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Oublieuse Postérité

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Dernier épisode

54 épisodes

  • Oublieuse Postérité

    EP 48 - SAINT-LOUP : La colonisation mystique (La nuit commence au cap Horn, 1952)

    25/03/2026 | 39 min
    En 1953, à deux semaines du Prix Goncourt, Francis Carco lance un ultime roman dans la course au prix. Il s’agit de La nuit commence au cap Horn d’un inconnu ayant choisi un pseudonyme aux résonnances proustiennes : Saint-Loup. Les jurés et la presse glosent : est-ce un romancier qui n’aurait pas déjà eu le Goncourt sous un autre nom ? Ou bien un romancier qui ne pourrait se montrer pour des raisons particulières ?
     
    Au terme d’une enquête, notamment menée par un policier des renseignements généraux, on découvre que Saint-Loup est le pseudonyme de Marc Augier, un collaborateur qui fut condamné à mort par contumace. Les voix qui le soutenaient changent de favoris. Pierre Gascar et Le temps des morts (auquel j’ai consacré le premier épisode de ce podcast) seront couronnés.
     
    Le livre de Pierre Gascar est l’une des plus belles variations sur le deuil que j’ai lu. Il est probe, d’un lyrisme grave, et d’une portée universelle. La nuit commence au cap Horn est également un texte grave, bouleversant même, d’un lyrisme brutal et crépusculaire ; il est aussi d’une portée universelle.
     
    Ce n’est pas la mort presque ordonnée dans un camp de prisonnier en Allemagne entouré des lourds échos du peuple juif qu’on immole cette fois, mais la mort lointaine, inévitable, des peuples indiens de la Terre de Feu que des missionnaires du XIXe siècle veulent convertir, peu importe le prix.
     
    Pendant six décennies, Saint-Loup suivra le destin de Duncan Mac Isaac, pasteur britannique, dans ce qu’il appellera un génocide de droit divin. Quant à cet épisode, il essayera de mettre en regard la malédiction qui s’abat sur le cap Horn et des épisodes de la vie de Saint-Loup.
     
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  • Oublieuse Postérité

    EP 47 - LOUIS-FREDERIC ROUQUETTE : Un Jack London français (Le grand silence blanc, 1921)

    04/03/2026 | 25 min
    « A Tempest, chien d’Alaska, qui a force de tendresse attentive m’a fait oublier les misères humaines… »
     
    Tempest a réellement existé. C’était le chien de tête de Freddy, alias Louis-Fréderic Rouquette, lors de sa première aventure en Alaska et au Canada. Il a parcouru les steppes enneigées avec lui, s’est perdu loin du trail, a survécu on ne sait comment dans un igloo de fortune pendant les longues heures du blizzard…
     
    Aux Etats-Unis, deux contemporains de Louis-Fréderic Rouquette, deux aventuriers comme lui, sont des gloires nationales : James Oliver Curwood et Jack London. En France, on ne sait même plus que nous avons eu leur égal dans les années vingt, on ne sait même plus qu’on a peut-être eu plus encore l’extrême pointe de l’esprit d’aventure mêlée à la culture latine avec Louis-Frédéric Rouquette…
     
    Il fut pourtant célébré par bon nombre de critiques, comparé à l’auteur de L’appel de la forêt, parfois préféré à ce dernier. Pourtant, de Louis Hémon et de Maria Chapdelaine (paru la même année que Le grand silence blanc bien qu’écrit plus tôt), dont nous nous souvenons, roman anecdotique dont nous n’aurions plus le moindre souvenir si Bernard Grasset ne s’était pas livré à la plus formidable et novatrice campagne de publicité de l’histoire de la littérature française (qu’il recommença avec le non moins meilleur Diable au Corps de Radiguet)…
     
    Il en va de même de Maurice Constantin-Weyer qui obtint le Prix Goncourt en 1928 avec Un homme se penche sur son passé, autre roman de l’épopée canadienne, très bon roman par ailleurs, plus construit que les récits d’aventure de Rouquette mais moins enthousiaste, joyeux et émouvant.
     
