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Boris Pierre
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    #54 Christophe Bricard. Pharaon

    09/06/2026 | 55 min
    Christophe Bricard a longtemps parcouru le monde avant de jeter l’ancre dans le Luberon. Depuis vingt ans, il y vit, y travaille, et poursuit une quête qui ressemble davantage à un destin qu’à une carrière.

    Architecte d’intérieur, designer de mobilier, scénographe, artisan, inventeur, sculpteur. Les mots s’accumulent mais ne suffisent jamais vraiment à le définir. Christophe appartient à cette famille rare de créateurs qui refusent les frontières entre les disciplines. Autodidacte, il a appris en faisant. Le bois, le métal, la corne, la pierre, la résine, l’inox poli miroir. Il a travaillé la matière sous presque toutes ses formes avant de trouver celle qui allait changer le cours de son histoire : le verre de Murano.

    Dans cette conversation, nous avons parlé de création, de différence, d’intuition, de solitude, de beauté, d’obsession, de regard. Nous avons parlé de ce qui pousse certains êtres à consacrer leur vie entière à poursuivre une idée que les autres ne voient pas encore. Car derrière l’artiste se cache un bâtisseur, un homme qui agit sur le réel. Un homme qui semble comprendre intuitivement ce que beaucoup d’entre nous oublient. La lumière n’éclaire pas seulement le monde. Elle nous révèle à nous-mêmes.

    Ses œuvres monumentales nous rappellent que voir est peut-être un acte plus mystérieux qu’il n’y paraît.

    On pourrait parler de verre, de couleurs, de géométrie, de transparence. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel. Christophe Bricard ne semble pas utiliser la lumière pour rendre le monde plus beau. Il l’utilise pour rendre certaines choses impossibles à ignorer. Elle devient une présence, une vigie.

    Peut-elle attirer suffisamment de regards, de mémoire, d’attention et de conscience pour empêcher qu’un paysage, un patrimoine ou une histoire disparaissent dans l’indifférence ? Cette idée traverse discrètement tout son travail.

    Nous avons aussi parlé de ce que signifie créer lorsque l’on habite le monde différemment. Diagnostiqué Autiste Asperger à cinquante ans, Christophe Bricard ne raconte pas une singularité à surmonter. Il raconte une autre manière d’observer, de ressentir et de construire. Une autre manière d’être au monde.

    Comme si, après avoir passé des décennies à observer la lumière sous toutes ses formes, il découvrait soudain celle qui éclairait son propre fonctionnement.

    Et je vous pose cette question :
    « À quel moment une œuvre cesse-t-elle d’être une œuvre pour devenir une sentinelle ? »

    Émission enregistrée à Lourmarin, galerie-atelier Artokio ( promis on n’a pas fait exprès…)
    Producteur et animateur Boris Pierre
    Mixage Studio Revolver

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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    #53 Lionel Roques. Cardinal

    30/04/2026 | 44 min
    On peut tourner autour du sujet autant qu’on veut. Sans entreprises, il n’y a pas de société. Sans entrepreneurs et sans salariés, il n’y a pas d’avenir.

    Lionel Roques, patron de PME, ne s’exprime pas depuis une position d’observateur. Il parle depuis l’intérieur. Depuis ce que signifie diriger, trancher, assumer pour soi et pour les autres, dans un environnement où rien ne peut être différé.

    Les entreprises ne sont pas une abstraction, elles sont une réalité indispensable, sur laquelle repose notre société, qu’on le reconnaisse ou non.

    Le constat qu’il pose est simple, presque évident, et pourtant rarement assumé avec cette netteté. Sans entreprises, il n’y a ni dynamique économique, ni emploi, ni projection possible. Ce n’est pas une opinion. C’est un fait. Elles constituent un pilier central, presque cardinal.

    Sa parole ne repose ni sur des principes, ni sur des théories. Cet entrepreneur s’exprime depuis un endroit devenu rare, celui de quelqu’un qui vit ce dont il parle. Des décisions prises et des risques engagés.

    Diriger, c’est accepter d’endosser bien plus que son propre rôle. C’est avancer dans un cadre qui, souvent, complexifie ce qui devrait rester évident.

    Il ne cherche pas à incarner. Il énonce. Avec une constance qui ne relève ni de la posture ni du discours, mais d’une exigence. Quelque chose de persistant, parfois inébranlable, parce qu’il sait ce que cela coûte de céder. Il parle de normes, de fiscalité, de décisions politiques hors-sol depuis plus de 40 ans. D’un système qui demande beaucoup à ceux qui tentent déjà de tenir.

    Engagé, au sens plein, Lionel Roques rappelle sans détour que l’entreprise n’est pas une variable d’ajustement. Elle est une condition.

    Je vous invite à lire son livre « Laissez-nous bosser ». Un titre comme un uppercut pour rappeler à nos dirigeants politiques et bureaucrates la valeur travail.

