubles entre laboratoire, boulevard et cabinet thérapeutique.
Pour se défendre du charlatanisme, Jérôme promeut trois remèdes principaux : une science utile au service du progrès matériel, l'exercice de l'esprit critique par la lecture et enfin la divulgation systématique des tours et secrets. Sur cette base, Decremps défend un idéal de science populaire, démocratique et ludique, opposé à la fois aux imposteurs avides de profit et à une « aristocratie savante » jalouse de ses privilèges. Sous la Révolution, il radicalise encore cette position en publiant La Science sanculotisée.
08 - Charlatans ! Savoirs, médias et politique : Charlatans ! Savants et philosophes dans l'espace public
04/03/2026 | 1 h 5 min
Antoine Lilti Chaire Chaire Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle Collège de France Année 2025-2026
08 - Charlatans ! Savoirs, médias et politique : Charlatans ! Savants et philosophes dans l'espace public
07 - Charlatans ! Savoirs, médias et politique : Politique de la santé et publicité du soin
18/02/2026 | 1 h 7 min
Antoine Lilti Chaire Chaire Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle Collège de France Année 2025-2026
07 - Charlatans ! Savoirs, médias et politique : Politique de la santé et publicité du soin
Résumé
La lutte contre le charlatanisme médical, au XVIIIᵉ siècle, hérite d'une ancienne tradition critique mais elle s'inscrit dans un nouveau contexte, celui de l'essor d'une politique de la santé, au croisement de la « noso-politique » (Michel Foucault) et des Lumières médicales. La santé devient un enjeu public, et donc politique. La maladie n'est plus seulement une question individuelle, mais l'objet d'une politique sanitaire, qui associe le pouvoir politique et le discours expert des médecins.
Trois textes, de nature différente, permettent de distinguer trois registres de discours dans les années 1760. Le premier est le mémoire judiciaire des chirurgiens du Mans qui défendent leurs privilèges corporatifs contre l'exercice illégal de la chirurgie par un bourreau. Le deuxième est un écrit du commissaire Lemaire qui, tout en détaillant la politique policière de contrôle des charlatans, adopte une attitude pragmatique et tolérante au nom de l'utilité sociale des empiriques et de leur possible contribution aux progrès de la médecine. Le troisième, enfin, est L'avis au peuple sur sa santé de Samuel Tissot, qui conjugue ambition pédagogique et paternalisme éclairé, appelant le magistrat à protéger un peuple crédule et naïf contre un « fléau » plus meurtrier que les maladies elles-mêmes : les charlatans.
Dans les années 1780, cette rhétorique trouve des échos parmi les médecins de province qui écrivent à la Société royale de médecine (SRM) pour dénoncer des charlatans locaux, s'érigeant en public éclairé et civique et s'alliant symboliquement aux élites savantes parisiennes. Ces dénonciations visent aussi les magistrats séduits par les charlatans, ce qui met au jour les contradictions inhérentes au paternalisme éclairé. Parallèlement, l'essor de l'imprimé (affiches, libelles, presse d'annonces, journaux médicaux) brouille la frontière entre médecine savante et charlatanisme : les uns et les autres ont recours aux mêmes supports publicitaires, des remèdes douteux sont vantés dans des journaux savants, et la SRM peine à contrôler ces flux malgré la Gazette de santé, qui lui sert de relais, et les demandes de censure adressées au lieutenant de police Lenoir.
Le cours insiste ainsi sur un double mouvement. D'un côté, l'intégration de la santé dans une logique de biopolitique et de gouvernement des populations invite à accentuer la lutte contre les charlatans, mais révèle l'ambivalence des Lumières médicales, partagées entre la volonté de protéger et d'instruire la population et un paternalisme structurel qui place les médecins et l'État en position d'arbitres exclusifs du vrai et du faux en matière de soins. De l'autre, l'adaptation du charlatanisme à l'espace médiatique moderne rend plus floue la distinction entre « vrais » et « faux » médecins. Le charlatanisme cesse d'être seulement défini par la théâtralité et l'oralité pour investir l'espace de l'imprimé et des Lumières médiatiques. Au sein de ce nouveau marché de la santé s'entremêlent privilèges, secrets commerciaux, innovation thérapeutique et stratégies de réputation, au point que l'accusation de charlatanisme peut frapper aussi des praticiens légitimes trop présents dans la presse ou des promoteurs de remèdes spectaculaires.
À propos de Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle - Antoine Lilti
Présentation de la chaireLes Lumières désignent à la fois un moment historique, un idéal philosophique et un héritage intellectuel. Cette polysémie en fait la complexité et l'intérêt. Comme période, elles correspondent à un long dix-huitième siècle, marqué de profondes transformations, notamment la crise des sociétés d'ordre, le développement de nouveaux savoirs et l'essor de la mondialisation économique et de l'expansion européenne. Comme pensée philosophique, les Lumières n'ont pas la cohérence qu'on leur prête trop souvent. Elles combattent les préjugés au nom de la capacité des individus à raisonner de façon autonome, mais elles sont surtout un espace de débat, un exercice de réflexion sur les ambivalences de la modernité. Enfin, les Lumières sont, depuis deux siècles, un récit des origines de la modernité libérale : un héritage intellectuel, tendu entre le réformisme prudent et l'horizon utopique, suffisamment puissant pour être la source presque intarissable du progressisme, suffisamment imprécis pour permettre d'inlassables conflits d'interprétation.L'objet de cette chaire est d'articuler ces différentes dimensions, dans une perspective interdisciplinaire, en insistant sur la double historicité des Lumières dans la longue durée, du XVIIIe siècle à nos jours. Les Lumières ne sont pas seulement une époque révolue, mais aussi la source de questions toujours actuelles, qu'il s'agisse de la place de la religion dans les sociétés sécularisées, de l'organisation de l'espace public, des ressorts de l'autorité scientifique ou des limites de l'universalisme. Les enseignements donnés dans le cadre de cette chaire visent ainsi à rendre compte de la diversité des Lumières et de leurs interprétations, à l'échelle européenne, mais aussi dans un contexte mondial, impérial puis postcolonial. Ils cherchent à appréhender autrement l'héritage des Lumières, hors de toute simplification, en explorant ses contradictions et ses zones d'ombre, mais aussi sa persistante actualité.BiographieAntoine Lilti est né en 1972. Ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé d'histoire, il soutient en 2003 à l'université Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Daniel Roche, une thèse intitulée : « Le Monde des salons. Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle ». Il enseigne comme maître de conférences à l'ENS Ulm, puis comme directeur d'études à l'EHESS à partir de 2011. De 2006 à 2011, il dirige la rédaction de la revue Annales Histoire, sciences sociales. Depuis 2013, il dirige la collection « L'épreuve de l'histoire », aux éditions Fayard.Ses travaux portent sur l'histoire sociale, culturelle et intellectuelle des Lumières. Il a d'abord étudié les pratiques de sociabilité des élites aristocratiques et lettrées, puis s'est attaché à montrer l'émergence, au XVIIIe siècle, d'une forme nouvelle de reconnaissance, la célébrité, liée aux mutations de l'espace public et des identités individuelles. Depuis, son travail s'est élargi aux héritages multiples des Lumières depuis la Révolution française.