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Autrement l'Histoire

Tim Girard
Autrement l'Histoire
Dernier épisode

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  • Autrement l'Histoire

    La pierre de Rosette : comment les hiéroglyphes ont-ils enfin été déchiffrés ?

    19/07/2026 | 59 min
    Pendant près de quinze siècles, les hiéroglyphes égyptiens sont restés muets. Des milliers d’inscriptions recouvrent les temples, les tombeaux et les statues, mais plus personne ne sait les lire. Les noms des pharaons, les récits de leurs victoires, leurs prières et leurs lois sont toujours là, gravés dans la pierre, sans que personne ne puisse les comprendre.
    Tout bascule en juillet 1799, lorsqu’un lieutenant français découvre par hasard un étrange bloc de granodiorite lors de travaux militaires près de la ville de Rosette, dans le delta du Nil. Sur cette pierre figurent trois écritures différentes : des hiéroglyphes, du démotique et du grec ancien. Sans le savoir, les soldats viennent de mettre au jour l’un des objets les plus importants de toute l’histoire de l’archéologie.
    Mais retrouver la pierre ne suffit pas. Encore faut-il comprendre ce qu’elle raconte. Commence alors une véritable course scientifique qui va durer plus de vingt ans. Français, Britanniques et Suédois tentent chacun leur tour de percer le secret des hiéroglyphes. Tous progressent. Tous se trompent aussi. Car le véritable défi n’est pas seulement de reconnaître quelques signes : il faut comprendre le fonctionnement d’une écriture vieille de plusieurs millénaires.
    Au cœur de cette aventure se trouve un jeune Français passionné de langues anciennes : Jean-François Champollion. Grâce à une méthode révolutionnaire, à sa connaissance du copte et à des années d’un travail acharné, il parvient en 1822 à résoudre une énigme qui résistait depuis la disparition de l’Égypte des pharaons. Son exploit ne consiste pas simplement à traduire une pierre célèbre : il redonne une voix à toute une civilisation.
    Dans cet épisode, nous revenons sur l’incroyable histoire de la pierre de Rosette, depuis sa découverte pendant l’expédition d’Égypte de Bonaparte jusqu’à son arrivée au British Museum. Nous découvrons pourquoi les grandes puissances européennes se passionnent alors pour les antiquités, comment naît l’égyptomanie, pourquoi les musées deviennent des symboles de prestige et comment une simple stèle devient l’objet d’une véritable bataille intellectuelle entre les plus grands savants d’Europe.
    Vous découvrirez également les travaux de Silvestre de Sacy, d’Åkerblad, de Thomas Young et le rôle essentiel joué par Joseph Fourier, Vivant Denon et Jacques-Joseph Champollion dans cette extraordinaire aventure scientifique. Nous verrons comment les hiéroglyphes fonctionnent réellement, pourquoi les voyelles n’étaient généralement pas écrites, comment Champollion utilise les cartouches de Ptolémée et de Cléopâtre pour faire avancer ses recherches, avant de comprendre que toute l’écriture égyptienne repose sur un système beaucoup plus complexe qu’un simple alphabet.
    Enfin, nous nous intéresserons à l’héritage de cette découverte. Le déchiffrement des hiéroglyphes marque la naissance de l’égyptologie moderne et ouvre l’accès à plus de trois mille ans d’histoire racontés, pour la première fois, par les Égyptiens eux-mêmes. Aujourd’hui encore, des archéologues poursuivent leurs recherches sur les rives du Nil, de nouvelles tombes continuent d’être découvertes et les progrès de la génétique ou de l’imagerie permettent d’en apprendre toujours davantage sur cette civilisation fascinante.
    L’histoire de la pierre de Rosette est celle d’un hasard extraordinaire, mais surtout de femmes et d’hommes qui ont consacré leur vie à comprendre un monde disparu. Une aventure scientifique, humaine et historique qui a définitivement changé notre connaissance de l’Égypte antique.
    Un récit de Tim Girard
  • Autrement l'Histoire

    La guerre de Troie a-t-elle vraiment eu lieu ? L’enquête derrière l’Iliade et l’Odyssée

