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Pourquoi les États-Unis sont-ils à ce point obsédés par Cuba ? Pourquoi cette île des Caraïbes, à seulement 150 kilomètres de la Floride, continue-t-elle de provoquer à Washington des réactions aussi durables ? Des déclarations récentes de Donald Trump sur l’idée de « reprendre » Cuba jusqu’à la mémoire brûlante de la crise des missiles de 1962, cette histoire montre que Cuba n’est pas un simple voisin gênant : c’est un point de fixation ancien et profond dans l’histoire américaine.
Pour comprendre cette obsession, il faut remonter bien avant Fidel Castro, bien avant Kennedy, bien avant la guerre froide. Dès le début du XIXe siècle, de grands responsables américains considèrent déjà que Cuba doit naturellement tomber dans l’orbite des États-Unis. Sa position géographique est décisive : l’île verrouille l’entrée du golfe du Mexique, surveille les routes maritimes du sud des États-Unis et occupe une place majeure dans les Caraïbes. À cela s’ajoutent très tôt les intérêts économiques : sucre, tabac, commerce maritime, investissements. Très vite, Cuba devient dans l’imaginaire américain bien plus qu’une île étrangère.
Cette ambition prend un tournant décisif en 1898, au moment de la guerre hispano-américaine. Officiellement, les États-Unis viennent libérer Cuba de la domination espagnole. En réalité, ils installent rapidement une tutelle politique, militaire et économique sur l’île. L’amendement Platt leur donne le droit d’intervenir à tout moment, et la base de Guantánamo devient le symbole durable de cette domination. Pendant des décennies, Cuba vit donc dans l’ombre de Washington.
Tout bascule en 1959 avec l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro. Pour les États-Unis, le choc est immense. Très vite, la rupture s’aggrave : nationalisations, sanctions, embargo, échec de la baie des Cochons, opérations clandestines de la CIA. Cuba devient alors un enjeu central de la guerre froide, et Nikita Khrouchtchev comprend qu’il peut s’en servir pour rééquilibrer le rapport de force nucléaire avec Washington.
C’est dans ce contexte qu’éclate la crise des missiles de Cuba en octobre 1962. Les photos prises par le U-2 du major Richard Heyser révèlent la présence de rampes soviétiques capables de frapper le territoire américain en quelques minutes. Pendant treize jours, le monde vit au bord de la guerre nucléaire. John Fitzgerald Kennedy réunit l’ExComm, hésite entre bombardement, invasion et blocus, pendant que Castro, Khrouchtchev et les militaires des deux camps avancent vers l’abîme. Au même moment, un sous-marin soviétique, le B-59, manque de déclencher l’irréparable.
Mais l’histoire ne s’arrête pas en 1962. Après la crise, les États-Unis renoncent à envahir Cuba, mais poursuivent une autre stratégie : l’étranglement économique. L’embargo devient l’instrument principal d’une politique qui dure encore aujourd’hui. Malgré la fin de l’Union soviétique, malgré la mort de Fidel Castro, malgré les ouvertures engagées par Barack Obama et sa rencontre avec Raúl Castro en 2016, la logique de confrontation n’a jamais complètement disparu.
À travers Kennedy, Fidel Castro, Che Guevara et jusqu’à Donald Trump, ce récit montre que Cuba n’est pas seulement un dossier diplomatique. C’est un miroir dans lequel les États-Unis voient leurs ambitions, leurs peurs, leurs humiliations et les limites de leur propre puissance. Entre guerre d’indépendance, explosion du Maine, amendement Platt, révolution castriste, embargo américain, crise des missiles, exil cubain à Miami, Obama, Trump et tensions contemporaines, cette plongée raconte comment une petite île est devenue, pour la première puissance mondiale, une blessure ouverte.
Un podcast de Tim Girard.