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Oublieuse Postérité

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Dernier épisode

53 épisodes

  • Oublieuse Postérité

    EP 47 - LOUIS-FREDERIC ROUQUETTE : Un Jack London français (Le grand silence blanc, 1921)

    04/03/2026 | 25 min
    « A Tempest, chien d’Alaska, qui a force de tendresse attentive m’a fait oublier les misères humaines… »
     
    Tempest a réellement existé. C’était le chien de tête de Freddy, alias Louis-Fréderic Rouquette, lors de sa première aventure en Alaska et au Canada. Il a parcouru les steppes enneigées avec lui, s’est perdu loin du trail, a survécu on ne sait comment dans un igloo de fortune pendant les longues heures du blizzard…
     
    Aux Etats-Unis, deux contemporains de Louis-Fréderic Rouquette, deux aventuriers comme lui, sont des gloires nationales : James Oliver Curwood et Jack London. En France, on ne sait même plus que nous avons eu leur égal dans les années vingt, on ne sait même plus qu’on a peut-être eu plus encore l’extrême pointe de l’esprit d’aventure mêlée à la culture latine avec Louis-Frédéric Rouquette…
     
    Il fut pourtant célébré par bon nombre de critiques, comparé à l’auteur de L’appel de la forêt, parfois préféré à ce dernier. Pourtant, de Louis Hémon et de Maria Chapdelaine (paru la même année que Le grand silence blanc bien qu’écrit plus tôt), dont nous nous souvenons, roman anecdotique dont nous n’aurions plus le moindre souvenir si Bernard Grasset ne s’était pas livré à la plus formidable et novatrice campagne de publicité de l’histoire de la littérature française (qu’il recommença avec le non moins meilleur Diable au Corps de Radiguet)…
     
    Il en va de même de Maurice Constantin-Weyer qui obtint le Prix Goncourt en 1928 avec Un homme se penche sur son passé, autre roman de l’épopée canadienne, très bon roman par ailleurs, plus construit que les récits d’aventure de Rouquette mais moins enthousiaste, joyeux et émouvant.
     
    Et puis, Rouquette, ce n’est pas que le Canada et l’Alaska, ce sont aussi les mers et les terres australes, l'Islande avant tout le monde, les rivages de la Méditerranée… Mort trop tôt, il est n’est pourtant pas trop tôt pour partir à l’aventure ! Regardez, n’est-ce pas la patte intrépide de Tempest qui vous gratte la jambe ?
     
    Le reste est à découvrir en écoutant le podcast.

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  • Oublieuse Postérité

    EP 46 - MARIA LE HARDOUIN : Qu'est devenu le manuscrit ? (L'Etoile Absinthe, 1947)

    11/02/2026 | 28 min
    « Et il tomba du ciel une grande étoile, ardente comme une torche, le nom de cette étoile est Absinthe. Le tiers des eaux fut changé en absinthe, et beaucoup d’hommes moururent de ces eaux, parce qu’elles étaient devenues amères. »
     
    C’est sur cet extrait de l’Apocalypse que Maria le Hardouin ouvre son roman. Le ton est donné. Il n’est pas suffisant de croire que les eaux douces de notre monde seront empoisonnées par la chute de l’astre. Il n’y aurait là pour l’auteure qu’une variation incomplète sur une malédiction.
     
    Non, l’important est ce qui survient quelques jours après, quand les hommes assoiffés se résigneront à boire l’eau empoisonnée par désespoir. La variation sur l’incompréhension devient alors une grande et funeste symphonie sur l’avilissement. C’est sur cette mutilation morale qui s’accomplit souvent grâce au corps que Maria le Hardouin a bâti cet étouffant roman encré dans la seconde guerre mondiale.
     
    Ce roman est une pièce à verser au procès de l’Homme qu’a ouvert la littérature avec la seconde guerre mondiale. René Marill Albères qui publie en 1945 un Essai sur le roman actuel intitulé Portrait de notre héros s’enthousiasme dès la première page : « cette brutalité sombre du théâtre de Sartre, cette odeur de sang frais du roman contemporain, ce sont les couleurs, les sons et les parfums d’un monde nouveau, dont nous ignorons encore le démiurge » et continue plus loin « chaque roman qui compte nous laisse le même goût de cendre et de poussière, la même violence contenue du monde et la même désespérée solitude devant la destinée. »
     
    Pierre-Henri Simon, qui accuse une génération de plus qu’Albères, et qui a publié coup sur coup en 1950 deux essais : L’homme en procès d’abord puis Procès du héros évoque un tournant ontologique : la jeune génération d’écrivain n’est plus humaniste. Les derniers à avoir cru au « triomphe (...) de la raison et de la sagesse » même devant les épouvantables « malheurs de (ce) temps », tous les Claudel, Bernanos, Rolland, Mauriac, Giraudoux, Duhamel, Valery, Gide, sont balayés d’un revers de la main par des écrivains qui ne ressentent plus que la nausée, la gratuité et le non-sens.
     