    Émission enregistrée dans son établissement Le Père Joseph à Rueil-Malmaison.
    Produit et animé par Boris Pierre
    Mixé par le studio Revolver
    Portrait Lionel Roques par Hannah Assouline

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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    #52 Sarah Delanchy. Magnétique

    15/04/2026 | 26 min
    Sarah Delanchy ne cherche jamais à impressionner.
    Elle est là pour comprendre.

    Architecte, cartographe, illustratrice… Elle choisit surtout de prendre le temps, de faire à la main ce qui, aujourd’hui, peut être généré, accéléré, produit sans effort. Comme une nécessité, presque un acte de résistance.
    Une manière de dire : je prends le temps de ressentir avant de représenter.

    Elle trace à l’encre avec une précision presque obsessionnelle, chaque ligne cherche à retenir ce qui, autrement, disparaîtrait.

    Ses dessins pourraient faire penser à des plans mais ce serait passer à côté.
    On n’y projette pas un regard extérieur : on entre dedans.
    On s’y perd, volontairement.

    Sarah construit des systèmes vivants.
    Des espaces où l’on circule, où l’on observe, où l’on doute aussi de ce que l’on voit.
    Une manière de raconter un territoire sans le figer, de garder une trace dans un monde qui se transforme trop vite pour être saisi complètement.

    Puis il y a la matière, et la gravure.

    Des formes qui viennent de loin, des objets que l’on croit connaître, qu’elle déplace, qu’elle fait basculer.
    Comme si le passé n’était pas derrière nous, mais encore en train de travailler le présent.

    Des paysages, des routes, des fragments de voyage.
    Quelque chose de plus brut, presque plus instinctif. Moins contrôlé en apparence, mais avec la même exigence : choisir chaque ligne, chaque densité.

    Ce qui traverse tout cela, c’est le geste.
    Des tensions entre ce que l’on construit… et ce qui nous construit en retour.

    Cet épisode est une invitation à ralentir.
    À regarder autrement.
    À comprendre que parfois, dessiner un monde… c’est déjà essayer de ne pas le perdre.

    Enregistré à Montpellier
    Mixé par le Studio Revolver
    Produit et animé par Boris Pierre

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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    #51 Joëlle Patris. Essentielle.

    25/03/2026 | 1 h 3 min
    Avant d’être parfumeur, Joëlle Patris est d’abord une femme du mouvement. Elle voulait devenir danseuse, une discipline qu’elle pratique avec rigueur pendant plusieurs années. Cette première formation n’est pas anodine : elle installe un rapport sensible au corps, au rythme, à l’intuition. Autant d’éléments que l’on retrouvera plus tard dans sa manière de composer, guidée par une fascination ancienne pour les odeurs.

    Un très long séjour fondateur en Chine et en Indonésie lui permet de développer une approche profondément sensorielle. À son retour en France, elle redécouvre la créativité de la parfumerie fine, dans ce qu’elle a de plus subtil et historique. Elle travaille pour de nombreuses maisons prestigieuses ; ses créations naviguent entre parfumerie de niche, luxe et projets plus confidentiels.

    En 2019, elle fonde Le Parfumeur Français. Une décision guidée par la volonté d’exprimer son art en toute liberté. Adieu les logiques industrielles : elle privilégie désormais le sur-mesure et recrée un lien direct avec ses clients, les « amoureux du parfum ». Pour Joëlle, le parfum n’est pas un produit, c’est une œuvre.

    Elle le décrit comme une déclaration d’amour, un langage émotionnel, une expérience comparable à une galerie d’art qu’elle constitue petit à petit.

    Son atelier, installé près de Grasse, est pensé comme un espace intime. Un laboratoire entouré d’un jardin olfactif, véritable lieu d’accueil et d’échange, propice à l’expérience sensorielle.

    Joëlle insiste sur la nécessité de connaître les règles pour mieux les dépasser. Sa philosophie repose sur un équilibre de plus en plus rare : maîtriser la technique pour libérer sa créativité.

    À contre-courant de l’industrie, elle revendique une approche lente et accepte même le risque de l’insatisfaction pour préserver cette exigence. Le côté mercantile, plus de 6 000 nouveaux parfums par an, a effacé le sacré. Le parfum doit redevenir précieux et mystérieux. Alors la créatrice compose avec générosité et audace. Selon elle, « la parfumerie ne naît pas dans le beau. Elle naît dans le juste » : chaque œuvre est traversée comme une exploration intime.

    Le schéma classique « marque/fournisseur », ce n’est pas pour elle. L’artiste privilégie une relation humaine directe. Aujourd’hui, elle crée aussi bien des signatures olfactives pour la parfumerie et la cosmétique que pour l’hospitality et l’industrie. Des fragrances toujours exclusives et sur mesure.

