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Renouée - Agriculture de Régénération

Lennan Bate
Renouée - Agriculture de Régénération
Dernier épisode

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  • Renouée - Agriculture de Régénération

    34 - Rewilding : Retrouver les dynamiques naturelles avec Olivier Raynaud

    11/03/2026 | 51 min
    Je suis très heureux de partager ce nouvel épisode avec Olivier Raynaud, directeur de Rewilding France, autour d’un sujet qui me passionne particulièrement : le rewilding, ou ré-ensauvagement.

    Pourquoi ce sujet m’inspire autant ? Parce qu’il remet profondément en question notre rapport occidental moderne au vivant, au sauvage, et plus largement notre besoin de contrôle sur les milieux naturels.

    Après 15 ans dans la conservation dite “classique”, Olivier a choisi une autre voie. Dans cet échange, nous parlons de renaturation, de libre évolution des forêts, du rôle des grands herbivores et des prédateurs, mais aussi de ce que l’observation attentive du vivant nous apprend sur les dynamiques profondes des écosystèmes.

    Une conversation riche, stimulante et, à mes yeux, essentielle pour repenser notre manière d’habiter le monde vivant.

     

    Sources

     

    Wilding le Film

    https://www.jupiter-films.com/film-wilding-retour-a-la-nature-sauvage-147.php

     

    Rewilding France
    https://rewilding-france.com/

     

    Reseau Rewilding Europe

    https://rewildingeurope.com/european-rewilding-network/
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    33 - L'art du pastoralisme avec Odile Christine

    25/02/2026 | 45 min
    Partir garder les chèvres avec Odile Christine, c’est comme assister à une masterclass où chaque geste, même le plus subtil, devient un enseignement.

    Odile ne parle ni de GMQ, ni de qualité fromagère, ni d’équilibrage en oligo-éléments. Sa compréhension de son système est d’une autre nature : plus complexe, plus instinctive, plus fine. Un savoir profondément intégré, vivant. Un jour, je m’étais amusé à analyser ses résultats techniques et à les comparer à ceux d’éleveurs du coin, parfois bien plus “techniques”. Ses performances — et surtout sa marge — étaient pourtant nettement supérieures.

    Chez Odile, il n’y a pas de grandes théories ni de sur-explications. Tout est incarné. Tout se joue dans l’attention et la finesse. Deux ou trois chèvres lèvent la tête ? On déplace le troupeau. L’une commence à grignoter de l’écorce ? On change de parcelle.

    Résultat : les chèvres consomment une quantité et une diversité impressionnantes de végétaux, sans que la forêt ne subisse le moindre dommage. Bien au contraire, la régénération est au rendez-vous et les risques d’incendie sont considérablement réduits.

    Odile est pour moi une immense source d’inspiration. J’ai énormément appris à ses côtés. Cet épisode a donc une saveur toute particulière, et je suis très heureux de pouvoir partager avec vous un moment de garde, aux côtés d’Odile et de ses chèvres.

     

     

    Liens : 

    Jean Yves Ruelloux

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/un-chevrier-qui-fait-des-emules-9647200

    Transcription : 

     

    33 - L'art du pastoralisme avec Odile Christine

     

    Odile Christine: Coucou Lennan Bon, si je ne me casse la figure... Pour répondre à ta

    question, les biquettes, depuis qu'elles ne font plus de bébés, elles sont beaucoup plus

    belles, en meilleure santé, plus grasses, et moi je trouve que c'est nettement mieux

    comme ça. Sauf si tu veux faire du renouvellement du cheptel, il faut les remettre au

    bouc parce que là ça fait déjà cinq ans qu'elles n'ont pas eu de bébé et du coup ça fait

    des animaux en meilleure santé quand même. Mais si on veut, Si on veut garder des

    chèvres, des chevrettes pour le renouvellement, je pense que leur faire faire des bébés

    tous les 2 ou 3 ans, c'est pas mal aussi.

    Lennan Bate: Oui. Parce que du coup, tu es en lactation longue depuis 5 ans, c'est ça?

    Odile Christine: Oui, je suis en lactation longue depuis 2021.

    Lennan Bate: Oui. Et alors pourquoi est-ce que tu es passée en lactation longue?

    Odile Christine: Alors au début je suis passée en lactation longue parce que je veux

    prendre ma retraite et que je ne voulais pas avoir de chevrettes de renouvellement. Je

    ne voulais plus qu'elles aient des bébés les chèvres parce que je ne voulais pas

    sacrifier toutes les belles chevrettes qu'il pouvait y avoir. Et continuer avec mon

    trompeau tranquillement et laisser mourir de vieillesse à la maison.

    Lennan Bate: C'est fou, je viens dans le Var pour avoir de la neige. Ok, et alors

    concrètement, comment ça se passe la lactation longue? Est-ce que tu as une baisse

    de production de lait? Comment tu gères ça?Odile Christine: L'hiver, en fait, je me cale sur le changement d'heure. Quand on passe

    à l'heure d'hiver, je passe à une traite par jour parce qu'elles ont commencé à diminuer,

    et quand on remet une heure en plus, au mois de mars, je me remets à traire deux fois

    par jour, parce que là la lactation elle repart vraiment très très bien. Alors c'est sûr

    que... celles qui ont un petit peu moins de lait, qui sont moins bonnes laitières, elles ont

    une lactation qui baisse un peu, mais les super laitières, la lactation, elle ne bouge pas

    du tout. Et ça remonte au printemps comme si elles avaient fait les chevrons. Je trouve

    ça super.

    Lennan Bate: Et tu dirais que c'est en lien avec la race? Est-ce que tu penses que

    toutes les races peuvent... Ah non, moi je pense

    Odile Christine: que toutes les races. Parce qu'il y a un monsieur qui est en Bretagne

    qui s'appelle Jean-Yves Riou.

    Lennan Bate: Oui, je crois que c'est ça.

    Odile Christine: Je crois que tu as raison. C'est pas vraiment comme ça. J'avais le mot.

    à la maison, et lui il a des alpines, et lui ça fait je crois 30 ans qu'il fait la lactation

    longue, et lui il fait des conférences, j'avais été invitée, c'était l'année dernière, mois de

    mai, il faisait une grande conférence sur les lactations longues, et bon je ne pouvais

    pas monter parce que c'est pas facile de laisser les lactations, mais voilà pour que les

    gens connaissent un peu plus On va le laisser grignoter là. Et voilà, lui, il fait, je ne sais

    pas s'il achète des chevrettes, ou il fait de temps en temps porter une biquette parce

    qu'il en a de temps en temps des jeunes. Mais lui a un tout petit troupeau, il disait qu'il

    ne voulait pas plus de 15 à 17 biquettes.Lennan Bate: Oui, c'est ça. Parce que toi, maintenant, tu en as...

    Odile Christine: J'en ai plus que 21.

    Lennan Bate: Et avant tu en avais?

    Odile Christine: Jusqu'à 38, jusqu'à 40 même. Mais voilà, donc là je les laisse

    tranquillement vieillir et mourir tranquille. Attention, ça passe. Allez les frangines. Ça

    neige de rue!

    Lennan Bate: OK, alors comment tu as démarré avec les chèvres? Ça remonte à

    quand la première chèvre?

    Odile Christine: Alors, ça remonte à 64 ans, quand ma mère n'avait plus assez de lait

    pour me nourrir. Du coup, ils ont acheté une chèvre qui avait mis bas dans la journée

    où ils l'ont achetée. Et voilà, j'ai été nourrie au lait de chèvre.

    Lennan Bate: Génial. Et quand j'ai raconté cette histoire à quelqu'un, il m'a dit mais elle

    buvait à même la chèvre? Je pense pas, parce que les chefs, ça fout des coups de

    patte quand même. De temps en temps, ce serait un peu risqué.

    Odile Christine: Il y avait un truc rigolo, c'est que je pense qu'au printemps, enfin, ma

    mère trayait la biquette et le lait tournait. Donc, il me le donnait cru, finalement. Au

    début, il faisait bouillir, puis après, il me le donnait cru, comme ça.

    Lennan Bate: Ça va?Odile Christine: Oui, je pense que ça m'a pas mal réussi. Voilà.

    Lennan Bate: Ok et du coup ensuite tu t'es installée en chèvre?

    Odile Christine: Ouais alors après quand j'ai eu 16 ans il n'y avait rien qui m'intéressait

    ailleurs et c'est vrai que la terre ça me parle, la forêt... C'est là où je me sens très, très

    bien. Et je trouve que les biquettes, c'est un animal super. C'est des super animaux de

    compagnie qui sont très, très sensibles. Et voilà, du coup, j'ai continué. On en a eu plus

    et j'ai fait toute ma carrière là-dedans.

    Lennan Bate: Et donc pour situer, parce que là il n'y a que l'audio qu'on va entendre,

    donc on est où et c'est quoi ton environnement, comment ça se passe avec les

    chèvres, où est-ce que vous allez?

    Odile Christine: Alors on est dans la forêt, alors il faut que je dise à peu près les arbres

    qu'il y a?

    Lennan Bate: Tu décris ce que tu vois.

    Odile Christine: Alors il y a des endroits où il y a plus de chênes verts, Il y a des

    endroits où vraiment on a beaucoup de chênes verts, d'autres endroits où on a des

    chênes blancs, il y a des ducades, des ronces, des oliviers sauvages qui restent des

    anciennes plantations. Après il y a beaucoup de la broussaille parce que les biquettes

    évidemment c'est ce qu'elles préfèrent le plus, la broussaille. Et du pain aussi, on a des

    pains. Plusieurs catégories de pains. On a du pain d'Alep, du pain blanc, du pain... Je

    ne sais plus comment ça s'appelle celui-là.Lennan Bate: Celui-là, ce n'est pas le pain d'Alep?

    Odile Christine: Peut-être bien. Et ça y est, l'autre.

    Lennan Bate: Le maritime.

    Odile Christine: Ah oui, le maritime, c'est ça. Le maritime et du pain d'Alep. Parce que

    là-bas, on a des longues aiguilles.

    Lennan Bate: D'accord.

    Odile Christine: Et puis après on a du schiste, le schiste cotonneux, voilà.

    Lennan Bate: Oui, il y a de quoi faire.

    Odile Christine: Oui, bon, le schiste, elle ne le mange pas. Je ne sais pas si c'est

    quelque chose qu'elle mange.

    Lennan Bate: Et donc tu les gardes tous les jours?

    Odile Christine: Ouais, tous les jours on part dans la forêt, au moins deux heures ou

    deux heures et demie pour qu'elles mangent de la groussaille et puis après elles

    mangent de l'herbe ou ça dépend de la saison du foin, voilà parce que l'été il n'y a pas

    grand chose dans les champs et du coup après elles sont au foin, un peu de buzères.

    Lennan Bate: Donc parce qu'il y a un truc, moi je me souviens une fois tu m'avais dit

    qu'il y avait des gens de l'agence de la forêt qui étaient venus et qui avaient étéagréablement surpris de voir comme cette forêt, elle se régénérait bien, il y avait plein

    de jeunes arbres, et surtout il n'y a pas de risque de feu ici, grâce à l'action de l'échever.

    Odile Christine: Bah écoute, j'espère. Après c'est vrai qu'elles ne sont pas parquées,

    donc du coup elles abîment moins aussi, parce que quand elles sont parquées, elles

    abîment, ce qui les laisse un peu trop longtemps, et du coup elles abîment la forêt. Et

    puis bon, c'est vrai qu'il y a des chevreuils aussi qui s'occupent de la forêt en ce

    moment.

    Lennan Bate: Et du coup, la bonne santé de tes chèvres, il y a cet élément-là, le fait

    qu'elles ne portent plus de petits au niveau hormonal, disons que ça fait un stress en

    moins.

    Odile Christine: Marie-Claude Bon, pour moi oui, parce que je trouvais qu'en

    vieillissant, ça me stressait beaucoup les mises bas, parce qu'il y a des moments où

    les bébés quand ils étaient un peu coincés, je n'avais plus assez de force pour les

    sortir. Et du coup, il fallait faire intervenir le vétérinaire ou faire des césariennes, mais

    les médicates ne supportent pas les anesthésies, chaque fois elles meurent. Voilà, et

    puis après il faut vendre les chevraux, et ça devenait difficile pour moi. Donc bon, je

    pense que les gens mangent moins de viande et moins de bébés aussi, donc c'est

    compliqué la commercialisation. Et non, on n'en a pas qu'à dit.

    Lennan Bate: Il y en a par terre.

    Odile Christine: Non, il n'y en a pas. Tu en as vu?

    Lennan Bate: Pas beaucoup, on cherche des glands.Odile Christine: Oui, on cherche des glands et il n'y a pas de glands cette année.

    Autant l'année dernière il y en avait plein, plein, plein, autant cette année, rien du tout.

    Lennan Bate: Parce que les chèvres elles ont réputation à être fragiles, que ça soit

    effectivement au niveau hormonal, les mastic, tout ça, mais aussi au niveau des

    parasites. Comment tu fais toi?

    Odile Christine: Moi, ça fait au moins 8 ans qu'elles ne sont pas déparasitées. Après,

    elles ne restent jamais très longtemps au même endroit. Je les change tous les jours.

    On fait des circuits différents. Du coup, elles ne sont pas surinfectées. Et puis, ça ne

    veut pas dire qu'elles n'en aient pas, des parasites, mais je n'avais pas envie de

    toucher et de leur donner des médicaments qui n'étaient pas adaptés aux parasites

    qu'elles avaient. Du coup, on abîme aussi la flore intestinale, donc il vaut mieux voir ce

    qui se passe et traiter s'il y a besoin.

    Lennan Bate: Oui, il y a deux vétos, Coralie Amart et Lucille Brochot, qui étaient

    passées sur le podcast et qui parlent de la symbiose avec les parasites.

    Odile Christine: Ah oui, bien sûr, comme nous.

    Lennan Bate: Voilà, et qu'en fait ils ont leur rôle à jouer, leur intérêt c'est pas de tuer

    l'autre, mais quand l'autre est trop faible, fragile, stressé, tout ça, bon bah les parasites

    ils explosent et là ça peut devenir problématique. Mais sinon, ça pourrait même être

    bénéfique aux parasites.

    Odile Christine: Bah oui, bah oui. Ah oui, donc c'est vrai que je ne touche plus, alors je

    ne sais pas si j'ai raison non plus. Voilà, c'est mon point de vue. Après...Lennan Bate: Vu quand on voit les chèvres et la belle fourrure, qu'elles ont l'œil brillant,

    qu'elles ont l'air en forme, qu'elles sont bien grasses et tout, je pense que ça va.

    Odile Christine: Oui, moi aussi, je pense que ça va. Après, il y en a toujours des

    accidents sur le troupeau, voilà, mais... C'est vrai que c'est juste à surveiller. Et puis je

    pense qu'elles sont heureuses aussi. D'être dehors, de pouvoir manger, être en liberté.

    Il y a juste le loup qui les stresse. Voilà, ça c'est notre sujet.

    Lennan Bate: Et je veux bien qu'on parle de ta relation avec les vaches, avec les

    chèvres et les loups aussi, mais pour rester un petit peu sur cette question de

    parasitisme, à ton avis, le bol alimentaire qu'elles ont, à quel point est-ce que tu penses

    que ça joue? Parce que souvent on voit des chèvres qui sont principalement à l'herbe

    et au foin. Et là, on les voit manger de l'herbe, du lierre, du chêne.

    Odile Christine: Moi j'avais appris que les chèvres n'avaient pas une bactérie pour

    digérer que l'herbe. Et du coup ça les rendait malades. Donc elles avaient besoin de

    bois, de feuilles. C'était leur principale alimentation. Et puis je pense que dans la

    nature, chaque animal mange des trucs différents dont ils ont besoin. Et c'est, je trouve

    que c'est une symbiose avec tous les autres animaux quoi, en fait. Parce que chaque

    espèce est faite pour manger des trucs différents. Et les biquettes, c'est vrai que dans

    la forêt, c'est là qu'elles sont le mieux. Bon, c'est dommage qu'il n'y ait pas de caméra

    parce qu'on voudrait bien vous montrer comment elles mangent.

    Lennan Bate: On va prendre des photos. Parce que la première fois qu'on s'était

    rencontré, et c'est là que notre amitié a commencé, c'est que j'étais venu te demander

    à Una Map, les chèvres, qu'est-ce qu'elles mangeraient? Est-ce qu'elles mangeraient

    de la lavande? Est-ce qu'elles mangeraient ci? Sous les oliviers, est-ce qu'on pouvaitles faire pâturer? Et j'ai été tellement surpris et émerveillé par à quel point tu savais

    exactement à quelle période tes chèvres mangeraient quoi. en fonction de plein de

    choses, que du coup, c'est là où on a commencé à se balader ensemble et que tu m'as

    appris tout plein de choses sur à quelle période tu amenais les chèvres où, pour

    qu'elles mangent, quel genre

    Odile Christine: de plantes, selon leurs besoins.

    Lennan Bate: Tu peux donner 2-3 exemples?

    Odile Christine: Bon, les chèvres elles ne mangent pas, chez nous on a de la lavande

    aspic, mais elles ne la mangent pas, elles ne mangent pas le thym, elles mangent un

    peu de romarin, elles ne mangent pas la sarriette non plus, elles mangent le laurier, on

    a du laurier qui pousse à l'état sauvage, Et puis, je ne sais plus ce que je voulais te dire.

    Lennan Bate: Et à quelle période?

    Odile Christine: Après, c'est vrai qu'en fonction, l'hiver, je les emmène plus où il y a du

    lierre parce qu'il y a moins de choses à manger. Puis après, au printemps, dès qu'il y a

    des broussailles, elles se régalent dans la broussaille. Des jeunes pousses, des

    preneuliers, les chênes blancs quand ils poussent, elles les en mangent beaucoup. On

    a un peu de l'arbousier aussi, ça elles se régalent. Elles aiment beaucoup aussi la

    brouillère, mais on en a très très peu. Après elles mangent de l'arronce, elles mangent

    des églantines aussi, de l'auvépine elles mangent aussi. Mais après ça dépend, c'est

    vrai que l'hiver je les laisse un peu moins dans la forêt parce qu'il y a un peu moins à

    manger. que l'été ou le printemps, c'est surtout le printemps, quand tous les bourgeons

    poussent.Lennan Bate: Et du coup, tu sélectionnes les endroits où tu vas selon certaines

    périodes de la saison?

    Odile Christine: Oui, c'est vrai. Et puis dans la forêt, il y a des endroits où elle pâture

    beaucoup l'été et le printemps, il y a de l'herbe qui pousse, il y a du trèfle, il y a du saint-

    fouin qui pousse à l'état sauvage. Du coup, ou du régra, du coup elles se régalent. Mais

    c'est vrai que c'est des plantes que personne n'a semées quoi. Quoique le trèfle, je

    suppose que dans le foin qu'elle mange, après ça doit se retrouver dans les crottes et

    après ça pousse. Ça peut qu'il pleuve un peu, ça pousse.

    Lennan Bate: Mais c'était rigolo parce que quand on a été me balader il y a 2-3 jours là,

    je pense, je sais pas, ayant passé un peu de temps aussi avec mon troupeau, à

    plusieurs reprises, à des moments tu te disais, allez c'est bon, elles veulent bouger. où

    maintenant on va s'a****** là et à chaque fois moi aussi j'avais eu cette intuition de me

    dire ah tiens là elles ont envie de partir alors qu'il se passait encore pas grand chose

    de visible en tout cas pas et puis c'était presque une sorte de pensée un peu instinctive.

    Odile Christine: Après tu apprends à les écouter les chèvres en fait c'est au bruit

    qu'elles font après c'est des habitudes mais au bruit qu'elles font tu sais qu'il faut les

    déménager parce qu'elles ne le mangent plus et du coup tu te dis allez hop on change

    de coin et on les accompagne pour qu'elles aillent voir ailleurs et chercher ailleurs ce

    qui leur plairait.

    Lennan Bate: Du coup je crois que cette écoute de ton troupeau elle est vraiment très

    très importante Un peu au coeur de ta relation avec les chèvres.

    Odile Christine: Oui, oui. Mais ça s'appelle du savoir-faire après.Lennan Bate: J'ai des exemples sur... Sur cette écoute, sur peut-être quelques fois des

    chèvres qui font des choses. Parce qu'on parle beaucoup de communication animale et

    je pense que c'est plus une sorte d'écoute ou d'intuition. Toi tu le définirais comment

    cette communication?

    Odile Christine: Je crois que c'est de l'intuition. Mais après c'est vrai qu'elle raconte des

    choses, notamment quand elles ne vont pas bien. Je sais qu'au printemps j'ai eu

    quelques soucis avec 2-3 biquettes et le matin quand on ouvre la porte et qu'elles me

    regardent droit dans les yeux en mêlant, là il y a un truc qui ne va pas. On le sent bien,

    elles le disent franchement. Et du coup après ça me stressait et le matin quand

    j'ouvrais la porte je les appelais par leur prénom et elles me répondaient chacune à

    leur tour, c'était assez drôle. pour me rassurer que tout allait bien. Mais c'est vrai que

    c'est facile la communication avec les chèvres si on prend le temps et si on se sent

    bien avec cet animal. On dit toujours que c'est capricieux, mais en fait, les biquettes,

    elles savent vraiment ce qu'elles veulent et elles savent écouter leurs besoins. Et du

    coup, je trouve que c'est un animal super sympa. La relation est vraiment très proche,

    elles viennent nous voir, elles demandent des caresses, des glands à manger ou autre

    chose. Et puis elles sont capables de nous attendre quand on traîne aussi. Et pas de

    nous laisser derrière.

    Lennan Bate: C'est rigolo, ça me fait penser, je me souviens une fois, je t'avais

    demandé, parce que tu me disais Celle-là c'est la chef, c'est la vieille, elle mène le

    troupeau ici, celle-là elle a tel rôle, etc. Je t'avais dit, et toi t'es qui pour elle? C'est quoi

    ton rôle dans le troupeau?

    Odile Christine: Des fois je crois que je suis leur enfant, parce qu'elles prennent soin de

    moi ou elles viennent me lécher. Et puis, je ne sais pas, je crois que je fais partie deleur monde, vraiment. En même temps, elles savent que je suis là pour les protéger,

    mais je crois qu'elles me protègent aussi. En tout cas, elles sont capables de me dire si

    je ne vais pas bien. Elles sont capables de ne pas se sacrifier, mais de me dire qu'il y a

    des trucs qui ne vont pas.

    Lennan Bate: Tu as des exemples?

    Odile Christine: J'ai des exemples, mais je ne sais pas si tu les enregistres. Si tu veux

    pas en parler, pas de soucis. Si tu arrêtes, je t'explique.

    Lennan Bate: Je crois que tu m'avais raconté. On en parle après. Pour revenir à cette

    histoire de protection, du troupeau où elle te protège, toi aussi tu protèges. D'ailleurs, il

    y a un gros chien de protection qui est là, devant moi.

    Odile Christine: un joli matin espagnol qui est très très gentil avec les gens et qui

    Lennan Bate: fait bien son job voilà parce que du coup tu as eu le loup il y a quelques

    années là et

    Odile Christine: oui la première attaque c'était juste trois jours après le confinement en

    2020 et où j'ai eu une chèvre qui est morte et j'en avais une autre de blessée qu'on a

    sauvé et puis du coup J'ai dû racheter un chien, donc j'avais un beauceron femelle et

    j'ai racheté un beauceron mâle. Et puis ma beauceron femelle s'est fait tuer par un

    sanglier l'année d'après. Donc j'ai acheté un chien de protection parce que mon

    beauceron ne supportait pas d'avoir un autre beauceron pour surveiller le troupeau.

    Donc l'alliance chien de protection et chien de conduite de troupeau, ça a mieux

    fonctionné. Chacun son rôle, et Olympe fait très bien son rôle de chien de protection.Est-ce qu'on peut déménager un petit peu? Parce que je les vois manger les arbres.

    Lennan Bate: Et ça tu ne veux pas?

    Odile Christine: Ça abîme. Je trouve que c'est un peu idiot. Surtout qu'elles

    commencent à s'ennuyer là. On va regarder les noms, parce qu'il y a des petits bisons.

    Lennan Bate: Je me souviens à l'époque que tu m'avais raconté l'attaque du loup, tu

    me disais, oui, il y a cette chèvre qui est venue et qui est morte parce qu'elle a elle-

    même attaqué le loup et d'ailleurs sa fille aussi.

    Odile Christine: Oui, c'est la fille qui est morte et la mère qui a eu une attaque, elle s'est

    beaucoup défendue, donc il lui avait mordu la mâchoire et il l'avait mordu plus près du

    sternum que du cou. Du coup, Du coup elle a survécu à l'attaque et donc on a dû la

    mettre sous antibiotiques. Elle est restée trois jours sans manger et sans boire. Et

    après, quand elle allait mieux, elle venait se mettre, quand je trayais les autres, ses

    copines, elle venait se mettre à côté de moi, et elle me bêlait dans les oreilles, et

    doucement, j'avais l'impression qu'elle me racontait son attaque. Et ça, c'était très

    surprenant, vraiment, de la sentir comme ça, inquiète, Et puis raconter, c'était très

    drôle. T'as vu, on va passer par là, parce que là, toutes les branches qu'ils

    Lennan Bate: ont eues... Donc à ton avis, à quoi ça tient que cette mère et cette fille,

    elles aient la... l'instinct, la génétique de se défendre, d'attaquer même le loup. Est-ce

    que tu penses que si tout le troupeau avait été comme ça, il aurait pu se défendre?

    Comment ça se fait que les autres ne se défendent pas et qu'elles fuient?

    Odile Christine: Alors, je crois que ça tient juste au caractère de la biquette. Parce queLisette qui s'est fait attaquer, elle a un fort caractère. Et les chiens, elle les a toujours

    chassés. Mais dans sa famille, il y en a d'autres qui attaquaient les chiens comme ça.

    Et peut-être que... Il y en a une qui se sacrifie, je ne sais pas, après tout. Moi je n'ai pas

    d'expérience d'attaque de loup finalement. Elle est là, il disait.

    Lennan Bate: Est-ce qu'on pourrait penser à un troupeau où on sélectionne vraiment

    sur ce trait de caractère pour que le troupeau se défende?

    Odile Christine: Oui, peut-être. Mais peut-être aussi que les boucs interviennent. Et

    comme moi, je n'ai plus de boucs, verser doucement. Peut-être, oui. Les boucs jouent

    peut-être leur rôle de protection aussi parfois. Et c'est vrai qu'à l'époque, je n'avais plus

    de boucs. Je n'avais que les bébés. Non, je n'avais pas de boucle parce que je gardais

    juste un boucle de l'année et après je m'en séparais. Donc il n'y avait pas.

