221 épisodes
Naissance du Désir // Judith Revel, Laurence Joseph, Anne-Fleur Multon, Nicolas Rabain
23/07/2026 | 1 h 16 minPrésenté par Judith Revel, philosophe
Laurence Joseph, psychologue clinicienne et psychanalyste
Anne-Fleur Multon, écrivaine
Nicolas Rabain, psychologue clinicien, co-directeur de la Revue « Adolescences »
Où et comment peut bien naître le désir, si tant est qu’il naisse et ne soit pas « toujours là » - puisque l’être humain ne naît pas « fini » mais incomplet, « manquant », privé de tout ce que l’apprentissage lui donnera ? Un neuro-biologiste citerait l’activité du système nerveux, en particulier le réseau hypothalamo-limbique dont l’activation répond à des stimuli hormonaux comme les œstrogènes, l’ocytocine, la testostérone, la prolactine - qui règlent peu ou prou l’activité sexuelle-affective. Mais du point de vue psychologique, quelle est la source native du désir ? Un manque - qui en ferait un besoin ? Un vide intérieur qu’on voudrait combler ? Une tentative de reprise et répétition d’une expérience de plaisir passée ? Une réponse à des stimulations venant d’ailleurs ou des autres ? Un jeu provocateur ou provoqué avec le désir d’autrui ? La pulsion d’être « plus » que ce que l’on est, qui pousse à rechercher ce qui jamais ne satisfait ?
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.Le kiff – le désir sans gravité // Laurence Joseph, Sébastien Talon, Sandra Laugier
23/07/2026 | 52 minPrésenté par Laurence Joseph, psychologue clinicienne et psychanalyste
Sébastien Talon, psychologue clinicien et psychothérapeute
Sandra Laugier, philosophe
Qu’on se fasse un petit kiff, que je la kiffe à mort ou qu’elle me surkiffe, on reste toujours dans le même giron: l’amour, le désir, le plaisir, la jouissance. Autrefois, le cercle était un autre, quasiment celui de l’enfer ou de la béatitude, au choix: le kif (kif, kaif ou kéif, au Maghreb et en Egypte, amusement, joie, bien-être) désignait le cannabis ou le haschisch, soit la voie royale d’accès aux paradis artificiels. Venu des langues des cités, des communautés issues de l’immigration et de la culture hip-hop, kiffer apparaît depuis plus de 20 ans dans le Larousse, et est une sorte de superlatif de crush: si celui-ci est amourette, flirt, attirance passagère, sinon rêvée, l’autre est « amour fou », maxi-plaisir, attrait aussi fort que réjouissant - presque une passion, mais qui n’a cependant pas la lourdeur ou le tragique qu’on attribue en mode romantique à la passion, car on peut kiffer une personne comme un objet, un road-trip comme une chanson, ou une situation, une bière, une couleur, une coupe de cheveux, des baskets, un poème, une casquette, une série, un jeu vidéo ou Mario. Amour, plaisir, désir - mais sans gravité, comme un « j’t’adore ! ».
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.- Présenté par Robert Maggiori, philosophe, membre fondateur
Denis Kambouchner, philosophe
De prime abord, on pourrait penser qu’apprendre n’a rien à voir avec l’envie, si celle-ci fait désirer avoir ou faire ce que l’autre a et fait, que je n’ai pas et que je suis incapable de faire. Pour qu’il y ait envie, il faut qu’il y ait « quelque chose » qui ne soit pas moi, une altérité. Dès lors, apprendre, quand cela ne dépend pas de la nécessité - je suis bien obligé d’intégrer les règles de la circulation et le sens des panneaux routiers, si je tiens à rouler en voiture - pourrait dépendre plutôt de la volonté, et pas de l’envie. Il arrive pourtant qu’on avoue « n’avoir envie de rien », pas même d’avoir envie, et qu’on se trouve dans une telle apathie qu’on se lasse même de porter son corps et qu’on laisse voguer son esprit, à la dérive. On a alors une sorte d’affaissement général de la volonté, une aboulie qui empêche d’aller où que ce soit, empêche surtout d’aller vers ce qui est nouveau, vers ce qu’on découvrira, vers ce qu’on ne sait pas - en quoi consiste apprendre. Une telle indifférence à tout semble de nos jours s’être étendue, et sans doute s’est-elle confortée elle-même dans l’idée que, désormais, tout ce qu’il y a à savoir est là, disponible en un instant, un clic - et qu’il n’est donc plus utile d’apprendre, puisque je puis savoir sans avoir, de moi-même, rien appris.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. Corps sportif, corps esthétique // Robert Maggiori, Elsa Ballanfat, Isabelle Queval, Jean-Christophe Maillot
23/03/2026 | 1 h 28 minC’est en passant par la porte de Dipylon, au nord-ouest d’Athènes, qu’on arrivait après deux kilomètres à peine, à l’Académie que Platon avait ouvert après la mort de Socrate. Dans l’enceinte de la propriété, se trouvaient un grand jardin, plusieurs autels, des portiques, une statue d’Apollon, un sanctuaire dédié à Athéna, quelques habitations, des salles de cours et un gymnase. Tout semblait être voué à l’éducation, dont les lieux mêmes suggéraient qu’elle devait être indissociablement religieuse, citoyenne, physique et intellectuelle. Venus de toutes la Méditerranée, les étudiants – dont quelques femmes, comme en témoigne Diogène Laërce – remplissaient leurs devoirs religieux, suivaient les leçons théoriques, apprenaient la gymnastique, la lutte, le pancrace, le lancer, la course, et, sous les portiques, lieux de rencontre et d’échange, ils parachevaient leur formation civique par l’art de la discussion publique. Ces activités étaient toutes portées par le même idéal: celui de l’équilibre – équilibre entre ce qu’on demande aux dieux par des offrandes et ce qu’on peut en obtenir, équilibre entre développement physique (gymnastikē) et développement intellectuel (mousikē), équilibre entre les différentes parties de l’âme dans le corps
[...]
