Dans cet épisode des Classiques de l'économie, Stéphane Pedrazzi s'entretient avec Nathalie Janson, professeure d'économie à la Neoma Business School, pour explorer les travaux révolutionnaires de Richard Easterlin, le pionnier de l'économie du bonheur.
Richard Easterlin, un économiste américain des années 70, a remis en question l'idée reçue selon laquelle la croissance économique est automatiquement synonyme de plus de bonheur. Son fameux « paradoxe d'Easterlin » montre que si les personnes plus riches sont en moyenne plus heureuses que les plus pauvres, lorsqu'un pays s'enrichit, le niveau moyen de bonheur ne progresse pas forcément dans les mêmes proportions.
Nathalie Janson explique les deux mécanismes clés mis en avant par Easterlin pour expliquer ce paradoxe : l'adaptation, où l'on s'habitue à un niveau de revenu plus élevé, et la comparaison sociale, où ce qui compte n'est pas seulement le revenu absolu mais aussi le revenu relatif par rapport aux autres. Ces concepts bousculent la vision classique de l'économie, centrée sur la maximisation de l'utilité individuelle.
Les travaux d'Easterlin ont ouvert la voie à toute une branche de l'économie du bonheur, s'inscrivant dans une filiation intellectuelle avec la psychologie, la sociologie et des économistes comme Veblen. Ils remettent en cause l'idée que le PIB soit une mesure suffisante du progrès et invitent à intégrer des dimensions non monétaires comme la santé, les relations sociales ou la sécurité.
Bien que ces idées aient inspiré une génération d'économistes et que des indicateurs alternatifs de bien-être émergent, Nathalie Janson explique pourquoi cette approche reste encore marginale : elle bouscule les modèles traditionnels et rend la mesure du bonheur complexe et subjective. Néanmoins, les travaux de l'économiste américain nous invitent à repenser les objectifs des politiques publiques au-delà de la seule croissance économique.
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