78 épisodes
72. Le travail, cette boîte noire que l’IA rouvre - François-Xavier Petit et Nicolas Bartel
26/08/2026 | 1 h 3 minIl y a trois ans et demi, sortait ChatGPT. On nous promettait une vague massive de destructions d’emplois. Elle n’a pas eu lieu. Et rien ne permet aujourd’hui de dire qu’elle aura lieu.
Mais un bouleversement est bien en cours. Moins sur le nombre d’emplois que sur la réalité du travail elle-même.
Dans cet épisode, je reçois François-Xavier Petit, historien et anthropologue, qui dirige l’Institut Matrice, et Nicolas Bartel, associé chez Eurogroup Consulting, en charge du Capital Humain.
Avec eux, je questionne l’impact de l’IA sur les métiers et les compétences. Et ce que l’on observe tient plus du grand déplacement que du grand remplacement : des tâches, des compétences et des niveaux de qualification, avec des écarts parfois difficiles à combler. Un cariste ne devient pas data scientist du jour au lendemain. Et quand un avocat renonce à ses stagiaires parce que « ChatGPT lui suffit », il oublie que le junior d’aujourd’hui est le senior de demain.
On s’interroge aussi sur ce qui fait encore la valeur du travail lorsque la machine produit le livrable en quelques secondes.
On termine cet épisode sur l’impact de l’IA à plus long terme sur l’expertise et le goût de l’effort. On devient professionnel en accumulant de l’expérience, en affrontant la difficulté et en développant des savoir-faire. En nous épargnant systématiquement cet effort, l’IA risque de nous priver d’une partie de ce qui nous permet de devenir et de rester de bons professionnels.
Références
Où trouver Nicolas et François-Xavier
• LinkedIn Nicolas : https://www.linkedin.com/in/nicolas-bartel-93441337/
• LinkedIn François-Xavier : https://www.linkedin.com/in/fran%C3%A7ois-xavier-petit-32994373/
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Dans cet épisode
On a longtemps moqué les plans quinquennaux de la Chine, et cru qu’un régime autoritaire ne pouvait pas vraiment innover. Pourtant, depuis 2021, elle forme plus de docteurs que les États-Unis et la majorité des robots humanoïdes vendus dans le monde sortent de ses usines. Et si, pendant qu’on regardait ailleurs, la Chine avait changé les règles du jeu technologique ?
Dans cet épisode, je reçois Camille Brugier, chercheuse et spécialiste du système d’innovation chinois.
On revient sur la stratégie chinoise : non pas être la première à inventer la technologie de rupture mais diffuser l’IA dans toute son économie, plus vite que tout le monde. C’est ainsi, dit-elle, qu’elle compte devenir la première puissance mondiale.
On aborde aussi les vecteurs de cette diffusion. L’open source, d’abord : pour la Chine, pas un geste d’ouverture mais un levier, plus une IA est adoptable, plus elle crée de la dépendance et fait transiter des données. La logique que Camille résume ainsi : se départir de ses propres dépendances tout en en créant chez les autres. Le robot humanoïde ensuite, pensé pour combler le déficit démographique, mais aussi pour remplacer à terme les machines-outils que l’Europe et les États-Unis exportent au monde.
On évoque aussi la main de la Chine sur les métaux critiques, sans lesquels une large part de l’industrie européenne s’arrête. Et les questions que posent le déploiement massif d’une IA qui parle à nos citoyens et leur souffle une vision du monde qui n’est pas la nôtre.
Références
Où trouver Camille :
• LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/camille-brugier-chine/
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Dans cet épisode
L’IA accélère massivement la production. Des dossiers qui prenaient des semaines se bouclent en quelques heures. Mais la prise de décision, elle, n’a pas accéléré. Ce déséquilibre ne crée pas un problème nouveau mais révèle un goulot d’étranglement que les organisations portaient déjà, masqué jusqu’ici par le temps nécessaire pour produire les dossiers.
Pour ce troisième épisode de la Collection Particulière avec Eurogroup Consulting, je reçois Jean-Baptiste Annat, associé du cabinet, spécialiste de la transformation managériale et des nouveaux modes de travail et Éric Salobir, président de la Human Technology Foundation et conseiller du Vatican sur les questions d’intelligence artificielle, qui a notamment contribué à l’encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV.
On aborde ce paradoxe de la vitesse et de ce qu’il implique pour les dirigeants : quand les équipes produisent plus vite que l’organisation ne peut décider, c’est tout le système de délégation et de pilotage qu’il faut repenser. Jean-Baptiste y voit l’obligation pour les dirigeants de construire des systèmes de décision aussi agiles que leurs capacités de production sont devenues rapides.
On revient sur l’écart entre travail prescrit et travail réel, un angle que les deux invités considèrent comme un angle mort des stratégies de déploiement. Éric rappelle que les collaborateurs ont toujours trouvé des raccourcis, des façons différentes de travailler et que ceux qui mettent en place l’IA ne le savent pas forcément. Une réalité que la montée du shadow AI, notamment chez les cadres, rend aujourd’hui difficile à ignorer.
On aborde l’impact de l’IA agentique sur le travail et la coalition lancée par la Human Technology Foundation à VivaTech pour anticiper ces transformations. Éric compare la gestion d’agents IA à une garderie où il y a toujours un enfant qui fait ce qu’il ne devrait pas faire et pose la question d’un droit à l’opposition à l’IA et d’un droit à l’erreur, sans lesquels l’humain finira par devenir une simple chambre d’enregistrement.