    La guerre, démesurée dans son ampleur n’entraine plus une réaction d’indignation tout aussi démesurée ; au contraire, Simon l’affirme, « les six années de sang et de douleurs qui ont passé entre le premier bombardement de Varsovie (…) et l’éclair mortel d’Hiroshima, l’effroyable régression de la civilisation qu’elles ont apportée (…) n’a pu que hâter la descente de l’homme contemporain dans le désespoir. »
     
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  • Oublieuse Postérité

    EP 45 - LUCIEN REBATET : Un chef-d'oeuvre maudit ? (Les deux étendards, 1952)

    22/01/2026 | 30 min
    Les deux étendards est un roman dont on dit qu’il souffre d’une conspiration du silence, qu’il est un véritable chef-d’œuvre maudit. De la première assertion, on ne saurait prétendre le contraire. Il y eut en 1952, à la parution de cet épais roman théologique et amoureux de 1300 pages, assez peu de recensions dans la presse. Quelques-unes de Nimier, Blondel, Dutourd, saluant une œuvre importante et peut-être davantage, mais guère plus.
     
    Jean-Paul Sartre refuse un article élogieux d’Étiemble pour Les Temps Modernes. Magnanime, l’auteur des Chemins de la liberté licenciera dans la foulée Étiemble. Au rugissement dévastateur des Décombres, l’un des plus grands succès de l’Occupation, répond donc le silence assourdissant d’une grande part de la critique. Peut-être n’est-ce qu’une question d’équilibre. Le pardon ne s’obtient pas si aisément.
     
    C’est en comparant Les deux étendards (bien trop hâtivement, certes) à L’Ordre (1929) de Marcel Arland et à Augustin ou le Maître est là (1933) de Joseph Malègue, deux autres romans de formation, que je propose de montrer que celui de Lucien Rebatet n’est pas le chef-d’œuvre que certains lecteurs ont voulu voir.
     
    A dire vrai, il pourrait même être considéré comme un roman d’une extrême vanité, un roman adolescent emphatique et paroxystique qui cache derrière de nombreuses références et une gauloiserie féroce un piétinement assez paradoxale au regard de la quantité de pages, malgré de nombreux moments d’une admirable maîtrise et d’un véritable plaisir de lecture. Rien ne change pour Michel et Régis, au contraire de Gilbert Villars dans l’Ordre et d’Augustin Méridier dans le roman de Joseph Malègue.
     
    A bien y regarder, si la critique a souvent comparé Joseph Malègue à Marcel Proust à la parution de son superbe et émouvant roman, c’est peut-être qu’il y avait déjà là le roman français théologique du XXème siècle dont on a parfois, à tort, donné la paternité à Lucien Rebatet.

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  • Oublieuse Postérité

    EP 44 - ELISABETH LANGGÄSSER : "L'Enfer attend une âme pure" (Le Sceau indélébile, 1946)

    04/12/2025 | 29 min
    Dès la fin de la seconde guerre mondiale une polémique éclaye entre Thomas Mann et Walter von Molo. Ce dernier, dans une lettre ouverte, demande instamment au grand auteur de revenir de son exil américain, ayant, dans les ruines physiques et morales, « une œuvre historique à accomplir en Allemagne. » Mann lui répondit dans une lettre ouverte intitulée Pourquoi je ne rentre pas en Allemagne.
     
    Cette polémique, parfois appelée Grosse controverse, a encore enflé quand un autre auteur, Franck Thiess, resté au pays, a écrit un autre article au titre devenu célèbre, L’émigration intérieure, et reproché à Mann et à d’autres leur existence paisible loin du conflit, eux qui « ont regardé la tragédie allemande des loges ou du parterre de l’étranger ».
     
    Ainsi, dans l’immédiat après-guerre, les écrivains se sont divisés en deux camps : ceux de l’émigration extérieure et ceux de l’émigration intérieure qui auraient, supposément, résister au plus proche du danger. Parmi les exilés on compte Bertold Brecht, Alfred Döblin, Stefan Zweig, Hannah Arendt, Hermann Broch, Walter Benjamin, Anna Seghers… Ceux restés en Allemagne se nomment Hermann Kasack, Ernst Kreuder, Wolfang Koeppen, Heimito von Doderer, Ernst Wiechert, Werner Bergengruen, Gottfried Benn… Inutile de préciser ceux qui ont gagné la bataille des mémoires.
     