Le corps sportif, dès lors, soumis à la régularité de l’effort, à la musculation, à l’entraînement, pourrait s’éloigner du corps esthétique, d’autant que chaque sport nécessite une attention particulière au développement de tel ou tel muscle, telle partie du corps, qui fait que le corps d’une sauteuse en hauteur ou d’un lanceur de disque n’est pas celui d’une haltérophile ou d’un marathonien. On notera d’abord que le corps esthétique, associé à la peinture, au cinéma, à la mode, est soumis à la rotation incessante des critères – si bien qu’un martien soudainement tombé sur Terre à qui l’ont montrerait des nus de Rubens, de Bonnard ou de Modigliani, quelques films de Fellini, Pasolini ou Fassbinder, ne saurait pas vraiment ce qu’est la beauté idéale d’un corps, féminin ou masculin. Aussi prendre soin de son corps afin de le rendre moins réceptif à ce qui pourrait l’abîmer et davantage conforme à nos propres desiderata, hygiéniques, cosmétiques, esthétiques, est-il moins usant et périlleux que de vouloir l’alléger, le muscler, le maquiller, le modifier, pour qu’il réponde aux normes fixées par la société, lesquelles changent toutes les saisons comme changent les modes, ou par l’idéologie (on se souvient de la manière dont nazisme et fascisme, par l’obligation d’activités gymniques et sportives, ont voulu imposer au corps une forme esthétique musclée correspondant à la force et la puissance des politiques qu’ils mettaient en œuvre). Le corps sportif ne peut cependant pas renoncer à toute esthétique, parce qu’il possède tout à la fois les dimensions du jeu (on dit bien «jouer» au football), de la guerre (l’agon, la compétition), du travail (l’effort) et de l’art (gymnastique rythmique, patinage artistique…). Aucune de ces dimensions ne peut être enlevée: si on ôte les règles du jeu, sur le terrain c’est la guerre, si on ôte la compétition, reste le jeu mais disparaît le «match», etc. Aucun sport, autrement dit, ne peut renoncer à être aussi un art. Et là se trouve le facteur qui d’une certaine façon «contraint» le corps sportif à se rendre esthétique: à savoir que l’esthétisation du geste sportif rend celui-ci plus performant. Si on lançait un javelot comme ça, juste devant soi, il n’irait pas loin: la puissance de la course d’élan, le «pas croisé» et le blocage de la jambe avant, la rotation du buste, l’alignement du pied, du genou, de la hanche et de l’épaule, la sublime semi-ellipse que dessine le bras… voilà ce qui propulse la lance au plus loin. Tout corps sportif, autrement dit, est un corps esthétique – mais on ne sait pas si la réciproque est toujours vraie.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.- La conférence magistrale, de Siri Hustvedt, donnée dans le cadre du Prix de la Principauté remis conjointement par La Fondation Prince Pierre et Les Rencontres Philosophiques de
La conférence s'est tenue le 17 octobre 2025 au Théâtre des Variétés, Monaco
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Siri Hustvedt est auteure d’un recueil de poésie, de six recueils d’essais et de sept romans dont «The Blazing World», sélectionné pour le Man Booker Prize et lauréat du Los Angeles Book Prize for Fiction. Son travail est au croisement entre littérature, philosophie, neurosciences et psychanalyse, lui a valu de prestigieuses distinctions tels que l’International Gabarron Prize for Thought and Humanities, le Prix européen de l’essai de la Fondation Charles Veillon, le Prix de littérature de l’American Academy of Arts and Letters, and le prix Princesse des Asturies en Espagne.
Née dans le Minnesota et installée à Brooklyn (New York), Siri Hustvedt s’impose comme une voix majeure de la scène intellectuelle internationale.
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La Fondation Prince Pierre de Monaco et les membres fondateurs des Rencontres Philosophiques de Monaco prennent ensemble l’engagement de décerner chaque année le Prix de la Principauté à un auteur pour l’ensemble de son œuvre philosophique, honorant ainsi une vie d’écriture en philosophie, une œuvre singulière qui a ouvert des voies inédites dans le domaine de la philosophie et engagé des approches différentes de la science, de la politique, de la théologie, de l’histoire, de l’anthropologie, de l’éthique ou de la psychanalyse. Le lauréat du Prix de la Principauté est invité à donner une conférence suivant la remise du Prix.
Décerné conjointement par les Rencontres Philosophiques et la Fondation Prince Pierre de Monaco, le Prix de la Principauté 2025 a été décerné à Siri Hustvedt le mardi 14 octobre 2025 à Monaco.
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Conférence surtitrée en français.
Texte traduit de l’anglais par Cécile Dutheil de la Rochère.
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Les Rencontres Philosophiques de Monaco ont l'ambition de créer un "lieu" inédit donnant l'hospitalité aux penseurs français et étrangers qui aujourd'hui la nourrissent de leurs recherches, et accueillant le public le plus large, à qui la philosophie apporte les outils de réflexion nécessaires pour comprendre le monde, la société, les autres et soi-même. Chaque conférence est disponible en podcast avec Philomonaco. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
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