On s’intéresse aussi à la recomposition du middle management, dont le rôle historique de relais d’information et de gardien de l’expertise est remis en cause. Jean-Baptiste propose deux figures émergentes : le manager de transmission, garant de la culture et de la mémoire de l’organisation et l’intégrateur de transformation, chargé d’articuler les mutations technologiques, organisationnelles et humaines. Ce qui était considéré comme des soft skills,l’esprit critique, la créativité, le jugement, la coopération, devient selon lui de l’ordre des compétences stratégiques.
On termine sur ce que l’encyclique Magnifica Humanitas appelle la tentation de Babel : une uniformisation technique qui efface les singularités. Éric évoque l’image du mur de pierre sèche, où chaque pierre arrive telle qu’elle est et où c’est la créativité de l’assemblage qui fait la solidité de l’ensemble.
Une façon de rappeler que la singularité culturelle d’une organisation n’est pas un résidu à optimiser mais un actif à protéger.
Références
Où trouver les intervenants :
* Linkedin Eric Salobir https://www.linkedin.com/in/ericsalobir/
* Linkedin Jean-Baptiste Annat https://www.linkedin.com/in/annat-jean-baptiste-8203435a/
* Site Human technology foundation https://www.human-technology-foundation.org/
Get full access to Les dessous de l'IA at www.ldia.eu/subscribe Rester une organisation de confiance à l'ère de l'IA - Jean-Gabriel Ganascia et Sieglin Stevens Dampierre
29/06/2026 | 1 h 1 minEcoutez les derniers épisodes
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Dans cet épisode
La conformité réglementaire suffit-elle à rendre une organisation digne de confiance ? RGPD, AI Act, le droit trace des lignes rouges. Mais entre le permis et l’interdit, il reste toute une zone grise où la décision continue de revenir à l’organisation elle-même et c’est précisément là que l’éthique joue son rôle.
Pour ce deuxième épisode, je reçois Jean-Gabriel Ganascia, professeur d’informatique à Sorbonne Université et président du comité consultatif éthique externe de France Travail (ex-Pôle emploi) et Sieglin Stevens, directrice chez Eurogroup Consulting, qui accompagne depuis plus de dix ans les transformations numériques d’organisations publiques et privées sur les sujets de gouvernance, d’éthique et de conformité de la donnée et de l’IA.
On revient sur l’encyclique du pape Léon XIV, Magnifica Humanitas et sur les deux mythes bibliques qu’elle mobilise, Babel, la tentation d’une langue unique qui efface les cultures et Néhémie, une appropriation de l’IA à hauteur de chaque communauté plutôt qu’imposée d’en haut. Jean-Gabriel y voit une réponse directe à la notion d’alignement portée par des entreprises comme Anthropic : avant de demander aux machines de respecter des valeurs, il faut déjà s’accorder sur lesquelles, sachant qu’elles sont souvent en tension les unes avec les autres, comme la vie privée et la transparence, ou l’inclusion et la non-discrimination.
Sieglin et Jean-Gabriel racontent comment ils ont vécu ce passage de la théorie à la pratique chez Pôle emploi, devenu France Travail, avec son programme « intelligence emploi » : une charte co-construite, un comité interne chargé de la faire vivre au quotidien et un comité consultatif externe, chargé de trancher les dilemmes les plus sensibles, complétés par un guide qui décline ces engagements métier par métier, du data scientist au chef de projet.
Jean-Gabriel rappelle qu’il n’existe pas d’« éthique algorithmique » à proprement parler et que l’enjeu central n’est pas le biais en soi, dont nous sommes tous porteurs, mais la discrimination qu’il peut produire une fois intégré à une décision. Avec l’IA générative, ce travail change d’échelle : ce n’est plus un projet identifié qu’on audite, mais des usages portés par tout le monde, ce qui appelle des chartes plus agiles et des comités plus réactifs.
Jean-Gabriel et Sieglin posent enfin deux conditions pour qu’une organisation reste digne de confiance à l’ère de l’IA : préserver la confiance de ses salariés, qui doivent continuer à donner du sens à leur métier sans craindre d’être réduits à de simples superviseurs de machines et préserver celle du public ou des clients, qui se détourneront vite d’un dispositif qui ne l’inspire plus.
Références
Où trouver les intervenants :
* Linkedin Jean-Gabriel Ganascia https://www.linkedin.com/in/jganascia/
* Linkedin Sieglin Stevens Dampierre https://www.linkedin.com/in/sieglinstevens/
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Dans cet épisode
Développer un médicament, c’est dix ans, des milliards de dollars, et le plus souvent un échec. Sur 280 000 molécules candidates, à peine 200 arrivent jusqu’aux patients chaque année. Et si l’IA pouvait changer cette équation ?
Dans cet épisode, je reçois Romain, cofondateur et CEO d’Arca Science, une entreprise à la jonction de l’intelligence artificielle et du développement de médicaments.
Un développement clinique long, coûteux et opaque, où l’on ne sait pas toujours quel médicament a réellement une chance, ni pour quel patient. ArcaScience s’attaque à ce problème en fédérant la donnée biomédicale pour évaluer, à chaque étape, le potentiel d’un médicament, son bénéfice, son risque, ses interactions et réduire le taux d’échec.
On aborde également les enjeux réglementaires : ce qui sépare la FDA américaine de l’agence européenne, pourquoi l’Europe reste la référence mondiale en matière d’autorité de santé et ce que ça implique pour qui veut innover dans le médicament.
Références
Où trouver Romain
• LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/romainclement75/
• Site ArcaScience : https://arcascience.ai/
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