    12/07/2026 | 1 h 23 min
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    La guerre de Troie a-t-elle vraiment eu lieu ? Derrière cette question, il y a l’un des plus grands récits de toute l’histoire humaine. Une ville imprenable, des murailles gigantesques, une femme dont la beauté aurait déclenché une guerre, des rois venus de toute la Grèce, des héros devenus légendaires, des dieux qui interviennent dans la bataille, et ce fameux cheval de bois qui aurait permis aux Grecs d’entrer dans la cité après dix années de siège. Tout le monde connaît Troie, au moins par fragments. Achille, Hector, Ulysse, Hélène, Pâris, Agamemnon, Priam : ces noms traversent les siècles comme s’ils appartenaient à une mémoire commune.
    Mais que reste-t-il lorsque l’on quitte le mythe pour entrer dans l’enquête ? Troie a-t-elle existé ? Une guerre a-t-elle opposé des Grecs venus de l’autre côté de la mer à une cité d’Anatolie ? Et si un conflit a bien eu lieu, ressemble-t-il à ce que raconte Homère ?
    Dans cet épisode, nous commençons par entrer dans le monde du poème. Au cœur de la bataille, les Troyens menés par Hector repoussent les Grecs jusqu’à leurs navires. Achille, humilié par Agamemnon, refuse toujours de combattre. Alors un autre guerrier revêt ses armes, prend la tête des Myrmidons et surgit dans la mêlée. Dans la poussière, personne ne distingue son visage. On voit seulement le casque, le bouclier, les chevaux, la silhouette terrible d’Achille. Toute la plaine croit voir revenir le plus grand des Grecs. Les Troyens reculent, les Grecs reprennent espoir, et Hector se prépare à affronter celui qu’il pense être son ennemi le plus redoutable. Mais sous les murailles de Troie, le destin bascule. Le héros tombe. Et lorsqu’Hector découvre que ce n’était pas Achille, mais Patrocle, il comprend que cette victoire risque de réveiller une fureur plus dangereuse encore.
    Après le récit, place à l’enquête historique. Homère était-il un homme, un poète, ou le nom donné à une tradition plus vaste ? L’Iliade raconte-t-elle toute la guerre de Troie, ou seulement un moment précis de cette histoire ? Pourquoi le cheval de Troie n’apparaît-il pas dans l’Iliade comme on l’imagine souvent ? Et que peut-on faire d’un texte transmis par la mémoire, le chant, les aèdes, plusieurs siècles après les événements supposés ?
    Nous suivrons ensuite Heinrich Schliemann, l’homme qui pensait avoir retrouvé Troie au XIXe siècle. À Mycènes, il croit reconnaître le visage d’Agamemnon dans un masque d’or. À Hisarlık, en Turquie actuelle, il découvre un trésor qu’il attribue à Priam. Ses découvertes sont spectaculaires, mais ses conclusions sont souvent trop rapides. Car l’archéologie retrouve des mondes, murs, des tombes, des incendies, des objets ; et moins les héros des légendes.
    Le site d’Hisarlik, aujourd’hui très largement identifié à l’ancienne Troie, révèle une réalité fascinante : il n’y a pas une seule Troie, mais plusieurs villes superposées. Troie VI offre la grandeur d’une cité fortifiée de l’âge du bronze. Troie VIIa montre une ville plus resserrée, marquée par la crise et détruite violemment au début du XIIe siècle avant notre ère. Est-ce là le souvenir qui aurait nourri la légende ?
    L’enquête nous conduira aussi dans les archives hittites, à la rencontre de Wilusa, peut-être Troie vue depuis l’Anatolie. Ces textes ne racontent pas l’Iliade. Ils ne prouvent ni Achille, ni Hector, ni Hélène. Mais ils montrent que l’ouest de l’Anatolie était un espace politique disputé, où une guerre autour de Troie devient possible.
    Verdict ? Troie est historique. Une guerre est plausible. Mais le récit d’Homère reste un poème. Il n’est ni un simple mensonge, ni une vérité intacte. Il est ce moment mystérieux où l’histoire, la mémoire et le mythe se rejoignent.
    Alors que l’Odyssée revient au cœur de l’actualité culturelle avec le prochain film de Christopher Nolan, Autrement l’Histoire remonte aux sources du mythe d'Homère.
    Un récit de Tim Girard
  • Autrement l'Histoire

    Marc Bloch : pourquoi cet historien a-t-il été panthéonisé ?

