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Poésie en musique

Abdelghani Boudik
Poésie en musique
Dernier épisode

34 épisodes

  • Poésie en musique

    Charles Baudelaire : alchimie de la douleur

    01/05/2026 | 3 min
    Hermès, parle plus bas. La lumière bave sur le mur écaillé, juste au-dessus de la boîte à fusibles. Quelqu’un a collé une image de Vierge à l’Enfant sur la tôle, et maintenant elle fond lentement. J’écris sur un genou, l’autre coincé sous le lavabo. C’est là qu’il est revenu. Le vers. Le cadavre. Le sarcophage.

    Tu me rends l’égal de Midas, oui —
    Mais pas de l’or. Du plomb, du pus, du sel.
    Ce que je touche se corrompt.
    Pas par magie. Par usure.

    Ce poème n’est pas une métaphore. C’est un contrat. Le poète ne dit pas « je souffre » — il signe pour continuer à transformer la beauté en ruine, la vie en crypte. Il n’y a pas de remords. Hermès assiste, mais ne sauve rien. Il est ce souffle froid dans la nuque quand on admire une chose morte, et qu’on préfère ne pas la voir vivante. L’alchimie est inversée : ce n’est pas le monde qu’on veut sublimer — c’est la douleur qu’on veut conserver, intacte.

    Je l’ai écrit sur une boîte de Doliprane éventrée. Le vers. Juste là :
    « Je découvre un cadavre cher ».
    Le feutre a bavé.
    Ça ressemble à un aveu d’enfant. Ou à une menace.

    Et j’en ai honte.
    Pas d’avoir aimé ce vers.
    Mais d’avoir cru que le nommer suffisait à le conjurer.

    Il reste quelque chose, là, dans les fibres du carton imbibé. Une trace noire, un résidu de beauté altérée. J’ai voulu gratter.
    J’ai effacé autre chose.
    Je ne sais plus quoi.

    Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine.

    On se recroisera peut-être ailleurs :
    Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253
    SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943

    Voilà. Bref.

    Abdelghani Boudik
  • Poésie en musique

    Louise Labé — baise m’encore

    15/04/2026 | 4 min
    La chaleur s’accroche au plafond, lourde, presque huileuse. Le rideau colle au mur, le tissu sent la sueur et le vin renversé. Sur la table, un miroir fêlé découpe la lumière en éclats de peau. Le drap, chiffonné, garde la marque d’un genou et la trace humide d’une bouche. Une mouche tourne autour du verre ébréché, obstinée, minuscule témoin du désordre.

    « Baise m’encor, » — la phrase revient, sans timbre, comme un spasme qu’on retient mal. Elle se le souffle, plus bas, pour sentir la vibration sur sa langue. Tout brûle : la gorge, le ventre, le souvenir. Le corps réclame son dû, et la pudeur n’est plus qu’une chemise froissée au pied du lit. Elle donnerait encore quatre baisers pour un, pour sentir le feu s’ancrer dans la chair.

    Mais soudain la voix se raidit. Je ne veux pas qu’on me prenne pour celle qui attend. Elle se redresse, nue dans la lumière sale. Aimer trop fort, c’est encore un crime quand c’est une femme qui parle. Qu’ils rougissent, qu’ils se détournent : son plaisir ne s’excuse pas. Sa bouche devient arme, souffle, cri sans témoin.

    Le miroir vibre, le verre tressaute, la mouche s’écrase contre la vitre. Elle hésite, puis rature le dernier mot.
    Souffle

    Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine.

    On se recroisera peut-être ailleurs :
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  • Poésie en musique

    Paul Verlaine : à Aurélien Scholl

    01/04/2026 | 3 min
    Sous mes doigts tachés d’encre sur un ticket froissé, Verlaine revient à seize ans, à ce bachot qui semblait monstrueux, et à cette Denise glissée sous la table comme un secret trop chaud pour rester en surface. Il n’y avait pas que l’école : il y avait la clandestinité, les désirs nerveux, la complicité de l’interdit, une poussière de craie mêlée à l’odeur du vin renversé.

    Puis éclatait, comme une gifle joyeuse, ce cri qui coupait l’air : « Lui ! ». Dans la salle d’armes, Robert dessinait des ruses, des coups qui semblaient impossibles, et la bande d’élèves devenait une seule gorge hurlante. Et j’ai honte parfois de penser que ce cri, nous ne le saurions plus aujourd’hui, nous l’aurions remplacé par un sourire fatigué, un silence complice devant un écran trop pâle.

