Dans ce quatrième épisode de la 5e saison, Cartel Nord revient sur l'explosion de la violence entre réseaux de narcotrafiquants et comment Marseille est devenu, durant la décennie 2010, le terrain d'expérimentation privilégié des politiques nationales de lutte contre le trafic de drogue.
4 avril 2006. Cette date, celle de l'assassinat de l'un des premiers caïds des quartiers nord, Farid Berrhama, symbolise une bascule dans l'histoire du banditisme marseillais. Elle coïncide avec la dissémination des réseaux dans les quartiers et l'avènement des conflits de territoires entre bandes rivales pour le contrôle des parts du marché du très lucratif trafic de drogue.
"Vu le niveau de consommation dans la ville et vu l'extension de l'offre en produits stupéfiants, même sans Berrhama, le trafic aurait pris une place de plus en plus importante dans les quartiers", précise Laurent D'Ancona, chef du service police-justice à La Provence. Dans les années qui ont suivi le décès de Farid Berrhama, plusieurs "guerres" éclatent entre clans ennemis et, à partir du 2008, le nombre de règlements de compte sur fond de trafic de drogue explose à Marseille et dans sa périphérie.
Une escalade de la violence à laquelle le politique local, et notamment le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, reste à l'écart. Le 19 novembre 2010, Jean-Michel Gomez, un adolescent de 16 ans, est le premier mineur à tomber sous les balles du narcotrafic. L’État est obligé de réagir et lance une vague d'opérations "coups de poing" dans la deuxième ville de France. Résultats : 102 personnes sont interpellées, 49 armes sont saisies et 56 kg de cannabis sont récupérés. Malgré ces pertes, le trafic continue.
Bien décidé à enrayer le narcotrafic, le gouvernement multiplie durant la décennie 2010 les opérations policières contre le narcotrafic devenu, bien au-delà de Marseille, un problème national. Zones de sécurité prioritaires, approche globale, pacte national ou encore stratégie de reconquête, les mesures répressives s'accumulent et, à chaque fois ou presque, c'est à Marseille qu'elles sont lancées. Des outils différents aux résultats similaires : aucun ne permet de mettre un terme au trafic et à la violence entre réseaux. Pour preuve : 176 règlements de compte sont répertoriés entre 2011 et 2019, soit en moyenne 20 morts par an.
Durant cette décennie, Marseille devient le laboratoire national de lutte contre le trafic de stupéfiants. "Ça fait bien venir à Marseille expérimenter des politiques contre la criminalité parce que, dans l'imaginaire collectif, Marseille est la capitale du crime et, donc, si on réussit là, on réussira partout", résume la sociologue Claire Duport.
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Cartel Nord est un podcast original La Provence.
Écrit et raconté par : Eric Miguet et Jean-Guillaume Bayard.
Habillage et mixage : Aurore Le Bihan et Sylvain Paley.
Directeur de la rédaction : Olivier Biscaye.
Avec la participation du service Documentation.
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