Aujourd'hui dans "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson examine un paradoxe chinois fascinant. Malgré les affirmations de Pékin visant à rééquilibrer son modèle économique vers une plus grande demande intérieure, la Chine semble toujours revenir à son vieux réflexe de production, d'investissement et d'exportation dès que la croissance ralentit.
Elle explique que la Chine est devenue l'atelier le plus sophistiqué du monde, mais reste un pays où les ménages consomment peu. En effet, la consommation des ménages ne représente qu'environ 40% du PIB chinois, contre près de 70% aux États-Unis et 50% en France. Cet écart significatif ne s'explique pas seulement par des différences culturelles, mais reflète des modèles économiques distincts.
Malgré les efforts affichés par le président Xi Jinping pour faire de la demande intérieure une priorité, les indicateurs économiques montrent que la machine chinoise reste construite pour soutenir l'offre plutôt que la consommation. Nathalie Janson identifie deux facteurs clés qui bloquent la consommation en Chine : l'épargne élevée des ménages et le rôle central du système financier.
Les ménages chinois épargnent massivement, avec un taux d'épargne brute atteignant environ 43% du PIB, contre seulement 17% aux États-Unis. Cette épargne de précaution s'explique par la faiblesse des dépenses sociales, notamment pour les retraites, la santé et l'éducation. Le système financier, dominé par les grandes banques d'État, finance prioritairement les entreprises, les collectivités locales et les grands projets industriels, laissant peu de place au crédit à la consommation des ménages.
Ainsi, la Chine produit plus que ce que ses propres ménages peuvent absorber, l'obligeant à exporter massivement. Cela crée des tensions avec les États-Unis et l'Europe, qui accusent la Chine de surcapacités industrielles, de subventions cachées et de concurrence déloyale. Ironiquement, les déséquilibres chinois sont l'inverse de ceux des États-Unis, qui épargnent trop peu, consomment beaucoup et importent davantage qu'ils ne produisent.
Pendant des années, cette complémentarité entre les deux économies a fonctionné, mais elle est aujourd'hui devenue politiquement explosive. Les États-Unis reprochent à la Chine ses excédents, tandis que la Chine critique l'instabilité et le protectionnisme américains.
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