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L’esprit critique

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  • L’esprit critique

    INTEGRALE -EP 162 : Le théâtre de la justice

    22/2/2026 | 41 min
    Après sa pièce intitulée Léviathan portant sur les comparutions immédiates, qui a beaucoup tourné en 2025, la metteuse en scène Lorraine de Sagazan propose un nouveau spectacle émanant également de son regard posé sur des affaires judiciaires.
    Il s’intitule Chiens, était visible récemment aux Bouffes du Nord et, contrairement à Léviathan qui proposait une concaténation de différents récits judiciaires, il est centré sur l’affaire dite « French Bukkake », considérée comme le procès du porno et celui de l’exploitation sexuelle et du viol collectif, sous couvert de travail cinématographique et de réalisation d’une « œuvre de l’esprit », pour reprendre la défense du principal accusé dans le cadre d’un procès encore à venir, puisque la date des audiences n’a pas été fixée.
    Chiens part d’une réalité dans laquelle dix-sept personnes ont été renvoyées en 2023 devant la cour criminelle pour des faits de viol, viol en réunion, traite d’êtres humains et proxénétisme aggravé, mais où les qualifications de torture et d’acte de barbaries ont été rejetées.
    Dans la note d’intention qui accompagne le spectacle, Lorraine de Sagazan affirme : « Je souhaite affirmer l’essence performative d’une œuvre : non pas représenter mais agir. » Une exigence dont elle a fait le déterminant de son processus de création depuis que, pendant le confinement de 2020, elle a inauguré un nouveau protocole de travail en menant, dans les théâtres alors fermés, environ 300 entretiens. Ces derniers lui ont permis d’identifier des insuffisances et des manques du monde social, auxquels elle a tenté de « répondre » par des actes théâtraux.
    Cette démarche l’a conduite à enquêter au cœur de l’institution judiciaire, clé de voûte du schéma social et civique, frappée par le délabrement du service public et marquée, selon elle, « par un écart radical entre les valeurs de neutralité, d’impartialité, d’égalité et la réalité de ses effets ».
    Pour élaborer Chiens, Lorraine de Sagazan a rencontré plusieurs victimes, ainsi que des avocats et avocates des parties civiles, et assume d’avoir eu « l’opportunité rare de travailler sur des dossiers auxquels [elle a] accéd[é] en intégralité malgré le secret des sources ».
    Elle crée ainsi un spectacle éprouvant qui croise musique baroque et paroles barbares, dans un dispositif scénique où acteurs et musiciens réinterprètent des cantates de Bach, tandis que sur un écran de forme circulaire sont projetés les mots et une vidéo de ceux qui ont commis ces crimes. Acteurs et musiciens se déplacent sur une scène occupée par des amas de tissus en apparence pris dans l’eau et en réalité dans une forme de gélatine, dans un décor qui peut évoquer aussi bien une décharge qu’une scène post-apocalyptique.
    Quand on entre, sur les murs du théâtre des Bouffes du Nord, avant que n’y soient projetées les paroles des chants baroques, est inscrit un avertissement disant : « Ce spectacle contient des descriptions de violences sexuelles, d’exploitations et d’humiliations racistes et sexistes. » On nous invite ainsi « à prendre soin de nous » et « à nous sentir libre de quitter la salle à tout moment ».
    On partira de cette proposition pour questionner plus largement le travail scénique de Lorraine de Sagazan sur la justice, et le mettre en perspective dans un moment où la forme du procès et la forme théâtrale se croisent de plus en plus souvent, et où les arts de la scène s’emparent de matériaux judiciaires.
    Que l’on pense au procès Pelicot donné au dernier Festival d’Avignon par Milo Rau et Servane Dècle, synthétisé dans un livre qui paraît ces jours-ci chez Flammarion ; à la proposition d’Olivier Coulon-Jablonka et Sima Khatami intitulée Non-lieu à partir de l’affaire Rémi Fraisse, présentée au dernier festival d’Automne, ou encore à Notre procès, de Béatrice Hamidi et Gaëlle Marti, pièce dans laquelle les spectateurs et spectatrices deviennent juré·es d’un procès fictif intenté au poète André Chénier, revenu pour l’occasion d’entre les morts.
    Avec :
    Zineb Soulaimani, que vous pouvez lire dans Le Quotidien de l’art et dont vous pouvez aussi écouter le podcast « Le Beau Bizarre » ;
    Caroline Châtelet, qui écrit pour ScèneWeb et les trimestriels Théâtre, Novo et Jeux ;
    Vincent Bouquet, dont vous pouvez retrouver la plume sur ScèneWeb.
    « L’esprit critique » est un podcast enregistré aujourd’hui par Corentin Dubois et réalisé par Etienne Bottini.

