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    La rédemption // Raphael Zagury-Orly, Delphine Horvilleur, Vincent Delecroix,

    30/1/2026 | 1 h 28 min
    Les rites et les pratiques religieuses présentent bien des analogies formelles. Quelle que soit la religion, on y trouve des initiations, des prières, des offrandes, des sacrifices, des lectures des textes sacrés, des célébrations, des fêtes, des chants et des hymnes, des lieux destinés au rassemblement des fidèles. Ce qui distingue telle religion d’une autre, et qui fait le cœur vivant de chacune, c’est la forme et le contenu du salut qui dans le rapport à l’Absolu, à la Transcendance, à Dieu, au Prophète, au Messie, au fils de Dieu, est proposé aux hommes, soit la libération ou la délivrance du mal qui de quelque façon est inhérent à la condition humaine, en raison d’un péché originel, de l’emprise d’un monde jugé mauvais, de la fatalité du temps cyclique et du cycle des renaissances, des souffrances de l’exil, tant physique que métaphysique, d’une «couverture des fautes» non-advenue ou encore de l’imperfection même de l’humanité, rachetée par l’amour et le pardon divins. Chaque religion définit de façon propre le salut, qu’il s’agisse du salut individuel ou du salut collectif, et dessine avec précision les voies qui y conduisent, par adhésion à l’ordre cosmique régi par les dieux (anciennes religions ou cosmogonies mésopotamiennes), l’affranchissement du temps cyclique (sagesses ou religions extrême-orientales) ou la participation à la vie divine (religions monothéistes). Mais dans le langage courant, les termes mêmes de salut et de rédemption gardent une certaine ambiguïté. Parce qu’une certaine parenté sémantique rapproche le salut que l’on donne en saluant du salut que réalise le sauveur, ou parce que le salus – la santé en latin, la conservation de la vie – mêle salut comme délivrance et salut comme plénitude. Quant à la notion de rédemption, elle garde une origine «matérielle» qui lui pèse: le rachat – redemptio: de re- (en arrière, de nouveau) et emere (acheter, acquérir) – se rapportait dans l’Antiquité au prix que l’on devait payer pour libérer un esclave ou racheter un prisonnier, à l’acquisition, moyennant finances, d’une charge publique, à l’amende que l’on payait pour remplacer une peine corporelle, au rachat par un proche d’un bien familial vendu, voire au devoir de venger la vie ou l’honneur offensé d’un membre de sa famille. Aussi la distance apparaît-elle grande entre ces «affaires d’argent» et le pur amour, la bonté, la miséricorde, le sacrifice, le pardon, par lequel Dieu effectue le rachat du péché originel, la «rédemption des péchés» (catholicisme), la «couverture des fautes», qui donne à l’homme qui se repent la possibilité de repartir dans la recta via (judaïsme), ou, pour les fidèles qui savent l’adorer de façon sincère et exclusive et se soumettre à sa volonté, la préservation spirituelle contre les péchés et la béatitude éternelle (islam).[...] Comment (et faut-il) les séparer de leur dimension eschatologique? A la notion de «rédemption messianique» (Erlösung), Walter Benjamin associait celle de «remémoration» (Eingedenken). Il invitait par là à changer le regard, à le retourner, à concevoir la rédemption comme remémoration/commémoration des vaincus du passé, des oubliés, des effacés, des sans-voix, auxquels un pacte secret nous lie ou devrait nous lier, qui nous fait devoir de réparer les injustices et les souffrances subies. C’est dans la prise en compte des maux déjà faits, des causes de l’irréalisation des utopies sociales, que peut se forger la volonté non de restaurer le passé, mais de transformer un tant soi peu le présent de sorte que le salut des hommes, des femmes, des êtres vivants – ou simplement une vie meilleure, une vie décente pour tous et toutes – soit encore possible.