    Et puis, Rouquette, ce n’est pas que le Canada et l’Alaska, ce sont aussi les mers et les terres australes, l'Islande avant tout le monde, les rivages de la Méditerranée… Mort trop tôt, il est n’est pourtant pas trop tôt pour partir à l’aventure ! Regardez, n’est-ce pas la patte intrépide de Tempest qui vous gratte la jambe ?
     
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  • Oublieuse Postérité

    EP 46 - MARIA LE HARDOUIN : Qu'est devenu le manuscrit ? (L'Etoile Absinthe, 1947)

    11/02/2026 | 28 min
    « Et il tomba du ciel une grande étoile, ardente comme une torche, le nom de cette étoile est Absinthe. Le tiers des eaux fut changé en absinthe, et beaucoup d’hommes moururent de ces eaux, parce qu’elles étaient devenues amères. »
     
    C’est sur cet extrait de l’Apocalypse que Maria le Hardouin ouvre son roman. Le ton est donné. Il n’est pas suffisant de croire que les eaux douces de notre monde seront empoisonnées par la chute de l’astre. Il n’y aurait là pour l’auteure qu’une variation incomplète sur une malédiction.
     
    Non, l’important est ce qui survient quelques jours après, quand les hommes assoiffés se résigneront à boire l’eau empoisonnée par désespoir. La variation sur l’incompréhension devient alors une grande et funeste symphonie sur l’avilissement. C’est sur cette mutilation morale qui s’accomplit souvent grâce au corps que Maria le Hardouin a bâti cet étouffant roman encré dans la seconde guerre mondiale.
     
    Ce roman est une pièce à verser au procès de l’Homme qu’a ouvert la littérature avec la seconde guerre mondiale. René Marill Albères qui publie en 1945 un Essai sur le roman actuel intitulé Portrait de notre héros s’enthousiasme dès la première page : « cette brutalité sombre du théâtre de Sartre, cette odeur de sang frais du roman contemporain, ce sont les couleurs, les sons et les parfums d’un monde nouveau, dont nous ignorons encore le démiurge » et continue plus loin « chaque roman qui compte nous laisse le même goût de cendre et de poussière, la même violence contenue du monde et la même désespérée solitude devant la destinée. »
     
    Pierre-Henri Simon, qui accuse une génération de plus qu’Albères, et qui a publié coup sur coup en 1950 deux essais : L’homme en procès d’abord puis Procès du héros évoque un tournant ontologique : la jeune génération d’écrivain n’est plus humaniste. Les derniers à avoir cru au « triomphe (...) de la raison et de la sagesse » même devant les épouvantables « malheurs de (ce) temps », tous les Claudel, Bernanos, Rolland, Mauriac, Giraudoux, Duhamel, Valery, Gide, sont balayés d’un revers de la main par des écrivains qui ne ressentent plus que la nausée, la gratuité et le non-sens.
     
    La guerre, démesurée dans son ampleur n’entraine plus une réaction d’indignation tout aussi démesurée ; au contraire, Simon l’affirme, « les six années de sang et de douleurs qui ont passé entre le premier bombardement de Varsovie (…) et l’éclair mortel d’Hiroshima, l’effroyable régression de la civilisation qu’elles ont apportée (…) n’a pu que hâter la descente de l’homme contemporain dans le désespoir. »
     
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    EP 45 - LUCIEN REBATET : Un chef-d'oeuvre maudit ? (Les deux étendards, 1952)

    22/01/2026 | 30 min
    Les deux étendards est un roman dont on dit qu’il souffre d’une conspiration du silence, qu’il est un véritable chef-d’œuvre maudit. De la première assertion, on ne saurait prétendre le contraire. Il y eut en 1952, à la parution de cet épais roman théologique et amoureux de 1300 pages, assez peu de recensions dans la presse. Quelques-unes de Nimier, Blondel, Dutourd, saluant une œuvre importante et peut-être davantage, mais guère plus.
     
    Jean-Paul Sartre refuse un article élogieux d’Étiemble pour Les Temps Modernes. Magnanime, l’auteur des Chemins de la liberté licenciera dans la foulée Étiemble. Au rugissement dévastateur des Décombres, l’un des plus grands succès de l’Occupation, répond donc le silence assourdissant d’une grande part de la critique. Peut-être n’est-ce qu’une question d’équilibre. Le pardon ne s’obtient pas si aisément.
     