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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    PARTIE 1 -EP161, autour du film "Send Help" de Sam Raimi

    15/2/2026 | 14 min
    Send Help est le titre du nouveau film du réalisateur Sam Raimi, révélé au début des années 1980 avec Evil Dead puis rendu célèbre avec sa trilogie des Spider-Man, un cinéaste oscillant entre les exigences et les codes d’Hollywood et une veine plus singulière marquée par des longs-métrages comme Drag me to Hell, ou Jusqu’en enfer en bon français.
    Dans ce long-métrage, qui mélange avec jubilation les genres du gore, de la comédie noire, de la comédie romantique, de la satire et du film de naufragés, les acteurices Dylan O’Brien et Rachel McAdams se retrouvent sur une île déserte du golfe de Thaïlande après le crash de l’avion privé qui devait les transporter à Bangkok. Le premier, Bradley Prestion, vient d’hériter, après la mort de son père, d’une importante entreprise de conseils qu’il gère avec arrogance. La seconde, Linda Liddle, employée douée de cette entreprise, espérait se voit promue par le père, mais s’est vu préférer le camarade de golf et d’études du fils. Cependant, cette adepte des techniques survivalistes est beaucoup plus apte à affronter la réalité d’une île hostile que celui qui, bien que blessé et impuissant, à tendance à se considérer toujours comme son chef, même si le film promet un certain nombre de rebondissements dans la relation d’amour-haine qu’entretiennent les deux personnages.

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    INTEGRALE -EP161, autour des films "Send Help" de Sam Raimi, "Aucun autre choix" de Park Chan-Wook et "The Mastermind" de Kelly Reichardt

    15/2/2026 | 42 min
    Deux films-fables sanguinolents, mêlant les genres et les registres, sur les méfaits du capitalisme et de la concurrence entre employés, et un long-métrage revisitant et détournant les codes et les rythmes du film de braquage.
    On évoque aujourd’hui dans « L’esprit critique » le nouveau film de Sam Raimi, intitulé Send Help qui plonge un jeune PDG arrogant et son employée mal à l’aise en société mais douée en maths et survivalisme dans le huis-clos d’une île déserte après un accident d’avion. Puis, dans un tout autre univers mais avec une thématique et une volonté de mêler comédie et noirceur relativement proche, la proposition du coréen Park Chan-Wook titré Aucun autre choix. Et enfin, on revient sur le nouveau long-métrage de l’américaine Kelly Reichardt, The Mastermind, titre ironique pour désigner le vol plus chaotique que stratégique de quatre tableaux dans un musée du Massachussetts au début des années 1970.
    Avec :
    • Occitane Lacurie, membre du comité de rédaction de la revue de cinéma Débordements, et de la revue de cinéma décolonial Emitai.
    • Alice Leroy, qui écrit dans les Cahiers du cinéma
    • Raphaël Nieuwjaer, qui écrit aussi aux Cahiers du Cinéma, ainsi que pour la revue Études

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    PARTIE 2 -EP161, autour du film de Park Chan-wook, "Aucun autre choix"

    15/2/2026 | 13 min
    Aucun autre choix est le titre du nouveau long-métrage du coréen Park Chan-wook, réalisateur notamment de Old Boy, film où la vengeance était un plat qui se mangeait glacé, ou de Decision to leave, récompensé par le prix de la mise en scène à Cannes voilà quelques années.
    Dans ce film à la fois comédie, critique social et thriller, inspiré d’un polar américain à succès d’ailleurs déjà adapté au cinéma il y a 20 ans au cinéma par Costa Gavras, un père de famille licencié après le rachat de son entreprise de papeterie décide d’éliminer physiquement ses concurrents potentiels pour un poste dans une autre papeterie.
    Incarné par Lee Byung Hul, star du cinéma coréen et visage du méchant dans la série Squid Games, le personnage principal passe ainsi du statut d’homme comblé par sa vie professionnelle, personnelle et matérielle à meurtrier prêt à tout pour sauver sa jolie maison, les cours de violoncelle de sa fille surdouée et l’abonnement Netflix de la maisonnée.

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    PARTIE 3 -EP161, autour du film de Kelly Reichardt, "The Mastermind"

    15/2/2026 | 13 min
    Après avoir détourné les codes du western dans son film First Cow, la cinéaste Kelly Reichardt revient avec un long-métrage qui revisite le film de braquage. Intitulé, The Mastermind, le nouvel opus de la réalisatrice met en scène, au début des années 1970, un braquage dans le musée de la petite ville de Framingham dans le Massachusetts.
    Écho à un véritable braquage qui eut lieu en mai 1972 dans le musée de Worcester, près de Boston, où furent dérobés deux Gauguin, un Picasso et un Rembrandt, les ravisseurs s’emparent dans le film de quatre tableaux plus modestes, réalisés par Arthur Dove ‘né en 1880 et mort 1946), considéré comme le premier peintre abstrait aux États-Unis.
    The Mastermind est un titre ironique, puisque l’initiateur du cambriolage joué par Josh O-Connor – menuisier au chômage fils d’un juge de la ville - n’a pas grand-chose d’un cerveau génial et que sa fuite dans une Amérique marquée par les mouvements de protestation contre la guerre du Vietnam est à l’image du braquage : sans gloire ni issue.

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À propos de L’esprit critique

Cinéma, littérature, spectacles, expos : chaque semaine, L’esprit critique, c’est le nouveau podcast proposé par Mediapart pour inciser l’actualité culturelle, renouveler les voix qui débattent des œuvres et rendre compte des débats esthétiques et politiques qui traversent ce qu’on nous donne à lire ou à voir.Hébergé par Audiomeans.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Generated: 2/23/2026 - 3:34:53 AM