L’Institut Giacometti à Paris présente une exposition consacrée à l’artiste Huma Bhabha, née à Karachi au Pakistan au début des années 1960 avant de s’installer aux Etats-Unis, dont les œuvres sont confrontées au célèbre sculpteur suisse. L’artiste pakistano-américaine a conçu spécialement la plupart de ses pièces qui tout à la fois se fondent et dénotent au milieu des œuvres de Giacometti, avec des effets de trouble et de ressemblance.
Entre hommage et humour, l’exposition s’intitule « Dénoue, boucle à boucle, les cheveux d’une idole avant que tes articulations se détachent… » Un titre emprunté à un vers du poète persan Omar Khayyam, qui entend saisir autant la précision du travail des artistes que le refus qu’ils partagent d’une figuration littérale qui les pousse à représenter des corps étirés, démembrés parcellisés.
Pour les deux artistes, les corps et le visage humains sont les sujets essentiels, et le travail d’Huma Bhabha, qui pratique autant la sculpture, la peinture, la photographie que le collage voisine donc avec des Giacometti : sculptures, dessins et photographies…
L’exposition met ainsi en parallèle la célèbre sculpture de Giacometti, L’homme qui marche, datant de 1960, avec une pièce de Bhabba intitulée Magic Carpet, faite d’un simple tapis sur lequel est posé une paire de jambes en mousse rose, chaussées de véritables bottes de caoutchouc.
Autre exemple, face à la Jambe du sculpteur Suisse, Huma Bhabha éparpille au sol un corps en morceaux — une tête, des jambes et de petits bouts d’argile cuits — réalisé lors d’une résidence au Mexique (Untitled, 2022), créant à la fois rapprochement et distance, soulignée par le fait que Giacometti travaille avec des matériaux nobles et classiques, tandis que la plasticienne crée principalement des installations faites d’os, de polystyrène de liège, d’argile, de plâtre de fil de fer, travaillant avec des matériaux disparates.
Dans une pièce à part - le cabinet graphique - on découvre un autre fil permettant de relier les deux artistes, passant l’image en mouvement, puisque Huma Bhabha qualifie Giacometti de « post-cinéma » au sens où son travail et sa perspective seraient imprégnés d’une esthétique cinématographique. On voit ici des planches contacts inédites d’Ernst Scheidegger, où les sculptures de Giacometti sont photographiées en extérieur un peu comme des storyboards de cinéma en les confrontant avec des sculptures de Bhabha photographiées comme des scènes de cinéma.
Le commissariat de l’exposition est signé Émilie Bouvard qui évoque moins un dialogue historique qu’un « compagnonnage sensible » entre les deux artistes.
Le dialogue entre Alberto Giacometti et Huma Bhabba, organisé par l’institut Giacometti à Paris est visible depuis le 6 février dernier et jusqu’au 24 mai prochain.
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