    C’est en comparant Les deux étendards (bien trop hâtivement, certes) à L’Ordre (1929) de Marcel Arland et à Augustin ou le Maître est là (1933) de Joseph Malègue, deux autres romans de formation, que je propose de montrer que celui de Lucien Rebatet n’est pas le chef-d’œuvre que certains lecteurs ont voulu voir.
     
    A dire vrai, il pourrait même être considéré comme un roman d’une extrême vanité, un roman adolescent emphatique et paroxystique qui cache derrière de nombreuses références et une gauloiserie féroce un piétinement assez paradoxale au regard de la quantité de pages, malgré de nombreux moments d’une admirable maîtrise et d’un véritable plaisir de lecture. Rien ne change pour Michel et Régis, au contraire de Gilbert Villars dans l’Ordre et d’Augustin Méridier dans le roman de Joseph Malègue.
     
    A bien y regarder, si la critique a souvent comparé Joseph Malègue à Marcel Proust à la parution de son superbe et émouvant roman, c’est peut-être qu’il y avait déjà là le roman français théologique du XXème siècle dont on a parfois, à tort, donné la paternité à Lucien Rebatet.

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    EP 44 - ELISABETH LANGGÄSSER : "L'Enfer attend une âme pure" (Le Sceau indélébile, 1946)

    04/12/2025 | 29 min
    Dès la fin de la seconde guerre mondiale une polémique éclaye entre Thomas Mann et Walter von Molo. Ce dernier, dans une lettre ouverte, demande instamment au grand auteur de revenir de son exil américain, ayant, dans les ruines physiques et morales, « une œuvre historique à accomplir en Allemagne. » Mann lui répondit dans une lettre ouverte intitulée Pourquoi je ne rentre pas en Allemagne.
     
    Cette polémique, parfois appelée Grosse controverse, a encore enflé quand un autre auteur, Franck Thiess, resté au pays, a écrit un autre article au titre devenu célèbre, L’émigration intérieure, et reproché à Mann et à d’autres leur existence paisible loin du conflit, eux qui « ont regardé la tragédie allemande des loges ou du parterre de l’étranger ».
     
    Ainsi, dans l’immédiat après-guerre, les écrivains se sont divisés en deux camps : ceux de l’émigration extérieure et ceux de l’émigration intérieure qui auraient, supposément, résister au plus proche du danger. Parmi les exilés on compte Bertold Brecht, Alfred Döblin, Stefan Zweig, Hannah Arendt, Hermann Broch, Walter Benjamin, Anna Seghers… Ceux restés en Allemagne se nomment Hermann Kasack, Ernst Kreuder, Wolfang Koeppen, Heimito von Doderer, Ernst Wiechert, Werner Bergengruen, Gottfried Benn… Inutile de préciser ceux qui ont gagné la bataille des mémoires.
     
    Toutefois, c’est à un roman de cette émigration intérieure que je consacre cet épisode d’Oublieuse Postérité, un roman introuvable en Français, un roman qui n’a rien à envier au Docteur Faustus de Mann, à Héliopolis de Jünger, au Jeu des perles de verre de Hesse, à La mort de Virgile de Broch…
     
    Il s’agit, pour être tout à fait franc, du roman dans lequel la lutte entre le Bien et le Mal est la plus inouïe que j’ai lu. Il est l’œuvre d’Élisabeth Langgässer, a paru en 1946 dans les décombres fumantes de l’Allemagne, a été traduit en 1951 en France et s’intitule Le sceau indélébile.

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À propos de Oublieuse Postérité

Oublieuse Postérité est un podcast littéraire bimensuel qui s'écoute comme une série d'aventure narrée à la première personne par un naufragé romanesque qui lutte pour sa survie dans un océan sans mémoire qui a englouti toutes ses idoles, océan duquel émergent quelques silhouettes inquiétantes, inconnues et peut-être salvatrices... S'en approchant, le narrateur va découvrir un continent oublié de la littérature du XXème siècle et, ébahi, va partager ces chefs-d'oeuvre pour se venger de l'oublieuse postérité.  Embarquez avec lui, il reste de la place dans ce voyage culturel singulier ! Un épisode le premier et troisième mercredi du mois à 07h00.  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Generated: 3/30/2026 - 10:02:30 AM