37 épisodes
- Dans la 5e saison de notre podcast, Cartel Nord décortique le rôle du politique face à la montée en puissance du narcotrafic à Marseille. De l’implantation des premiers points de deal à l’expansion sur tout le territoire, la question du trafic de drogue est un défi auquel les politiques n’ont pas encore su trouver la solution. Un enjeu qui a nourri notre débat autour d’une question : comment sortir du piège du narcotrafic ?
Pour y répondre, nous avons réuni quatre acteurs impliqués directement ou indirectement sur le sujet : Nicolas Bessone, procureur de la République de Marseille, Eddy Sid, porte-parole du syndicat Unité SGP-Police FO, Anne Kletzlen, sociologue, et Michaël Bazin, chef du service addictologie à l’hôpital d’Allauch.
Dans la première partie du débat, les invités ont détaillé cette notion de piège, notamment autour de l’ampleur prise par le marché des stupéfiants. À Marseille, "un quart de l’activité pénale du tribunal concerne aujourd’hui les stupéfiants", note Nicolas Bessone. Soit deux fois plus que la moyenne nationale.
Les quatre invités ont ensuite confronté leurs points de vue autour des solutions pour sortir du piège. Pas de baguette magique mais une liste d’idées a émergé. "Pour lutter contre l’offre, il faut être dans une répression acharnée", assène de son côté le procureur de la République de Marseille. Michaël Bazin insiste, lui, sur la nécessité de maintenir un équilibre entre sanction et prise en charge médicale. "C’est peut-être là notre occasion de créer un avenir qui sera mieux aménagé pour la population", estime-t-il.
Le sujet de la légalisation a ainsi animé la suite du débat. Michaël Bazin juge que le statut légal d’un produit ne règle pas les problèmes d’addiction. "Il y a autant de patients concernés par des phénomènes addictifs vis-à-vis de substances légales, l’alcool en particulier, que de substances dites illégales", relève-t-il. Pour sa part, le procureur s’est montré plus catégorique, jugeant que cette option ne permettrait pas de faire disparaître les marchés clandestins et que, quoi qu’il arrive, il y aura "toujours un marché parallèle".
Anne Kletzlen rappelle enfin que "le narcotrafic s’enracine aussi dans des réalités sociales et territoriales". "Il faut peut-être désenclaver les quartiers, y créer des emplois" et mettre en place "des politiques sociales". L’urbanisme peut aussi jouer un rôle. "On ne peut pas faire que des ghettos", estime-t-elle.
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Cartel Nord est un podcast original La Provence.
Écrit et raconté par : Eric Miguet et Jean-Guillaume Bayard.
Habillage et mixage : Aurore Le Bihan et Sylvain Paley.
Directeur de la rédaction : Olivier Biscaye.
Avec la participation du service Documentation.
Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations. - 2023, Marseille bascule dans une violence inédite. Le conflit entre les clans de la DZ Mafia et celui de Yoda pour le contrôle du trafic de stupéfiants génère des dizaines de morts et d’innombrables blessés. Pour le sénateur socialiste Jérôme Durain, c’est le point de départ d’une prise de conscience politique.
Venu à Marseille en juin de la même année pour une visite sur les questions de sécurité, l’élu découvre une réalité plus vaste que prévu. Entre rencontres avec policiers, magistrats et familles de victimes, il mesure l’impact du narcotrafic dans toute la ville. D’après lui, Marseille n’est "pas la seule ville concernée" mais elle en est "le point de départ".
Cette journée agit alors comme un déclic. Quelques mois plus tard, le 21 novembre 2023, il prend la tête de la commission d’enquête sénatoriale sur l’impact du narcotrafic en France. Au fil des auditions avec les acteurs concernés directement ou indirectement par le narcotrafic, le premier constat se confirme : Marseille est l’épicentre d’un phénomène national. Une nouvelle audition le 5 mars 2024 va le confirmer.
Ce jour-là, quatre magistrats marseillais, dont Olivier Leurent, président du tribunal judiciaire de Marseille, et Isabelle Couderc, vice-présidente chargée de la coordination de la section "Jirs criminalité organisée" de l’instruction, décrivent une ville "gangrenée" et un État engagé dans une "guerre asymétrique” face à des trafiquants toujours plus puissants.
Le 14 mai 2024, le jour même de la remise du rapport de la commission d’enquête sénatoriale, l’évasion sanglante de Mohamed Amra au péage d’Incarville, où deux agents pénitentiaires sont tués, donne une résonance brutale aux conclusions des travaux. Coordination défaillante, rôle des prisons, défi lancé à l’État : tout ce que le Sénat vient de documenter éclate au grand jour.
De cette enquête naîtra dans un premier temps des préconisations comme la création d’un parquet national spécialisé puis une loi adoptée en avril 2025, renforçant l’arsenal judiciaire et pénitentiaire. Une réponse législative à la problématique du narcotrafic à Marseille et en France mais pour le sénateur le problème doit également être traité à la source. "Si les racines sociales de la consommation de drogue et du trafic ne sont pas traitées, alors on a un avenir bien sombre devant nous", rappelle Jérôme Durain.