    Lennan Bate: Et alors depuis, comment tu gères le

    Odile Christine: cadeau, qu'est-ce qui s'achève? On a sécurisé la bergerie. J'étais très

    attentive au comportement des biquettes parce qu'il y a des endroits où il y avait quand

    même beaucoup l'empreinte du loup et du coup elles ne mangeaient pas, elles avaient

    très très peur, donc dans ces cas-là je les déménage. pour aller dans des endroits où

    ils se sentent plus en sécurité. Et puis maintenant, elles font très, très confiance aux

    chiens de protection. Et du coup, elles ne sont plus posées dans la forêt aussi. Parce

    que quand Olympe aboie, ça les met en alerte. Et si je vois que la c****** reste au

    milieu du troupeau et qu'elle aboie, c'est que je sais que la présence du loup n'est pas

    très loin. Finalement, je rentre à la maison pour ne pas les mettre en danger. Et puis

    même moi, parce que si elles me font tomber, parce que dans l'accolément, elles

    peuvent carrément te mettre par terre. Tu sais, des mouvements de troupeau commeça, c'est bon pour se retrouver par terre. C'est vrai que dans ce cas-là, je rentre. Je ne

    les laisse pas dehors. De toute façon, elles ne mangent plus. Ça les stresse tellement

    qu'elles ne mangent plus, donc ça ne sert à rien de les laisser et de se mettre aussi en

    danger. Ça ne sert à rien.

    Lennan Bate: Et donc comme autre perturbateur de la forêt, il y a le chasseur et son

    chien. On a eu l'expérience là il y a quelques jours.

    Odile Christine: Chasseur et chien ça fait pas bon ménage avec les chèvres. C'est vrai

    parce que les clochettes ça fait peur aux chèvres, les aboiements ça fait peur aux

    chèvres. Et du coup c'est pareil, ils ne mangent plus, ça les stresse. Et voilà, on est

    obligé de les déménager pour qu'elles retrouvent leur calme et qu'elles puissent

    manger. Sinon, c'est une perte de temps aussi. Après, c'est dans la forêt qu'elles ne

    mangent pas. C'est une perte de temps.

    Lennan Bate: Parce que pour retrouver l'appétit et la tranquillité pour remanger, ça

    prend quelques temps.

    Odile Christine: Oui, c'est vrai. C'est vrai, ça prend...

    Lennan Bate: Et alors récemment on entendait que c'était pas facile de trouver des

    gens pour garder les chèvres, qu'ils savaient pas faire, qu'ils se posaient, qu'ils les

    laissaient huit heures au même endroit.

    Odile Christine: En fait, oui c'est ça. C'est un vrai métier la garde du troupeau dans la

    forêt. Parce qu'il faut les emmener des endroits où il y a à manger, surveiller qu'elles

    mangent, parce que sinon ça n'a pas d'intérêt quoi. En fait c'est pas pour les balader,c'est pour qu'elles mangent. Parce que les végétaux, c'est très nourrissant pour elles.

    Elles sont faites pour ça. Et c'est vrai que c'est un vrai métier. Il faut surveiller.

    Lennan Bate: Ça tient à quoi d'être un bon berger ou un bon chevrier?

    Odile Christine: À faire revenir les chèvres avec le ventre, s'il vous plaît.

    Lennan Bate: Et concrètement, comment on fait?

    Odile Christine: Il faut surveiller qu'elles mangent. Et les emmener dans des endroits où

    il y a à manger pour elles. Tu vois, regarde, à peine elles avaient le nez en l'air, on les a

    déménagées, elles ont toutes le nez par terre. Après, c'est l'habitude. C'est l'habitude

    aussi.

    Lennan Bate: Et comment tu as choisi cet endroit-là?

    Odile Christine: parce que je sais qu'il y a du lierre par terre et puis il y a de la

    broussaille là qu'elles aiment. Et voilà, puis ça fait longtemps que je les ai pas

    emmenées par de ce côté. Donc voilà, je savais qu'elles pouvaient trouver quelque

    chose. Sauf Lana qui mange les écorces de pain. Lana, oh! Tu peux répondre quand je

    te parle. Tu vas manger autre chose que le pain? Non, tu veux pas en parler aujourd'hui.

    Lennan Bate: Et alors toi qui as pu accompagner quelques autres éleveurs de chèvres,

    qu'est-ce qui est la chose la plus importante que tu transmets et que tu aimerais que

    les futurs chevriers sachent?

    Odile Christine: Alors de prendre soin de leurs troupeaux et de répondre aux besoinsde l'animal, je trouve que c'est très très important parce que Je trouve qu'on ne fait pas

    assez attention à ce truc-là. On est dans la production, il faut toujours se dépêcher,

    gagner de l'argent, rembourser les emprunts. Et on ne prend pas toujours soin de

    l'animal et je trouve ça bien dommage. Et on ne respecte pas toujours leurs besoins

    aussi. Parce que les buquettes, on dit qu'elles sont capricieuses, mais ce n'est pas vrai.

    Elles savent juste ce dont elles ont besoin. Et des fois, si on les bouscule trop, ça ne

    leur convient pas du tout. Mais ça, je pense que je vois dans le monde du cheval, il y a

    des gens qui en prennent conscience de ce truc-là. Et j'espère que ça continuera parce

    que c'est très important. L'animal, c'est un être vivant et il faut qu'on en prenne soin.

    Puis je pense que si on prend soin de ces animaux, on prend soin de soi aussi. Je

    pense que tout va avec. sais que tu es sur mon pied là et moi c'est ce que je pense

    plus on prendra soin des êtres vivants plus on prendra soin de soi aussi on sera peut-

    être plus attentif à nos besoins

    Lennan Bate: Je me souviens qu'il y avait un de tes anciens stagiaires qui avait calculé

    en gros ta capacité fromageable, la capacité fromageable de ton lait et il s'était rendu

    compte que vraiment tu avais une super production, que ton lait il était super riche et

    tout ça sans te donner de grains, etc. Et donc à quoi ça tient à ton avis cette qualité-là?

    Odile Christine: Alors c'est vrai que j'essaie de leur donner un fouine de qualité pour

    qu'elles trouvent dans le fouine des variétés différentes pour que ça les nourrissent. Et

    puis les chèvres quand tu les mets dans la forêt elles trouvent des graines. Il y a plein

    de graines sur les arbres. que ce soit les glands, que ce soit les églantines, que ce

    soit... même, elle mange le pistachier lentiste, elle mange les graines, mais il y en a

    d'autres, elle mange les carottes sauvages, du coup, il y a des graines dedans, elle

    mange les graines de plantain, et du coup, ça leur suffit, finalement, ça leur suffit. et tu

    n'as pas besoin de racheter du maïs ou de... parce que c'est des coûts en fait, c'est descoûts supplémentaires et qui ne rapportent pas forcément, je ne suis pas sûre que

    l'écart du coût, ça vaille le coût finalement.

    Lennan Bate: Thierry Samitier-Leclerc Oui, et puis là au niveau de la santé avec toute

    la diversité végétale qu'elle mange, c'est extraordinaire.

    Odile Christine: Voilà, elles ont de l'herbe aussi à la maison. Bon, période où il pleut un

    peu, l'été, évidemment, il n'y en a pas de l'herbe. Mais alors l'été, je leur donne un peu

    plus de luzerne. Mais sinon, c'est vrai qu'elles mangent plusieurs graines. C'est

    impressionnant. Dans le palure aussi, elles mangent les graines de palure. Et dans les

    asperges sauvages, il y a des graines qu'elles mangent aussi. Mais c'est... C'est

    vraiment... Même les graines de le salsepareille, ça fait des grosses grappes et elles se

    régalent à les manger. Les arbouses, enfin... Oui, ça mange de tout. Oui, ça mange

    beaucoup de choses, c'est vrai.

    Lennan Bate: Et puis là, ici, il y a une diversité qui est extraordinaire. Mais oui. Moi, je

    pense que ça tient aussi, parce que ça, c'est une sensation qu'on a dans ton troupeau,

    c'est la sérénité. à quel point elles sont calmes, elles sont posées.

    Odile Christine: Oui, c'est sûr que si toi t'es posée, elles sont posées. Les jours où je

    suis énervée, ça ne se passe pas comme ça. Elles ne mangent pas ou elles se tapent

    un peu plus dessus. Ça, c'est sûr. Elles ressentent beaucoup dans l'état où tu es, quoi.

    Émotionnelle et... Et du coup, c'est vrai que moi, ça m'est arrivé de rentrer, des fois

    d'arriver dans la bergerie pour les traires, où j'étais énervée, fatiguée, je leur faisais

    mal, et le premier jet, si je ne me calmais pas, c'était un coup de pied dans le seau.

    Donc, il fallait que je me calme, sinon ça n'allait pas le faire. Et une fois que tu t'es

    posée, tu t'es dit, c'est bon, j'ai compris, on va se calmer, et bien tout se passe bien. Etje pense que tous les animaux ont cette sensibilité-là, sauf que des fois on ne s'en rend

    pas compte parce qu'on est pris dans autre chose et du coup on ne fait pas attention.

    On va un petit peu avancer parce qu'on commence à manger les arbres.

    Lennan Bate: À l'époque, il y avait quelque chose qui m'avait émerveillée, c'était

    comme tu trayais les chèvres dans le champ, juste en mettant un petit foulard sur leur...

    sur

    Odile Christine: leur cou pour leur signifier qu'on allait les traire. Et c'est vrai qu'il y a

    des chèvres qui se laissent beaucoup faire comme ça. En même temps, c'était bien de

    ne pas les bouger. Elles mangeaient, je les trayais, puis après elles repartaient manger,

    donc c'était pour leur souffler la peau.

    Lennan Bate: Du coup, tu faisais les deux traites à la main pour les 30 et quelques.

    Odile Christine: Même jusqu'à 38. Puis après j'ai eu, je me suis dit que j'en avais marre

    de passer beaucoup de temps à la traite donc j'ai mis, j'ai salé un cadeau de traite et

    mis les machines à terre mais elles n'ont jamais voulu que je les traite à la machine.

    Elles ont trop bougé, elles m'ont trop fait mal et du coup j'ai arrêté de les traire à la

    machine. Elles n'étaient pas du tout conditionnées pour être traites à la machine. Voilà,

    erreur de ma part.

    Lennan Bate: De vouloir avoir une machine. Oui.

    Odile Christine: Elles me l'ont bien fait comprendre. C'était Lisette qui était attaquée par

    le loup. Elle ne supportait pas la machine, mais elle m'a fait des trous dans les mains.

    J'ai des cicatrices. Regarde. Je m'étais fait des mitrailles. Elle m'a arraché les traillonscomme ça. Et elle ne voulait absolument pas que je la traie à la machine, elle gigotait et

    gigotait. Et quand je la faisais descendre du quai de traite, j'arrivais avec le seau et le

    chiffon, elle ne bougeait pas, elle me regardait, elle ne bougeait pas. J'ai bien compris

    que tu ne veux pas la machine. Elles m'ont joué des tours. Donc après j'ai abandonné.

    Lennan Bate: Tu utilises le quai de traite?

    Odile Christine: Alors j'ai utilisé le quai de traite, il faudrait que je m'y remette un peu.

    Mais bon des fois elles ne veulent pas toujours monter, ça les gonfle. C'est comme ça

    qu'on apprend de nos erreurs, je n'aurais pas dû. C'est le caractère déliquette. Après,

    quand on sait aussi les écouter, on comprend que ce n'est pas leur truc. Je les ai mises

    sur le quai de tête très tard. Généralement, il faut les habituer à la machine quand elles

    sont en première mise bas. Première allactation. Après, elles ne bougent pas. Loïs dit

    toujours qu'il y a des chèvres qui préfèrent être prêtes à la main et d'autres prêtes à la

    machine.

    Lennan Bate: D'accord.

    Odile Christine: Et puis lui il a l'expérience depuis longtemps.

    Lennan Bate: Ah lui il trait aussi à la main?

    Odile Christine: Non, à la machine.

    Lennan Bate: Ah oui, tout à la machine.

    Odile Christine: Il aimerait mais il en a trop. Il trouve que c'est plus sympa de traire à lamain.

    Lennan Bate: Et ouais. Mais ça pour moi c'est vraiment le cœur de ma réflexion, c'est à

    quel point est-ce qu'on peut être petit pour avoir une rentabilité et que dès qu'on investit

    dans certains matériels, on est obligé de passer des caps avec plus d'animaux

    Odile Christine: et ainsi de suite. Oui, c'est vrai. Après c'est un peu un cercle vicieux

    parce que plus tu as des animaux, plus tu veux t'outiller pour que ce soit facile. et tu

    rentres vraiment dans un cercle vicieux. Et puis après, je crois qu'en agriculture, il faut

    vraiment faire les choses qu'on aime pour que ce soit plus facile. Sinon, si tu rentres

    dans un cercle infernal, Après c'est compliqué de travailler, puis tu as aussi des pannes

    avec le matériel, et je crois que tu rentres dans une spirale qui est un peu infernale.

    Après ceci dit, c'est vrai que quand tu as des animaux, il faut un peu oublier les

    vacances, il faut oublier les week-ends, c'est des choix, il faut juste s'assumer ses

    choix. parce qu'on sait bien qu'on peut être réveillé la nuit, il y a des trucs qui ne se

    passent pas bien, on a toujours des accidents, on ne peut pas confier non plus son

    troupeau à n'importe qui, parce que c'est ton outil de travail et puis si tu laisses ton

    troupeau et que tu reviens, il y a des soucis, que tu as une année, que tu enquilles sur

    un année où tu n'as pas beaucoup de revenus, c'est compliqué quoi.

    Lennan Bate: C'est sûr. Du coup, tu penses que c'est encore possible aujourd'hui de

    s'installer en chèvre sans avoir besoin de faire des gros investissements, que ce soit

    pour la fromagerie?

    Odile Christine: En fromagerie, quand même, tu es obligée d'avoir des frigos.

    Lennan Bate: C'est énorme aujourd'hui.Odile Christine: Ouais, voilà, t'es dans l'installation de tout le bâtiment de fromagerie,

    ça c'est sûr, c'est un investissement. Après, au niveau des biquettes, hormis si tu veux

    une machine à traire, ça dépend du nombre de biquettes aussi, mais tu peux avoir des

    machines qui ne sont pas si chères que ça.

    Lennan Bate: C'est des charges après, d'électricité, d'eau...

    Odile Christine: En fait il y a beaucoup de chevriers qui passent à une traite par jour

    parce que la machine à traire consomme beaucoup d'électricité et ça devient cher.

    Alors après moi, c'est vrai que j'ai eu la chance de ne pas avoir de problème de main

    pour traire. J'ai toujours trait à la main depuis on va dire au moins 50 ans quoi. Et c'est

    vrai que je n'ai pas de douleur, je n'ai pas de douleur de genou pour me mettre

    accroupie et traire, je n'ai pas de mal aux mains, ça aide aussi quoi.

    Lennan Bate: Justement parce que moi j'ai entendu beaucoup des gens me dire, je

    trayais à la main et puis je me suis fait une tendinite.

    Odile Christine: Du coup je peux plus.

    Lennan Bate: Mais à quoi ça tient? Est-ce que tu penses que c'est aussi une posture

    de travail, une tension? Ou est-ce que c'est juste pas de chance?

    Odile Christine: Je ne sais pas, peut-être que... C'est vrai que moi je me suis rendu

    compte que j'étais plus à l'aise d'un côté de la biquette que de l'autre. Peut-être

    qu'aussi des fois on ne fait pas g**** à comment on se positionne. Et puis, après je... Je

    ne sais pas, moi je trouve qu'accroupi... Moi ça ne me dérange pas de rester accroupi

    et de traire accroupi, je trouve que c'est une posture naturelle. déjà tu enlèves destensions dans le dos quand tu es accroupi. Après des fois on est fatigué par les

    charges de travail puis du coup ça devient compliqué.

    Lennan Bate: Mais c'est vite les cercles vicieux quoi, de fatigue, de tension.

    Odile Christine: Ouais, de tension et puis des fois, si dans la vente ça se passe pas

    bien, ou t'as un problème de mammite que t'as pas vu, que tu loupes les fromages, des

    fois ça tient à pas grand chose. Et puis l'agriculture c'est pas toujours, je sais pas, un

    métier facile.

    Lennan Bate: Ça c'est sûr.

    Odile Christine: Voilà, t'es toujours, enfin pas avec l'élevage, mais après t'es tributaire

    du temps, des gelées, trop chaud, du manque d'eau, il y a tellement de paramètres. Si

    tu n'es pas issu un petit peu du monde agricole, où vraiment tu ne cherches pas

    vraiment, après à un moment donné ça devient compliqué.

    Lennan Bate: Tu veux dire au niveau connaissance ou au niveau gestion?

    Odile Christine: Gestion, parce que quand tu es né dans un milieu agricole, tu as été

    confronté depuis l'enfance aux difficultés de récolte, de temps, alors que quand on

    arrive dans l'agriculture et qu'on est grand, majeur et qu'on s'installe, des fois, il faut

    faire face à tout ça. Il y a tout à apprendre et pour obtenir des crédits, c'est difficile de

    faire fonctionner l'agriculture. Si ça marchait, si c'était tout carré, on le saurait. Ça

    n'allait pas du tout.
  • Renouée - Agriculture de Régénération

    32 - Pourquoi cohabiter avec le castor avec Cécile Auberson

    11/02/2026 | 50 min
    LIENS : 

    https://emilyfairfaxscience.com/research/

     

    conseil-castor.ch

     

    Société française pour l'étude et la protection des mammifères

    https://www.sfepm.org/le-castor-deurope.html

     

    Office Français de la Biodiversité

    https://ofb.gouv.fr/especes/castor-europe-castor-fiber

     

    Livre

    Les milles vies du Castor

    https://boutique.salamandre.org/les-mille-vies-du-castor.pdt-1461/

     

     

    Dans les années 1960, Robert Paine et son équipe ont mis en lumière des principes écologiques fondateurs avec leur expérience sur les bassins à marée basse du litoral Nord américain. Une de leur trouvaille, c’était l’existence et l’importance d’espèces clé de voute. C’est à dire une espèce caractérisée par la qualité, le nombre et l'importance des liens qu'elle entretient avec son habitat et les autres espèces.

    Et en entendant Cécile Auberson me parler du castor, impossible de ne pas sentir comme nos besoins, en tant que société et habitant de la terre, sont alignés avec l’impact du castor sur les écosystèmes. Pourtant nous entretenons avec le castor une longue histoire de chasse qui a mené a sa quasi disparition en Europe.

    Le rôle de Cécile est de comprendre l’impact du castor, le quantifier et le prédire afin de permettre que son retour à travers nos paysages soit bien compris et bien accueilli. Parce que lui aussi peut, pour certaines communautés, être aussi clivant que l’ours ou le loup.

    Alors soyons curieux et découvrons les extraordinaires interrelations du vivant.

    Transcription : 

     

    32 - Pourquoi cohabiter avec le castor avec Cécile

    Auberson

    Cécile Auberson: on sécurise les surfaces pour la nature aménagées par le castor.

    Parce que de nouveau, un castor, il est hyper adaptable et il n'a pas besoin de nous

    pour sécuriser les surfaces. Lui, il a besoin juste d'eau, de nourriture, comme je l'ai dit,

    et il s'installe où il veut, en fait. Après, c'est comment nous, est-ce qu'on arrive à réagir

    à sa présence? Et comment est-ce que nous, on arrive à cohabiter avec lui?

    Lennan Bate: Bienvenue sur Renoué, le podcast qui explore les liens profonds entre la

    santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine. L'agriculture

    occupe une place centrale dans nos vies. Qu'il s'agisse de nous nourrir, de produire

    des fibres pour le textile ou de cultiver des plantes pour nous soigner, elle façonne

    notre société à bien des égards. Mais alors comment repenser notre relation vivant afin

    d'honorer sa capacité exceptionnelle à se régénérer et construire une agriculture

    réellement bénéfique pour tous? C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble au

    travers de discussions avec celles et ceux qui œuvrent pour une santé globale. Alors, il

    ne s'agit pas du loup ni de l'ours. Pourtant, le petit animal dont on va parler aujourd'hui

    a pour certains une image assez controversée. Il s'agit du castor. Et donc toi, Cécile

    Auberson, tu étudies ses impacts, ses comportements et tentes d'améliorer son

    acceptation en considérant chacun des acteurs qui seront impactés par son retour sur

    le territoire suisse où tu travailles. Pour commencer, est-ce que tu peux nous dresser

    un historique de la relation humain-castor?

    Cécile Auberson: C'est une relation qui n'a pas toujours été simple. Le castor a

    quasiment été éradiqué au début du XXe siècle. En Suisse, déjà en 1820, on a tué le

    dernier castor du territoire pour trois raisons. Pour la viande qui était consommée demanière régulière. Pour le castoreum, qui est une substance qu'il a utilisé pour marquer

    son territoire et qui était très utilisée, très recherchée dans la pharmacopée. C'était une

    substance qui était censée guérir tous les petits maux, tous les bobos.

    Lennan Bate: Aussi dans la parfumerie, non?

    Cécile Auberson: Oui, la parfumerie aussi, exactement. Et toujours aujourd'hui en fait,

    mais aujourd'hui on utilise du castorium de synthèse, des composés de synthèse. Donc

    on ne tue plus de castor aujourd'hui pour la parfumerie. Et puis on utilisait aussi sa

    fourrure, énormément. Il a une fourrure, l'une des fourrures les plus denses du règne

    animal. Comme il y a beaucoup d'animaux aquatiques, semi-aquatiques, on pense à la

    loutre aussi, qui ont une fourrure extrêmement dense, forcément parce qu'ils en ont

    besoin pour survivre dans l'eau l'hiver aussi. Et puis, du coup, il a des poils de bourre,

    donc c'est le sous-poil qui est extrêmement chaud et qui feutre extrêmement bien. Et

    puis, il était très recherché, du coup, par notamment les chapeliers qui faisaient des

    chapeaux en poils de castor. Et au 16e, 17e siècle, les chapeaux en poils de castor

    étaient vraiment hyper à la mode, ce qui a conduit à une quasi-éradication du castor

    d'Europe dans un premier temps. Puis après la chasse, une fois que les stocks de

    castor, en guillemets, en Europe étaient complètement vidés. Ils sont allés en Amérique

    du Nord pour chercher l'espèce voisine, donc l'espèce nord-américaine. On a Castor

    fiber en Europe, Castor canadensis en Amérique du Nord. Et puis ils ont commencé à

    chasser là-bas aussi à grande échelle. Donc voilà pour le début un peu de la relation

    qu'on a eue, on a vraiment complètement surexploité en fait cet animal. si bien qu'en

    Europe, je dis Europe mais c'est l'Eurasie, c'est le castor, il s'appelle le castor d'Europe

    mais il est répandu sur toute l'Eurasie en fait, originellement donc de l'Espagne, du

    Portugal jusqu'à l'Est de la Russie en Chine et puis donc il y avait environ à l'époque on

    estime 100 millions de castors d'Europe et puis on a laissé entre 1000 et 2000individus en vie au début du XXe siècle. Donc il a vraiment réchappé de peu à

    l'extinction. Et c'est grâce à des naturalistes en Suisse assez motivés qui se sont

    rendus compte qu'il manquait quelque chose, il manquait une force créatrice dans nos

    rivières. C'est eux qui ont décidé de réintroduire le castor dans le pays. entre les

    années 50 et 60.

    Lennan Bate: Dans l'ensemble de l'Europe?

    Cécile Auberson: Oui, en Suisse. Là, je parle vraiment de la Suisse, mais il y a eu des

    initiatives similaires un peu partout en Europe. Après, les premières réintroductions ont

    eu lieu déjà dans les années 30, en Finlande, par exemple. Mais là, il y avait plutôt une

    idée de réintroduire le castor pour l'exploiter de nouveau comme fourrure pour la

    viande. Il y avait moins cette idée de de rendre aux rivières un élément qui lui

    manquait, un élément naturel, en fait. Et ça, c'est plutôt vraiment dans les années 50

    que ça a commencé à se développer, cette pensée-là. Il y a différents autres pays qui

    ont suivi. Par exemple, là, aujourd'hui, on est en 2025 en Angleterre et en Écosse. Ils

    réintroduisent vraiment le castor à grande échelle, mais là, c'est encore un stade de

    pensée plus loin. Maintenant, ils réintroduisent les castors là-bas, notamment pour leur

    effet sur la rétention de l'eau, et donc dans une idée de protection contre les crus. En

    Californie, c'est l'effet inverse. On va réintroduire le castor pour lutter contre les

    incendies, contre les feux de forêt. Donc maintenant, aujourd'hui, on est vraiment passé

    par une phase où d'abord on a réintroduit le castor en années 30 pour l'exploiter de

    nouveau. Ensuite, années 50, on était un peu dans une idée de réparation, rendre à la

    nature ce qui lui manque. Et puis aujourd'hui, progressivement, on passe dans une

    phase maintenant où on va réintroduire le castor pour les services écosystémiques qu'il

    peut nous rendre.Lennan Bate: Justement, toi tu parlais de son rôle pour la réhydratation du paysage, la

    gestion des potentiels feux en Californie. C'est quoi le rôle du castor dans

    l'écosystème? On parle souvent d'une espèce clé de voûte. Quel rôle il a? Quel impact

    il a sur l'écosystème?

    Cécile Auberson: On l'appelle clé de voûte, on l'appelle aussi des fois ingénieur de

    l'écosystème parce qu'un castor, dans l'imaginaire collectif, il y a tout le monde qui a à

    peu près cette idée, cette image du castor. il abat des arbres, il construit des barrages

    et puis il inonde un peu des surfaces. Mais en fait, et c'est très précisément ce qu'il fait,

    mais en faisant ça en fait il va modifier son environnement comme aucune autre

    espèce parce que grâce à ses capacités là, notamment d'abattage des arbres,

    typiquement si on pense à une forêt fermée où il y a un petit ruisseau qui coule au

    milieu, Tout d'un coup on a un castor qui arrive, il commence à abattre des arbres, puis

    on se retrouve avec tout d'un coup une petite clairière à un endroit où il n'y avait pas du

    tout cet habitat-là. Donc le castor est vraiment capable de créer de multiples petits

    habitats où avant il y avait quelque chose de très uniforme peut-être. Et puis c'est pour

    ça aussi qu'on l'appelle clé de voûte, c'est parce que grâce à toutes ces actions qu'il va

    avoir sur l'écosystème, il va permettre aussi le développement de très nombreux autres

    espèces. Et puis on peut penser à l'activité d'abattage d'arbres, qui permettent d'ouvrir

    des clairières. On peut penser à la construction de barrages qui vont créer des surfaces

    d'eau stagnantes, là où on avait une rivière qui était courante, avec des zones d'eau

    plus profondes, moins profondes. Tout ça, c'est une petite niche différenciée qui permet

    à d'autres espèces de se développer. Il y a aussi l'activité de creusement, Donc il va

    creuser dans la berge que ce soit pour installer un terrier, que ce soit pour créer des

    petites niches où il peut se réfugier en cas de danger ou carrément des canaux. Les

    castors sont vraiment capables de créer des véritables canaux pour accéder à une

    ressource plus éloignée de la rivière. Il y a aussi tout le bois mort qui va amener dansle cours d'eau par la construction par exemple de réserves hivernales Je ne sais pas

    quand le podcast va être publié, mais là, aujourd'hui, on est le 24 novembre. Et puis là,

    on est vraiment dans une phase où les castors sont prêts pour l'hiver. Ils ont créé des

    énormes réserves de nourriture pour pouvoir passer l'hiver en toute tranquillité. Et pour

    faire ça, ils ont fait tout bêtement amener des branches, des brindilles dans l'eau. à

    l'entrée de leur terrier ou leur hutte, pour pouvoir simplement avoir besoin de sortir de

    la hutte ou du terrier, aller chercher une branche, rentrer au chaud, au sec, et puis ils

    passent l'hiver comme ça.