    Vient alors l’hommage adulte, où l’esprit de Scholl se dit en condiments : sucre, sel, poivre. Les mots comme aliments piquants, brûlants, nourrissants, jamais fades. Une phrase peut gifler et caresser, consoler et mordre, serrer la gorge et nourrir tout à la fois, jusqu’à ce que l’on ne sache plus si l’on veut la repousser ou s’y abandonner, jusqu’à ce que la langue elle-même devienne plaie et festin.

    Lui.

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  • Poésie en musique

    Aimer Césaire : à la mémoire d’un syndicaliste noir

    15/03/2026 | 4 min
    L’air de l’arrière-salle colle aux narines, odeur de canne fermentée et de sueur vieillie. Le métal du ventilateur grince encore d’un souvenir, mais c’est ta voix qui persiste, non ta parole : ton sourire. Il ruisselle comme sel et rosée, fissurant l’ombre, gravé dans la poussière des murs.

    Ton peuple avançait cabrouet hargneux, ventre affamé, reins de jurons, tiré par la boue. Coutelas, sabres, sang : la grève cognait, la terre hurlait. Toi, front paysan, arbre à pain sylvestre, imputrescible. Tu étais de la même sève que les marrons qui se perdaient dans la forêt, allumant leurs feux cachés comme des étoiles rustiques. On te lisait dans leurs chants rauques, frappés de tambours interdits, portés jusqu’aux dieux de bois noir.

    Je tremble en l’écrivant : aurons-nous la force de hisser encore ce printemps ? La fatigue m’écorche, le doute me serre la gorge. J’ai peur de te trahir par lassitude, peur de voir s’effondrer l’héritage, comme une mangue pourrie qu’on n’ose ramasser. C’est une honte, mais je l’avoue : le courage se fissure.

    Pourtant tu marches, pèlerin obstiné, personne n’ose barrer ta route. La lumière tu la redonnes, volcan saignant, feuilles tremblées, pierres encore tièdes. Elle ne caresse pas, elle brûle les paumes, elle tatoue les camarades, elle renaît dans chaque cri de foule, dans chaque tambour qui bat sous la nuit interdite.

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  • Poésie en musique

    Sully prud’homme : les yeux

    01/03/2026 | 4 min
    « Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux » — l’énumération s’élève, mais une rature intérieure barre le vers : trop beaux pour durer. Pas besoin de l’écrire, on l’entend déjà, un murmure qui griffe la psalmodie. Le soleil se lève « encore », indifférent, et ce « encore » racle comme un couteau contre la vitre.

    La scène se resserre : quelqu’un lit à voix basse, puis frappe du doigt, sec : « Non, non, cela n’est pas possible ! » Ce cri maladroit, presque comique, est le cœur battant du poème. Il fait honte et pourtant il sauve : la foi naît de ce refus qui tremble, pas d’une certitude. Dans la marge, j’ai laissé une tache d’encre qui ressemble à un point d’exclamation effacé.

    Puis vient l’élévation : « Les prunelles ont leurs couchants ». Image splendide, mais aussitôt fissurée par une ombre : couchants ? non, avalées. Le ciel se peuple de trous, et malgré cela une clarté subsiste. J’ai lâché une rafale : éclats — cendre — reflet — sursis. Chaos et éclat se télescopent, l’un ne masque plus l’autre, ils coexistent dans la même lumière fragile.

    La chute reprend l’anaphore : « Bleus ou noirs ». Et le dernier vers, « Les yeux qu’on ferme voient encore », reste suspendu. Je n’ai pas noté « grâce », ni « doute », seulement un trait oblique, un reste de mouvement. Comme si la vérité se disait là : ni foi ni négation, juste un battement qui persiste, malgré tout.

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    Abdelghani Boudik
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À propos de Poésie en musique
Je suis Abdel. Non-voyant, j’écris assis par terre, les écouteurs vissés aux oreilles, guidé par la voix de moins en moins mécanique de mon lecteur d’écran. Je ne supporte pas que les poèmes restent immobiles : je les attrape, je les secoue, je souffle dedans. Parfois ça grésille, parfois ça casse, mais toujours ça respire. On croit qu’un poème ne peut pas être Groovy? Moi je montre l’inverse. J’ai entendu Hugo sonner comme du folk américain et Du Bellay résonner en métal symphonique. Alors je sais que la poésie n’est pas un musée : je veux l’arracher au calme mortel des anthologies et la balancer contre les murs d’aujourd’hui. Écoutez, si ça vous dit. 📧 Un poème à risquer ? → [email protected] ⚠️ Sur Spotify, la musique est coupée. Retrouvez-moi ailleurs (Apple Podcasts, overcast, deezer etc.) pour swinguer sur Victor Hugo.
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