    Robert Maggiori

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    La perversion // Robert Maggiori, Sophie Chauveau, Marc Joly, Laurie Laufer

    09/1/2026 | 1 h 40 min
    Il n’est de perversion qu’en rapport à un ordre – religieux, politique, social, moral, sexuel. A la fin de son Tristan, venu au jour dans les années 1155 et 1175, le poète normand Thomas salue les amants, les rêveurs, les sentimentaux, les voluptueux et les «purvers» qui ont écouté ses vers, et parle de Tristan et d’Yseut comme d’«amanz purvers», précisément parce, tenant de la «folie», leur liaison va à l’encontre de toutes les lois de la société et pervertit le «droit ordre» représenté par la cour du roi Marc. Dans la Divine comédie, par «gente perverse», Dante désigne les païens, fourvoyés hors de la voie religieuse, et nomme «pervers» Lucifer, qui a bafoué tous les ordres en bafouant celui de Dieu. Génériquement, la perversion – de per, indiquant le «travers» (traverser, aller de travers, dériver, prendre à l’envers), et volgere, tourner – est une déviation, une «dé-route», un éloignement, un abandon plus ou moins délibéré des normes sociales en vigueur, majoritairement partagées, cimentées par des principes, véhiculées la tradition, ou encore une altération, jugée néfaste, sinon maladive, d’un processus psychique, d’un sentiment, d’un comportement. Les coutumes, les valeurs et les modes de vie variant sans cesse, cependant, les normes aussi changent: les rapports amoureux avec des enfants n’étaient guère «déviants» dans l’Antiquité grecque, mais aujourd’hui la pédophilie compte parmi les perversions. Une étude des usages linguistiques du terme montrerait que son spectre sémantique est extrêmement ample: ainsi peut-on parler d’un mécanisme pervers, en sociologie des «effets pervers» d’une théorie (non calculés, non pris en compte, inattendus), d’une perversion du goût ou de l’odorat causée par certaines pathologies, de perversion du jugement, de perversion des principes démocratiques, et donner à pervers le sens de malin, diabolique, erroné, scélérat, dépravé, perturbé, hostile, douloureux, infecté, violent, déchirant, etc. C’est sa signification sexuelle qui est cependant devenue hégémonique. A son orée, la science médicale a souvent jugé les pervers sexuels comme de possibles personnes dégénérées, tarées, porteuses d’anomalies héréditaires, proches de celles que l’on considérait être constitutionnellement malignes ou criminelles. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle – neuf ans avant que Freud ne publie en 1905 les Trois essais sur la théorie de la sexualité – que dans son célèbre Psychopathia sexualis (1886), le psychiatre viennois Richard von Krafft-Ebing établit le liste de toutes les perversions connues (en introduisant, par référence à l’écrivain Leopold von Sacher-Masoch, les notions de sadisme et de masochisme), ouvrage dont il faut rappeler qu’il est écrit dans une langue volontairement «savante» (certains passages sont en latin) susceptible de décourager toute malsaine curiosité, qu’était destiné à servir de manuel de référence aux médecins légistes, aux criminologues et aux magistrats, et qu’il contient certains «énoncés» ou postulats dont on à peine à croire qu’ils soient ceux sur lesquels Freud dit avoir «appuyé» les siens dans les Trois essais: «Le membre viril est destiné à être introduit dans le vagin. [...]

    Dès lors le «pervers narcissique» attire davantage l’attention, parce que s’y révèle moins un trouble clinique qu’une pathologie relationnelle dans laquelle chacun(e), à son contact, peut être «pris(e)», et où le «respect de l’autre» n’existe pas. S’il n’était que narcissique, le sujet ne ferait que s’auto-estimer, se complaire et se survaloriser – mais, pervers, il dévalorise l’autre, exploite ses sentiments, soient-il d’amitié, d’amour ou de collaboration, utilise toutes les stratégies aptes à faire passer ses proches pour responsables de son mal-être, de ses propres souffrances, et jouit s’il y réussit. Là où fleurit ce type de perversion, périt toute possibilité d’ «être-ensemble».
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    La fidélité // Raphael Zagury-Orly, Christine Détrez, Alice Ferney, Laurence Hansen-Løve

    01/12/2025 | 1 h 34 min
    Présenté par Raphael Zagury-Orly, philosophe et membre fondateur

    Avec
    Christine Détrez, sociologue et professeure
    Alice Ferney, auteure
    Laurence Hansen-Løve, philosophe