    Lennan Bate: Parce que donc, qu'est-ce qu'ils mangent, les castors?

    Cécile Auberson: Alors, de base, c'est des animaux qui sont 100% végétariens. Il y a

    eu une époque où on pensait qu'ils mangeaient du poisson. C'était aussi une des

    raisons pour lesquelles on les a chassés, c'est qu'on pensait que c'était un compétiteur

    qui allait piller les stocks de poissons, mais en fait pas du tout, c'est vraiment que du

    végétal. Pendant toute la belle saison, printemps, été, automne, où il y a encore du

    vert, enfin d'or, où il y a de l'herbe, où il y a des feuilles, il va plutôt se diriger là-dessus,

    sur en gros tout ce qui est vert. Et puis l'hiver, il est obligé de switcher son alimentation,

    parce qu'il n'y a plus justement de jeunes pousses, qui sont à disposition, donc il va

    aller plutôt sur des écorces. Il va se concentrer sur l'alimentation vraiment ligneuse.

    C'est pour ça aussi qu'il va abattre des arbres. C'est parce que pour avoir accès à cette

    ressource-là, il est obligé, il ne grimpe pas aux arbres, donc il est obligé d'abattre

    l'arbre pour avoir accès aux petites branches qui sont au sommet dans la couronne.

    Lennan Bate: C'est pour ça qu'il construit des rétentions, des digues, uniquement pour

    avoir accès à ces branches du haut.Cécile Auberson: Non, alors on va séparer bien deux choses. D'une part il y a les

    barrages, de l'autre il y a l'activité d'abattage d'arbres. L'activité d'abattage d'arbres, elle

    est vraiment d'une part utilisée pour accéder à la ressource alimentaire, pour accéder à

    l'écorce, pour pouvoir ensuite faire un stock pour l'hiver, et il utilise ça comme boîte

    construction pour construire son barrage. Mais le barrage n'a aucune fonction dans

    l'obtention directe d'alimentation. C'est vraiment quelque chose qui va être créé pour se

    protéger des prédateurs. Le castor vit dans des huttes ou des terriers, ou la forme

    intermédiaire, le terrier-hutte. On en reparlera peut-être après en définissant les trois

    types. l'entrée de son habitation doit toujours se trouver sous l'eau. C'est hyper

    important parce que le castor, il a des prédateurs naturels, que ce soit l'ours, le loup, le

    lynx. Quand on pense au castor, pas forcément adulte, au plus petit castor, il y a aussi

    le renard qui entre en compte. Il y a aussi le hibou grand-duc, par exemple. Et pour se

    protéger de ces prédateurs-là, il va vouloir toujours conserver l'entrée de son habitation

    sous l'eau. C'est hyper important pour lui. C'est pour ça qu'il va construire des barrages.

    C'est pour réhausser le niveau de l'eau et maintenir l'entrée de la hutte sous l'eau.

    C'est vraiment le point principal. S'il habite dans une rivière qui a une profondeur

    suffisante, on dit que la hauteur moyenne dont il a besoin, c'est 50-60 cm de

    profondeur d'eau. Si la rivière est assez profonde, il ne va pas commencer à construire

    de barrages. parce qu'il ne va pas s'imposer du travail non nécessaire pour sa survie.

    Quand il est dans des cas où les rivières sont moins profondes, il va construire son

    barrage et réhausser ainsi le niveau de l'eau. Pour construire le barrage, il utilise des

    branches C'est aussi pour ça qu'il doit abattre des arbres, pas seulement pour la

    nourriture, mais aussi pour obtenir des branches qu'il va mettre dans son barrage. Il

    utilise aussi de la boue pour colmater les interstices entre les branches. Ça arrive aussi

    qu'il utilise carrément des pierres pour lester le barrage, lester le tout. Dans certaines

    régions méditerranéennes, notamment en France, au sud, là où il y a peu de

    végétation, il va carrément construire des barrages uniquement faits de pierres. Mais laforme typique, c'est vraiment plutôt le barrage en branche. Et puis, donc le barrage, il

    va aussi lui permettre ce réhaussement du niveau de l'eau. Il va aussi lui permettre de

    pouvoir plonger plus facilement, de pouvoir nager plus facilement, de pouvoir

    transporter du matériel plus facilement. Ça, c'est aussi ce qu'il cherche, en fait, de

    pouvoir vraiment pouvoir facilement se déplacer dans l'eau. Et puis, troisième raison,

    c'est aussi tout bêtement pour étendre son habitat. ça lui permet d'avoir accès plus

    facilement à plus de surface, en fait, s'il peut nager. Parce que voilà, sur la terre ferme,

    un castor, il n'est pas hyper habile. Il a des pattes arrières qui sont quand même assez

    grandes, il a des petites pattes avant. Et puis, c'est vraiment dans l'eau qu'il est à l'aise.

    Donc, plus il a un barrage élevé qui inonde une grande surface, plus c'est facile pour

    lui, en fait. Et puis, ça lui permet aussi d'atteindre des ressources alimentaires qui sont

    peut-être plus éloignées de la rive. en nageant, ce qui le protège des prédateurs, parce

    que de nouveau, il est plus à l'aise dans l'eau. L'eau, ça lui permet de plonger. Si tout

    d'un coup, il y a un prédateur qui arrive, il peut plonger rapidement, se mettre en

    sécurité sous la surface. Et puis, le fait d'inonder des grandes surfaces, ça lui permet

    peut-être d'atteindre ce peuplier qui est très alléchant, mais qui est à 200 mètres de la

    rive, en se mettant lui-même moins en danger. Et puis ça, c'est aussi une chose que

    les gens croient assez régulièrement, c'est une croyance qui revient régulièrement,

    c'est que les barrages servent d'habitation. En fait, ce n'est pas du tout le cas. Le

    barrage sert uniquement à rehausser le niveau de l'eau et l'habitation, c'est vraiment la

    hutte ou le terrier qui est en amont du barrage principal.

    Lennan Bate: Moi, je ne peux pas m'empêcher de mettre en lien l'humain moderne qui

    imperméabilise tellement de terrain. et le castor qui réhydrate et qui inonde tellement

    d'autres terrains. Donc on voit ici qu'il peut y avoir un sujet de tension entre ces deux

    espèces, un qui réhydrate, qui réinonde, et nous qui drainons beaucoup de champs et

    qui imperméabilisons beaucoup d'espaces avec nos routes notamment. Comment est-ce qu'on fait pour gérer un petit peu de cette cohabitation entre deux espèces qui

    semblent si opposées en tout cas dans leurs résultantes?

    Cécile Auberson: C'est clair que ce n'est pas forcément facile et vu qu'on a quasiment

    totalement éradiquer le castor, on a vraiment perdu... En fait, quand les castors ont

    commencé à revenir, c'était quand même un peu un choc, parce qu'on avait

    complètement oublié ce qu'ils faisaient. On avait oublié cet effet qu'ils pouvaient avoir

    sur le territoire. À l'origine, on se disait que les castors n'allaient pas vraiment se

    répandre, parce qu'ils allaient être limités aux zones encore relativement naturelles,

    aux rivières relativement sauvages. qui ont encore une espèce de plaine alluviale. Et ce

    type d'habitat, effectivement, comme tu le dis, il n'existe quasiment plus parce que les

    paysages ont été drainés, les rivières ont été corrigées, endiguées. Et puis, le fait que

    le castor revienne et qu'il ne se contente pas seulement de ses habitats naturels, mais

    qu'il commence à progressivement s'installer dans tout type de cours d'eau. Aussi, petit

    cours d'eau très agricole, justement comme tu dis, fossé de drainage, un castor peut

    s'installer là-dedans parce qu'en fait, tout ce dont il a besoin, c'est un peu d'eau, de la

    nourriture. S'il n'y a pas assez d'eau pour lui, comme je l'ai dit, il construit des barrages,

    ça augmente le niveau de l'eau, tout d'un coup ça fait un habitat idéal pour un castor. Il

    a vraiment très peu de besoins et puis quand il n'a pas exactement ce qu'il lui faut, il est

    capable d'adapter son environnement pour y habiter. Et puis en faisant ça,

    effectivement, il va commencer à réhydrater le paysage, à remettre de l'eau un peu

    partout. Et puis c'est quelque chose qu'on doit même gérer. notamment en Suisse où

    on a un espace qui est somme toute très restreint. Il y a beaucoup de gens en Suisse

    sur une petite surface. Je rappelle en Suisse, donc on a vraiment le Jura, le plateau, les

    Alpes et il y a le plateau qui est très peuplé. En fait, 60% du pays, c'est des Alpes où il

    y a assez peu de monde. C'est des montagnes très raides et c'est pas non plus là-bas

    que vont venir les castors. Donc en fait, les castors se concentrent aussi sur le plateaucomme la population. Et du coup, on se retrouve avec des mètres carrés qui vont

    avoir... où il y aura beaucoup d'intérêts différents, que ce soit l'agriculture, que ce soit,

    comme tu le dis, les routes, l'infrastructure de déplacement, que ce soit tout bêtement

    l'habitation, que ce soit... Enfin voilà, il y a une petite zone sur laquelle on a plein de

    choses à faire. Et déjà, comme ça, c'est compliqué, sans la présence du castor pour

    que tout le monde soit content. Puis là, il y a le castor qui arrive tout d'un coup et puis il

    commence à mettre des surfaces sous l'eau. Et effectivement, c'est quelque chose qu'il

    faut absolument gérer, parce qu'on peut... Alors moi, c'est clair que, idéalement,

    j'aimerais bien revoir un paysage complètement sauvage, complètement naturel,

    aménagé par le castor, des marées partout, la biodiversité qui explose et tout ça. Ce

    serait super, mais il faut être réaliste, et puis il faut bien comprendre que c'est

    impossible de retourner à un état comme ça en Suisse, parce qu'il y a trop d'enjeux

    actuellement, il y a trop de monde qui doit cohabiter sur une petite surface. Donc pour

    faire ça maintenant il faut prendre en compte un peu tous ces aspects et puis on

    essaye maintenant aujourd'hui en Suisse de faire en sorte que le castor puisse

    aménager certaines surfaces et puis puisse faire profiter la biodiversité puis à d'autres

    endroits où en fait c'est pas possible. Il faut aussi savoir le reconnaître. Et puis à ces

    endroits-là, les barrages sont démontés. Donc ça se présente comme ça qu'en Suisse,

    il y a vraiment une gestion du castor, une gestion de l'espèce qui a été mise en place

    au niveau du pays avec un service conseil castor national qui appartient à l'Office

    fédéral de l'environnement pour lequel moi je travaille. On est deux à travailler pour ça

    avec mon collègue Christophe Angst. Et puis nous, notre tâche, c'est un peu de

    conseiller les cantons, la confédération, sur la gestion du castor. Puis après, chaque

    canton a une ou plusieurs personnes qui sont ensuite responsables de la gestion sur le

    terrain, que ce soit des mandataires externes ou bien alors des garde-faunes qui sont

    engagés par le canton, qui vont être les premières personnes qui vont répondre

    lorsqu'il y a des situations de conflit avec le castor, typiquement s'il y a un castor quiinonde une zone agricole. Et puis là, dans ces cas-là, ça dépend. C'est la beauté de la

    Suisse, le fédéralisme. Et chaque canton a un peu sa manière, sa petite cuisine, sa

    façon de faire. Mais en gros, l'idée, c'est un peu d'essayer quand même de faire en

    sorte que l'agriculteur ou l'agricultrice et le castor puissent cohabiter. C'est vraiment

    l'objectif. Et puis aujourd'hui, en Suisse, on n'a pas encore d'outils qui vont fonctionner

    à grande échelle. type surface de promotion de la biodiversité, on a cet outil-là qui

    existe pour mettre en place par exemple des prairies extensives, pour mettre en place

    des surfaces alitières, pour mettre en place des haies, et ça c'est un outil uniforme qui

    permet de subventionner l'agriculture pour mettre en place des mesures de promotion

    de la nature de la biodiversité. Pour le castor, pour les surfaces inondées par le castor,

    on n'a pas encore cet outil-là qui existe, Donc, pour l'instant, ça dépend un peu des

    cantons. Il y en a certains qui vont utiliser cet outil, la surface de promotion de la

    biodiversité, en enregistrant une surface comme, typiquement, surface salitière. Et puis,

    ça permet de donner un peu d'argent à l'agriculteur, l'agricultrice qui est touchée par le

    castor. En contrepartie de quoi, la personne qui est touchée, elle va laisser le castor

    inonder une partie de son champ. On a aussi la possibilité de mettre en place des

    contrats en vertu de la loi sur la protection de la nature, où là ça va être des contrats

    très individualisés. qui permettent d'indemniser aussi la même chose. Ils indemnisent la

    surface et la production qui est perdue à cause de l'inondation par le castor. Et ça, c'est

    aussi un outil qui est mis en place dans certains cantons, mais pas de manière

    uniforme.

    Lennan Bate: Effectivement, c'est un enjeu clé de réussir à indemniser les individus qui

    perdent des surfaces de subsistance économique. Et là, moi, je ne peux pas

    m'empêcher de voir que malgré ces conflits d'espace, on a aussi des enjeux partagés,

    notamment, comme ce que tu disais tout à l'heure, la réhydratation des espaces et puis

    la gestion des crues. Alors, est-ce que tu as des exemples concrets sur l'impact decette réhydratation? En fait, aussi, à quoi ça sert des zones humides comme ça?

    Qu'est-ce qui se passe dans l'écosystème? Est-ce que ça augmente la biodiversité?

    Est-ce que ça réhydrate l'espace? Je sais qu'on en parlait aussi sur la gestion des

    crues et pour protéger des villes. Donc qu'est-ce qu'on a concrètement comme prise de

    conscience sur le travail que fait Le Castor, qu'en fait nous aussi on chercherait à faire?

    Cécile Auberson: En Suisse, on a réalisé un projet de recherche nationale sur la

    fonctionnalité des barrages de castors dans le paysage entre 2020 et 2023, et puis on

    a étudié différentes choses. On a étudié l'effet justement de ces barrages de castors et

    des étangs de castors, on appelle ça la zone de retenue d'eau, on appelle ça des

    étangs de castors. Quel était l'effet de ces étangs sur la biodiversité? On a étudié aussi

    quel était l'effet de ces étangs sur la migration piscicole, parce que c'est une des

    grandes craintes qui revient toujours des pêcheurs, du milieu de la pêche, que la

    présence de barrages s'ajoute encore comme problématique. En Suisse, on a plus de

    100 000 seuils artificiels qui empêchent la migration piscicole, donc on a peur que ce

    soit une menace de plus. Ces seuils artificiels, c'est vraiment des ouvrages en béton

    qui vont être installés dans le cours de la rivière et qui empêche les poissons de

    remonter la rivière. Les poissons, pas toutes les espèces, mais certaines espèces sont

    ce qu'on appelle migratrices, donc elles ont besoin de bouger entre l'amont et l'aval de

    la rivière pour aller, pour effectuer leur cycle de vie. Donc pour un certain période de

    l'année, elles vont remonter la rivière pour aller pondre, ensuite elles redescendent, etc.

    Et ces seuils en béton qui sont trop hauts, ne leur permettent pas d'effectuer leur

    migration comme il faut et d'effectuer leur cycle de vie. Parce que, tout bêtement, c'est

    une barrière infranchissable pour un poisson. Il faut imaginer si on a un petit poisson de

    15 cm de long, 20 cm de long, tout d'un coup on a un obstacle de 50 cm de haut, la

    truite ne va pas forcément réussir à sauter par-dessus cet obstacle-là. C'est vraiment

    un des gros problèmes qu'on a en Suisse. On a des seuils sur toutes nos rivières,quasiment partout, qui ont été installés. pour notamment la protection contre les crues,

    etc. Donc ça, c'est vraiment un gros souci pour la migration piscicole. Et on a peur,

    justement, le milieu de la pêche a peur que les barrages de Castor, qui s'apparentent

    un petit peu à ces ouvrages embêtants, parce que c'est tout d'un coup une structure

    qui est là, pendiculairement dans le coton-cour-d'eau, ils ont peur que ça fasse aussi

    office de barrière infranchissable pour la faune piscicole. Les barrages de Castor ont

    aussi un effet sur l'épuration des eaux, sur la qualité des eaux et sur le stockage du

    carbone. On a étudié tous ces aspects. Pour la biodiversité, ce qu'on a trouvé, c'est que

    la présence de barrages de Castor On a étudié différents groupes, on a étudié les

    amphibiens, on a étudié justement les poissons, les écrevisses, le macrozoobintos, ça

    c'est les invertébrés aquatiques, les macrophytes, ça c'est les plantes aquatiques, et

    puis les libellules. Et sur ces groupes-là, on a trouvé qu'en moyenne, Quand il y a un

    barrage de castors par rapport à une zone contrôle qui est rigoureusement identique, la

    seule différence c'est qu'il n'y a pas de castors, on a 2,6 fois plus d'espèces et 5,9 fois

    plus d'individus, donc d'abondance. C'est juste la présence d'un barrage de castors qui

    permet d'observer ça. Donc il y a vraiment tout d'un coup une explosion de la

    biodiversité. On sait aujourd'hui qu'on a vraiment un gros problème de biodiversité,

    avec les espèces qui disparaissent les unes après les autres. Et puis on a aussi un

    problème de biomasse, où il y a de moins en moins d'individus. Vous avez déjà

    certainement entendu parler de la disparition des insectes, avec moins de 70% de

    biomasse d'insectes en quelques années. quelques décennies. Là le castor tout d'un

    coup on voit qu'il ramène de la diversité et il ramène de la biomasse et ça c'est aussi

    hyper important. Quand on considère, ça c'était une étude qui a été faite sur 16

    territoires de castor, mais pendant, sur deux ans, sur Entre ces deux années, il y a

    certains territoires qui ont perdu leurs barrages parce qu'il y a eu des crues, les

    barrages ont été détruits, tout d'un coup il n'y avait plus de barrages sur le territoire. Si

    on enlève ces territoires qui ont perdu leurs barrages en cours de route, qu'on gardeuniquement les 11 territoires qui ont gardé leurs barrages pendant toute la durée

    d'étude, on voit qu'il y a trois fois plus d'espèces et 14 fois plus de biomasse. Donc on

    voit vraiment que ces territoires, ces barrages de castors, ils ont un gros effet sur la

    biomasse. Puis si on considère juste quatre territoires qui avaient les mêmes

    caractéristiques, qui étaient forestiers, et qui, de base, la rivière qui était considérée de

    base, elle était très incisée, très peu naturelle, puis sur laquelle le barrage de Castor

    permettait de faire une reconnexion entre la rivière et la plaine alluviale, donc avec les

    terrains adjacents, il y avait vraiment l'eau qui pouvait aller sur la surface, inonder la

    surface, parce qu'on était en forêt et qu'il y avait moins d'enjeux typiquement qu'en

    zone agricole. Là, on passe à 6 fois plus d'espèces et puis 62 fois plus d'individus.

    Donc c'est vraiment une explosion de la vie qu'on peut observer sur ces territoires de

    castors. Puis si on va se promener à des endroits où les castors sont présents, on

    observe ça assez rapidement en fait, de voir que tout d'un coup, printemps, il y a des

    libellules partout, il y a des nuées de libellules, c'est hyper beau. Il y a plein de canards

    qui viennent pour profiter de l'étang, il y a des hérons qui sont là parce qu'il y a

    tellement de poissons, il y a beaucoup plus de poissons dans un étang de castors, du

    coup il y a aussi espèces prédatrices de poissons, typiquement les hérons, qui

    génifient pour chasser et profiter de cette manne inattendue. Il y a aussi le retour de la

    loutre. Je crois qu'en France, la loutre n'est pas si rare que ça, sauf erreur, je ne suis

    pas sûre de m'y dire. En tout cas, elle est moins rare qu'en Suisse. En Suisse, on a très

    peu de loutres. On s'attend quand même à voir que les loutres peuvent profiter des

    territoires de castors parce que justement il y a plus de poissons. On a aussi vu que les

    poissons devenaient plus gros, plus lourds dans les étangs de castors. Ils peuvent

    mieux se développer en fait et ça c'est parce qu'il y a tout ce bois mort notamment qui

    est amené par le castor qui permet de restaurer une chaîne alimentaire. Parce qu'on a

    du bois mort qui va servir, typiquement si on prend les poissons, Il va leur servir de

    garde-manger le bois mort parce qu'on aura plus d'insectes aquatiques qui vont seretrouver dans le bois mort. Les jeunes poissons vont y trouver des cachettes pour se

    réfugier s'il y a des prédateurs. Et puis, ils vont aussi trouver un espace, un matériau

    qui va leur permettre de survivre, de grandir et de devenir de plus en plus lourds,

    comme je l'ai dit, dans les étangs de castor. Ça c'est vraiment une chose qu'on a

    prouvée, qui est hyper importante de considérer cette explosion de la biodiversité dans

    les territoires de castors. Il n'y a pas que les poissons qui profitent de ces territoires de

    castors, il y a aussi les oiseaux insectivores qui vont pouvoir profiter de toute la

    production d'insectes aquatiques qui sortent des étangs de castors, qui vont pouvoir se

    nourrir. Si on pense au martin pêcheur, les castors vont Parfois, à certains endroits, par

    exemple, créer des régions de berges où là, le martin-pêcheur va pouvoir aller nicher.

    On retrouve aussi dans ces territoires des arbres. qui vont être, pas forcément abattus

    par le castor, mais qui vont par exemple être affaiblis à cause de l'inondation de l'eau,

    qui vont finir par verser. Puis on a ce qu'on appelle une assiette racinaire, c'est quand

    l'arbre qui verse et puis il y a toutes les racines avec la terre qui restent entremêlées

    entre les racines, qui va se retrouver à la verticale. Et puis dans ces assiets tracinaires,

    ça fait de nouveau un super habitat pour le martin-pêcheur, pour nicher. Il y a aussi les

    chauves-souris qui vont profiter de tout ça, parce qu'elles sont insectivores. Il y a

    d'ailleurs une étude qui vient d'être publiée par le VSL et l'EAVAG qui montre qu'il y a

    plus d'activités alimentaires des chauves-souris sur les territoires de castors. Donc

    elles vont juste plus se nourrir, ce qui est bénéfique pour elles forcément. Donc il y a

    vraiment, grâce aux castors, une dynamique qui se remet en place et puis une chaîne

    alimentaire qui se reconstruit et qui permet de soutenir un grand nombre d'individus et

    d'espèces différentes. Je vous ai parlé aussi de notre étude sur la migration psychicole

    et puis des craintes du milieu de la pêche par rapport à l'interruption de la migration

    psychicole à cause des barrages de castors. On a étudié trois différents types de cours

    d'eau et de barrages de castors. Un type de barrage qui est très peu naturel, qui est

    incisé, ça veut dire que le cours d'eau s'est enfoncé dans le terrain, donc il n'y a plus laconnexion entre la rivière et la plaine alluviale. Il y a eu le type un peu, on va dire,

    intermédiaire, le cours d'eau n'est pas très naturel mais il y a quand même une petite

    formation de berges qui pourrait servir à reconnecter la rivière et la plaine alluviale. Et

    puis il y a le troisième type qui est le type encore très naturel où la rivière est à niveau

    avec le terrain et puis quand il y a une crue par exemple, elle peut vraiment inonder la

    zone alentour. Et sur ces trois types de cours d'eau, on a fait des pêches électriques où

    on va aller dans le cours d'eau ramasser tous les poissons qu'on trouve en fait, on les

    tue pas, c'est juste qu'on les assomme entre guillemets grâce à l'électricité pendant

    quelques secondes, on les récupère dans des seaux, on les met dans des bacs pour

    les mesurer, regarder quelle espèce c'est, les taguer, enfin leur mettre une puce pour

    connaître leur déplacement, et ensuite on les remet dans le cours d'eau. Dans les

    cours d'eau très naturels, on constate qu'il y a jusqu'à 75% des poissons, en

    l'occurrence là c'était une rivière où on n'avait que des truites, donc on a 75% des

    truites qui parviennent à passer de l'aval du barrage à l'amont du barrage. Dans le

    cours d'eau un peu intermédiaire, où il y a un peu une reconnection avec la plaine

    induviale, une légère reconnection on va dire, là on a entre 35 et 45% des poissons qui

    arrivent à passer. Dans cette rivière-là, on avait pas seulement de la truite, mais on

    avait aussi du cheven et du chabot. Le chabot, c'est une petite espèce qui est très peu

    mobile, qui n'est pas du tout réputée pour ses capacités natatoires, mais même une

    espèce comme ça, elle parvient quand même à franchir les barrages de Castor. Et

    puis, dans le troisième et dernier type de cours d'eau, donc le cours d'eau très incisé,

    peu naturel, Là, on avait encore environ 30% des poissons qui arrivaient à passer ces

    barrages. Donc, on voit que cette crainte qu'il n'y ait plus aucun échange entre l'amont

    et l'aval, elle n'est pas du tout justifiée. Il y a quand même, que ce soit un échange

    génétique, un échange d'individus, il est assuré, même dans des circonstances très

    peu naturelles. Et puis, ce qu'on a pu constater grâce à cette étude, c'est qu'en fait, ces

    passages se font principalement en période de crue. Parce que quand il y a une crue,le niveau de la rivière monte, le niveau d'eau de la rivière, il y a plus de débit, plus

    d'eau. Et puis la hauteur de la rivière entre l'amont et la valle du barrage de Castor, elle

    va tendre à s'égaliser. Donc au lieu d'avoir peut-être un barrage d'un mètre de haut

    avec un mètre de différence d'eau, entre l'amont et l'aval du barrage, on a tout d'un

    coup un niveau aval qui va avoir tendance à remonter, vu qu'il y a plus d'eau, et puis

    c'est à ce moment-là que les poissons profitent pour traverser. Et puis, dans les cours

    d'eau très naturels, il y a aussi la formation de chenots secondaires, de bras

    secondaires, ça fait comme des petits ruisseaux de contournement. Et là, les poissons

    peuvent tranquillement passer entre l'amont et l'aval grâce à ces bras secondaires. Du

    coup, on a aussi étudié cette qualité des eaux. Grâce au barrage de Castor, on a

    vraiment une diminution des nitrates présents dans l'eau jusqu'à environ 20% entre

    l'amont et l'aval. Et ça, c'est uniquement grâce au fait que le barrage de Castor va

    permettre de ralentir le trajet de l'eau, et puis l'eau, du coup, passer plus de temps à

    certains endroits, il y a plus de temps pour que les nutriments, les polluants se

    déposent dans les sédiments, et après les plantes peuvent aussi mieux les extraire

    pour leur croissance. En sachant que nos eaux sont fortement polluées, c'est plutôt

    positif d'observer cette diminution des nitrates. Et puis finalement, on a aussi étudié un

    territoire de castors où on a pu constater que la zone inondée par le castor, C'était

    vraiment un territoire où il y a une grande surface qui est inondée, c'est un territoire

    forestier où l'eau pouvait vraiment s'étendre. Et puis là, on a constaté qu'il y avait trois

    fois plus de carbone qui était stocké grâce à cette zone humide créée par le castor,

    comparé à la forêt qui était présente auparavant. Donc ça, quand on pense au

    réchauffement climatique et tout ça, ça peut aussi être assez intéressant.