    Toutefois, c’est à un roman de cette émigration intérieure que je consacre cet épisode d’Oublieuse Postérité, un roman introuvable en Français, un roman qui n’a rien à envier au Docteur Faustus de Mann, à Héliopolis de Jünger, au Jeu des perles de verre de Hesse, à La mort de Virgile de Broch…
     
    Il s’agit, pour être tout à fait franc, du roman dans lequel la lutte entre le Bien et le Mal est la plus inouïe que j’ai lu. Il est l’œuvre d’Élisabeth Langgässer, a paru en 1946 dans les décombres fumantes de l’Allemagne, a été traduit en 1951 en France et s’intitule Le sceau indélébile.

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  • Oublieuse Postérité

    EP 43 - SIMONNE JACQUEMARD : Le silence du Diable (Le veilleur de nuit, 1962)

    13/11/2025 | 32 min
    Le veilleur de nuit que Simonne Jacquemard a publié au Seuil en 1962 est sans doute l’un des plus énigmatiques Prix Renaudot, l’un des plus intensément métaphysiques. Il est question, dans ces deux-cents pages sévères, parfois sibyllines, dont pas une n’a été écrite en songeant au lecteur, de l’acte terminal de Siméon Leverrier, de celui qui concentre en lui tous les pôles et qui a dépassé toutes les échelles de grandeur.
     
    Siméon Leverrier creuse. Il creuse le plus grand trou qu’un seul homme n’ait jamais entrepris de creuser. Chez lui, à l’abri de grandes palissades, dissimulé au regard fruste de son voisin qui flaire de son salon l’haleine de « la gueule de l’enfer », chez lui donc, en explorant d’abord un ancien puit qu’il a découvert dans son jardin, et bientôt dans l’obscur secret de sa cave.
     
    Leverrier veille la nuit puisque tel est son métier et creuse le jour puisque telle est la besogne qui lui a été assignée et dont il ne pourra plus se libérer. Alors le jeune homme s’arme de toute sorte d’outils à la quincaillerie ; et dans cette quincaillerie rencontre Agathe-Alexandrine, vendeuse vaguement timide, ni belle, ni laide, mais au doux nom de pierre précieuse, qu’il enlèvera et séquestrera dans son gouffre.
     
    « Je ne lui pardonnerai jamais d’avoir attiré des soupçons qui n’étaient pas justifiés, écrit-il le 13 mai dans son journal de bord au ton si décousu. Ce mot de « monstre » qu’elle a prononcé pendant que je la fixais et qu’elle ramassait ses affaires. Je crois qu’elle a eu peur de moi. » Elle le suit pourtant chez lui, pèlerin dans les pas d’un prophète. Mais prophète de quoi dans cette chute vers le dernier siècle d’un enfer gelé ?
     
    Simonne Jacquemard est une auteure du désespoir le plus ferme et le moins expressionniste qui soit. Très peu de renfort d’effets, peu d’hyperbole, une méfiance à l’égard des paroxysmes ; rien qu’une lucidité monstrueuse et des personnages qui découvrent dans le visage d’autrui l’immensité de la tromperie – et donc le père des mensonges.
     
    Mais ceci ne représente qu’une petite partie de son œuvre car Simonne Jacquemard n’aura cessé de se fractionner : romans de « l’école du regard » avec Sable et L’orangerie qui font songer aux Tropismes de Nathalie Sarraute, roman humoristique avec La famille Borgia (qui peut se lire dans les deux sens, du début à la fin et de la fin au début), livres à propos des oiseaux et de la nature, roman postmoderne avec L’éruption du Krakatoa qui accumule les notes de bas de pages et les histoires enchâssées dans d’autres, romans qui mêlent érudition helléniste et mystique aussi…
     
    Quant aux personnages, certains reviennent d’un roman à l’autre, grandissent, disparaissent… Un véritable festin pour les lecteurs et les universitaires.

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À propos de Oublieuse Postérité

Oublieuse Postérité est un podcast littéraire bimensuel qui s'écoute comme une série d'aventure narrée à la première personne par un naufragé romanesque qui lutte pour sa survie dans un océan sans mémoire qui a englouti toutes ses idoles, océan duquel émergent quelques silhouettes inquiétantes, inconnues et peut-être salvatrices... S'en approchant, le narrateur va découvrir un continent oublié de la littérature du XXème siècle et, ébahi, va partager ces chefs-d'oeuvre pour se venger de l'oublieuse postérité.  Embarquez avec lui, il reste de la place dans ce voyage culturel singulier ! Un épisode le premier et troisième mercredi du mois à 07h00.  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Generated: 3/16/2026 - 6:40:56 AM