    Parfois elle est de chien. Une fidélité sans faille, dense, intense, poisseuse, comparable, pour reprendre l’image de Merleau-Ponty, à ce miel épais qui colle à la cuiller. Elle est celle des hommes et des femmes qu’une foi (fides) inébranlable, rétive à toute critique, aveugle, porte au dogmatisme. Mais l’être humain, né d’autres et par d’autres accueilli, n’a pas en lui-même les ressources pour s’extraire de la déréliction, donner un sens et une direction à sa vie. Aussi est-il appelé à s’ouvrir à autrui, à donner et recevoir, à se lier à une personne, intégrer une communale de personnes, adhérer à un idéal. La fidélité «sociale», si elle n’est pas infectée de fanatisme, a d’abord ce sens: une personne est fidèle lorsque, en premier lieu, elle trouve une cause à laquelle se dédier, lorsqu’elle se voue volontairement et complètement à elle, et lorsqu’elle exprime son dévouement de façon efficiente et constante, en agissant en faveur de la dite cause. Une telle fidélité ne peut être ni suscitée, ni «exigée», ni contrainte: elle tient aux valeurs que l’on a faites siennes, aux devoirs que l’on croit moralement juste de suivre, à la «voix de la conscience», comme on disait jadis. En ce sens elle est réalisation morale et témoignage de liberté, si elle parvient à associer volonté et raison. Elle peut alors elle-même éviter d’abord de se muer en asservissement, en cette «dédition» médiévale qui liait le vassal au suzerain, [...] Dès lors, on peut estimer que l’infidélité n’est pas plus un vice que la fidélité n’est en soi, une vertu. Si elle se porte sur un lien et une mémoire, la fidélité, en elle-même, ne «fait (crée) pas le bien», mais prend soin d’une relation que soude, au sein d’un couple par exemple, l’amour, lequel est certes une vertu, productrice de bien – mais non pas comme amour, comme état, mais comme fait d’aimer, comme élan qui sort de soi même (dans le deux sens: issu de soi, portant hors de soi), et dont personne d’autre que le sujet n’est «responsable». Lorsqu’une personne cesse d’en aimer une autre, pour toutes les raisons possibles et imaginables, personne de la déclare «infidèle». Justement parce que l’infidélité et la fidélité se définissent toujours par rapport à un lien, une relation, cimentée par un oui, par une promesse, par un pacte. L’être volage, par exemple, n’est ni fidèle ni infidèle, car, folâtrant au gré des désirs et des plaisirs, il n’a rien promis à personne ni signé aucun contrat moral. Il appert ainsi que l’infidélité n’est guère une méchanceté, au sens où l’infidèle provoquerait volontairement chez l’autre le mal et la souffrance: elle est une déchirure de contrat – la langue italienne le montre bien, qui nomme fedifrago/a l’infidèle, celui/celle qui brise (frangere) le pacte (foedus) – dont il sera certes difficile d’expliquer les motifs, une rupture de l’alliance qui avait crée la relation et qui, bien évidemment, peut susciter, chez soi-même, mésestime, regrets et remords, pour n’avoir pas tenu la promesse, et, chez l’autre, qui vivait dans la confiance et continuait à nourrir d’amour l’union, la plus grande la déception, l’infinie tristesse, une indicible douleur, le désespoir, tous les tourments imaginables, sinon un désir de vengeance. D’où il ressort que ni la fidélité ni l’infidélité ne sont décisives, bien que l’une conforte l’union et la cohésion – y compris l’union des vauriens, si elle est fidélité à une secte nocive ou à un gang mafieux – et l’autre apporte brutalement discorde, embrouilles et malheurs. L’important c’est d’aimer, l’important est de ne pas faire du mal aux autres, ne pas mépriser, ne pas humilier, ne pas blesser, ne pas meurtrir, ne pas tarir les sources de vie.
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    Frères et soeurs // Robert Maggiori, Stéphanie Haxhe, Gabrielle Radica, David Foenkinos

    01/12/2025 | 1 h 37 min
    Présenté par Robert Maggiori
    Avec Stéphanie Haxhe, docteure en psychologie clinique et thérapeute, Gabrielle Radica, philosophe et David Foenkinos, auteur.