    Lennan Bate: Est-ce que tu peux faire la distinction entre le barrage que nous autres

    humains pouvons faire et les barrages de Castor sur les cours d'eau de rivière?Cécile Auberson: Oui, oui. Alors ça, c'est important de ne pas les, de ne pas confondre

    le barrage humain et le barrage de Castor. Ce n'est pas du tout la même chose,

    effectivement. Nous, nos barrages, ça va être une construction fixe en béton qui va,

    tant que nous, on ne le détruit pas, elle va rester là, toujours. On a parlé de cette

    question de migration piscicole, mais elle va vraiment empêcher la migration piscicole.

    Un barrage de Castor, c'est une construction en bois, avec quand même des petits

    trous, ce n'est pas un ouvrage 100% étanche, il va être là pour quelques jours,

    quelques mois, quelques années au maximum. Mais il y a de toute façon un moment

    ou un autre où il va être détruit par une crue. En Suisse, le plus haut barrage qu'on ait

    connu, il mesurait 4 mètres de hauteur. Il a été emporté par une crue une fois. Ces

    barrages ne tiennent pas sur le long terme. Après, c'est vrai que ça arrive que certains

    barrages tiennent quand même plusieurs années. Puis avec l'arrivée des sédiments,

    toujours avec la rivière, petit à petit, ces barrages vont quand même se combler. Au

    bout d'un moment, ils seront pleins. C'est la même chose qu'avec nos barrages. Au

    bout d'un moment, nos barrages sont pleins. Il faut trouver une solution pour les vider.

    Là, l'avantage des barrages de Castor, c'est qu'une fois qu'ils sont pleins, ils se

    transforment en ce qu'on appelle des prairies de Castor, où ça devient du sol. C'est

    plus de l'eau, ça devient du sol qui s'est bâti sur des sédiments. Et puis la rivière, à ce

    moment-là, une fois que le barrage est complètement plein, elle va se trouver un autre

    chemin. Elle va créer un autre bras et puis le cycle va recommencer. Donc c'est ça qu'il

    faut voir, c'est qu'un barrage de castors, c'est extrêmement dynamique. Même s'il est

    en place pour des années, en fait, ça va changer. Tout d'un coup, il sera plein. La

    rivière, elle fait un détour et puis elle trouvera, elle se ferait un autre chemin. Et puis il y

    a des nouveaux... quelque chose qui est en mouvement, et il y a toujours des nouveaux

    écosystèmes qui vont se créer à gauche, à droite, en avant, en aval, et qui permettent

    à une multitude d'espèces, du coup, de se reproduire, d'évoluer. Et puis, quand un

    barrage, par exemple, se rompt à cause d'une crue, ça c'est aussi une crainte quiexiste beaucoup, c'est que tout d'un coup, on a une immense masse de bois qui, en un

    bloc, se déplace dans la rivière. En fait, c'est pas comme ça que ça se passe. En

    général, quand ils se rompent à cause d'une crue, c'est d'abord qu'on a une petite

    brèche, ça emporte quelques bouts de bois, puis après on a quelques petits bouts de

    bois encore en plus qui sont emportés. Donc ça ne va vraiment jamais être une énorme

    masse. On peut quand même garder en tête, si on est directement en aval d'un pont,

    un petit risque pour la protection contre les crus. Mais de manière générale, ce n'est

    vraiment pas un problème parce qu'il va s'égrener comme ça au fil du temps et puis il

    va se démanteler tout gentiment. Et puis, une fois qu'un barrage de castors est rempli,

    on se retrouve avec une surface qui a été sous l'eau pendant peut-être plusieurs

    semaines, plusieurs mois. et qui sera différente. Tout d'un coup, on aura une surface un

    peu limoneuse, comme ça, dans laquelle, par exemple, des abeilles sauvages pourront

    trouver un endroit pour creuser leur nid. Et c'est une surface qui n'existait pas avant.

    Une fois que ce barrage-là est détruit, si les castors veulent rester à cet endroit, ils vont

    certainement devoir reconstruire leur barrage à un autre endroit. Et puis, ils vont peut-

    être aller un peu plus en aval, peut-être un peu plus en amont, et reconstruire un

    barrage. Et puis, c'est un autre endroit qui se retrouvera sous l'eau pendant un moment.

    Donc, c'est vraiment quelque chose de très dynamique, de très variable. Tandis que

    nos ouvrages hydrauliques, nos ouvrages de barrage de manière générale, c'est

    quelque chose de fixe en fait, qui n'apporte aucune dynamique et qui en plus empêche

    la connectivité entre l'amont et la valle.

    Lennan Bate: Super, merci pour la précision. Est-ce qu'il y a des zones d'entente où on

    est enfin d'accord pour accueillir le castor? Est-ce qu'on arrive à se mettre d'accord

    pour qu'il arrive dans certaines zones et qu'il inonde certains espaces? Peut-être tu

    parlais là des forêts. Est-ce que ça, c'est un endroit où on peut déjà se mettre d'accord

    que le castor est vraiment le bienvenu?Cécile Auberson: Oui, alors dans les forêts, effectivement, ça ne va pas être possible

    partout, partout, parce que comme en zone agricole, il y a aussi des forêts qui sont

    exploitées pour le chêne, en France, je crois, beaucoup pour les peupliers. Mais c'est

    vrai qu'en forêt c'est plus facile, aujourd'hui en tout cas en Suisse, d'accueillir le castor

    à large échelle qu'en zone agricole parce qu'on a un outil qui a été développé qui nous

    permet de créer des réserves forestières, on va appeler ça, façonnées par le castor.

    C'est une entente entre la Confédération et les cantons, on va appeler ça une

    convention RPT. C'est une convention programme entre les cantons et la Confédération

    qui libère un certain budget pour créer des réserves forestières façonnées par le

    Castor. C'est un nouvel outil qui existe depuis 2025. Et c'est vraiment hyper positif

    parce que les forêts humides ont aussi été décrites comme habitats prioritaires. En

    Suisse, il n'y a pas de meilleur outil pour créer des forêts humides que le castor parce

    que c'est vraiment ce qu'il fait en fait. Quand il arrive dans une forêt où il y a un

    ruisseau, il permet la restauration de forêts humides. C'est exactement ce qu'il va faire

    par son écologie, par sa façon de vivre. Et puis ce qui est super du coup aujourd'hui

    c'est qu'on peut dédommager correctement les propriétaires forestiers qui acceptent de

    mettre en réserve une partie de leur forêt là où il y a déjà des castors d'une part ou

    bien là où il pourrait y avoir du castor. Parce qu'on a aussi développé un modèle

    cartographique qui nous permet de prédire quelle serait l'inondation du terrain à cause

    du castor, à cause des barrages de castor à l'échelle de la Suisse. Aujourd'hui, on a

    une carte où on a des zones bleues, vertes qui s'allument si telle ou telle surface se

    retrouve sous l'eau, si un castor devait construire un barrage de 50 cm ou 1,5 m. On a

    le modèle pour les deux échelles. Maintenant, avec cet outil-là, on peut vraiment aussi

    prédire, avant même que le castor arrive, on peut se dire qu'il y a un risque que le

    castor arrive, parce qu'on connaît aussi la dynamique de population, on voit un peu où

    il se répartisse dans le paysage, on peut dire qu'il y a un risque qu'il arrive, il y a cette

    surface-là qui sera mise sous l'eau s'il commence à construire des barrages, et avec çaon peut même aller vers le propriétaire forestier avant même que le castor arrive et

    commence à faire des dégâts, cause peut-être la colère du propriétaire ou de la

    propriétaire, on peut aller vers la personne responsable et lui dire, bon ben voilà, on a

    ces données-là, c'est possible que d'ici quelques années, il y ait un castor qui s'installe,

    c'est possible qu'il y ait cette zone, cette surface d'arbre qui soit mise sous l'eau. Est-ce

    que vous voulez mettre cette surface en réserve? Pour ça, vous gagnez tant d'argent

    en fonction de la surface. Et puis, ça permet vraiment de désamorcer le conflit avant

    même qu'il soit présent. parce que venir en amont, la personne en face n'est pas

    encore fâchée. Quand on revient en réactif après qu'il y ait eu deux hectares sous l'eau,

    Le dialogue, il peut être un peu plus difficile. Aujourd'hui, pour le milieu forestier, on a

    vraiment un super outil qui nous permet de sécuriser des surfaces pour le castor. Enfin,

    je dis pour le castor, mais c'est faux. C'est vraiment, on sécurise des surfaces pour la

    nature aménagées par le castor. Parce que de nouveau, un castor, il est hyper

    adaptable et il n'a pas besoin de nous pour sécuriser des surfaces. Lui, il a besoin juste

    d'eau, de nourriture, comme je l'ai dit, et il s'installe où il veut, en fait. Après, c'est

    comment nous, est-ce qu'on arrive à réagir à sa présence et comment est-ce que nous,

    on arrive à cohabiter avec lui.

    Lennan Bate: Très chouette, tout ça dans le dialogue. Aujourd'hui, de plus en plus, on

    se rend compte et tous les acteurs commencent à voir l'importance de réhydrater nos

    paysages, de gérer les flux d'eau, qu'ils soient en trop grande quantité ou en trop faible

    quantité à certaines périodes de l'année. Donc, est-ce que tu as des exemples concrets

    sur l'impact du castor sur ce genre de situation de réhydratation du paysage?

    Cécile Auberson: En 2018, on a eu une grosse sécheresse en Suisse, et puis il y a eu

    des agriculteurs qui se sont rendus compte que leur champ, qui était en bordure d'une

    rivière où il y avait un castor, continuait à produire même en période de sécheresse,tandis que le même champ un peu plus bas, où il n'y avait pas l'influence du castor,

    tout avait séché. Réhydratation du paysage, on commence aussi avec le réchauffement

    climatique. On se rend compte que ça devient hyper important parce qu'on a les

    sécheresses qui s'enchaînent l'une après l'autre. En France, au sud de la France, c'est

    encore pire. En Suisse, on est encore assez préservé par rapport à ça. mais on se rend

    compte qu'il y a vraiment besoin de commencer à créer des paysages éponges, on

    appelle ça, donc des endroits où l'eau ne coule pas simplement dans une rivière, mais

    elle s'infiltre aussi mieux dans la nappe. Et ça, c'est quelque chose que Castor, grâce à

    ses barrages, permet aussi, parce que le temps de résidence de l'eau est augmenté,

    justement, grâce à... Voilà, la rivière est barrée, tout d'un coup, l'eau bute contre un

    objet, elle va rester plus longtemps à cet endroit-là. Ça lui laisse plus de temps pour

    s'infiltrer dans le sol. donc pour recharger la nappe et puis aussi pour juste, par

    capillarité, se répandre un peu dans toute la zone environnante. Et des paysages

    comme ça, plus hydratés, sont donc plus humides, tout bêtement, ils permettent une

    meilleure croissance des plantes, mais ils permettent aussi une meilleure résilience

    face aux incendies. Ça c'est une chercheuse, Emily Fairfax, une chercheuse

    américaine qui étudie beaucoup cet aspect-là, et qui a montré que les barrages de

    castors, les territoires de castors, fonctionnent comme des véritables petites oasis, et

    elle a des photos assez impressionnantes où on voit des vallons entiers qui ont brûlé et

    puis au milieu un petit bijou vert qui est encore complètement fonctionnel. Ça

    fonctionne uniquement grâce au casteur, grâce à la présence du casteur et ça sert

    vraiment de refuge aussi aux espèces, aux animaux qui sinon auraient brûlé tout

    bêtement parce qu'ils n'auraient pas eu d'autres endroits pour aller se réfugier. Ça c'est

    vraiment un des aspects de la réhydratation du paysage et puis il y a les Beaverdam

    Analogues, Des ouvrages mimétiques castors, c'est un peu une idée qui vient

    principalement des États-Unis, où l'idée c'est de refaire des barrages de castors

    humains, enfoncer des pieux dans un cours d'eau, mettre des branches pour retenirl'eau, et puis ça commence à être de plus en plus fait pour bénéficier des avantages du

    castor dans les régions où il n'est pas encore présent, par exemple. Autre exemple de

    comment est-ce qu'on peut vraiment bénéficier de la présence du castor en République

    tchèque, dans la région de Brdi, C'était en début 2025, fin 2024, il y avait un marais qui

    devait être renaturé, donc remis en eau, en fait. Et puis ça a duré des années de

    discussions entre les politiques, les bureaux, etc. Ils n'arrivaient pas à se mettre

    d'accord. Et puis, un jour, il y a un castor qui est arrivé, il s'est installé. En une nuit, il a

    construit un barrage. Il n'y a eu plus besoin de revitaliser la zone. Et du coup, l'État

    tchèque, à économiser plus d'un million en fait. Si on avait nous fait ce travail-là, ça

    aurait coûté plus d'un million. Et là, le Castor a réussi à régler les choses en une nuit, et

    puis à faire les choses au final bien mieux que nous. Et c'est ça aussi qu'il faut bien

    garder en tête, c'est que c'est bien joli de faire des BDA, les Bitverdam Analogues, et

    ça peut vraiment être très efficace, mais faire ça, ça implique après qu'il faut aussi les

    entretenir, etc. Donc un castor va être de toute façon bien plus efficace, parce que lui il

    le fait gratuitement, il le fait mieux, il n'a pas besoin de réfléchir où est-ce que l'ouvrage

    doit être construit pour avoir le plus d'impact, en fait il le fait instinctivement. et puis il se

    charge après de l'entretien pendant des années jusqu'à ce qu'il meurt en fait. Donc il

    faut vraiment garder en tête que accueillir les castors c'est pas seulement parce que

    c'est un animal qui a aussi le droit d'exister, le droit de vivre comme tous les autres

    animaux, mais c'est aussi une question de qu'est-ce qu'on veut pour nous, qu'est-ce

    qu'on veut pour nos rivières, qu'est-ce qu'on veut pour nos paysages, et puis aussi

    considérer le fait que ça peut vraiment nous amener énormément de choses,

    énormément de bénéfices, de pouvoir trouver une manière de cohabiter avec eux.

    Lennan Bate: Il y a énormément de choses à apprendre et à découvrir sur le Castor. Tu

    en partages beaucoup sur ta page LinkedIn. Est-ce qu'il y a d'autres ressources?Cécile Auberson: On a aussi un site internet conseil-castor.ch où on essaye de

    partager un maximum de choses sur le Castor, qui est une très bonne ressource. Au

    niveau de la France, on a aussi la Société française pour l'étude et la protection des

    mammifères qui a une page internet consacrée au Castor. Il y a aussi une page

    internet qui est coordonnée par l'Office français de la biodiversité qui est consacrée au

    Castor. Et puis en termes de livres, on a publié en 2024 avec Rémi Masson, un

    plongeur apnéiste français, et puis mon collègue Christophe Angst un livre qui s'appelle

    « Les mille vies du castor » aux éditions La Salamandre. Et ça c'est vraiment un beau

    livre avec des clichés justement sous l'eau du castor, c'est assez unique. Rémi a fait un

    travail extraordinaire par rapport à ça. Et puis, petite pub aussi, en avril 2026, on va

    sortir une monographie sur le castor, avec les éditions La Salle à Londres aussi. C'est

    une traduction du livre allemand Baumeister mit bis, qui raconte tout ce qu'il faut savoir

    sur le castor. Je l'ai traduit, et puis avec Johan Bressan, on l'a adapté pour le public

    francophone. On a aussi ajouté des des aspects très français pour que le public

    français, francophone s'y retrouve et soit aussi intéressé par ça, par les exemples qui

    Lennan Bate: sont donnés. Génial. Comme d'habitude, tout ce dont on a parlé et puis

    là, les liens que tu as donnés seront disponibles en notes de passe-page. Merci
  • Renouée - Agriculture de Régénération

    31 - Bien-être animal avec Luc Mounier

    29/12/2025 | 1 h 4 min
    Le bien-être animal est aujourd’hui au cœur de nombreux débats, mais il reste souvent mal compris. Entre idées reçues, injonctions sociétales et réalités de terrain, une question essentielle demeure : de quoi parle-t-on vraiment quand on parle de bien-être animal ?

    Pour en discuter, j’accueille Luc Mounier qui travail depuis plus de 25 ans à VetAgro Sup. Responsable de la chaire Bien-Être Animal et expert auprès du ministère et du Parlement européen, il travaille sur les filières bovines, porcines et volailles et nous aide à faire le lien entre science, élevage et société.

    Dans cet épisode, nous allons revenir aux fondamentaux : comment définir les besoins des animaux, quel rôle joue l’éthologie, et en quoi le bien-être animal impacte la santé, la productivité, l’environnement et les choix de société.

    Un échange pour dépasser les oppositions simplistes et remettre de la nuance au cœur du débat.

    LIENS : 

    https://chaire-bea.vetagro-sup.fr/

     

    https://www.cnr-bea.fr/

     

    https://www.anses.fr/fr

     

    https://www.sismique.fr/

    Transcription : 

    31 - Bien-être animal avec Luc Mounier

    Luc Mounier: C'est pas la faute des éleveurs, le système dans lequel on est. C'est la

    faute de tout le monde. Tout le monde a été dans ce système-là. A la sortie de la

    guerre, on a dit aux éleveurs, il faut produire. On a mis des zootechniciens en leur

    disant, voilà comment on va produire. Le consommateur s'est mis à manger de la

    viande midi soir, midi soir, à un prix défiant toute concurrence. Donc, il était bien

    content. Les politiques ont été dans ce système-là. Donc, c'est la faute de tout le

    monde. C'est la faute du système. C'est pas la faute de l'éleveur. La majorité des

    éleveurs que je connais, aiment leurs animaux et aimeraient bien avoir un système qui

    soit plus propice au bien-être des animaux, c'est évident. Mais il faut aussi qu'ils

    puissent manger, qu'ils puissent rembourser les investissements qu'ils ont fait.

    Lennan Bate: Bienvenue sur Renoué, le podcast qui explore les liens profonds entre la

    santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine. L'agriculture

    occupe une place centrale dans nos vies. Qu'il s'agisse de nous nourrir, de produire

    des fibres pour le textile ou de cultiver des plantes pour nous soigner, elle façonne

    notre société à bien des égards. Mais alors comment repenser notre relation vivant afin

    d'honorer sa capacité exceptionnelle à se régénérer et construire une agriculture

    réellement bénéfique pour tous ? C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble au

    travers de discussions avec celles et ceux qui œuvrent pour une santé globale. Le bien-

    être animal est un terme omniprésent aujourd'hui, souvent débattu, parfois

    instrumentalisé et surtout entouré de nombreuses idées reçues. J'ai donc demandé à

    Luc Mounier, qui est enseignant bien-être animal chez Vetagro Sub depuis plus de 25

    ans, de nous éclairer sur ce sujet complexe. Donc voici un épisode pour prendre du

    recul, déconstruire les idées reçues et comprendre pourquoi une approche holistique

    du bien-être animal est aujourd'hui essentielle, que ce soit pour les animaux, leséleveurs, l'environnement et notre société dans son ensemble. Tu enseignes le bien-

    être animal depuis 25 ans chez Vetagrosup et t'es aussi responsable cher bien-être

    animal. Alors avant de commencer, est-ce que tu peux te présenter, peut-être nous

    parler comment t'en es venu à devenir prof.

    Luc Mounier: De bien-être animal ? Alors ça c'est une longue histoire et c'est

    complètement le hasard. J'étais étudiant à l'école Veto à Lyon, donc qui est devenu

    Vetagrosup. et je m'occupais pas mal des associations étudiantes. Et le directeur de

    l'époque m'a dit, à la fin de mes études, « Mounier, ça serait pas mal que vous restiez.

    » Et il m'a dit, il y a une discipline qui va se développer, et ça, c'était en 2000-2001.

    C'est le bien-être animal. Moi, je voulais faire vétérinaire à la campagne, je voulais faire

    vétérinaire rural, aller faire des césariennes, soigner des vaches, des choses comme

    ça. Puis j'avais un attrait J'étais curieux, j'avais un attrait pour l'enseignement, je lui ai

    dit pourquoi pas. Et il m'a dit dans ce cas-là, si tu veux faire ça, il faut faire ta thèse à

    Clermont-Ferrand. Il y a une équipe, c'est des experts du bien-être animal, c'est les

    seuls qui travaillent là-dessus actuellement. Et donc, il m'a envoyé là-bas. Je me suis

    intégré à l'équipe. Je suis revenu à l'école Véto où j'ai passé les concours pour devenir

    prof. En zootechnie, donc c'est l'étude des élevages, je restais sur ma discipline, et bien-

    être animal. Et les deux sont étroitement liés. Mais au début, je n'avais aucun attrait

    particulier pour le bien-être des animaux. On n'en parlait pas. On m'avait appris la

    zootechnie, on m'avait appris la production, on m'avait appris éventuellement le confort

    des animaux, mais c'était loin du bien-être. Et je suis rentré dans cette discipline. J'étais

    un des premiers. En tous les cas, j'étais le premier à l'enseigner dans une école véto.

    Et ce qui fait qu'après, petit à petit, ça s'est construit comme ça. J'ai participé à des

    projets européens, j'ai monté mon enseignement, j'ai fait des collaborations. Mais au

    début, ça vient vraiment de mon investissement associatif où le directeur m'a dit «

    Mounier, ce serait pas mal que vous restiez ». Et il y a une discipline qui se développe.Et depuis, je suis resté dans le domaine parce que je trouve que c'est hyper

    intéressant. On a une vision systémique de l'élevage. qui m'intéresse et qui m'a permis

    de découvrir et de rencontrer des gens extrêmement.

    Lennan Bate: Intéressants sur des thématiques assez variées. Super, on va pouvoir

    décortiquer un petit peu ça. Mais pour commencer, est-ce que tu peux définir.

    Luc Mounier: Ce qu'on appelle le bien-être animal ? Il y a une définition officielle qui a

    été définie par l'ANSES en 2018, alors il y en a d'autres. Mais celle de 2018 de

    l'ANSES, j'ai participé au groupe de travail et ce n'est pas pour ça que je l'aime bien,

    mais je la trouve extrêmement intéressante. parce qu'elle recentre l'animal comme

    étant l'acteur du bien-être des animaux, vraiment, et elle dit que le bien-être des

    animaux dépend de l'état mental et physique des animaux, et que ça dépend de la

    perception qu'il a de l'environnement. Et ça, c'est extrêmement important, parce que le

    bien-être, il faut toujours prendre en compte l'animal, et c'est toujours l'animal qui a

    raison, Et pendant très longtemps, on a fait plutôt de la bien-traitance, on a essayé de

    mettre des conditions qui étaient favorables à l'animal, mais sans regarder vraiment ce

    que l'animal nous disait. Et avec cette définition, on replace bien la notion d'être

    sensible, qui est inscrite dans la loi, qui veut à la fois tout dire et rien dire, enfin qui n'est

    pas suffisante en tous les cas en tant que tel, être sensible. Et donc, c'est un état

    mental. Et cet état mental, il dépend de la perception. que l'animal a de la situation, à la

    fois de son environnement physique, de son interaction avec les humains, avec ses

    congénères, mais aussi de sa propre expérience, et donc ça va influer. Et donc, dans

    une même situation, les animaux auront des bien-êtres qui sont différents. Et donc ça,

    je trouve que c'est extrêmement important. Et tout ça, c'est basé sur la capacité des

    animaux à ressentir des émotions. En fait, ils peuvent être tristes, ils peuvent être

    joyeux, ils peuvent être frustrés. Et donc ça génère un état mental qui va être plutôtpositif ou plutôt négatif. Donc ça, c'est la définition que j'aime bien. Après, il y a des

    définitions qui sont plus opérationnelles, parce que sur le terrain, état mental et

    physique, c'est parfois un peu compliqué. Et donc, on utilise des définitions

    opérationnelles. La plus connue, c'est celle qu'on appelle le principe des cinq libertés. Il

    y a cinq grandes catégories de critères à respecter. Pour garantir le bien-être des

    animaux, je vais en donner 2-3. La première, il ne faut pas qu'il ait faim et qu'il ait soif.

    La deuxième, il ne faut pas qu'il soit dans un état d'inconfort. La troisième, il ne faut pas

    qu'il ressente de douleurs, qu'il ait de blessures ou de maladies. La quatrième, il faut

    qu'il puisse exprimer son comportement. Et la cinquième, il faut qu'il soit dans un état

    émotionnel positif. Et donc, ces cinq libertés, on peut les évaluer facilement sur le

    terrain. C'est pour ça qu'on dit que c'est des définitions opérationnelles et qui font

    pendant de la définition un peu plus théorique de l'Anses. Voilà, donc c'est les deux

    grandes définitions qu'on va utiliser. Il y en a d'autres, mais c'est les deux plus connues.

    Lennan Bate: Et les deux plus faciles à utiliser. Génial, ça me donne bien envie de

    creuser certains points. Mais avant ça, moi, j'avais besoin de comprendre Je sais qu'il y

    a eu beaucoup d'évolution. Les anciens pouvaient dire des choses sur ce qui était bien

    pour les animaux. Aujourd'hui, on a des nouvelles considérations qui peuvent être

    justes ou fausses. Quel rôle est-ce que l'éthologie a joué dans la prise de conscience

    du bien-être animal, de ses comportements.