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Écrit et raconté par : Eric Miguet et Jean-Guillaume Bayard.
Habillage et mixage : Aurore Le Bihan et Sylvain Paley.
Directeur de la rédaction : Olivier Biscaye.
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Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations. - Dans ce quatrième épisode de la 5e saison, Cartel Nord revient sur l'explosion de la violence entre réseaux de narcotrafiquants et comment Marseille est devenu, durant la décennie 2010, le terrain d'expérimentation privilégié des politiques nationales de lutte contre le trafic de drogue.
4 avril 2006. Cette date, celle de l'assassinat de l'un des premiers caïds des quartiers nord, Farid Berrhama, symbolise une bascule dans l'histoire du banditisme marseillais. Elle coïncide avec la dissémination des réseaux dans les quartiers et l'avènement des conflits de territoires entre bandes rivales pour le contrôle des parts du marché du très lucratif trafic de drogue.
"Vu le niveau de consommation dans la ville et vu l'extension de l'offre en produits stupéfiants, même sans Berrhama, le trafic aurait pris une place de plus en plus importante dans les quartiers", précise Laurent D'Ancona, chef du service police-justice à La Provence. Dans les années qui ont suivi le décès de Farid Berrhama, plusieurs "guerres" éclatent entre clans ennemis et, à partir du 2008, le nombre de règlements de compte sur fond de trafic de drogue explose à Marseille et dans sa périphérie.
Une escalade de la violence à laquelle le politique local, et notamment le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, reste à l'écart. Le 19 novembre 2010, Jean-Michel Gomez, un adolescent de 16 ans, est le premier mineur à tomber sous les balles du narcotrafic. L’État est obligé de réagir et lance une vague d'opérations "coups de poing" dans la deuxième ville de France. Résultats : 102 personnes sont interpellées, 49 armes sont saisies et 56 kg de cannabis sont récupérés. Malgré ces pertes, le trafic continue.
Bien décidé à enrayer le narcotrafic, le gouvernement multiplie durant la décennie 2010 les opérations policières contre le narcotrafic devenu, bien au-delà de Marseille, un problème national. Zones de sécurité prioritaires, approche globale, pacte national ou encore stratégie de reconquête, les mesures répressives s'accumulent et, à chaque fois ou presque, c'est à Marseille qu'elles sont lancées. Des outils différents aux résultats similaires : aucun ne permet de mettre un terme au trafic et à la violence entre réseaux. Pour preuve : 176 règlements de compte sont répertoriés entre 2011 et 2019, soit en moyenne 20 morts par an.
Durant cette décennie, Marseille devient le laboratoire national de lutte contre le trafic de stupéfiants. "Ça fait bien venir à Marseille expérimenter des politiques contre la criminalité parce que, dans l'imaginaire collectif, Marseille est la capitale du crime et, donc, si on réussit là, on réussira partout", résume la sociologue Claire Duport.
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Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations. - Dans ce troisième épisode de la 5e saison de Cartel Nord, retour sur une période charnière dans l’expansion de la toile du trafic de drogue à Marseille : les années 2000. Une période durant laquelle le politique, tant local que national, n’a pas su endiguer la montée en puissance du narcotrafic.
À la fin des années 90, à Marseille, le trafic de drogue change d’échelle. En 1999, le démantèlement d’un réseau de revente de stupéfiants implanté à la cité de la Cayolle (9e) rend compte de l’ampleur prise par le narcotrafic. Au total, 42 personnes sont arrêtées, une vingtaine d’appartements sont fouillés, et près de 300 000 francs - soit plus de 45 000 euros - ainsi que plusieurs dizaines de kilos de cannabis sont saisis.
Devant l’ampleur prise par le trafic de drogue, et face aux alertes de certains habitants et associations de quartier, la municipalité décide de réagir. Avant d’envisager toute action, elle confie à la Mission Sida-Toxicomanie, qui dépend de la Ville, de faire un état des lieux de ce que représente alors le narcotrafic. Ce travail, étalé sur quatre années, aboutit en 2004 à la parution d’un ouvrage : "La proximité à l’épreuve de l’économie de la débrouille."
"Un hiatus majeur"
La production de ce véritable livre rouge sur le trafic de drogue n’est suivie d’aucune action politique majeure. "Il y a un hiatus majeur qui se crée à cette période entre le degré de connaissance et les initiatives qui sont prises", regrette Mylène Frappas, alors membre de la mission Sida-Toxicomanie. En parallèle, les réseaux de trafic de drogue, eux, continuent de se développer et d’étendre leur toile dans les quartiers les plus défavorisés de Marseille, au point de déstabiliser le vivre-ensemble et l’équilibre.
Comment expliquer l’absence de réaction politique face au glissement de la situation ? Pour Jean-Claude Gaudin, élu maire en 1995 et réélu en 2002, la réponse est simple : "La sécurité relève d’un devoir régalien de l’État", comme l’explique Yves Moraine, un ancien membre de son équipe municipale.