    Les mots se sont perdus. Dès lors on aime son mari comme on aime les chips ou son chien, on aime le cinéma comme on aime sa sœur, on aime un ami comme on aime un(e) amant(e). Les Grecs, on le sait, avaient une dizaine de termes pour distinguer les diverses formes d’amour et d’attachement, et employaient storgê – et non eros, philia ou agapé – pour qualifier le lien parental, l’amour des parents pour leurs enfants, et, par extension l’amour entre frères et sœurs (et même entre amis d’enfance, faisant comme partie de la famille). Mais cela ne renseigne guère, ou peu – il n’y aurait pas d’eros dans storgê, mais philia pourrait certainement s’y associer – sur la nature, la forme, l’intensité, la qualité du lien qui attache frères et sœurs.
    Ce lien est une donnée indéfectible, parce que de sang et parce qu’il ne peut être supprimé par aucune institution, même divine, quand bien même frères et sœurs n’auraient plus aucune relation effective, et possède en outre une extension maximale, pouvant d’un côté toucher l’amour proprement dit, alors incestueux, et, de l’autre, la totale indifférence, voire l’inimitié ou la haine. On constate que ce sont ces formes extrêmes là qui sont majoritairement représentées dans les textes sacrés, les mythes, les tragédies, le roman, l’art, le cinéma… Dans l’Ancien Testament, Caïn, le premier fils d’Adam et d’Eve, tue son frère Abel, dans la mythologie grecque, les fratricides et les sororicides sont aussi fréquents que les parricides, les uxoricides ou les filicides, dans la mythologie romaine, la fondation de Rome est scellée par le meurtre de Remus par son frère Romulus… A l’autre extrême, celui de l’amour, Zeus, le roi des dieux, épouse Héra, sa sœur, Osiris et Isis, deux des divinités majeures de l’Égypte antique, sont frères et sœurs, mais aussi mari et femme. Dans la réalité cependant, d’où ne sont exclues ni les relations passionnées d’amour incestueux, ni les plus féroces haines qui minent et font exploser la fratrie et la sororie – en un seul mot : l’adelphie – qu’en est-il de la nature du lien fraternel et sororal ? Qu’est en fait la fraternité/sororité ? N’est-elle nourrie que de tendre et ineffaçable affection, de soutien réciproque, d’équité, de loyauté, de mutualité ? Quelles sont les potentialités propres à ce rapport de sang, quelles fissures peut-il laisser apparaître, dues à des contextes inappropriés, des difficultés intra-familiales, des carences de confiance mutuelle, des séparations ou des éloignements, l’étouffement d’être sans cesse ensemble en un même lieu – ce qui avec le temps peut se muer en souffrances, en pathologies de la jalousie et de la rivalité, en blessures que rien ne peut plus cicatriser ? Pourquoi la fraternité est-elle devenue une valeur morale, complétant l’égalité et la liberté, alors que « sororité », hors des cercles féministes, est resté un terme, presque inusité ?
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    T’es grave stylé ! // Sébastien Talon

    21/11/2025 | 44 min
    Présenté par Sébastien Talon

    Lors d’une soirée, à un flagorneur qui le complimentait en lui disant «Que vous êtes élégant!», Lord Brummel répondit: «Pas assez, puisque vous l’avez remarqué!». La réponse est stylée, mais dit aussi, en creux, ce qu’est le style: ni trop ni pas assez, ni moyenne entre les deux! «Sapé comme jamais»: ça se voit, comme se voyait le costume du dimanche. «Sapé comme toujours»: ça se voit aussi, hélas, comme la veste qu’on porte tous les jours. Trop de tons fait affèterie, absence d’accents fait banalité. Alors si l’habit fait le moine, quand fait-il le style? Du jardin la rose est reine: elle a la beauté, non le style, et fait de l’ombre à toutes les autres plantes. Les fleurs des champs, elles, sont toutes de couleurs différentes, mais jamais elles ne «jurent» entre elles: elles sont stylées, et sont même la vérité esthétique du pré. Le style, c’est la vérité de la forme, qui apparaît sans ostentation, sans «mise en place», sans préparation – un peu comme les figures de la gymnaste, si fluides qu’elles ne laissent plus voir les exercices préparatoires. Il suffit de lire cinq lignes pour reconnaitre un texte de Proust, et regarder cinq centimètres carrés d’une toile pour reconnaître un tableau de Pollock: le style, c’est la signature. Aussi, qualifier de stylée la manière dont une personne s’habille, équivaut à dire: c’est bien toi, je te reconnais! Mais on sait aussi hélas qu’une signature peut être falsifiée…

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À propos de Philomonaco

Les Rencontres Philosophiques de Monaco ont l'ambition de créer un "lieu" inédit donnant l'hospitalité aux penseurs français et étrangers qui aujourd'hui la nourrissent de leurs recherches, et accueillant le public le plus large, à qui la philosophie apporte les outils de réflexion nécessaires pour comprendre le monde, la société, les autres et soi-même. Chaque conférence est disponible en podcast avec Philomonaco. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
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Generated: 2/5/2026 - 6:12:05 AM