    Luc Mounier: De ses besoins, des interactions sociales, etc.? Un rôle absolument

    fondamental. L'équipe où on m'a envoyé en 2001, c'était des éthologues et en fait,

    c'était les premiers à regarder l'animal. Vraiment, à regarder les réactions de l'animal

    face à une situation. Moi, j'avais appris plutôt de la zootechnie. On me disait qu'il faut

    que le bâtiment soit comme ça. Et en fait, j'ai été chez ces experts, ces zoologues. Ils

    m'ont dit que le bâtiment peut être comme ça. Regarde ce qu'en disent les animaux.Regarde comment ils se couchent. Regarde comment ils interagissent les uns avec les

    autres. Regarde comment ils marchent, etc. Et là, En fait, ça paraît évident maintenant,

    mais ça nous ouvrait les yeux sur peut-être que la quantité de paille que j'ai préconisée

    n'est pas suffisante parce que l'animal met trop de temps à se coucher, ce qui montre

    qu'il y a un certain inconfort. Donc l'éthologie a été vraiment fondamentale. Je ne suis

    pas éthologue spécialiste, il y en a qui le sont bien plus que moi. J'utilise le

    comportement pour évaluer le bien-être, mais je ne fais pas des études sur le

    comportement animal à proprement parler. Je n'étudie pas le comportement, je l'utilise

    comme. Peut-être que je me trompe, mais il me semble que l'éthologie était très utilisée

    pour les animaux sauvages, la faune sauvage, Jane Goodall par exemple, pour prendre

    un cas d'actualité, mais d'autres avant. Alors que dans le milieu de l'élevage, pour

    étudier les réactions des animaux, il a fallu l'apport des éthologues et le développement

    de cette discipline aux animaux de production et maintenant aux animaux domestiques

    aussi, de manière très.

    Lennan Bate: Importante. Donc, ça a été absolument fondamental. Donc, tu dirais que

    pour avoir un diagnostic, il s'agit de capter des signes qui indiqueraient un mal-être de

    l'animal.

    Luc Mounier: Donc, ce serait quoi ces signes ? Il y en a plein. C'est ce que l'animal, il

    va nous dire. Alors, les bovins, par exemple. Un bovin, ça doit rester à un certain

    nombre d'heures dans la journée pour qu'il puisse ruminer tranquillement, qu'il n'y ait

    pas trop de pression sur ses membres, etc. Et donc, un des signes, c'est le temps qu'il

    va passer couché et la façon dont il va se coucher. Est-ce qu'il va mettre longtemps à

    se coucher, pas longtemps à se coucher ? Ça, ça nous donne des indications sur le

    confort de l'animal, mais aussi sur son propre état physique. Est-ce qu'il a des boiteries,

    pas de boiteries, etc. Un indicateur, il y en a un autre, qui n'est plus dans l'éthologie,mais qui est toujours un signe de l'animal, c'est son état corporel. Avant, on disait qu'il

    faut qu'il y ait une ration qui soit adaptée, donc on disait qu'il faut qu'il y ait X kilos

    d'herbes, X kilos de maïs. Maintenant, on regarde l'état corporel des animaux et on dit,

    celui-là, il est un peu maigre, celui-là, il est bien, celui-là, il est gras. Et donc, on regarde

    l'animal, vraiment. Donc ça, c'est des signes. Et tu as dit, ce qui est intéressant, pour

    diagnostiquer des signes de mal-être. Pendant très longtemps, on évaluait le mal-être

    de l'animal parce que c'est ce qu'il y a de plus facile. Il n'a pas de blessures, il ne se

    couche pas bien, il n'est pas dans un état corporel correct, il a des interactions

    négatives avec ses congénères, etc. Depuis peu, on est en mesure d'évaluer le bien-

    être des animaux et on utilise pour ça ce qu'on appelle en langage scientifique

    l'évaluation qualitative du comportement. Et là, on ne fait plus du quantitatif. On ne

    regarde pas le temps qui se met à coucher. On ne regarde pas le nombre d'interactions

    négatives. On regarde le langage corporel des animaux. Quelle est l'impression qu'on

    a ? Est-ce qu'on a l'impression qu'ils sont heureux ? Est-ce qu'on a l'impression qu'ils

    sont anxieux ? Ce n'est pas du quantitatif très précis, c'est une impression. Ça nous

    permet de déterminer les émotions des animaux. Moi, quand je l'enseigne à mes

    étudiants, au début, tout le monde me dit que c'est hyper subjectif, ce truc. Et puis, en

    fait, je le fais faire individuellement à une vingtaine d'étudiants et tout le monde ressent

    les mêmes choses. Et ça, c'est extrêmement intéressant. Et moi, c'est ce que j'appelle

    aussi l'œil de l'éleveur. L'éleveur ou le propriétaire, peu importe, qui rentre dans son

    bâtiment, qui voit ses animaux et qui dit, il y a un truc qui ne va pas. Il ne l'a pas

    diagnostiqué très... de manière spécifique, très détaillée, mais il sent qu'il y a un truc

    qui ne va pas. Et ça, moi je trouve que c'est des nouveaux indicateurs qui sont,

    maintenant qui ont été validés, qui sont objectifs, répétables, entre observateurs, etc. Et

    qui nous permettent d'évaluer le bien-être de l'animal, et pas seulement de se

    contenter du mal-être. Voilà, et ça c'est des avancées qui sont intéressantes, et ça

    encore c'est l'éthologie. Alors si tu veux un poil plus de détails, en fait on a 20 adjectifs,on regarde les animaux pendant 10, 20 minutes, et après, on arrête de les regarder

    pour ne pas être focus sur un comportement ou un autre. Donc, on arrête de les

    regarder et on coche nos adjectifs sur une échelle de 1 à 10, en disant, alors attends,

    est-ce qu'elles étaient anxieuses ? Est-ce qu'elles étaient heureuses ? Est-ce qu'elles

    étaient mal à l'aise ? Et après, on a fait des critères, des algorithmes, comme ça, qui

    nous donnent une moyenne globale. Est-ce qu'ils sont bien ou est-ce qu'ils ne sont pas

    bien ? Je trouve.

    Lennan Bate: Que ce sont des indicateurs vraiment pertinents et intéressants qui sont

    de plus en plus utilisés. Oui, je pense que c'est essentiel de les comprendre et de les

    connaître ces indicateurs. Souvent, c'est un pas de côté, mais je vois sur des gens qui

    ont des chiens qui ne savent pas lire des signes de détresse que leurs chiens peuvent

    avoir, typiquement le baillement ou le fait de regarder de côté quand il y a quelqu'un qui

    vient les caresser. Et ça, ça peut mener à des situations dangereuses dans le cas du

    chien. Mais en fait, de manière répétée, ce sont des stress, ce sont des signes

    d'anxiété. que l'animal communique et que si.

    Luc Mounier: On n'arrive pas à les voir, à les entendre, à force, ça peut créer des

    problèmes. On le fait beaucoup aussi sur les animaux de compagnie, tu as

    complètement raison. Le bâillement chez le chien, c'est à la fois un signe d'anxiété et à

    la fois un signe d'apaisement. C'est-à-dire que lui, il faut qu'il gère ses émotions qui

    sont trop fortes pour une situation x ou y. Comme nous, on va ouvrir la mâchoire et

    claquer les... les mandibules, lui, il va apaiser. Et là, on se rend compte que c'est un

    moment où il faut faire attention à son chien. Soit il est dans un inconfort parce qu'il y a

    un congénère en face de lui qui le stresse, une situation qui le stresse. Et donc, on n'a

    pas forcément la solution de ce qu'il faut faire. Mais en tous les cas, il faut en avoir pris

    conscience pour se dire, là, mon chien, il exprime quelque chose. Voilà. Moi, je distoujours aux étudiants, il faut observer les animaux, il faut observer les animaux, il faut

    observer les animaux. Alors je leur dis aussi, il ne faut pas rester bloqué à les observer

    pendant... Vous ne faites pas de léthologie, vous n'allez pas rester une heure, deux

    heures à les regarder. Par contre, regardez tous les signes que vous pouvez avoir. Je

    prends un cas typique. Les vétérinaires font souvent des perfusions. La perfusion, le

    temps qu'elle coule sur les gros animaux, on la tient et ça va durer 3, 5, 10 minutes.

    Dans ce cas-là, observons ce qui se passe autour. Et là, ça va nous donner plein

    d'autres indications, alors pas forcément sur l'animal qu'on est en train de perfuser,

    mais sur l'environnement, l'état de bien-être du troupeau.

    Lennan Bate: Et ça va nous orienter. Donc, observons les animaux et c'est toujours eux

    qui ont raison. Sur cette question de bien-être.

    Luc Mounier: Et on a mentionné le stress, quel impact est-ce que ça a sur la santé de

    l'animal ? Ça a des impacts importants. Bien-être et santé ne sont pas toujours

    facilement distinguables. parce que la santé peut aussi être définie comme un état

    mental et physique. Donc plutôt au niveau humain, nous, on fait plutôt la distinction sur

    le bien des animaux. Il y a des exemples assez simples. Si l'animal est dans un état de

    stress, souvent, il va avoir une perturbation de son système immunitaire et donc il va

    être plus sensible à l'apparition de nouvelles maladies, plus sensible à des agents

    pathogènes dans l'environnement. Donc ça, c'est... C'est un premier cas et on voit des

    maladies arriver, par exemple au sevrage des animaux où ils ressentent un stress et

    donc des maladies qui sont plus propices à ce moment-là. Un exemple assez facile

    chez l'humain, c'est l'herpès virus qui est à l'état latent et qui, en cas de stress, bien

    souvent, nos défenses immunitaires sont diminuées. Ping ! Il en profite, il ressort. Ça,

    c'est un premier cas, la perturbation des défenses immunitaires. Et puis après, tout à

    l'heure, quand j'ai cité les cinq libertés, il y a une des libertés, si tu as fait attention, quiest liée à l'absence de maladie. Et donc, en fait, les deux sont étroitement liées. Donc,

    si on améliore le bien-être, on améliore la santé. Et si on améliore la santé, on améliore

    le bien-être. Et donc, la santé, elle nous sert aussi d'indicateur de bien-être. Donc, c'est

    toujours un peu lié. Mais concrètement, plus les animaux seront dans un état de bien-

    être, plus ils seront en meilleure santé et puis après avec des impacts sur aussi la

    productivité des animaux, leur comportement, etc. Donc je fais un pas de côté et puis

    on en parlera sûrement. Là, on arrive à une notion qu'on appelle un seul bien-être One

    Welfare. Bien-être animal et bien-être de l'éleveur sont liés parce que si le bien-être des

    animaux est augmenté et qu'ils sont en meilleure santé, eh bien l'éleveur,

    généralement, il est dans un état de satisfaction au travail plus important. mais on y

    reviendra parce qu'il y a des points.

    Lennan Bate: À développer là-dessus, parce que ces animaux vont bien, donc c'est

    agréable pour lui. Donc c'est étroitement lié. Est-ce que pour.

    Luc Mounier: Autant, il y a une dichotomie entre productivisme et qualité, c'est-à-dire le

    bien-être de l'animal ? Oui, on ne peut pas dire qu'il n'y en a pas. Dans la notion d'un

    seul bien-être, on dit effectivement que plus les animaux sont dans un état de bien-être,

    plus ils vont produire, parce que le stress consomme, de l'énergie, ils passent leur

    énergie à autre chose qu'à la production. Donc quand on améliore le bien-être, bien

    souvent on améliore la productivité individuelle des animaux. Ils vont produire plus de

    lait, ils vont avoir une meilleure croissance, ils vont produire plus d'œufs. Et l'ongivité

    aussi, non ? La meilleure longévité, la robustesse des animaux sera meilleure, la

    mortalité sera plus faible. Effectivement, on améliore la productivité des animaux. Là,

    on peut dire qu'il n'y a pas de dichotomie. Mais en même temps, avec l'évolution des

    systèmes d'élevage où on avait été vers plus de productivité, où on a essayé de

    pousser les animaux au maximum, ça s'est parfois accompagné d'une dégradation. dubien-être. Les poulets de chair à croissance très rapide, où on va essayer d'atteindre un

    poids maximal en 35-40 jours, on a fait des croisements génétiques qui ont dégradé le

    bien-être des animaux. De la même manière, quand on a mis des animaux dans des

    systèmes d'élevage où on voulait optimiser, maximiser la productivité, on a dégradé le

    bien-être. Donc, ce n'est pas si simple. Il y a une dichotomie entre les deux. On a des

    actions à réaliser pour, en améliorant le bien-être, on va améliorer la productivité, mais

    il faut faire aussi attention que trop de productivité peut être à l'origine d'une

    dégradation du bien-être des animaux. Donc, c'est toujours une limite qui est un peu

    dure et qu'il faut regarder au cas par cas. Mais à l'inverse, ce n'est pas parce qu'on va

    libérer nos animaux qu'ils auront plus de productivité. Et dans le système actuel, on a

    quand même besoin de produire des produits animaux parce que la société a besoin,

    mange de la viande, mange des produits laitiers, mange des œufs. Donc, il faut une

    certaine productivité pour nourrir les Français, l'Europe et plus largement le monde.

    Donc on va trouver des compromis entre tout ça. L'idéal étant d'avoir un meilleur bien-

    être pour.

    Lennan Bate: Tous et une meilleure productivité pour nourrir la planète. Mais ce n'est

    pas toujours aussi facile que ça à trouver. Donc tu dirais que la sélection génétique, elle

    doit être certes.

    Luc Mounier: Sur la partie productivisme, mais aussi sur l'adaptation au milieu peut-

    être de l'animal, qu'il soit bien adapté à son milieu. Ouais, complètement. Pendant très

    longtemps, on a fait de la sélection génétique uniquement sur des critères de

    productivité. Maintenant, ce n'est plus le cas. On va aussi travailler sur la robustesse de

    l'animal, sa capacité à être moins malade, ses critères de rusticité, des critères

    d'adaptation de l'animal à l'environnement. Tout simplement des critères de robustesse

    pour qu'il puisse s'adapter mieux à son environnement et à différentes situations quivont se trouver devant lui. plus il va être robuste, plus il va être adaptable à des

    situations. Si on a une Formule 1, la Formule 1 va pouvoir courir sur un circuit de

    course, elle ne pourra pas faire un track sur les routes de Corse. Un animal, c'est un

    peu pareil. S'il est spécialisé, il va être très spécialisé, mais il va être peu robuste et s'il

    y a des perturbations qui arrivent, ça va être compliqué. Mais ça, c'est de plus.

    Lennan Bate: En plus intégré dans les schémas de sélection, ces critères de

    robustesse. Et ouais, on va essayer de travailler là-dessus. Je crois que ça pose aussi

    la question de... La dernière fois, tu me disais de bien s'installer, c'est-à-dire le choix

    entre l'installation de départ et les investissements qu'on peut faire pour améliorer les

    conditions de vie des élevages. Donc, ce serait quoi les investissements, là, en

    l'occurrence, les plus rentables ? Alors, peut-être à l'installation, comment est-ce qu'on

    pourrait bien.

    Luc Mounier: Considérer une installation ? Et après, quelqu'un qui est déjà installé,

    comment est-ce qu'il fait pour avoir, avec le moindre investissement possible, le

    meilleur résultat ? C'est impossible de répondre à ta question parce que ça dépend

    tellement des systèmes d'élevage, tellement des productions envisagées. Il n'y aura

    pas du tout les mêmes réponses si on est en volaille, déjà de ponte ou de chair, si on

    est en bovin, si on est en porcin. Moi, le meilleur investissement à faire déjà, c'est la

    relation humain-animal. C'est le premier, vraiment. C'est un investissement qui ne coûte

    pas grand-chose et qui joue tous les jours. tous les jours, et donc que les gens qui

    s'installent, soit ils sont formés, c'est très bien, soit ils se forment sur la perception des

    signes dont on parlait tout à l'heure, parce que comme ça, ils pourront diagnostiquer

    précocement s'il y a un problème, ils pourront s'adapter, etc. avec l'environnement qu'ils

    auront. Donc la relation humain-animal, pour moi, c'est un investissement, alors on ne

    l'entend pas toujours comme un investissement, mais c'est un investissement dedépart extrêmement important, et travailler sur des animaux qui ont une bonne relation

    à l'animal, qu'on va pouvoir manipuler sans qu'ils soient en état de stress. Donc, on va

    investir à la fois sur notre propre formation et sur avoir des animaux qui ont une bonne

    relation humain-animal. Donc, dès leur plus jeune âge, passer du temps avec eux, avoir

    des comportements doux. Et ça, c'est un investissement pour l'avenir parce que ces

    animaux-là, après, derrière, ils seront avec l'humain, et donc ils vont plus produire, on

    va pouvoir diagnostiquer quand ils sont malades plus facilement, etc. Le deuxième

    aspect, c'est des investissements bien évidemment matériels auxquels on pense, mais

    là c'est très compliqué. Est-ce qu'il vaut mieux investir dans un bâtiment plein air avec

    un bel accès à l'extérieur qui coûte moins cher, mais on va pouvoir mettre moins

    d'animaux, Et puis, on a besoin de tout, en fait. On a besoin de tout. Non, le conseil,

    moi, ça serait vraiment de travailler sur ces animaux, à la fois notre formation à nous et

    avoir des animaux qui aient la meilleure génétique par rapport à la relation humain-

    animal, le meilleur comportement. Alors, pour les animaux qui durent longtemps, qui

    ont une durée de vie longue, les bovins, les porcins, c'est les prendre tout petits et les

    habituer à nous. Pour les animaux, bien évidemment, qui durent moins longtemps, Les

    volailles, c'est plus travailler sur la génétique et avoir des animaux qui soient moins

    effrayés par l'humain. Cet investissement d'observation qu'on va pouvoir avoir, ça va

    nous permettre d'adapter notre bâtiment et donc d'investir au fur et à mesure, step by

    step. On ne pourra pas avoir le bâtiment idéal au début, ce n'est pas possible. Ça va

    dépendre des animaux qu'on met dedans, ça va dépendre des conditions climatiques,

    de plein de choses. Par contre, si on a appris à observer nos animaux, si on a une

    bonne formation de départ là-dessus, si on a investi du temps là-dessus, on va pouvoir

    adapter notre bâtiment au fur et à mesure pour qu'il soit le mieux possible en fonction

    du système qu'on a choisi. Donc non, je n'aurais pas de conseils sur quel est le

    meilleur système à prendre au début, ça va dépendre de plein de facteurs. Par contre,

    on peut faire de l'accompagnement.Lennan Bate: Après pour accompagner les éleveurs, mais ça, il y a des gens qui le font

    et ça sera du cas par cas, vraiment. Sur les cinq éléments que tu as donnés de la

    définition du bien-être animal, il y a un des éléments qui me tient tout particulièrement

    à cœur, c'est l'expression du comportement peut-être sauvage. Moi, ce que j'appelle

    l'animalité, c'est-à-dire comment est-ce qu'on arrive à créer un environnement, peut-

    être en enrichissant le milieu ou en créant quelque chose qui permet à l'animal

    d'exprimer son besoin premier, typiquement pour les poules, de gratter, de chasser,

    d'être en sociabilité, de prendre le soleil, etc. Et par exemple, pour les vaches, ce

    besoin d'être en sociabilité, mais aussi de.

    Luc Mounier: Se gratter. Alors c'est peut-être là-dessus que j'entends des petits

    éléments pour enrichir le milieu et répondre à ces besoins d'expression du

    comportement. L'expression du comportement naturel, tu as parlé d'animalité. On ne va

    pas retrouver tout à fait les comportements à l'état sauvage parce que nos animaux ont

    été sélectionnés et domestiqués. Donc, il faut faire attention. Par contre, on sait qu'il y a

    un répertoire comportemental qu'il va falloir qu'ils expriment. Tu as parlé de

    l'enrichissement. Il y a deux grands types. Il y en a plusieurs. Il y a l'enrichissement

    social. On a domestiqué des espèces sociales. et donc il faut qu'elles soient avec des

    congénères. Ça, c'est un premier cas. Et des animaux qui sont isolés n'auront pas une

    expression normale du comportement parce qu'on a sélectionné des animaux qui sont

    grégaires. Donc, il faut faire vivre les animaux en groupe. Ça, c'est le premier

    enrichissement. C'est important. C'est à peu près le cas pour toutes les espèces

    d'animaux de production. Les veaux laitiers, pas toujours. qui sont élevés de manière

    isolée jusqu'à huit semaines réglementairement, c'est possible, mais on est en train de

    revenir dessus. Sinon, les autres espèces, c'est à peu près le cas. Par contre, si tu

    regardes le cheval, c'est souvent que le cheval, il est dans un box tout seul, alors que

    c'est lui aussi une espèce sociale. Et donc, il faut absolument lui permettre derencontrer des congénères, idéalement de manière physique, mais à minima de

    manière visuelle. Donc, enrichissement social. Deuxième, c'est l'enrichissement

    physique qui va lui permettre d'exprimer des comportements comme tu le disais,

    comportement de grattage, de fouissage, de pâturage pour les bovins. Et ça, le meilleur

    investissement, c'est l'accès au plein air. Si nos animaux ont un accès au plein air, un

    vrai plein air, s'entend, avec des arbres, avec une pâture, etc., ils vont pouvoir exprimer

    Leur comportement, la poule va pouvoir gratter le sol, le cochon va pouvoir fouir le sol,

    la vache va pouvoir pâturer. Ce n'est pas toujours possible, parce qu'on n'a pas un

    système avec un parc scellaire autour de l'exploitation qui va pouvoir permettre un

    accès à l'extérieur, ce n'est pas toujours possible. Dans ces cas-là, on va pouvoir faire

    des enrichissements à l'intérieur du bâtiment. Pour les volailles, par exemple, dans les

    systèmes sol, donc des animaux qui ne sortent pas à l'extérieur, on va pouvoir mettre

    des balleaux de paille, des plateformes, des perchoirs pour qu'ils aient ce

    comportement-là. On va pouvoir mettre de la litière pour qu'ils puissent gratter le sol,

    etc. Ça, c'est le deuxième grand type. Et puis après, il y a un autre type

    d'enrichissement qui est un enrichissement cognitif, où là, il va falloir permettre à

    l'animal d'avoir des activités qui vont enrichir ses capacités cognitives. Donc là, on va

    utiliser des jouets, par exemple, pour qu'ils puissent exprimer un comportement à peu

    près normal. Si ce comportement n'est pas exprimé, derrière, on va avoir un non-

    respect du budget temps, c'est-à-dire de la répartition des activités au cours de la

    journée. Les animaux vont souvent développer des comportements anormaux, ou du

    cannibalisme, ou des agressions trop importantes. Et donc, il faut essayer de favoriser

    autant que possible le comportement naturel des animaux par les congénères, par

    l'environnement physique, éventuellement par l'enrichissement cognitif. J'ai parlé des

    différentes activités, mais ça peut être aussi des sons, ça peut être aussi des odeurs,

    ça peut être des choses comme ça qui vont lui procurer un certain bien-être. Il y a des

    choses assez simples à mettre en œuvre. Je parlais des ballots de paille.Lennan Bate: Ça a été bien montré que ça demande un peu d'investissement pour

    l'éleveur, du temps de travail, etc. Mais ça marche plutôt bien. Alors j'aimerais qu'on

    parle de l'abattage et des efforts qu'on peut faire sur l'abattage. Quelles sont les

    pistes ? Qu'est-ce qu'on peut faire ? Et peut-être que ça nous permettra aussi un petit

    peu de parler de... Je sais qu'un de tes rôles, c'est expert auprès du.

    Luc Mounier: Ministre au Parlement européen. Donc est-ce que vous arrivez à faire

    bouger un peu les lignes et vers quoi est-ce qu'on peut évoluer sur ces questions-là ?

    La question de l'abattage est toujours très compliquée. On ne parle pas de bien-être à

    l'abattoir. Les animaux, on considère qu'ils ne peuvent pas être dans un état de bien-

    être. On parle de protection animale ou de bien-traitance. On essaye de faire le mieux

    possible. Mais quoi qu'il arrive, même dans les abattoirs que j'ai visités qui faisaient ça

    le mieux possible, il y a toujours un état de stress. C'est très compliqué parce qu'on va,

    sur l'abattage, avoir des notions liées aux animaux. la souffrance, la douleur qu'ils vont

    ressentir et qu'on va essayer de minimiser, mais aussi beaucoup d'impacts sociétaux.

    C'est très compliqué. Et puis les gens ne veulent pas trop entendre parler d'abattage.

    Globalement, pour améliorer la protection animale à l'abattoir, il n'y a pas photo, il faut

    procéder à un abattage avec étourdissement. C'est très compliqué à mettre en œuvre

    parce qu'il y a d'autres critères que juste l'animal qui rentrent en jeu. Mais

    l'étourdissement de l'animal est ce qui va permettre d'avoir la mort la moins

    douloureuse ou avec le moins de souffrance. Et donc c'est vraiment quelque chose qu'il

    faut essayer de mettre en place. En fonction des religions, on va accepter soit

    l'étourdissement avant la saignée, soit certaines religions n'acceptent pas.

    Lennan Bate: L'Étourdissement.

    Luc Mounier: Avant la saignée, mais acceptent l'étourdissement juste après la saignée.C'est-à-dire qu'on saigne l'animal et tout de suite derrière, on l'étourdit. C'est un

    moindre mal. Voilà. Et donc, c'est vraiment le premier critère. Pour l'instant, on n'est pas

    d'accord. Ça ne va pas être mis en place tout de suite. Certaines ONG travaillent très

    bien sur le domaine Je vais citer l'OABA qui fait un super travail là-dessus, qui milite

    pour ça depuis des années. Au niveau politique, pour l'instant, européen et français,

    c'est trop compliqué à mettre en œuvre. Certains pays européens ont essayé, mais ça

    a nécessité, après, donc ils l'ont mis en place, mais ça a nécessité pour eux d'importer

    des viandes d'animaux qui avaient été abattues sans étourdissement, donc ce n'est

    pas satisfaisant non plus. Ça, c'est le premier point. Deuxième point, on sait que pour

    les abattoirs, il y a des conceptions qui peuvent minimiser le stress de l'animal et qui

    peuvent favoriser plus de confort pour l'animal. Et là, il y a une Américaine qui a

    beaucoup travaillé sur ces questions-là, Temple Grandin ou Grandine, je ne sais pas

    bien comment on dit, qui a travaillé sur les couloirs d'amnés au poste de saignée. des

    couloirs qui sont plutôt circulaires, plutôt que longilignes, des parois pleines. Il y a des

    aménagements qu'on peut mettre en place pour que l'animal puisse aller jusqu'au

    poste de saignée le plus sereinement possible, si on peut dire. Voilà, c'est les deux

    grands points. Et puis après, il y a bien entendu, là encore, je reviens à ma relation

    humain-animal, avoir un meilleur comportement avec les animaux est aussi

    fondamental. Mais il ne faut pas oublier que les gens qui travaillent à l'abattoir

    manipulent des animaux qui ne veulent pas avancer de 4 heures du matin à midi, qu'il

    n'y en a pas beaucoup d'entre nous qui voudraient faire leur métier et que donc, avoir

    un comportement approprié toute la journée, 365 jours sur 365 jours, je ne suis pas sûr

    qu'on y arriverait tous. Voilà. Donc, bien sûr, il faut qu'il l'ait. mais pour avoir travaillé

    avec des animaux, tous ceux qui ont travaillé avec des animaux savent que de temps

    en temps, ils sont pénibles, ils ne veulent pas avancer et qu'on aimerait bien qu'ils

    avancent. Donc je ne leur jette pas la pierre, moi je ne voudrais pas faire leur métier.

    Donc c'est les trois gros points, c'est l'abattage avec étourdissement, l'environnementphysique amélioré autant que possible, ça nécessite des investissements mais c'est

    possible, et puis travailler sur la formation des opérateurs et sur un.