    05/07/2026 | 1 h 8 min
    Le 16 juin 1944, en fin de journée, les portes des cellules de la prison de Montluc, à Lyon, s'ouvrent une dernière fois. Une trentaine de prisonniers sont extraits de leurs cellules, menottés deux par deux, puis chargés dans un camion sous la surveillance de la Gestapo. Parmi eux se trouve un homme de cinquante-sept ans, professeur d'université, ancien combattant décoré des deux guerres mondiales et déjà considéré comme l'un des plus grands historiens de son temps : Marc Bloch.
    Une heure plus tard, dans un champ isolé de l'Ain, au lieu-dit Roussille, il est fusillé avec vingt-sept autres résistants.
    Comment l'un des plus grands intellectuels français s'est-il retrouvé face à un peloton d'exécution ? Pourquoi un universitaire reconnu dans toute l'Europe a-t-il choisi de rejoindre la clandestinité, au risque d'y laisser sa vie ? Et surtout, pourquoi son nom continue-t-il d'occuper une place aussi importante dans l'histoire de France ?
    Pour répondre à ces questions, nous remontons le fil de toute son existence.
    Né à Lyon en 1886 dans une famille d'historiens, profondément marquée par la perte de l'Alsace en 1871, Marc Bloch grandit dans une France encore bouleversée par la défaite contre la Prusse et bientôt secouée par l'affaire Dreyfus. Très tôt, il développe une passion pour l'Histoire et intègre l'École normale supérieure avant de poursuivre sa formation en Allemagne, où il découvre des méthodes de recherche qui influenceront durablement son travail.
    La Première Guerre mondiale interrompt brutalement cette brillante carrière naissante. Pendant plus de quatre ans, il combat dans les tranchées, commande des hommes, devient capitaine et est décoré pour son courage. Cette expérience transforme profondément son regard sur les sociétés humaines et nourrit une nouvelle façon de penser l'Histoire.
    Après le conflit, il rejoint l'université de Strasbourg, où sa rencontre avec Lucien Febvre donne naissance à une véritable révolution intellectuelle. Ensemble, ils fondent la revue des Annales et bouleversent durablement la discipline historique. Désormais, il ne s'agit plus seulement de raconter les rois, les batailles ou les traités, mais de comprendre les femmes et les hommes ordinaires, leurs croyances, leur quotidien et les mécanismes profonds qui façonnent les sociétés.
    Ses ouvrages, comme Les Rois thaumaturges, La Société féodale ou encore L'Étrange Défaite, deviennent des références majeures. Marc Bloch s'impose comme l'un des plus grands médiévistes de son époque et rejoint la Sorbonne, où il enseigne à partir de 1936.
    Mais l'Histoire le rattrape une seconde fois.
    Mobilisé en 1939, témoin de l'effondrement de la France en 1940, il analyse avec une lucidité remarquable les causes de cette défaite avant d'être exclu de l'université par le régime de Vichy en raison de ses origines juives. Refusant la résignation, il rejoint la Résistance dans la région lyonnaise, participe à l'organisation des réseaux clandestins, rédige des journaux interdits et devient l'un des responsables des Mouvements unis de la Résistance.
    Arrêté par la Gestapo le 8 mars 1944, torturé puis emprisonné à Montluc pendant plus de cent jours, il continue pourtant d'enseigner à ses codétenus, transformant sa cellule en véritable salle de cours. Jusqu'au bout, il reste fidèle à ce qui a guidé toute son existence : la recherche de la vérité.
    À travers ce récit, c'est toute la vie d'un homme d'exception qui se dévoile. Celle d'un chercheur qui a profondément renouvelé notre manière d'écrire l'Histoire, d'un citoyen qui a refusé de détourner le regard lorsque son pays sombrait dans la barbarie, et d'un résistant qui a payé son engagement de sa vie.
    Plus de quatre-vingts ans après son assassinat,Marc Bloch demeure une référence pour les historiens du monde entier. Son parcours rappelle qu'étudier le passé ne consiste pas seulement à raconter ce qui fut, mais aussi à mieux comprendre le présent,défendre l'esprit critique et ne jamais renoncer à la vérité.
    Par Tim Girard
  • Autrement l'Histoire

    Pearl Harbor : l’attaque surprise qui a fait basculer la Seconde Guerre mondiale

    28/06/2026 | 1 h 13 min
    Petit rappel avant de commencer : si mon travail vous plaît et que vous voulez soutenir Autrement l’Histoire, vous pouvez le faire sur Tipeee. Merci à toutes celles et ceux qui m’aident déjà à faire vivre cette aventure.
    Le 7 décembre 1941, au petit matin, les avions japonais surgissent au-dessus de Pearl Harbor. En quelques minutes, la principale base navale américaine du Pacifique est frappée de plein fouet. Des cuirassés brûlent, des avions sont détruits au sol, des hommes meurent piégés dans l’acier de leurs navires. L’USS Arizona explose et devient le tombeau de plus d’un millier de marins. Cette attaque surprise marque l’un des grands tournants de la Seconde Guerre mondiale.