    Parmi ses créations :
    • Colonia Mirra et Camelia – Acqua di Parma
    • Oud & Bergamot Rich Extract – Jo Malone
    • Rose Ardente et Encens Divin – L’Atelier de Givenchy
    • La Rose Gothique – Les Parfums de Rosine
    • Eaudemoiselle Rose à la Folie – Givenchy
    • De Guerre Lasse – Sabé Masson
    • Le Delà, Être Toi, Deep Down, On The Sofa, Overflowing – Sisology

    Ah, au fait ! Entre ses prises de notes dans un carnet, la pesée d’échantillons et la visite d’expositions à la Fondation Maeght, la danseuse a définitivement troqué ses ballerines… contre des gants de MMA. Le mouvement, je vous disais !

    Emission enregistrée à l'atelier de la créatrice, dans son jardin, au soleil.
    Mixée par le studio Revolver
    Produite et animée par Boris Pierre

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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    #50 Stéphanie Pillonca. Souveraine.

    13/03/2026 | 1 h 25 min
    J’ai découvert le travail de Stéphanie Pillonca à l’occasion de la sortie du film Un invincible été, en mai 2023.
    Un mois plus tard, pour la deuxième édition du festival photographique Réflexivité(s), j’obtiens l’accord du producteur afin de le projeter au cinéma Le Cigalon, à Cucuron. Le film me bouleverse.
    Son titre, emprunté à Albert Camus, « Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été », résonne autrement dans le Luberon. L’écrivain a vécu ici, à Lourmarin. En plein mois de juillet, dans la salle obscure, ils sont douze. Douze aficionados qui rient et pleurent. Le guichetier me glisse, presque complice : « C’est un succès total. »

    Dans Un invincible été, Stéphanie signe le portrait d’Olivier Goy, entrepreneur confronté à la maladie de Charcot, la SLA. Elle nous confie :
    « Au début, j’ai dit non. Je ne voulais pas faire un film sur une maladie. Ça me semblait déjà vu. Puis j’ai rencontré Olivier. Et sa manière de parler de sa vie m’a fait changer d’avis ». Elle comprend alors qu’il ne veut pas parler de sa maladie. Il veut parler de vie afin de transformer son histoire en action utile pour les autres.

    Le tournage devient une course contre la montre, sa parole décline. Le dernier jour de tournage, juste après le clap de fin, il ne parlera plus. Et Stéphanie ajoute, avec un sourire qu’on devine : « Quoique… depuis, il n’a jamais autant parlé. »*

    Ce film s’inscrit dans une œuvre plus vaste où Stéphanie aborde les situations humaines les plus sensibles avec une précision documentaire qui n’efface jamais la délicatesse.
    Après des études de comédie au Conservatoire de Toulon, Stéphanie Pillonca rejoint La Classe Libre du Cours Florent à Paris. Elle commence devant la caméra, apprend le rythme, la lumière, la tension d’un plateau. Entre 1998 et 2001, elle travaille à la télévision, chroniqueuse, animatrice, notamment pour Exclusif. Elle passe par la Star Academy.
    Elle observe. Elle absorbe. Mais très vite, ce n’est plus l’exposition qui l’intéresse. C’est le regard.

    En vingt ans, elle construit une œuvre qui refuse le spectaculaire pour lui préférer l’intime. Documentaire ou fiction, peu importe la frontière. Ce qui l’attire, ce sont les trajectoires fragiles, les endroits où la vie vacille.
    Elle filme une femme qui réapprend à marcher après un traumatisme.
    Une communauté religieuse isolée du monde.
    Des parents confrontés au handicap.
    Des enfants que l’on attend.
    Des adolescents que la justice regarde déjà autrement.
    Toujours la même attention, avec toujours la même retenue.

    En fiction, elle ne change pas de cap. Elle s’empare de l’autisme, du déni de grossesse, du cancer du sein, du handicap à l’adolescence. Non pour illustrer un sujet de société, mais pour raconter des vies traversées par ces réalités.

    Dans Handigang, elle choisit un casting inclusif.
    Dans Les Randonneuses, elle accompagne six femmes sur un sentier de montagne qui devient un chemin intérieur.
    Dans Je te promets, adaptation française de This Is Us, elle travaille la nuance, l’émotion tenue, le lien invisible entre les êtres.

    Ce qu’elle cherche, ce n’est pas le réel brut. C’est la vérité émotionnelle. Regarder là où d’autres préfèrent détourner les yeux et le faire sans pathos.
    Son dernier long métrage de fiction, Jours d’après, marque une étape forte dans sa carrière. Le travail est fait, elle attend la sortie du film et la promotion. Elle adore la promotion.

    *Olivier Goy a enregistré sa voix avant de la perdre définitivement. Il s’exprime désormais avec sa voix de synthèse.

    Studio Revolver à Boulogne Billancourt
    Enregistrement au Club We Are Paris
    Producteur et animateur Boris Pierre

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