    Lennan Bate: Bien-Être optimale de ces opérateurs pour qu'ils soient dans une

    situation, eux, la moins inconfortable possible pour qu'ils prennent le plus de sang

    possible des animaux. Tu citais Temple Grandin, pour le dire à l'américaine.

    Effectivement, Pauline Garcia nous en parlait aussi dans un précédent épisode. Moi, je

    me demandais, est-ce qu'il y a de la place pour un abattage à la ferme ? Parce que

    moi, je suis une petite exploitation. C'est vrai que pour moi, ce serait l'idéal de pouvoir,

    dans le champ.

    Luc Mounier: Abattre l'animal, il n'y a aucun stress. Pour tout le monde, c'est le plus

    simple. Pour moi, c'est la panacée. Qu'est-ce qu'il en est ? Je ne vais pas être dans la

    tendance du moment. Je ne suis pas hyper favorable à l'abattage à la ferme. C'est un

    côté très intéressant intellectuellement. L'animal n'est pas transporté, il est abattu dans

    son environnement avec son éleveur. C'est intellectuellement très intéressant. et très

    sexy, si je peux me permettre. Ça marche bien. Le problème, c'est qu'il y a beaucoup

    de situations où les installations ne seront pas optimales pour l'animal, parce que

    l'éleveur n'aura pas forcément le couloir de contention pour que les animaux soient

    bien contenus. Il n'aura pas toutes ces installations. Ça, c'est un premier cas, parce que

    ça nécessite de l'investissement. d'abattre des animaux, il faut qu'on puisse les

    contenir, il faut qu'on puisse les saigner et il faut qu'on puisse procéder à la mise en

    sécurité sanitaire le plus rapidement possible. Ça, c'est le premier point. Deuxième

    point, il y a certaines espèces, pour moi, pour lesquelles c'est encore plus compliqué.

    Parce que pour ces investissements-là, et puis faire venir... Alors, on parle souvent des

    camions d'abattage. Pour faire venir un camion, il faut qu'il y ait un certain volume

    d'abattage. on ne va pas abattre juste une vache. On va en abattre 5, 6, 7 pour que lecamion ne vienne pas pour rien et qu'on n'ait pas monté les barrières pour un seul

    animal. En élevage bovin, on abat rarement plusieurs animaux d'un coup parce que la

    vache, elle part à la réforme. Ce n'est pas comme un lot de poulets où ils partent tous

    ensemble. C'est une vache, deux vaches éventuellement, toutes les semaines, toutes

    les deux semaines, toutes les six semaines, peu importe. Si on veut un certain volume,

    ça implique de faire venir d'autres animaux au lieu d'abattage. Donc, ils vont avoir du

    transport, du chargement et du déchargement. Et ils vont avoir un déchargement, donc

    sortir du camion, dans un endroit qui n'est pas forcément le plus optimisé possible.

    Parce que l'éleveur n'aura pas une rampe bétonnée, il n'aura pas des couloirs avec des

    parois pleines, il n'aura pas forcément des couloirs incurvés. Et donc, je ne suis pas sûr

    que pour l'animal, toutes les situations soient le mieux possible en cas d'abattage à

    l'affaire. Alors effectivement, moi je comprends l'éleveur qui veut y abattre chez lui

    parce qu'il se dit, c'est mes animaux, je vais en prendre soin jusqu'au dernier moment

    et quelque part, je veux m'occuper de cette partie-là plutôt que de la confier à

    quelqu'un dont je ne sais pas bien comment ça se passe. Je comprends. Par contre, si

    on fait ça, il y aura des situations qui seront optimales et puis il y aura des situations qui

    ne seront pas optimales parce que l'investissement ne sera pas suffisant pour avoir des

    bonnes installations, parce que l'éleveur n'aura peut-être pas été formé à faire comme il

    faut exactement. Je vais prendre un exemple. On le voit avec « Quand on tue le cochon

    à la ferme », qui est un abattage à la ferme. Il y a des éleveurs qui vont mettre un coup

    de matador avant. Il y en a d'autres qui vont juste le saigner sans coup de matador. Il y

    en a qui vont l'accrocher au tracteur alors qu'il est encore conscient et puis là ça hurle

    pendant deux, trois minutes, alors qu'à l'abattoir, ça ne dure pas aussi longtemps. Je ne

    suis pas aussi catégorique que ça. Je pense qu'il faut continuer à travailler sur la

    question. Moi, il me semble que des placettes, donc des lieux où on va se rassembler,

    qui sont adaptés, etc., sont intéressantes. Parce qu'on ne peut pas non plus avoir... On

    a un maillage d'abattage qui est de moins en moins dense, de moins en moinsd'abattoir, parce que les investissements sont lourds, et en même temps, des fois, il y a

    des incohérences. 600 kilomètres à des animaux pour qu'ils aillent se faire abattre et

    qu'ils reviennent après. Il y a des incohérents, donc il y a des trucs à travailler. Mais

    l'abattage à la ferme, proprement dit, je demande à voir, je ne suis pas hyper

    convaincu. Le modèle économique fait qu'on aura des situations où les installations ne

    seront pas conformes, pas.

    Lennan Bate: Optimales, et donc le bien-être ne sera pas meilleur. Je ne sais pas si j'ai

    été clair, parce que cette situation est compliquée, mais je suis partagé sur la question.

    Tu parles de ces animaux qui font des kilomètres avant de revenir sur place.

    Effectivement, il y a cette situation assez rigolote, enfin rigolote, cocasse, disons, au

    intermarché du coin, qui achète de la viande à un éleveur d'ici. qu'il envoie à un abattoir

    à centaines de kilomètres pour revenir peut-être à voir si la carcasse est la bonne,

    vendue sous viande locale. Donc là-dessus, peut-être ça nous fait une transition. La

    dernière fois, tu me disais.

    Luc Mounier: Le système de filière et la distribution, c'est ça qui bloque l'évolution du

    bien-être des élevages. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu ce que tu

    voulais dire ? Si.

    Lennan Bate: La carcasse est bonne, normalement la traçabilité est optimale. On sait

    exactement quels sont les animaux qui sont abattus et quelle est leur traçabilité. En

    France, on est extrêmement efficace là-dessus. Je pousse un peu parce que l'éleveur

    en question me.

    Luc Mounier: Disait qu'il n'y avait plus son animal et qu'il y avait toujours la même

    étiquette via le local. Ils avaient oublié d'enlever l'étiquette. C'est pour ça que je pousseun peu. Dans la majorité des cas, la traçabilité, même l'immense majorité des cas, la

    traçabilité est bonne. Les filières et la distribution, ce qui bloque l'évolution. En fait,

    avant ça, c'est le consommateur. C'est le consommateur parce que la filière et la

    distribution répondent à une demande du consommateur. Des fois, ils sont un peu

    bloquants et ils ne veulent pas évoluer trop vite. mais ils répondent à une demande du

    consommateur. Un grand distributeur, s'il voit que les œufs de poules en cage ne se

    vendent pas, il va a****** d'acheter des œufs de poules en cage. Donc, le geste citoyen

    doit être corrélé au geste consommateur. Et ça, c'est deux fois par jour au minimum

    qu'on peut faire ce geste-là. Et il faut qu'on mette plus de pouvoir d'achat dans notre

    alimentation si on veut être cohérent avec nos attentes citoyennes. Là, on dépense à

    peu près 15-20% maximum de notre budget dans l'alimentation. Avant, c'était bien plus.

    On pourrait remonter un peu plus pour avoir des produits qui respectent plus l'animal et

    qui respectent plus les éleveurs. Ça, c'est le premier point. Et après, la distribution va

    s'adapter à cette question-là. Si la distribution s'adapte et évolue, Généralement, les

    filières derrière évoluent aussi. Ils ont parfois de la résistance aux changements parce

    qu'ils ont toujours fait comme ça, mais c'est pareil pour chacun d'entre nous. Ils ont

    toujours fait comme ça, on leur a appris comme ça et que ça marche bien. C'est un peu

    tout le monde qui doit faire évoluer le système, mais les filières, si elles évoluent toutes

    seules et qu'il n'y a pas... qui n'a pas d'achat derrière, ils feront vite marche arrière. La

    meilleure évolution, c'est celle qui associe les deux. Je vais prendre le cas de l'étiquette

    bien-être animal, qui est encore assez discrète, confidentielle, que tout le monde ne

    connaît pas, mais qui a associé des ONG au début, des distributeurs et des

    producteurs. Ils ont créé une étiquette bien-être animal, d'abord sur le poulet de chair,

    en associant un peu tout le monde, et donc pour avoir un marché, une distribution et

    une production. C'est ce qui est le plus efficace. Alors, je leur dis, je ne veux pas

    culpabiliser le consommateur, mais le consommateur, à un moment, il a les clés. La

    majorité, tous, ne l'ont pas, mais une bonne majorité des consommateurs ont les cléspour être en accord avec leurs attentes et donc faire évoluer le système. Et là, le

    problème, c'est que si on ne fait pas ça, et qu'on demande à nos éleveurs d'évoluer.

    Eux, ils vont évoluer, mais ils auront un coût de production qui sera peut-être plus

    important. Si les consommateurs ne l'achètent pas, on sera obligé d'importer des

    produits, moins disant d'autres pays. Enfin, on a un système qui est... On marche sur la

    tête au b*** d'un moment. Donc, il faut que le.

    Lennan Bate: Consommateur évolue sur cette question-là, accepte de payer plus cher

    ses produits alimentaires.

    Luc Mounier: C'Est plus facile à dire qu'à faire. Pour certains, je suis d'accord. Mais

    c'est un levier absolument fondamental. Tu parlais du label bien-être animal. Est-ce qu'il

    y en a d'autres que tu conseillerais ? En France, on a des productions sous signe de

    qualité. Label rouge, bio, c'est des critères pour le bien évidemment d'un côté bio, d'un

    côté pesticides, mais aussi d'un côté bien-être. Ils ont des normes plus.

    Lennan Bate: Importantes. le label rouge, tout ça. Donc, si on peut acheter des produits

    sous signe de qualité, c'est généralement.

    Luc Mounier: Plus respectueux à la fois du bien-être et de l'environnement. C'est

    extrêmement efficace. Tout à l'heure, tu parlais du One Welfare, le bien-être éleveur

    animal. Est-ce que tu veux développer, dire d'autres choses autour de ça ? Je ne sais

    pas combien de temps tu as, parce que moi, c'est un sujet qui que je trouve

    passionnant et qui est hyper complexe. Je travaille sur le bien-être des animaux, tu l'as

    dit, depuis presque 25 ans. Je trouvais qu'avant, c'était assez facile. Les situations

    étaient assez faciles. Et puis, plus je progresse, plus je trouve que c'est complexe. Et

    puis, si on a écouté un peu Jean Covici sur le rapport à l'agriculture, ou au sommet del'élevage de Cournon, début du mois, il dit que l'agriculture, c'est le domaine le plus

    complexe que je connaisse. Et cette notion du One Welfare, elle aborde cette

    complexité. Je vais prendre quelques exemples pour essayer de montrer qu'en fait,

    c'est hyper complexe. Si on améliore, on l'a dit, le bien-être de l'animal, on va améliorer

    le bien-être de l'éleveur. Donc on va associer bien-être humain, bien-être animal, dans

    la branche One Welfare. Si on améliore le bien-être de l'éleveur, il aura un

    comportement plus doux avec ses animaux, il sera dans un meilleur état mental il

    interagira mieux avec ses animaux. Donc là, c'est gagnant-gagnant. OK, très bien. Si

    on améliore le bien-être des animaux, on va améliorer aussi la préservation de

    l'environnement. Ils seront moins malades, donc on aura moins de médicaments à

    utiliser. Ils produiront mieux, donc il y aura besoin de moins d'intrants, donc de moins

    de cultures, etc. Donc ça sera gagnant-gagnant aussi. Donc là, on a notre triptyque

    bien-être de l'humain, bien-être des animaux, préservation de l'environnement. Facile.

    Sauf que c'est plus compliqué que ça, il me semble. Tu as sûrement entendu parler de,

    je vais prendre un exemple, de l'initiative citoyenne européenne pour la fin des cages,

    pour qu'on sorte les animaux des cages. Moi, je trouve ça, je suis hyper favorable, je

    trouve ça très bien pour les animaux, Et en 2025, on peut difficilement justifier de

    laisser des animaux dans des cages pendant toute leur vie. Mais si on fait ça, il va

    falloir plus de place. Il va falloir procurer de la litière. Et donc, on va avoir une emprise

    agricole qui va vraisemblablement être plus importante, parce que les bâtiments

    prendront plus de place, donc on va artificialiser le sol. Si on a de la litière, il faudra

    faire des céréales en plus pour produire de la paille. Et donc, si on sort demain tous les

    animaux des cages, ce qui est bien, on aura un impact potentiel sur l'environnement

    avec une emprise agricole qui sera plus importante et des intrants, notamment pour la

    litière, qui seront plus importants. Je reviens au shift project. Le shift project a fait des

    calculs. L'impact carbone en équivalent CO2 est plus faible pour des poules élevées en

    cage que pour des poules élevées en plein air. Là, on voit bien qu'à un moment, cen'est pas toujours gagnant-gagnant. Il va falloir faire des choix et aller vers des

    systèmes où, effectivement, on va pouvoir améliorer à la fois le bien-être de l'animal

    sans dégrader l'environnement. Après, on pourrait me rétorquer qu'on peut faire tous

    de l'agroécologie. donc mettre des poules sous des arbres, etc., des systèmes

    auxquels je suis favorable. Sauf qu'un Français mange 225 oeufs par an, en moyenne.

    On est 65 millions de Français. Ça représente un paquet d'oeufs. Et si demain, on les

    met tous en agroécologie, je ne suis pas sûr qu'on arrive à satisfaire la demande en

    oeufs. Et il ne faudrait pas on émis des contraintes d'agroécologie, je suis hyper

    favorable à, mais aucun doute, mais que ça ne satisfasse pas à la demande et qu'on

    doive importer des oeufs, ce qu'on observe, notamment d'Ukraine, avec des poulaillers

    énormes. Donc, cette notion de One Welfare, un seul bien-être, je suis hyper favorable.

    Il y a plein de cas où ça marche super bien, sauf qu'on est dans un système où la

    demande est forte. On est dans un système mondialisé et que si on ne répond pas à la

    demande du consommateur, les distributeurs vont importer des produits qui sont

    potentiellement moins disants. Après, on peut en parler des heures, il y a plein

    d'exemples qui parlent de ça. Là encore, il faut avoir une approche pragmatique, il faut

    évaluer les impacts. positif, négatif, sur l'humain, sur l'environnement, sur les animaux.

    Et en fait, ça demande une évaluation et il faut sortir des dogmes en disant si c'est

    absolument comme ça qu'il faut faire, ça résout tous les problèmes. Ça résout tous les

    problèmes si on diminue la consommation, si on diminue la.

    Lennan Bate: Demande, oui. Si on.

    Luc Mounier: Reste à demande constante et à.

    Lennan Bate: Consommation constante, on ne pourra pas à la fois satisfaire au bien-

    être des animaux, satisfaire aux impacts environnementaux et au bien-être de l'éleveur.On ne pourra pas. Je pense que ce sera difficile. Effectivement, je pense que la

    complexité dans la réflexion, elle est au cœur de tout ça. Il y a cette phrase qu'on

    entend souvent dans le monde anglo-saxon qui dit que l'agriculture, ce n'est pas de

    l'astrophysique, c'est beaucoup plus complexe. Et moi, ce que j'entends un peu dans ce

    système, c'est qu'effectivement, il y a un besoin de changement de paradigme, c'est-à-

    dire que Les poules, si on les met... Alors certes, si on réserve juste des prairies pour

    les poules, c'est de l'espace, entre guillemets, gâché. Mais si on considère que

    derrière, il peut y avoir des bovins qui viennent manger cette herbe, ou même des

    cultures. Moi, j'ai des amis qui ont des poulaillers mobiles, qui les déplacent sur des

    cultures, parce qu'ils font aussi de la grande culture. C'est de l'azote, c'est du

    phosphore. Sur certaines prairies, on passe la herse. En fait, la poule, elle fait ce travail

    très minutieux.

    Luc Mounier: C'est comme une petite herse. Mais effectivement, ça change un peu les

    élevages. C'est-à-dire qu'on n'est plus sur des poulaillers à 14 000 poules. On est sur

    des poulaillers à 200, 300 poules. Non, mais c'est même pas 14 000 poules. Un

    poulailler, la taille moyenne d'un poulailler en système sol, c'est 60 000 poules. Et alors

    là, tu abordes un point auquel je suis extrêmement sensible aussi. Le système que tu

    décris, hyper favorable, très, très bien. Moi, je suis à fond. Je trouve ça super. Mais il

    faut des éleveurs. Il faut des éleveurs. Et on sait qu'on va perdre 50 % de nos éleveurs

    d'ici 2030. Et donc, il faut qu'il y en ait qui retournent. Il faut qu'on retourne faire notre

    alimentation parce que des éleveurs qui ont 200 poules, il en faudra un paquet. pour

    faire, je te disais, il en faudra beaucoup. Et ça, c'est une vraie problématique aussi.

    Actuellement, ce n'est pas du tout ce qu'on observe. On observe une diminution du

    nombre d'exploitations, une diminution des nombres d'éleveurs, une augmentation de

    la taille des élevages. Quand on a une augmentation de la taille des élevages, avoir un

    système agroécologique où, comme tu disais, elles sont juste après la culture pourretourner un peu la terre, remettre de l'azote, etc., On ne peut pas faire ça avec 60 000

    poules parce que les parcellaires ne sont pas possibles, parce que l'entretien n'est pas

    possible. Je ne veux pas être pessimiste du tout parce qu'il y a des solutions au cas par

    cas. Mais par contre, il faut les étudier et il faut accepter de mettre le prix, il faut

    accepter d'en manger moins aussi. Mais en manger moins, ça ne veut pas dire ne plus

    en manger. Parce que faire pousser de la lentille, c'est compliqué, c'est aléatoire, alors

    que de la production animale, ce n'est pas aléatoire. Et donc, quand on dit que demain,

    on mangera tous des lentilles et du pois chiches en France, non, ce n'est pas vrai. Ce

    n'est pas vrai. Quand tu me lances là-dessus, après, je ne m'arrête plus. Il y a toutes

    ces problématiques-là. Je ne sais pas si dans l'interview, et pourtant elle est longue, on

    aura le temps de faire prendre conscience aux gens cette complexité-là, mais ça

    touche des aspects géopolitiques, des aspects renouvellement des générations, des

    aspects environnement, des aspects bien-être de l'animal, des aspects travail de tous

    les jours, concrètement, comment ça se passe, des aspects attente des citoyens. Enfin,

    c'est hyper complexe, la situation. Le seul moyen d'y arriver, c'est de se parler, c'est de

    se mettre autour de la table avec des gens qui sont plutôt pour faire comme ça,

    d'autres qui sont plutôt pas pour faire comme ça. mais qu'on arrive à se parler. Et

    actuellement, dans la.

    Lennan Bate: Société, on n'arrive plus à se parler. On a une dichotomie de la société,

    les pour et les contre. En fait, ça ne marchera jamais pour et contre, surtout sur le

    domaine de l'agriculture. Oui, complètement. C'est tout l'idée de ce podcast, c'est

    d'avoir une complexité, de sortir des dogmes, de remettre un peu plus de complexité,

    plus de compréhension de ce vaste univers et de comprendre et d'avancer petit à petit,

    d'entendre plein de points de vue et qu'ensemble, on combine un peu tous ces

    modèles, toutes ces façons de faire pour qu'il y ait un maillage agricole français plus

    complexe. Et.Luc Mounier: Je pense qu'il y a de la place pour à peu près tous les systèmes

    d'élevage ou même de culture. Mais voilà, c'est après comment est-ce qu'on

    complexifie ? C'est pas il y a de la place pour, c'est il est nécessaire d'avoir tous les

    systèmes parce qu'il faut bien évidemment que l'agroécologie se développe. Mais il faut

    aussi nourrir une ville comme Paris. Les Parisiens n'auront pas tous à côté de chez eux

    le petit éleveur local qui va avoir ses 200 poules. Donc, il est nécessaire d'avoir tous les

    systèmes. Évidemment, il faut que les systèmes qu'on a poussés depuis les années 70,

    très industriels, évoluent vers des systèmes moins industriels. Mais ça ne se fera pas

    tout de suite, même si.

    Lennan Bate: On est pressé. Le monde fait qu'on est pressé. mais malheureusement ça

    n'évoluera pas tout de suite. Ça va évoluer et donc il faut accompagner le changement,

    il faut y aller, il faut parler, voilà. Complètement. Je pense qu'il y a à ce point, tu le

    soulevais, c'est qu'il y a moins d'un pour cent d'agriculteurs en France. Et on demande

    à ce, je crois, de mémoire, c'était le dernier chiffre que j'avais, c'était 0,6 pour cent de la

    population active en français est agriculteur. Donc, après, on demande à ce moins d'un

    pour cent de résoudre le problème le plus complexe de la France, de nourrir les

    Français avec tous les enjeux de santé, d'environnement et tout que ça représente.

    C'est sûr que c'est un défi difficile à relever. On pourrait en parler encore des heures.

    Luc Mounier: Peut-être pour commencer à clôturer, est-ce qu'il y a un point dont tu

    aurais encore aimé parler et que ce soit le moment de relever peut-être un élément

    dont on n'a pas pu parler ? Non, je pense qu'on a fait à peu près le tour des grands

    éléments. Je pense qu'il faut améliorer le bien-être des animaux parce que les

    connaissances scientifiques ont évolué et il y a des choses qu'on ne connaissait pas

    qu'on n'avait pas scientifiquement validé sur les animaux, qui maintenant sont clair, net,

    validés. La conscience des animaux, les émotions chez les animaux, c'est des notionsassez récentes, mais maintenant, elles sont certaines, on le sait. Et donc, dans 50, 100

    ans, on se retournera peut-être en disant, mais qu'est-ce qu'on a fait avec les animaux

    qui ont une conscience, qui sont des êtres sensibles ? Donc, il faut évoluer sur cette

    question-là, c'est sûr. Si je reprends juste avant ce qu'on a dit, il ne faut pas être

    dogmatique. Il ne faut pas le faire au détriment des éleveurs, parce que s'il y a un truc

    qu'on n'a pas dit, c'est que ce n'est pas la faute des éleveurs, le système dans lequel

    on est. C'est la faute de tout le monde. Tout le monde a été dans ce système-là. À la

    sortie de la guerre, on a dit aux éleveurs qu'il fallait produire. On a mis des

    zootechniciens en leur disant, voilà comment on va produire. Le consommateur s'est

    mis à manger de la viande midi soir, midi soir, à un prix défiant toute concurrence.

    Donc, il était bien content. Les politiques ont été dans ce système-là. Donc, c'est la

    faute de tout le monde. C'est la faute du système. Ce n'est pas la faute de l'éleveur. La

    majorité des éleveurs que je connais aiment leurs animaux et aimeraient bien avoir un

    système qui soit plus propice au bien-être des animaux. C'est évident, mais il faut aussi

    qu'ils puissent manger, qu'ils puissent rembourser les investissements qu'ils ont faits.

    Ça, c'est un point fondamental. Après, il y en a des éleveurs, comme dans toutes les

    professions, qui font moins bien leur travail que d'autres. Comme dans toutes les

    professions, ça existe. Mais globalement, ce n'est pas de leur faute. Et donc le système,

    s'il doit évoluer, il ne doit pas se faire à leur détriment, il doit se faire en les

    accompagnant. Et si on veut donner envie à des jeunes d'y aller, par rapport à ce qu'on

    venait de dire, il faut donner envie, avec des systèmes plus vertueux, avec une prise en

    compte du bien-être de l'éleveur plus importante. Donc ça, c'est aussi un point

    important. Donc je reviens à mon truc, il faut améliorer le bien-être des animaux, il n'y a

    pas de doute, il vaut mieux les prendre en considération. Et donc il y a certaines

    pratiques, l'élevage en cage, les mutilations, qu'on sait qu'il faut faire évoluer. Ça

    nécessite un consensus des compromis au niveau français. Et ce dont on n'a pas parlé,

    c'est que tout ça se joue à l'échelle européenne. et qu'il faudra une meilleureapplication des directives européennes dans toute l'Europe. Il faudra plus de contrôles

    dans toute l'Europe, parce qu'en France, on applique plutôt bien la réglementation, on

    la contrôle plutôt bien. Certains pays, on le sait, notamment sur le transport des

    animaux, le font moins bien. Donc la règle est commune, mais son application et son

    contrôle n'est pas la même. Donc ça crée potentiellement des distorsions de

    concurrence. Et on ne peut pas réfléchir que français, parce que la France ne sera pas

    autonome sur son alimentation. Donc, il faut voir plus large. Et donc, il faut vraiment

    qu'il y ait une politique européenne avec plus d'applications, plus de contrôles, pour

    que tous les agriculteurs européens soient logés à la même enseigne. Ça, c'est aussi

    un point important et qui vient complexifier encore un peu la situation, si je peux me

    permettre. C'est un point dont on n'avait pas parlé et je pense que c'est aussi C'est

    aussi important. Juste, on parle des clauses miroirs parce qu'il y a l'Europe, mais il y a

    le reste du monde. On le voit avec le Mercosur. Le problème, moi, je suis hyper

    favorable à mettre des clauses miroirs, c'est-à-dire des clauses de réciprocité qu'on

    importe des produits qui respectent les mêmes règles que chez nous. Sauf que ça, ça

    ne marche que s'il y a un contrôle de l'autre côté. S'il n'y a pas de contrôle de l'autre

    côté, eux, ils vont signer un b*** de papier en disant on respecte. Mais voilà, on sait que

    sur les antibiotiques au Brésil, ils ne sont pas du tout sur les mêmes niveaux

    d'exigence que nous. Et donc le Mercosur va normalement interdire l'importation de

    carcasses ayant reçu des antibiotiques. Mais quel est le contrôle qu'on en fait ? Moi, je

    n'en sais rien. Alors s'il y a eu un audit de la Commission européenne qui a été voir sur

    place ce qui se passait, du coup, ça a entraîné un arrêt.

    Lennan Bate: Des exportations brésiliennes sur la viande. Mais pendant combien de

    temps ? Parce que si on ne fait pas ça, on a des contreparties qu'il faut payer dans

    l'accord du Mercosur, des pénalités. Donc voilà, ça complexifie le bazar. Pour aller un

    peu plus loin ou en tout cas avoir des idées, découvrir un petit peu plus, je sais que tume disais la dernière fois, la chaire Bien-être animal, le site internet, a toute une page

    sur les idées reçues pour débunker les différentes idées reçues et comprendre un petit

    peu.