    Mais Pearl Harbor ne surgit pas de nulle part. Pour comprendre cette journée, il faut remonter bien avant décembre 1941. Il faut revenir à l’ouverture forcée du Japon au XIXe siècle, à sa modernisation rapide sous l’ère Meiji, à ses victoires contre la Chine puis contre la Russie, à son annexion de la Corée et à sa volonté de devenir une grande puissance asiatique. Peu à peu, le Japon cherche à contrôler des territoires capables de lui fournir les ressources dont il manque.

    Face à lui, les États-Unis deviennent eux aussi une puissance majeure dans le Pacifique. Après 1898, ils contrôlent notamment les Philippines et Guam. Les deux pays commercent encore, mais leurs intérêts se croisent de plus en plus dangereusement.
    Dans les années 1930, la situation s’aggrave. Le Japon s’empare de la Mandchourie, puis s’enfonce dans une guerre longue et coûteuse contre la Chine. Son armée a besoin de carburant, de matériel, d’acier, de pétrole. Or le Japon possède peu de ressources naturelles. Une grande partie de son pétrole vient des États-Unis. Lorsque Tokyo avance vers le sud de l’Indochine française en 1941, Washington réagit durement : les avoirs japonais sont gelés et les exportations de pétrole sont interrompues.
    Pour les dirigeants japonais, l’embargo devient un point de rupture. Les réserves existent encore, mais elles ne sont pas illimitées. Attendre, c’est s’affaiblir. Céder aux exigences américaines, c’est renoncer à des années de conquêtes et de sacrifices.
    C’est là qu’intervient l’amiral Isoroku Yamamoto. Il connaît les États-Unis, leur puissance industrielle, leur capacité à soutenir une guerre longue. Il ne se fait pas d’illusions : si le conflit dure, le Japon risque d’être dépassé. À ses yeux, il faut donc frapper vite, fort, dès le début. Pearl Harbor devient alors la cible centrale d’un plan audacieux : traverser le Pacifique en secret avec six porte-avions, lancer une attaque massive contre la flotte américaine, puis gagner plusieurs mois de liberté d’action.
    La préparation est immense. Les pilotes s’entraînent, les cartes d’Hawaï sont étudiées, les torpilles sont modifiées pour fonctionner dans les eaux peu profondes de la rade. Le 26 novembre 1941, la flotte japonaise quitte discrètement le nord du Japon. Elle traverse le Pacifique dans le silence radio, par une route éloignée des voies maritimes habituelles.
    À Hawaï, les Américains savent que la situation avec le Japon est grave, mais ils n’imaginent pas vraiment une attaque aéronavale venue du nord. Ils craignent davantage les Philippines, l’Asie du Sud-Est, ou des actes de sabotage. Les avions américains sont souvent regroupés au sol pour être mieux surveillés. Le radar détecte bien une formation approchant d’Oahu, mais l’alerte est mal interprétée. Quelques minutes plus tard, les premières bombes tombent.
    À court terme, le Japon remporte un succès spectaculaire. Mais ce succès cache déjà ses limites. Les porte-avions américains ne sont pas dans la rade ce matin-là. Les réservoirs de carburant, les ateliers de réparation et les cales sèches de Pearl Harbor restent largement intacts. Plusieurs navires seront renfloués et réparés. Surtout, l’attaque provoque l’entrée totale des États-Unis dans la guerre.

    Un récit de Tim Girard
  • Autrement l'Histoire

    La plus grande catastrophe militaire de Rome à Andrinople ?

