Nous vivons dans une économie mondialisée où les capitaux circulent plus vite que les lois, où les entreprises peuvent choisir leur résidence fiscale presque comme on choisit un siège social sur une carte, et où les États, eux, restent ancrés dans des territoires, avec des budgets à équilibrer, des services publics à financer et des opinions publiques de plus en plus sensibles aux inégalités.
La fiscalité est devenue l’un des champs de bataille centraux de la compétition internationale. Entre États qui baissent leurs impôts pour attirer les multinationales, territoires qui prospèrent en organisant l’optimisation fiscale, cabinets spécialisés dans l’ingénierie de l’évasion, et organisations internationales qui tentent d’imposer des règles communes, le système fiscal mondial ressemble de plus en plus à un jeu sans arbitre.
Les États-Unis occupent une place singulière dans ce paysage. À la fois promoteurs de règles internationales via l’Organisation de coopération et de développement économiques, l'OCDE, et défenseurs assumés de leurs intérêts nationaux, ils utilisent aussi l’arme douanière comme instrument stratégique. Sous la présidence de Donald Trump, les hausses différenciées de droits de douane ont redessiné les rapports de force commerciaux, dans une logique mêlant allègement fiscal intérieur, réindustrialisation et sanctions ciblées.
En Europe, la question est tout aussi brûlante : concurrence fiscale interne, poids des « paradis fiscaux » au sein même de l’Union, difficulté à taxer les géants du numérique comme Google, Apple ou Amazon, tensions entre souveraineté nationale et intégration communautaire.
Alors, assistons-nous à un désordre fiscal mondial ? Ou à la recomposition d’un nouvel ordre où la fiscalité devient un instrument assumé de puissance ?
Pour cette édition en partenariat avec la revue Questions internationales, « Le désordre fiscal international », nos invités :
Mireille Chiroleu-Assouline, professeur à l’École d’Économie de Paris et à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
Sébastien Laffite, enseignant chercheur à CY Cergy-Paris Université et chercheur associé à l’Observatoire européen de la Fiscalité
Serge Sur, membre de l’Académie des sciences morales et politiques de l’Institut. Professeur émérite de l’U Panthéon-Assas, rédacteur en chef de Questions Internationales.