    Luc Mounier: Le vrai du faux. Est-ce qu'il y a d'autres ressources que tu partagerais

    comme ça, peut-être un livre ou des podcasts ou des vidéos ou des choses que peut-

    être que toi tu partages pour aller plus loin dans toutes ces réflexions ? Certains

    réseaux sociaux sont extrêmement efficaces parce qu'on peut avoir, même si on est

    toujours dans une bulle informationnelle, on peut avoir différents points de vue. Donc, il

    y a des gens à suivre sur les réseaux qui sont, de mon point de vue, extrêmement

    pertinents, qui donnent des points de vue. Je méfie toujours des gens qui disent c'est

    tout noir, c'est tout blanc. Et nous, les idées reçues qu'on débunk sur ou qu'on débriefe

    sur la chair bien-être animale, c'est jamais oui, non, c'est toujours oui, mais non, mais il

    y a ça. Après, si on veut creuser le bien-être des animaux de manière plus profonde,

    mais là, je pense que tout ce qui est fait au niveau européen avec les centres

    européens sur le bien-être ou au niveau français avec le CNR, le Centre National de

    Référence Bien-être, est intéressant. Et puis après, moi, dans les autres Il y en a des

    podcasts, alors ça n'a rien à voir avec le sujet d'aujourd'hui, mais je trouve que Seismic

    de Julien Dévorex est extrêmement pertinent sur la complexité du monde. Et donc, ça

    aborde des notions comme aujourd'hui. Non, je ne vais pas t'en donner un. Il faut être

    curieux. Il faut tout écouter, il faut tout lire, il faut regarder tout ce qui passe. Il faut être

    curieux, curieux, curieux, curieux. Il n'y a que comme ça. qu'on arrivera à comprendre

    une partie du monde et à faire des.

    Lennan Bate: Choix qui seront les plus raisonnés.

    Luc Mounier: Possibles. Ton podcast en est un, mais il y en a plein d'autres. Il fautouvrir.

    Lennan Bate: Notre champ et il faut être curieux, écouter le maximum de trucs et lire le

    maximum de trucs. Voilà. Parfait. Merci Luc Mounier, merci. Merci à toi. J'espère que ça

    a été clair pour tes auditeurs. Et puis voilà, merci.
  • Renouée - Agriculture de Régénération

    30 - Maraichage, rentabilité et système bio-intensif avec Sylvain Couderc

    18/12/2025 | 48 min
    Sylvain Couderc

     

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    John Jeavons

    https://johnjeavons.org/

     

    Eliot Coleman

    https://www.librairie-permaculturelle.fr/recherche?s=eliot+coleman

     

    JM Fortier

    https://www.librairie-permaculturelle.fr/recherche?s=jean+martin+fortier

     

    Ben Hartman

    https://www.claybottomfarm.com/books

     

    Curtis Stone

    https://theurbanfarmer.co/

     

    Richard Perkins

    https://www.richardperkins.co/

    Transcription : 

    30 - Maraichage, rentabilité et système bio-intensif

    avec Sylvain Couderc

    Sylvain Coudert: Je trouve que parfois, ce n'est pas assez fait par les jeunes

    maraîchers. Il faut vraiment aller voir ailleurs et aller voir dans d'autres fermes parce

    qu'il y a des choses, tu vas peut-être le découvrir par toi-même, sauf que si on te le dit,

    tu vas gagner des années.

    Lennan Bate: Bienvenue sur Renoué, le podcast qui explore les liens profonds entre la

    santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine. L'agriculture

    occupe une place centrale dans nos vies. Qu'il s'agisse de nous nourrir, de produire

    des fibres pour le textile ou de cultiver des plantes pour nous soigner, elle façonne

    notre société à bien des égards. Mais alors comment repenser notre relation vivant afin

    d'honorer sa capacité exceptionnelle à se régénérer et construire une agriculture

    réellement bénéfique pour tous ? C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble au

    travers de discussions avec celles et ceux qui œuvrent pour une santé globale. Ayant

    grandi en ville, ma première réelle reconnexion au vivant s'est faite avec les mains dans

    la terre, à récolter mes premiers légumes. Pour reprendre conscience de la magie du

    vivant et la générosité de la terre, rien de tel que de voir une graine germer devenir peu

    à peu une salade ou une tomate. Ou bien de sortir de terre des pommes de terre ou

    des carottes. Mon premier mentor, Léo Drevet, était maraîcher et mes premières

    lectures ont donc assez naturellement été Elliot Colleman John Jeavons ou encore

    Jean-Martin Fortier. Plus tard, j'ai beaucoup appris des approches de rentabilisation et

    d'optimisation fonctionnelle d'autres maraîchers tels que Curtis Stone, Ben Hartmann

    ou encore Richard Perkins. Le maraîchage est l'une des portes d'entrée les plus

    fréquentes pour ceux qu'on appelle les NIMA, les nouveaux installés du monde

    agricole, parce qu'il faut moins de terre et moins d'investissements pour se lancer, etaussi souvent parce que les légumes sont plus faciles d'accès que les animaux par

    exemple. Pourtant, le maraîchage diversifié est extrêmement complexe. Les types de

    sols, les microclimats, les dizaines et dizaines de légumes à maîtriser tout au long de la

    saison et l'enjeu de la vente directe sont qu'un imperçu de tous les aspects qu'il faut

    apprendre à maîtriser afin de créer une entreprise de maraîchage rentable. Entre la

    culture en serre, le plein champ non irrigué, l'attraction animale, le biointensif et j'en

    passe, les types de maraîchage sont multiples et complémentaires. Alors aujourd'hui

    c'est la méthode biointensive dont nous allons parler et pour ce faire je reçois Sylvain

    Coudert qui est fondateur des Jardins de la Valette, maraîcher biointensif, formateur et

    cofondateur de Speedplant qui conçoit des outils professionnels pour maraîcher. Alors

    bonne écoute ! Je me souviens d'une discussion avec un collègue maraîcher au

    marché de Saint-Giron en Ariège où je suis. qui me disait non, mais vraiment, c'est pas

    possible. Le maraîchage, ça paye pas. Vraiment, c'est pas possible de faire du

    maraîchage et d'en vivre. Et j'ai été très frustré parce que moi, ça marche. Après, ça

    demande pas mal de travail, de réflexion, d'aménagement. Il y a des décisions à faire,

    des choix à faire. Et du coup, c'est un peu pour ça que je voulais en parler avec toi.

    essayer de voir un peu décortiquer à quoi ça tient, qu'est-ce qu'il faut pour penser à

    une entreprise maraîchère qui tourne et de pouvoir en vivre. Mais donc avant qu'on

    creuse ce sujet plus en détail, est-ce que tu veux bien te présenter, nous parler de toi,

    ton parcours, ce que tu fais et comment t'en es venu à.

    Sylvain Coudert: Faire ça ? Donc moi je m'appelle Sylvain Coudert, je suis maraîcher

    depuis 2012, fin 2011 exactement. Je me suis installé sur la ferme familiale, la ferme de

    mes grands-parents. J'utilise la méthode buentensive depuis toujours, depuis le tout

    début. Alors moi je ne suis pas issu du milieu maraîcher. J'ai fait des études

    électrotechniques et je me suis reconverti, je crois que j'avais 27 ans à l'époque, dans

    le maraîchage. Donc ça fait 12-13 ans maintenant que je suis maraîcher, donc je suistoujours maraîcher. Je développe aussi des formations depuis quatre ans maintenant à

    côté, en parallèle de cette activité-là, pour transmettre ce que j'ai appris et ce qui me

    semble bon.

    Lennan Bate: Dans le maraîchage. Alors tu parles de la méthode biointensive, est-ce

    que tu veux.

    Sylvain Coudert: Bien la présenter, de quoi il s'agit ? La méthode biointensive, ça vient

    d'un système des maraîchers parisiens, enfin maraîchers, on va dire citadins, au début

    du siècle, ou plutôt dans les années 1800-1850, C'est un peu le début de la

    spécialisation de l'agriculture. Peut-être que jusqu'avant les années 1800, les

    agriculteurs étaient surtout en polyculture élevage et ils avaient des activités à côté où

    ils pouvaient cultiver quelques légumes. D'ailleurs, c'est resté longtemps dans les

    campagnes comme ça. Mais il y a eu à un moment donné cette spécialisation,

    notamment dans les grandes villes, Paris, Londres, les grandes villes européennes,

    Bruxelles. Il y a peut-être un problème de foncier à l'époque, mais c'était pas comme

    aujourd'hui. Ils produisaient sur ces petites parcelles, apportaient leurs légumes à la

    ville et revenaient. avec énormément de matière organique à l'époque, parce qu'à

    l'époque c'était encore les chevaux qui dominaient les transports, et donc ils avaient

    accès comme ça à une matière organique importante. Et ils ont développé des

    techniques sur toute petite surface, donc c'était généralement des parcelles de moins

    de 8000 m², très cultivées, et à plusieurs personnes, on a des écrits là-dessus, où ils

    étaient assis, 7 travailleurs, moins de 8 millimètres carrés, et ils produisaient comme ça

    plusieurs tonnes de légumes qu'ils apportaient dans les capitales. Et ce terme bio-

    intensif, c'est un anglicisme qui a été rapporté je pense de Paris-Lutte ou Allemagne, je

    ne sais pas ce que ça a été introduit. Ça vient de « biologic intensive method », «

    French method » même au départ. Donc c'est d'avoir une vie intense. Alors c'est vraique quand on utilise le mot « intensif » en français, ce n'est pas toujours bien compris

    et connoté. mais ça vient vraiment d'une activité biologique intense dans nos sols, ça

    vient de là. Et c'est un terme que moi je garde et que j'emploie encore aujourd'hui pour

    expliquer mon maraîchage parce que ça reprend justement cette méthodologie avec la

    modernité.

    Lennan Bate: De 2020-2025, mais ça vient de là, de cette base. Si on se balade dans

    tes jardins, à travers ton maraîchage, à quoi ça ressemble ? Qu'est-ce qu'on verrait et

    en quoi ce serait différent.

    Sylvain Coudert: D'Un autre type de maraîchage, peut-être plus classique, plus

    conventionnel ? Oui, parce que c'est vrai que je parlais de l'origine, mais je n'ai pas

    vraiment décrit ce que c'était. Déjà, peut-être quand même la taille, comme les

    maraîchers du début, c'est que c'est tout petit. Moi, si on prend ma surface, grosso

    modo, vue du ciel, de mes cultures, on est à moins de 5 000 mètres carrés. Donc ça,

    c'est déjà le premier élément. Deux personnes à temps plein à travailler sur cette

    surface, c'est une première spécificité, c'est la taille. Deuxième spécificité, c'est qu'on

    est en planche permanente, c'est qu'il y a une standardisation et un découpage au fil

    des ans, elles sont tout le temps là, tout le temps au même endroit. Elles font toutes 75

    cm, avec des passepieds de 45 cm, et dans mon cas, elles font toutes 20 m. Donc ça,

    c'est aussi une spécificité d'avoir cette standardisation. Alors, tu peux être en bio-

    intensif et avoir des tailles un peu différentes, mais généralement, on retrouve ce

    standard-là et surtout cette standardisation dans tous nos jardins, parce qu'on a

    découpé notre parcelle, même si elle ne fait que 5000 m², de 12 planches qui vont

    tourner en rotation sur 7 ans. Et dans mes serres, pareil, je vais avoir 6 blocs qui vont

    tourner sur 6 ans. Donc toujours avec la même longueur, toujours cette même

    standardisation. Ça, c'est vraiment un point qu'on retrouve partout dans la méthodebiointensive. La taille, donc petite, standardisée. Troisième point, je pense que c'est

    l'apport quand même important de matières organiques, comme ils faisaient au début

    du siècle. parce qu'on est sur petite surface, donc on a accès aujourd'hui à la matière

    organique différente, nous dans notre cas ça va être du compost de déchets verts, qui

    est aussi finalement produit par les villes, donc on est comme au début du siècle, on

    récupère cette matière organique qui est produite par les villes ou par les citadins, et

    que nous on va utiliser, c'est plus le fumier du transport, mais c'est quand même aussi

    finalement un peu le même rôle qu'on récupère. Donc ça c'est un élément, c'est le

    troisième élément. Et puis très diversifié, ça aussi. Souvent dans le maraîchage on va

    trouver, déjà quand on parle de 10-15 légumes, on est déjà dans un système diversifié.

    Moi j'ai envie de dire que nous on est plutôt des hyper-diversifiés où on monte

    facilement à 40-45 légumes et je parle pas des.

    Lennan Bate: Variétés où là on peut monter à plus d'une centaine de variétés. Alors il y

    a pas mal de choses qu'on va pouvoir creuser. C'est drôle, moi j'ai récemment relu le

    bouquin des jardiniers maraîchers du début du siècle et c'est extraordinaire de voir à

    quel point chaque élément est un détail pensé, considéré à long terme. C'est-à-dire

    qu'il y a une réelle réflexion sur comment rendre l'argent, comment elle sort, le temps

    passé. Voilà, et c'est ce qu'on retrouve beaucoup là dans ce que tu décris, toute cette

    réflexion sur la standardisation, sur les différents intérêts d'aménager les choses de la

    sorte. Alors, peut-être en prenant chaque chose étape par étape, déjà tu parles de

    petite surface. Alors quel.

    Sylvain Coudert: Intérêt ça a d'avoir une petite surface et de cultiver une petite

    surface ? Je pense que plus c'est petit, mieux on peut s'en occuper. C'est un peu mon

    mantra, c'est cultiver moins mais produisez plus. Sur cette surface-là, on va essayer de

    générer le maximum de légumes, donc de chiffre d'affaires, d'avoir une productivitémaximale sur cette surface-là. C'est vraiment du copier-coller de ce qu'ils faisaient au

    début du siècle, c'est essayer d'enchaîner les cultures. Le fait que ce soit petit nous

    permettra de mettre l'effort dans cette surface-là. Donc toute la matière organique que

    je vais apporter, mes fertilisants, mes engrais verts, mes cultures qui vont être broyées

    sur place, elles sont concentrées sur cette surface-là. Si c'était dilué sur 2 ou 3

    hectares, sur plusieurs années j'aurais dilué ma fertilité. Ma fertilité c'est l'ensemble de

    tous ces éléments, alors que là il va se concentrer sur cette petite surface. je ne sais

    pas si on peut dire précis, mais toujours être attentif à l'ensemble du jardin de façon

    rapide. J'aime bien dire que je fais mon tour de jardin en 10 minutes, et c'est vrai, en

    moins de 10 minutes, je peux avoir un regard critique sur tout ce qui se passe sur mon

    jardin, faire une liste de tâches ou faire une liste de problèmes, s'il y a des problèmes

    ou de bonnes choses. Mais alors que si je dois gérer une grosse ferme avec de

    nombreuses serres sur la globalité. Donc cette petite surface peut paraître une

    contrainte et alors que c'est plutôt comme ça qu'on va arriver à être performant et on a

    toujours cette tendance, et moi le premier, j'ai eu cette tendance plusieurs fois dans ma

    petite carrière de maraîcher à vouloir agrandir, mettre un petit truc en plus là et à

    chaque fois je me dis et voilà c'est encore un truc où tu.

    Lennan Bate: Perds du temps, où tu mets de l'énergie et finalement ça rapporte rien.

    J'adore ce proverbe qui dit que l'ombre du jardinier est le meilleur engrais. C'est très

    juste. Plus on est présent, plus on est là, plus on est attentif, plus les plantes poussent.

    Comment est-ce que tu fais pour avoir une telle petite.

    Sylvain Coudert: Surface et d'avoir quand même une belle production, une

    intensification sur tes surfaces ? C'est clair que la standardisation va aider. Le fait que

    tout soit modernes comme de la planification avec des logiciels, moi j'utilise un bridgel,

    ce logiciel français de planification qui va me permettre comme ça d'être le plus précispossible, alors lui c'est un outil mais à la réalité c'est à la base c'est quand même moi,

    le maraîcher qui va connaître et calculer On va avoir des enchaînements très précis. Je

    peux avoir un légume sur mon stand alors que j'ai déjà replanté là où il y avait le

    légume. planification qui est très forte. On va semer en amont en pépinière, donc on va

    avoir des temps comme ça qui vont être très serrés sur mes calendriers de culture et

    ça me permet comme ça d'intensifier dans le temps mes cultures. C'est ça. La diversité

    aussi, ça va permettre de jouer avec ça, les différents temps de culture. Il va y avoir des

    cultures à cycle long, des cultures à cycle court que je vais pouvoir intercaler soit avant,

    soit après, soit entre deux cultures. C'est vraiment ça, beaucoup d'outils aussi de

    gestion, d'organisation. On pense en planche, on travaille en planche, c'est-à-dire que

    tout est fait pour la planche, c'est-à-dire que toutes mes toiles tissées, mes filets anti-

    insectes, mes arceaux, tout est dimensionné pour la planche. Donc en fait on a peut-

    être cette charge.

    Lennan Bate: Mentale et cette rapidité d'action lorsqu'on veut changer de culture ou

    enchaîner des cultures. Est-ce que tu peux expliquer pourquoi est-ce.

    Sylvain Coudert: Que cette standardisation est vraiment au cœur de l'efficacité du

    travail ? Le fait d'être standardisé, on ne va pas s'éparpiller dans le matériel, prenons

    déjà rien que le matériel. Aujourd'hui, on utilise du coup de goutte, de l'aspersion, de la

    micro-aspersion. Donc quand tu as des lignes de coup de goutte, si tu as des planches

    de 20 mètres, de 18 mètres, de 42 mètres, un système différent, des fois tu es en

    planche, des fois tu n'es pas en planche, tu vas avoir un attirail et une panoplie de

    différents tuyaux qui va falloir si t'es bien organisé tu vas peut-être pouvoir avoir

    différents trucs mais le fait d'avoir tout pareil donc moi tout Fevermat je sais que

    n'importe quel goutte à goutte que je vais prendre il va pouvoir être déplacé dans

    n'importe quelle partie de mon champ et là j'ai pris que l'exemple du goutte à goutte çava être pareil pour mes filets anti-insectes, ça va être pareil pour mes filets thermiques,

    pour le nombre d'arceaux, je sais que moi une planche c'est 15 arceaux, c'est pas 12,

    c'est pas 14, c'est pas 28, et ça sera toujours pareil, donc t'as deux planches c'est 30,

    t'en as 4 c'est 60, c'est toujours, cette base c'est la planche. Donc ça c'est pour la

    partie matérielle, donc ça déjà rien que ça, ceux qui connaissent le maraîchage et

    quand ils vont dans leur hangar chercher un filet, t'arrives sur tes planches et tu dis ah

    mais non il est trop long, ah mais non il est trop court, et qu'est-ce que ça fait, qui vont

    être attaqués potentiellement par les insectes, donc qui vont être perdus. Ça, sur un

    modèle biotensif, ça ne peut pas exister en fait, parce que tu sais que toutes tes

    planches sont pareilles, que tous tes filets sont faits pour ça. Donc ça, c'est dans la

    gestion matérielle, et puis après dans la gestion des fertilisants aussi, on va avoir cette

    logique-là pareil. On sait que pour une planche de salade, c'est tant de kilos par

    planche, et en fait on va avoir des sodoseurs avec tel ou tel fertilisant, ça va nous

    permettre aussi de déléguer facilement, c'est-à-dire que je peux déléguer un employé,

    un saisonnier qui est sur la ferme, voilà, t'as une planche de salade à préparer, il y a un

    listing quoi, c'est une bâche, c'est voilà, tant d'arceaux, tant de fertilisants pour cette

    culture-là.

    Lennan Bate: Donc ça.

    Sylvain Coudert: Ça va aussi beaucoup nous aider. Et puis dans la culture elle-même,

    c'est-à-dire que lorsque 40 salades. J'ai des standards comme ça pour toutes mes

    cultures. Ça simplifie la gestion au quotidien parce que maraîcher, c'est quand même

    un sacré boulot. Il y a vraiment beaucoup de choses à penser. Ça peut être très

    énergivore au niveau mental, au.

    Lennan Bate: Niveau organisation, gestion. Et d'avoir ces outils-là, cettestandardisation, ça simplifie, ça clarifie les choses. Ouais, quand on regarde, quand on

    analyse un petit peu 10 minutes par jour à chercher des tuyaux, à voir que ça, ça

    compte, c'est pas le bon, etc.

    Sylvain Coudert: 10 minutes par jour sur l'année, c'est un mois entier de temps plein de

    travail. Ouais.

    Lennan Bate: J'Ai pas fait ce calcul, mais c'est énorme. Mais c'est ça, ça va très vite.

    Donc, tu parles de la diversification, notamment des cultures. À quoi ça ressemble ?

    Explique nous ce.

    Sylvain Coudert: Que tu fais, comment tu fais les choix de diversification et des

    légumes que tu cultives ? Au niveau des légumes, c'est important. J'ai fait le choix dès

    les premières années d'avoir une gamme de 45, je crois que je montais presque à 50

    légumes différents, donc avec des choses un peu exotiques parfois. C'est quelque

    chose que je conseille toujours, de vraiment commencer avec beaucoup de cultures

    différentes, d'être hyper diversifié. Ça permet d'apporter une offre large et ça a cet

    intérêt quand tu commences le maraîchage, et que tu as un petit noyau de personnes

    d'offrir vraiment un éventail de légumes et dans la saisonnalité. Il faut savoir que quand

    même le maraîchage biointensif c'est fait pour de la vente directe sur les marchés,

    banlieues, etc. Et c'est toujours bon d'avoir quand même une diversité sur son stand et

    d'avoir comme ça 30-50 légumes différents. Par contre, il va y avoir des choix au b***

    d'un moment et rapidement il va falloir aller se diriger aussi vers les cultures qu'on va

    parler à fort potentiel, à haut rendement, pour laisser de côté peut-être des cultures

    qu'on est moins efficaces sans but intensif. Il y en a 2 ou 3 qui passent par l'esprit, la

    pomme de terre par exemple, le poireau, l'eau de garde, ce sont des cultures qui ne

    sont pas forcément qui sont demandés sur le marché, mais qui finalement rapportés aumètre carré cultivé sur nos petites surfaces ne sont pas intéressants. Donc je vais

    toujours avoir dans mes planifications, d'une année sur l'autre, un regard sur mes

    cultures à fort potentiel. Et je peux avoir comme ça une dizaine de cultures phares, je

    peux t'en citer carottes potes, oignons potes, courgettes, du mesclun, de la salade par

    exemple. à la plus forte rentabilité sur ma ferme. Donc ça, je ne veux pas faire

    l'impasse. Par contre, si je vois que sur une planche, je n'ai pas la place, de faire un

    légume secondaire type célérira ou quelque chose qui va être plutôt secondaire mais

    non je priorise toujours mes top 10 de légumes. Donc il y a aussi cette vision dans le

    maraîchage biointensif où on va privilégier les cultures à fort rendement et d'ailleurs on

    dirait que si on allait jusqu'à l'extrême où on va vers ce qu'on appelle urban farming les

    sélections de cultures à cycles très très courts. Alors c'est pas mon cas parce que je

    pourrais pas déjà, parce que je suis pas dans un milieu urbain, je suis à la campagne

    et dans mon marché il n'y aurait pas ce potentiel de vendre que des pousses

    d'épinards et du tatsoi, mais voilà.

    Lennan Bate: On a quand même ce regard-là sur quelle culture on doit faire, c'est vrai

    que c'est important. On entend que tu fais l'impasse sur certains légumes, donc

    comment.

    Sylvain Coudert: Est-Ce que tu choisis les légumes que tu cultives et ceux que tu ne

    cultives pas ? Le choix, il est quand même économique. C'est ce que.

    Lennan Bate: Je disais, le fait d'avoir un légume.

    Sylvain Coudert: Qui va être plus rentable l'un par rapport à l'autre, ça, ça va être tu fais

    pour t'en rendre compte et le voir ? On le calcule. On le calcule le rendement au mètre

    carré d'une pomme de terre de garde par rapport à un rendement au mètre carré d'unesalade. Je fais un comparatif. Alors pour aller au b*** des choses, il faudrait prendre le

    temps de travail, etc. C'est quelque chose qui n'est pas toujours facile sur des micro-

    fermes d'imputer si on pense aux pommes de terre, aux poireaux, qui sont pour moi

    des cultures qui ne sont pas très rentables, c'est le volume. C'est qu'on a un problème,

    en fait, c'est que c'est des légumes qui vont être hyper consommés à l'automne. Si je

    voulais produire pour ma clientèle, moi, je n'ai pas le nombre exact, mais par semaine,

    je dois avoir à peu près 200 clients. Si je voulais produire du poireau pour 200 clients

    pour leur soupe d'automne ou d'hiver, il me faudrait la moitié de mon jardin. Donc, ce

    n'est pas Je vais en faire, j'en ai fait pendant longtemps, d'ailleurs cette année je n'en ai

    pas assez, je ne fais plus de poireau d'automne, j'ai complètement arrêté. Je

    m'amusais, parce que c'était vraiment ça, je m'amusais à faire trois planches, mais trois

    planches en trois semaines, je n'avais plus de poireau. Donc je ne peux pas offrir du

    poireau à mes clientèles pendant trois mois d'hiver, ce n'est pas possible, ça ne

    fonctionnerait pas dans mon modèle Biointensive. Donc il y a aussi ce choix-là.

    Lennan Bate: Qui est fait, est-ce qu'il y a un intérêt à fournir trois semaines du

    poireau ? Ce n'est pas certain. Moi, c'est vrai que mon esprit fonctionne comme ça et

    c'est vrai que j'ai pu beaucoup analyser chaque légume à réfléchir quels étaient les

    facteurs limitants au maraîchage. C'était le temps de travail, le temps d'occupation de la

    planche, que j'appelais un peu le loyer et donc le loyer changeait selon la saison. Et

    puis la surface, le rendement au mètre carré. Et en fait, quand on regarde chacun de

    ces éléments, c'est assez hallucinant de se rendre compte de certains légumes, de la

    rentabilité de certains, qu'en fait d'autres qu'on pensait très rentables le sont beaucoup

    moins rapportés au temps de travail. Et à partir de ça, on peut sélectionner et se dire

    en fait, non, j'arrête de faire ce légume là, ou bien carrément. Plutôt que de se dire que

    le prix de mes légumes est celui du voisin, de savoir réellement quel est le prix de mon

    légume. Parce que moi, dans mon contexte, ça me coûte tant de produire ça, doncc'est ça mon prix. Et ça, c'est rarement quelque chose qui est fait. Je vois beaucoup de

    maraîchers me dire que j'ai des navets parce qu'en hiver, les gens font un poteau-feu,

    donc si j'ai des carottes et des poireaux, il faut bien que je leur offre des navets. Bah

    non parce que potentiellement tes carottes elles payent pour tes navets et ainsi de

    suite.