    21/06/2026 | 1 h 6 min
    Si vous appréciez ce travail de recherche, d’écriture et de narration, vous pouvez le soutenir sur Tipeee. Chaque contribution aide à financer les recherches et la production des futurs récits historiques.
    Le 9 août 378, près d’Andrinople, l’Empire romain subit l’une des pires catastrophes militaires de son histoire. L’empereur Valens affronte les Goths dirigés par Fritigern et perd non seulement la bataille, mais aussi la vie.
    Tout commence quelques années plus tôt. Les Goths ne sont pas un peuple parfaitement uni. Les deux grands ensembles mentionnés par les sources sont les Tervinges, installés plus à l’ouest, et les Greuthunges, plus à l’est. Une partie importante de ces populations est déjà christianisée grâce à l’action d’Ulfilas, qui crée un alphabet pour transcrire le gothique et traduit les Écritures.
    Vers 370, un nouveau danger surgit : les Huns. Leur origine exacte reste débattue, mais leur arrivée bouleverse tout l’équilibre de la région. Les Greuthunges sont les premiers frappés. Puis les Tervinges sont à leur tour menacés. Athanarictente de résister avant de se replier vers les Carpates. Fritigern choisit une autre voie : demander refuge à l’Empire romain.
    En 376, des dizaines de milliers de Goths franchissent le Danube avec l’autorisation de Valens. L’idée paraît raisonnable : l’Empire manque de soldats et de cultivateurs. Mais l’accueil tourne au désastre. Les responsables romains locaux, Lupicinus et Maximus, détournent les vivres destinés aux réfugiés et les revendent à prix exorbitants. La famine, la corruption et les humiliations transforment rapidement la situation en révolte ouverte.
    En 377, Rome tente de reprendre le contrôle. Valens envoie des troupes d’Orient, tandis que son neveu Gratien dépêche des renforts d’Occident. Les armées romaines essaient de contenir les Goths et les affrontent lors de la bataille des Saules. Le combat est extrêmement meurtrier, mais aucun camp ne l’emporte vraiment. La guerre continue.
    L’année suivante, Valens décide d’en finir avant l’arrivée de Gratien. Ses éclaireurs sous-estiment gravement les forces ennemies et ne voient pas la cavalerie gothique commandée par Alatheus et Saphrax. Le 9 août, l’armée romaine marche sous une chaleur écrasante vers le camp goth. Les négociations s’éternisent, la fumée des incendies allumés autour du champ de bataille gêne les soldats, puis certaines unités romaines attaquent prématurément. Au moment décisif, la cavalerie gothique revient et frappe les flancs romains. L’armée de Valens est encerclée et détruite. Selon le récit le plus souvent retenu par les historiens, rapporté par Ammien Marcellin, Valens est blessé, évacué vers une ferme puis disparaît dans l’incendie du bâtiment.
    La défaite est immense, mais elle ne provoque pas la chute immédiate de Rome. En 379, Gratien nomme Théodose Ier à la tête de l’Orient. Théodose reconstruit l’armée, recrute même des Goths dans les rangs impériaux et, en 382, conclut un traité avec les Goths. Pour certains contemporains, c’est une capitulation déguisée ; pour d’autres, la seule solution réaliste après quatre années de guerre.
    Andrinople marque aussi un tournant religieux. Valens était partisan de l’homéisme, souvent appelé arianisme dans les ouvrages grand public. Après sa mort, beaucoup interprètent la défaite comme un signe divin. Théodose, lui, impose progressivement le christianisme nicéen comme doctrine officielle de l’Empire.
    Le plus important est peut-être ailleurs. Pendant des siècles, Rome avait intégré les étrangers jusqu’à les rendre romains. Après 382, des peuples entiers vivent dans l’Empire tout en conservant leurs chefs et leur identité. Cette évolution prépare le monde qui verra apparaître les royaumes gothiques du Ve siècle.
    Andrinople n’est donc pas le jour où Rome tombe. L’Empire romain d’Orient survivra encore plus de mille ans. Mais la bataille révèle quelque chose de nouveau : même la plus puissante armée du monde peut être vaincue.
    Un récit de Tim Girard
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À propos de Autrement l'Histoire
Derrière les grandes dates de l’histoire, il y a des erreurs, des peurs et des décisions irréversibles. Chaque sujet plonge au cœur d’un moment fort du passé : une bataille, une révolution, une catastrophe, un crime, une croyance, un effondrement. L’objectif n’est pas d’apprendre des dates par cœur, mais de comprendre ce qui se passe, pourquoi ça arrive, et ce que cela change pour la suite. Autrement l’Histoire ne cherche ni à glorifier le passé ni à le juger avec les yeux d’aujourd’hui. Il s’agit de raconter ce qui s’est réellement passé, en s’appuyant sur les sources, tout en restant clair.
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Generated: 7/23/2026 - 4:03:46 AM