Le politique local se "déresponsabilise"
Pour Denis Trossero, ancien chef du service police-justice de La Provence, cette défausse du politique local au profit du national est une manière pour lui de se "déresponsabiliser". "Aussi parce qu’il est politiquement très compliqué d’expliquer aux Marseillais qu’il faudrait devoir y consacrer des sommes colossales", tempère-t-il.
Dans le même temps, le gouvernement va prendre un virage sécuritaire pour tenter de reprendre la main. Initié par le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, l’État va alors opérer ce que le sociologue Dennis Rodgers nomme une "bifurcation" entre l’action sociale et l’action sécuritaire. Une nouvelle doctrine qui se matérialise par un retrait progressif de la police de proximité au profit d’actions policières d’ampleur.
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Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations. - Le drame fait la une des médias. Le 25 août 1969, la mort par overdose de Martine, une adolescente de 17 ans bouleverse la France. Sous la pression de la presse et de l'opinion, la classe politique est sommée d’agir contre la consommation de drogue et d'héroïne en particulier.
Dans le même temps, une autre problématique, alimente les inquiétudes : la French Connection. Ce réseau criminel international, dont plusieurs laboratoires opèrent entre Marseille et sa région, domine le marché mondial de fabrication d’héroïne. Les États-Unis, principaux consommateurs, pressent Paris de s’attaquer au problème.
Sous cette double pression, la France adopte en 1970 une loi d’exception qui, pour la première fois, criminalise l’usage et le trafic de drogue. Paradoxe de cette lutte : tandis les réseaux de la French Connection sont démantelés, la consommation d’héroïne progresse en France, notamment à Marseille. Les années 1970 et 1980 voient en effet se croiser un phénomène de contre-culture, de crise industrielle et de montée du chômage qui expliquent cette hausse. L'héroïne devient le symptôme de cette époque.
Mais dans la deuxième moitié des années 80, l’épidémie de sida bouleverse la donne. La consommation d’héroïne, dont les injections intraveineuses favorisent la transmission du virus, est la cible des autorités. Pour les politiques, il est urgent d’agir pour diminuer la propagation du VIH.
Durant cette période, Marseille devient une ville pionnière en France en tant que première métropole à distribuer gratuitement des seringues aux usagers. Fin 90, les actions politiques, couplées à une prise de conscience du public quant à la dangerosité de la drogue, sont un succès et la consommation d’héroïne chute drastiquement.
Pendant ce temps, un autre produit circule de plus en plus, presque en arrière-plan : le cannabis. Profitant d’une certaine forme de mansuétude, son trafic se structure et étend petit à petit son emprise dans les quartiers défavorisés où apparaissent les premiers points de deal. Une transformation qui passe alors sous les radars politiques, malgré les premières alertes de certains acteurs de terrain.
Comment ce commerce discret est-il devenu, au fil des années, une véritable économie parallèle ? Et pourquoi les premiers signaux ont-ils si longtemps échappé aux politiques ? Entre archives, témoignages et analyses d’historiens et de sociologues et anciens responsables politiques, plongez dans les racines d’un phénomène qui continue de façonner Marseille.
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Écrit et raconté par : Eric Miguet et Jean-Guillaume Bayard.
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À propos de Cartel Nord
Près de 50 morts, plus de 110 blessés sur fonds de trafic de drogue. L'année 2023 est la plus meurtrière de l'histoire récente de Marseille. Une année hors-norme. Un déferlement de violence causé par une guerre de territoires entre deux clans de narcotrafiquants : la DZ Mafia contre le clan Yoda.
Deux surnoms pour qualifier ces cartels en prise dans une guerre sans merci pour le contrôle des lucratifs points de deal: ceux de La Paternelle. Mais pas que. En 2023, le conflit entre les deux clans dépasse les frontières de cette petite cité des quartiers nord pour se répandre à d'autres quartiers de Marseille et même au-delà.
Cette histoire, Jean-Guillaume Bayard et Eric Miguet, journalistes au service podcast de La Provence, ont décidé de la raconter dans une série documentaire audio pour vous en révéler les coulisses. Avec 5 saisons, Cartel Nord va au-delà du récit de cette guerre pour décrypter le trafic de drogue qui gangrène Marseille depuis des années. Un podcast avec un parti pris: le raconter au travers de différents points de vue.
Du point de vue des luttes de territoires entre clans rivaux, d'abord, avec l'exemple de la guerre de La Paternelle. Celui de l'organisation interne des réseaux de trafiquants, ensuite. Dans la troisième saison, découvrez comment la police traque les trafiquants pour démanteler les réseaux. Dans la quatrième, plongez dans les couloirs de la justice afin de découvrir l'envers du décor de la lutte contre le narcobanditisme. Et, enfin, nous serons aux côtés des habitants pour donner la parole à ces oubliés qui vivent sous l’emprise des points de deal.
Un podcast en 5 saisons à découvrir sur toutes les plateformes de streaming.
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Cartel Nord est un podcast original La Provence.
Ecrit par : Eric Miguet et Jean-Guillaume Bayard
Réalisé par : Aurore Le Bihan et Sylvain Paley
Rédaction en chef : Aurélie Rossignol et Aurélien ViersHébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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