    Sylvain Coudert: Et c'est là où on se retrouve à s'esclavagiser dans un système où on

    fait tout parce qu'il faut bien. Oui, je suis entièrement d'accord avec toi. C'est pour ça

    que j'ai des cultures que je ne fais plus. Et comme tu dis, c'est hallucinant des fois les

    rentabilités au mètre carré de certaines cultures par rapport à d'autres. J'en ai deux à

    l'esprit. Je pense par exemple aux brocolis. Et au Pak Choy, c'est assez dingue. Le

    brocoli sur une plage de 20 mètres de long, ça a peut-être apporté au meilleur des cas

    200 euros, peut-être les meilleures années. Je suis vraiment généreux. Alors qu'un Pak

    Choy sur la même surface, ça va être plutôt autour de 1500. Donc on est sur des

    choses qui n'ont rien à voir avec un cycle plus court en plus pour le Pak Choy. là, est-ce

    qu'il faut du brocoli sur un stand ? Non, ce n'est pas sûr. Surtout si tu ne proposes pas

    de pâques chorizo, c'est vraiment dommage parce qu'avec un tiers de planche, il te fait

    ton brocoli. Mais oui, les gens veulent manger du brocoli.

    Lennan Bate: Et ce n'est pas grave.

    Sylvain Coudert: En fait. Ça aussi, c'est quelque chose que parfois on oublie que ce

    n'est pas grave de ne pas tout avoir. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas de brocoli ou pas

    de pommes de terre ou pas de poireaux dans mon cas que je n'ai pas mes clients. Les

    clients qu'on a, Dans mon marché, ils papillonnent et ils sont là pour ça, donc ils vont

    chez des collègues. Ce n'est pas mes concurrents, c'est des collègues. Ils vont

    chercher ailleurs. J'ai des collègues qui font très bien de la pomme de terre surplusieurs hectares, etc. Et c'est très bien. On ne produit pas tout. On ne produit pas de

    fruits. Il y.

    Lennan Bate: A plein de choses qu'on ne produit pas. Il ne faut pas avoir peur de ne

    pas avoir toute la gamme. Carrément. Et je pense que moi, souvent, quand je présente

    le jardin, je dis mais ce n'est pas le seul modèle de maraîchage qui existe et qui

    fonctionne. Au contraire, il y en a plein d'autres. Moi, ma sensibilité, elle est là-dessus.

    J'ai envie de pouvoir travailler tout à la main. J'aime faire ce genre de légumes. Mais

    voilà, il peut y avoir de l'attraction animale et c'est super. Et justement.

    Sylvain Coudert: Il va compléter une offre que moi, je ne serais pas capable d'offrir à

    une rentabilité qui serait viable pour moi. complètement aligné avec ça. Ce n'est pas le

    seul modèle, on est entièrement d'accord. C'est un des modèles. C'est vrai que c'est

    pareil, c'est le modèle qui m'aspire le plus et que j'ai embrassé depuis longtemps. Mais.

    Lennan Bate: Heureusement que ce n'est pas le seul, c'est sûr. Pour certaines cultures,

    il y.

    Sylvain Coudert: A des modèles plus efficaces, c'est évident. Selon toi, quelles seraient

    les qualités qu'il faudrait pour un jardinier maraîcher en biointensif ? c'est super

    organisé, d'avoir cette vision globale de la ferme, cette organisation, aimer cette

    gestion de culture, je crois que c'est là le nerf, la clé elle est un peu là, c'est aimer cette

    gestion, c'est vraiment avoir ce regard, cette organisation, de faire attention aux

    choses, au déplacement, tu parlais de 10 minutes et on perdait un mois par an de

    chercher des tuyaux, etc. Il faut avoir envie, moi je suis toujours dans un modèle

    d'amélioration, donc il faut avoir aussi, j'ai l'impression, cette mentalité de vouloir

    s'améliorer tout le temps, parce qu'on ne peut pas laisser des choses s'accumuler surles années, ça fait vraiment beaucoup d'heures de travail qui vont être au final, qui vont

    faire que toute la rentabilité globale du système. Et donc je crois qu'une des qualités,

    c'est peut-être avoir cette vision et cette organisation, Pour le maraîcher bio-intensif ou

    pas, je pense que c'est aussi d'aller voir des fermes, de se former. Comme je disais, j'ai

    fait électrotechnique, donc rien à voir. J'avais cette fibre pour le potager, parce que

    malgré mes études en électrotechnique, j'avais un potager. Je suis parti faire un BPRA

    pépiniériste, donc je n'étais pas encore dans le légume. de cultiver avec ce PPRA

    Pépiniéris, que je faisais en alternance. C'était ça qui était surtout le gros point fort,

    c'est que j'ai travaillé une semaine sur deux dans une entreprise où on cultivait. Je

    conseille toujours de se former au moins une saison, un an en PPRA, c'est d'après moi

    le minimum. C'est important, bien que l'apprentissage de la production peut se faire.

    J'ai des exemples autour de moi qui n'étaient pas producteurs de légumes, mais

    finalement ils ont fait un jardin biointensif, enfin ils sont maraîchers biointensifs, et ça a

    décollé direct. Mais parce qu'ils avaient vraiment cette philosophie entrepreneuriale,

    d'organisation, de planification, eux ils avaient vraiment par contre cette capacité

    végétales, mais ils avaient tout le reste. Et peut-être que finalement, il y en a un qui est

    plus important à voir. Peut-être cette fibre organisationnelle, entrepreneuriale où tu vois

    une gestion globale de ta ferme. C'est peut-être.

    Lennan Bate: Plus difficile, peut-être, à acquérir. Je ne sais pas. Alors que peut-être

    l'aspect culture, finalement, peut s'apprendre un peu sur le tas. Et donc, quand tu dis

    voir.

    Sylvain Coudert: Des fermes, quel type de ferme est-ce que tu as vu? Est-ce que tu as

    vu des choses inspirantes? Et c'est où? Moi, quand je me suis lancé maraîcher, j'étais

    membre de l'APABA. Enfin, je suis toujours à l'APABA. L'APABA, c'est notre Gab à

    Navéron. Et on avait la chance de pouvoir visiter les fermes, mais pas en bio-intensif. Iln'y en avait pas, en fait, à l'époque. Donc, vraiment, c'était juste voir des maraîchers,

    discuter. Et vraiment, ça, c'est quelque chose que j'invite tout le temps à le faire. Et moi,

    je le fais encore. C'est oui, en pleine saison, mais ce n'est pas grave. Tu pars une demi-

    journée, tu pars une journée, voire trois jours de ta ferme et tu vas voir ailleurs ce qui

    se passe. Parfois, tu attends le 3ème jour pour juste avoir une information qui va te faire

    gagner des années. C'est pour moi important. Parfois, ce n'est pas assez fait par les

    jeunes maraîchers. Il faut vraiment aller voir ailleurs et dans d'autres fermes. Il y a des

    choses, tu vas peut-être le découvrir par toi-même, sauf que si on te le dit, tu vas

    gagner des années. Et ça, c'est important. Visiter des fermes dans les réseaux,

    localement, etc. Dès que tu as.

    Lennan Bate: L'Opportunité, j'ai toujours envie de dire, il faut y aller. Il ne faut pas avoir

    peur de quitter sa ferme, au contraire. Et alors ça c'est quelque chose dont on n'a pas

    encore parlé, mais est-ce que tu es d'accord pour partager un peu tes chiffres ? Quelle

    est ta rentabilité ? Comment ça se passe.

    Sylvain Coudert: Au niveau du chiffre d'affaires chez toi ? Et tout à l'heure tu parlais de

    deux unités à temps plein, comment est-ce que ça s'organise ? Oui, nous au niveau

    chiffre d'affaires, on va prendre l'an dernier, comme ça l'année elle était terminée, on

    était en 2024, on est à 90 000 euros de chiffre d'affaires. C'est des légumes produits

    sur la ferme, il n'y a pas d'achat-revente. C'est ce qu'on produit et ce qu'on vend en

    direct sur nos deux marchés. Et niveau personnel, je parle de deux UTH, deux

    équivalents de temps plein. Qu'est-ce que c'est ? C'est deux personnes qui en théorie

    travailleraient 35 heures toute l'année sauf 5 semaines de congés payés. Donc ça c'est

    la base. Sauf qu'en maraîchage ça c'est très difficile à faire parce qu'on a ce cycle

    justement où on a un pic d'activité d'avril jusqu'à septembre où on a un pic plus fort.

    Donc en fait ça fonctionne pas tout à fait comme ça, c'est-à-dire que ça c'est unéquivalent et nous on peut se retrouver à 3 personnes en même temps pendant la

    période hivernale. C'est l'équivalent de 2 ETP mais parfois on peut monter à plus que

    ça.

    Lennan Bate: Et à un moment donné où je vais être plutôt au repos et où là il y aura

    vraiment 0,1 ou.

    Sylvain Coudert: 0,2 ETP parfois sur certaines périodes. Du coup, vous faites un

    accordéon sur les saisons avec des moments où vous travaillez des horaires plus

    longs ? Alors oui, les horaires plus longs, pour moi, dans le sens où moi, je ne dépasse

    jamais 40 heures semaine. Ça, c'est vraiment dans les pics de production où je vais

    avoir avec le marché, avec le bureau, avec tout compris, c'est-à-dire que ce n'est pas

    que 40 heures au champ et loin de là. Ça, c'est vraiment les pics de production, donc

    avril-mai notamment, où là, c'est vraiment le moment phare de la saison. Avril-mai-juin,

    c'est C'est le moment où je conseille d'avoir de l'armée d'oeuvres en plus, car c'est le

    moment très critique où on a beaucoup de cultures chronophages à mettre en place. À

    cette période-là, j'ai quelqu'un qui est là sur la saison, plus des saisonniers. Ça va se

    faire avec les saisonniers, donc avec les gens qui travaillent, où justement l'ETP

    augmente et on va se retrouver à 3 ETP. Eux, ils vont être à 32 heures, moi à 40 par

    exemple. Et alors qu'au mois de mars, on va être que 2 et au mois de février, il n'y a

    personne par exemple. Là, on est à 0 ETP et janvier où je peux être tout seul, où je vais

    avoir juste une plantation. en première semaine janvier où là je vais être à 0,1 ETP ou

    0,2 ETP parce que j'aurais fait juste trois jours de plantation. Voilà comment c'est avec

    le personnel que ça se lisse et aussi avec mes heures de travail à moi qui vont être

    différentes suivant la saison. Mais jamais on n'a pas d'heure.

    Lennan Bate: Sup en fait, il n'y a pas.Sylvain Coudert: D'Heure sup, il n'y a pas de surcharge de travail, c'est juste on arrive

    au 40 heures à un moment donné. Et comment tu fais pour respecter ça ? te donne le

    secret, c'est qu'à 4h30, c'est terminé. C'est fait ou pas fait, c'est qu'on quitte le poste,

    limite on lâche la binette des mains. Je suis assez extrême sur les horaires, mais

    vraiment dans ce truc-là où le travail doit être fait. Si ce n'est pas fait, c'est qu'il y en

    avait trop pour la journée et on reporte le demain. Alors le fait de se mettre ces horaires

    là, ça fait quand même un gros avantage. Ces horaires sont vraiment arrivés aussi avec

    l'emploi de saisonniers. Ça m'a forcé à avoir des horaires plus stricts parce que c'est

    vrai que quand on est tout seul sur le ferme au départ, on peut un peu se laisser aller

    et se dire bon mais j'irai après manger, des choses comme ça. C'est quelque chose

    que j'ai fait un petit peu les premières années et je dis pas que les premières années

    d'installation, l'année 1, 2 voire 3, il peut y avoir cette surcharge de travail quand mais

    ça ne doit pas être une routine. moi c'est s'imposer des horaires et donc prioriser nos

    actions. On a toute une gestion au niveau des tâches à faire avec mon logiciel Brunel

    qui me dit ce que je dois faire mais aussi mon tour de fer de 10 minutes qui va me

    montrer mais voilà on doit faire ça ça ça ça on va avoir un tableau où on va mettre

    toutes les tâches de la semaine avec des priorités et voilà on avance tâche par tâche et

    le fait d'avoir un temps limité donc tu priorises tes actions voilà c'est Après, c'est vrai

    que ça fait quand même 12-13 ans que c'est comme ça, mais le fait d'avoir.

    Lennan Bate: Des horaires, ça se contraint, je pense, comme la surface en fait. On est

    contraint dans ses surfaces, on est contraint dans ses horaires, il faut que ça rentre. Et

    du coup, on devient créatif, plus efficace. Et ça, c'est.

    Sylvain Coudert: Effectivement sur les surfaces, mais aussi sur le temps. Quand on a

    un horaire où on doit s'a******, on y arrive. On fait le maximum pour finir à temps. C'est

    ça. C'est de la priorisation. Mais ça, c'est pas spécifique au maraîchage. On l'a vu dansplein de domaines, dans plein d'entreprises. Si tu me laisses huit heures et une

    personne pour une tâche ou tu me laisses quatre heures, au final, c'est peut-être Le

    gain qu'elle aura fait en.

    Lennan Bate: Quatre heures de plus, il est très faible finalement. C'est un peu aussi la

    loi de Pareto, 80-20 pour aller galier ces derniers pourcentages. Finalement, ce n'était

    pas important. Tout à l'heure, tu parlais de la fertilité, la ville qui nous ramenait de la

    fertilité de chez eux et en échange, en fait, nous, on leur redonne aussi de la fertilité à

    travers des nutriments. Est-ce.

    Sylvain Coudert: Que tu peux en parler ? Qu'est-ce qui se passe chez toi ? Quelles

    évolutions tu as pu voir au niveau du sol ? Et puis aussi peut-être la qualité des

    légumes ? que je disais, le compost de déchets verts qui est fait à quelques kilomètres

    de chez moi, ça a tout changé. Au niveau du sol, c'est quand même assez fou. Il n'y a

    même pas une heure, j'étais encore là en train de grattouiller le plat, je me dis c'est fou

    ce sol alors que ce n'était pas du tout comme ça il y a 5-6 ans. Cet apport massif entre

    guillemets de matières organiques où on va apporter les premières années.

    Aujourd'hui, on en met moins. Mais vu qu'on ne retourne pas, on n'est pas dans un

    système de labo, on n'est pas dans un système mécanisé, donc on travaille vraiment

    juste en surface. Cette matière organique, elle est là, elle est toujours présente, elle est

    là en surface. Et on va avoir cet horizon-là de 10-15 cm qui est un amas plein de terre

    et de compost qui est complètement différent de mon sous-sol qui, lui, était quand

    même très clair, très hydromorphe, battant. Et là, on se retrouve avec plus simple à

    travailler, plus sombre, qui se réchauffe plus vite, des levées de semis plus belles, et

    puis des cultures derrière qui répondent. C'est vraiment une force, et ça aussi c'est un

    point qu'il ne faut pas mettre de côté, sur nos petits modèles on peut.Lennan Bate: Justement le faire, donc il faut se.

    Sylvain Coudert: Servir de cet atout là, c'est beaucoup et là il y a d'autres techniques et

    peut-être d'autres modèles à inventer qui existent d'ailleurs pour ça quoi. Et vous faites

    des analyses de sol ? Il faudrait que j'en refasse une, parce que j'en fais une tous les 4

    ans à peu près, et il est temps en 2026 de refaire une pour voir l'évolution. J'en avais

    fait une au départ, juste avant le 1er travail de sol, on a des taux de moitié organique

    qui ont fait x3, x4, une stabilisation de calcaire, etc. En 3-4 ans, tu vois l'évolution. C'est

    une évolution plutôt de surface. Je n'ai pas changé la nature.

    Lennan Bate: De mon sol sur un mètre de.

    Sylvain Coudert: Profondeur, mais ça m'est égal. Ce n'est pas là que ça se passe. C'est

    vraiment au niveau de la surface que ça se joue pour les légumes. Vous êtes à

    combien de taux de matière organique ? On avait 1,5 à peu près de matière organique.

    Et là, on doit être à 4, 5, quelque chose comme ça. C'est des sols avec 15% d'argile,

    plutôt limon.

    Lennan Bate: Hydromorphes, qui retiennent beaucoup l'eau pendant l'hiver, le

    printemps. Des limons qui ne sont pas drainants, ce n'est pas des limons.

    Sylvain Coudert: De rivière. C'est vraiment des limons qui peuvent prendre un bloc,

    justement, avec l'humidité. Alors ça, c'est un truc que je ne t'ai pas demandé, mais

    vous cultivez combien de mois par an ? Au niveau de la commercialisation, c'est avril,

    fin décembre. Ça peut bouger. On a fait plus.

    Lennan Bate: Mais c'est plutôt tendance à se rétracter en ce moment, à finir un peuplus tôt. Donc tu as quand même des plantations en janvier sous serre, puis des

    dernières plantations en septembre à peu près. Alors toi, tu fais de la formation et si

    quelqu'un voulait s'installer, qu'est-ce que tu conseillerais ? Quelle est la meilleure.

    Sylvain Coudert: Façon pour justement gagner du temps, de l'argent aussi, parce que

    les erreurs, ça coûte cher au dos et en énergie, mais aussi en argent. Donc, qu'est-ce

    que tu conseillerais de faire ? Comment est-ce qu'on s'installe efficacement ? de faire

    un BPRA, je trouve que c'est quand même une porte d'entrée dans ce monde-là,

    surtout lorsqu'on est non issu du milieu agricole, ça va nous permettre de rencontrer

    aussi d'autres personnes dans les mêmes situations, d'échanger aussi avec des

    potentiels futurs maraîchers.

    Lennan Bate: Etc.

    Sylvain Coudert: D'avoir une première approche du végétal qui pour moi est

    importante. Moi j'ai fait un BTS1 aussi en horticulture et je trouve que d'avoir quand

    même quelques notions d'agronomie sans parler d'être agronome, je trouve que le

    BPRA Ensuite, dans l'idéal, tu peux faire une saison chez un maraîcher. Et là, j'ai envie

    de dire, peu importe le modèle, plutôt un maraîcher performant qui envoie du légume.

    Je ne sais pas si c'est très clair, mais ce n'est pas forcément le modèle, le petit

    maraîcher qui va s'installer. Ça peut être un conventionnel, même si tu veux faire du bio

    plus tard, etc. Mais quelqu'un, voilà, une entreprise où ça produit du légume, où là, tu

    vas avoir du palissage, tu vas avoir de l'exercice, tu vas avoir plus Et puis après, si tu

    fais un modèle bio-intensif, j'ai envie de dire, il vaut mieux que tu fasses ma formation,

    tu vas gagner quand même, pas mal d'années. Nous, on a formé, je ne sais pas, plus

    de 300 personnes aujourd'hui et voilà, on a vraiment un taux de satisfaction qui est

    énorme. Mais je mets aussi en garde parce que je ne vais pas dire, voilà, tu fais maformation et tu t'installes, c'est faux, ce n'est pas vrai. Aujourd'hui, je ne conçois pas

    qu'on puisse juste faire une formation en ligne et s'installer maraîcher, c'est un peu

    risqué. Mais c'est vrai que si on fait la formation par micro-ferme, on va donner toutes

    les clés, les plannings, les idées de culture, etc. Tout ça, c'est des choses que nous, on

    a étudiées On a vraiment pris le temps de tout quantifier au.

    Lennan Bate: Niveau de la liste du matériel, des semences, etc. Donc c'est vrai que ça

    te permet quand.

    Sylvain Coudert: Même d'avoir un bagage clé en main de ton installation, mais ça

    n'empêche pas de faire quand même le reste en amont. Si tu devais revenir dix ans en

    arrière et te donner un conseil, qu'est-ce que ce serait ? et ça c'est pas grave, j'ai

    changé de ferme, mais mon conseil ça serait, et c'est toujours un peu le même que je

    donne, de ne pas sous-investir, et pourtant c'est des modèles qui ne demandent pas un

    gros investissement, c'est-à-dire que c'est important d'avoir vraiment le matériel dès le

    début, moi la grosse erreur que j'ai faite c'était de ne pas avoir assez de serre il y a 10

    ans, c'était vraiment le manque de serre, ça a été un point Le choix du lieu, rien ne

    nous empêche.

    Lennan Bate: De changer, c'est ce que j'ai fait. J'ai eu la chance d'avoir un lieu qu'on

    m'a prêté, qui n'était pas un lieu idéal, mais ça m'a permis de m'installer. Mais faire

    attention au choix du lieu, cet accès à l'eau. Je me souviens d'avoir entendu dire un

    truc qui m'avait bien plu et bien parlé. Tu faisais cette métaphore sur un restaurant qui

    n'allait pas ouvrir.

    Sylvain Coudert: Ses portes au public avant d'avoir fini sa cuisine, sa salle à manger,

    etc. Et que pourtant, en maraîchage, que deux fois, on le faisait. On n'avait pas fini depréparer son midi de travail et qu'on commençait à travailler. Ouais, c'est clair qu'on

    l'est. on est très particulier les maraîchers. Je me rappelle quand j'ai dit ça, c'est

    lorsqu'on dit la première année d'installation, est-ce qu'on doit, ça c'est sur la première

    année d'installation, c'est ce que je conseille aujourd'hui, c'est que la première année

    tu t'installes, tu mets tout en place et c'est vrai que c'est un conseil que j'aurais bien

    aimé aussi avoir lorsque je me suis installé mais ça c'était il y a 13-14 Mais oui, j'aurais

    dû juste prendre le temps de m'installer avant de vendre des légumes sur les marchés.

    Et j'ai des exemples autour de moi qui ont fait la formation et qui ont justement fait ça,

    de prendre le temps de s'installer. Et c'est juste incroyable. Du coup, l'année 1 de

    commercialisation ou l'année 2 d'installation, on va dire, où de suite, ils sont à 30 000.

    Lennan Bate: Euros de chiffre d'affaires et c'est parti. Ça va très, très vite par rapport à

    ce que moi, j'ai pu faire il y a 14 ans. Oui, c'est sûr que la première année, on ne.

    Sylvain Coudert: Devrait pas ouvrir nos portes. Pour honorer un podcasteur américain

    qui s'appelle Chris Blanchard, qui est mort maintenant, il posait cette question souvent

    à la fin qui était, c'est quoi ton outil favori ? Et j'ai envie de te la poser. Le premier truc

    qui m'est venu, et pourtant ce n'est pas pour lui faire de la pub, mais le premier mot qui

    m'est venu, c'est Bridgen. C'est l'outil de planification, sans citer de marque, mais je

    crois que c'est l'outil qui a quand même fait, vu qu'il est américain, un game changer.

    C'est l'outil qui a fait passer peut-être ma ferme à un autre stade.

    Lennan Bate: Lorsque je suis passé de mon Excel qui était pourtant Costaud, on avait

    vraiment peaufiné le truc avec des collègues et.

    Sylvain Coudert: Tout, mais quand même, de ne passer un dossier de planification, ça

    m'a fait un vrai changement sur la ferme. Alors, est-ce qu'il y a une chose que tutrouves difficile à entendre pour la plupart des agriculteurs et des agricultrices ? Il y a

    l'éthique qui rentre beaucoup, je trouve, dans le maraîchage. C'est important d'avoir

    l'éthique, c'est pas le truc. Mais il y a un gros mot, tu vois, quand on parle de rentabilité,

    de gagner de l'argent, etc. Il y a quand même parfois un blocage à ce niveau-là. Et je

    trouve que c'est dommage de ne pas pouvoir vraiment plus ouvrir ça au niveau des

    agriculteurs. Et je peux, je conçois et je comprends qu'on n'ait pas besoin de gagner 2

    000, 3 000 et qu'on peut gagner 500 euros par an et c'est très bien. Mais pour moi, ce

    n'est pas un modèle qu'on peut promouvoir. En tout cas, je ne vois pas comment on

    peut donner envie à des nouvelles générations de venir à la ferme se réinstaller

    agriculteur, se dire tu vas déjà travailler pendant trois ans assez fort et puis après tu

    vas continuer à travailler fort et gagner 500 euros, ben non c'est pas possible tu vois.

    Donc c'est cet aspect travail, finances et oui on a un modèle économique et moi je le

    défends et ouais il faut que je fasse des cultures rentables et je défends donc ce côté

    là, aspect entrepreneurial entre guillemets quoi parce que on est loin d'être dans une

    mutande nationale. C'est vraiment des toutes petites entreprises, mais c'est quelque

    chose qui manque, je trouve, au maraîchage. Et on le voit, et c'est dommage, parce

    que des fois, c'est pas grand-chose, en fait. C'est des petits caps à passer, et

    finalement, derrière.

    Lennan Bate: Ça fait toute la différence, et ça nous permet d'être encore maraîchers au

    b*** de 15 ans, et dire, ben, ça va, tu vois. Ça roule, et on continue comme ça. Alors

    que... Ce n'est pas toujours le cas, malheureusement, en maraîchage. Oui, parce que

    l'attractivité du secteur agricole, elle est aussi grandement due au fait de pouvoir en

    vivre. Et je pense que les jeunes, ils ne sont pas c***. Ils n'ont pas envie de s'installer

    en maraîchage ou dans le milieu agricole parce que ça ne paye pas, parce que les

    parents ont dit toute leur.Sylvain Coudert: Vie, surtout ne fais pas comme moi, ne t'installe pas agriculteur parce

    que c'est pas rentable, parce que c'est difficile, parce que Il y a des fluctuations du prix

    du marché qui rendent ce choix de vie très compliqué, donc c'est normal. Oui, c'est

    assez normal et ça s'entend parce que c'est aussi une réalité d'une grosse partie des

    agriculteurs. Mais parce qu'on a aussi cette vision assez caricaturale des agriculteurs

    et qu'il y a peut-être d'autres modèles et d'autres façons de faire. Et voilà, moi, c'est ce

    que je crois à travers le modèle bioétensif. Il y a quand même peut-être des début du

    podcast, où ça va bien, où tu gagnes bien ta vie, et oui, il y a quand même d'autres

    façons de produire. Et moi, je trouve que le modèle biotensif, à travers toutes les

    fermes.

    Lennan Bate: Aujourd'Hui qui sont dans ce réseau-là, on le prouve. Les chiffres sont là,

    on les montre, on le dit, après on est entendu ou pas entendu, mais en.

    Sylvain Coudert: Tout cas, je trouve qu'il y a quand même une fenêtre dans cette

    direction. Est-ce que tu veux partager des liens, des réseaux, des ressources en

    particulier, peut-être notamment de tes formations, où les gens peuvent te contacter, te

    suivre ? Le gros, c'est les jardins de la Valette, lesjardinelavalette.com. Là-dessus, c'est

    un report story à peu près tout ce qu'on fait. Et là où on est très actif, c'est là où il y a

    aussi la plateforme de formation, c'est ce que j'appelle le cercle du maraîchage. Et là,

    on est plus de 1500 maraîchers à discuter. C'est gratuit. Tu tapes le cercle du

    maraîchage sur Internet et tu tombes dessus. Il.

    Lennan Bate: Suffit de s'inscrire. Et là, il y a tout un tas de maraîchers. C'est ouvert à

    tout type de.

    Sylvain Coudert: Maraîchage. Mais je vous avoue qu'il y a 80%.Lennan Bate: Ou 90% des conversations qui sont sur le bio-intensif. et puis le cercle du

    maraîchage. Super. Merci pour tout le travail que tu fais et les formations que tu donnes

    et l'inspiration. Merci Sylvain. Merci à toi. C'était cool de partager tout ça.

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