Aujourd'hui dans "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson nous fait découvrir Charles Kindleberger, un économiste américain reconnu pour ses travaux sur les crises financières et les paniques bancaires.
Né à New York en 1910, il a eu une carrière riche et diversifiée, naviguant entre le monde académique et les institutions publiques. Après des études à l'université de Pennsylvanie et à Columbia, il a notamment travaillé à la Banque des Règlements Internationaux, à la Réserve Fédérale de New York, au Trésor américain et aux services de renseignement pendant la Seconde Guerre mondiale. Après 1945, il a participé à la conception du plan Marshall, montrant ainsi qu'il n'était pas seulement un théoricien, mais aussi un acteur engagé dans la reconstruction de l'économie mondiale.
L'économiste a ensuite rejoint le MIT, où il a enseigné pendant plus de 30 ans et est devenu un historien économique reconnu. Ses deux ouvrages majeurs, "La Grande Crise Mondiale" (1973) et "Mania, Panique et Crash" (1978), ont profondément marqué la compréhension des crises financières.
Dans "La Grande crise mondiale", il propose une lecture originale de la crise des années 1930, qu'il ne considère pas seulement comme une erreur monétaire ou un accident boursier, mais comme une crise de leadership mondial. Avant 1914, le Royaume-Uni stabilisait le système international, mais après 1918, il n'en avait plus les moyens. Les États-Unis, eux, en avaient déjà les capacités, mais pas forcément la volonté. C'est la théorie de la stabilité hégémonique, selon laquelle l'ordre économique international ne se maintient que si une puissance dominante accepte d'en assumer les coûts.
Dans "Manias, Panics and Crashes", il retrace l'histoire des bulles financières, montrant que le scénario est presque toujours le même : un choc positif, une euphorie, une manie spéculative, puis la panique et le krach. Cette analyse reste particulièrement actuelle, car elle nous aide à comprendre les dynamiques des crises financières contemporaines, comme celle liée à l'intelligence artificielle.
Selon Nathalie Janson, les leçons de cet économiste sont essentielles pour appréhender les défis actuels d'une économie mondiale fragmentée, marquée par des rivalités géopolitiques, des tensions commerciales et des marchés financiers très valorisés. Dans un tel contexte, l'absence de stabilisateurs internationaux constitue un risque majeur, et la nécessité d'un "prêteur en dernier ressort international" est plus que jamais d'actualité.
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