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Poésie en musique

Abdelghani Boudik
Poésie en musique
Dernier épisode

30 épisodes

  • Poésie en musique

    Sully prud’homme : les yeux

    01/03/2026 | 4 min
    « Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux » — l’énumération s’élève, mais une rature intérieure barre le vers : trop beaux pour durer. Pas besoin de l’écrire, on l’entend déjà, un murmure qui griffe la psalmodie. Le soleil se lève « encore », indifférent, et ce « encore » racle comme un couteau contre la vitre.

    La scène se resserre : quelqu’un lit à voix basse, puis frappe du doigt, sec : « Non, non, cela n’est pas possible ! » Ce cri maladroit, presque comique, est le cœur battant du poème. Il fait honte et pourtant il sauve : la foi naît de ce refus qui tremble, pas d’une certitude. Dans la marge, j’ai laissé une tache d’encre qui ressemble à un point d’exclamation effacé.

    Puis vient l’élévation : « Les prunelles ont leurs couchants ». Image splendide, mais aussitôt fissurée par une ombre : couchants ? non, avalées. Le ciel se peuple de trous, et malgré cela une clarté subsiste. J’ai lâché une rafale : éclats — cendre — reflet — sursis. Chaos et éclat se télescopent, l’un ne masque plus l’autre, ils coexistent dans la même lumière fragile.

    La chute reprend l’anaphore : « Bleus ou noirs ». Et le dernier vers, « Les yeux qu’on ferme voient encore », reste suspendu. Je n’ai pas noté « grâce », ni « doute », seulement un trait oblique, un reste de mouvement. Comme si la vérité se disait là : ni foi ni négation, juste un battement qui persiste, malgré tout.

    Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine.

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    Voilà. Bref.

    Abdelghani Boudik
  • Poésie en musique

    Jean-Pierre Claris de Florian : plaisir d’amour

    15/02/2026 | 2 min
    Le verre ébréché pend au bord de la marche, il menace de tomber à chaque vibration de pas, et je chuchote malgré moi « plaisir d’amour… », le refrain ricoche sur les murs décrépits, s’amplifie, me cogne au crâne comme un marteau qui refuse de se taire.

    Sylvie — prénom sec, craché. Elle avait juré « toute la vie » et moi j’y ai cru comme un enfant qui serre une bille fêlée dans sa paume, persuadé qu’elle brillera toujours, mais la bille roule, se perd, et je m’entends bredouiller qu’il n’y a pas de prairie, seulement cette cage où l’eau coule en filet noir, et cette certitude crasseuse que le chagrin ne lâchera pas.

    Alors je laisse filer une phrase trop longue, trop gonflée, comme pour retenir l’air, une phrase où le plaisir minuscule, avalé trop vite, se dissout dans l’odeur de moisissure, dans la lumière blafarde, dans la jalousie qui me brûle les doigts et me fait rire d’un rire honteux que personne n’entend parce que personne ne monte plus cet escalier.

    chagrin.

    Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine.

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    Voilà. Bref.

    Abdelghani Boudik
  • Poésie en musique

    Guillaume Apollinaire : la jolie rousse

    01/02/2026 | 4 min
    Il parle seul sous les néons vacillants d’une gare éventrée. Son crâne, traversé d’une cicatrice, bat comme un tambour crevé. À chaque pulsation, la guerre revient : les noms des morts se mêlent aux horaires effacés d’un tableau noir qui clignote encore. Dans sa main, une clé rouillée. Il croit qu’elle ouvre la chambre où dort la rousse.

    La voix se déchire, moitié prière, moitié comptabilité des fantômes. Mais derrière lui, un haut-parleur brisé répète ses mots plus graves, plus lents, comme si une autre bouche parlait en lui. Il se retourne. Vide. Pourtant le bruit continue, haletant, parasite.

    Alors elle surgit. Pas dans un champ, mais sur l’écran fissuré, chevelure pixelisée, flammes stables au milieu du chaos électrique. Elle sourit. Ou bien c’est une distorsion. Il tend la main, attiré comme fer par l’aimant.

    Un claquement sec. Tout s’éteint.

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  • Poésie en musique

    Louis Aragon : Elsa

    15/01/2026 | 4 min
    Une chaise grince, vieille carcasse de bois, sous mon poids. La pluie bat fort, et les néons de l’immeuble voisin clignotent — comme des alarmes obstinées. Elsa, dans le poème, dort. Mais je ne crois pas à la paix de ce sommeil. « Ô corps sans poids », répète-t-il, et je répète aussi : ô corps, ô absence, ô jalousie… puis la voix se casse, se brise, comme une prière qui bafouille.

    Les fables reviennent, la neige, les traîneaux, mais ce soir ils grincent comme des brancards, métal froid, roues folles dans un couloir d’hôpital. La peau qui dort devient un champ surveillé, chaque battement de paupière un spasme de cœur. Et moi, je me ronge : honte, envie, peur. Il faudrait n’avoir aucun rêve, rester collée à mon souffle, devenir une machine simple, une perfusion de présence — goutte après goutte, jusqu’au matin.

    Aragon suppliait Elsa au cœur de la guerre. On entend derrière les vers le bruit de bottes, la vitre qui tremble, les pas des soldats dans la rue. Dans la chambre, il veille comme un prisonnier de la conscience, jaloux de l’invisible. Et son appel, « rends-moi ta conscience », résonne encore comme une demande absurde : empêcher l’autre de s’échapper dans ses propres songes.

    Sang, silence, sommeil.

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  • Poésie en musique

    Pierre Albert-Birot : aux jeunes poètes

    01/01/2026 | 3 min
    « Immatériels matériaux » — la formule sonne comme une énigme de marché noir. On distribue aux apprentis poètes des caisses vides et des outils rouillés, et l’on leur dit : construisez.

    Puis l’injonction : « Obéissez ». Mais à qui ? Aux autres, à soi, à une Loi qui n’a pas de nom. Ça se contredit exprès, ça titube, et c’est dans ce vertige que naît le poème. Comme une mère qui enfante et rit d’avoir suivi une règle qui n’existe pas.

    Et enfin le coup de règle sèche : « Copier copier ». Pas de théorie, pas de mystère. Juste recopier sa propre vérité comme une punition d’écolier. Tout le reste, c’était du théâtre.

    Mots-clés : Pierre Albert-Birot, Aux jeunes poètes, immatériels matériaux, obéissez, copier copier, loi, contradiction, ironie, fécondité, naissance du poème

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À propos de Poésie en musique

Je suis Abdel. Non-voyant, j’écris assis par terre, les écouteurs vissés aux oreilles, guidé par la voix de moins en moins mécanique de mon lecteur d’écran. Je ne supporte pas que les poèmes restent immobiles : je les attrape, je les secoue, je souffle dedans. Parfois ça grésille, parfois ça casse, mais toujours ça respire. On croit qu’un poème ne peut pas être Groovy? Moi je montre l’inverse. J’ai entendu Hugo sonner comme du folk américain et Du Bellay résonner en métal symphonique. Alors je sais que la poésie n’est pas un musée : je veux l’arracher au calme mortel des anthologies et la balancer contre les murs d’aujourd’hui. Écoutez, si ça vous dit. 📧 Un poème à risquer ? → [email protected] ⚠️ Sur Spotify, la musique est coupée. Retrouvez-moi ailleurs (Apple Podcasts, overcast, deezer etc.) pour swinguer sur Victor Hugo.
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