
Le pays dont tu as marché la terre, de Daniel Bourrion
02/1/2026 | 14 min
Dans ce roman en forme d’hommage, l’auteur revient sur la mort d’un camarade d’enfance resté toute sa vie dans son village lorrain. Il tente de comprendre comment ce garçon discret, presque invisible, a glissé « vers une absence progressive avant que d’être permanente », disparaissant hors du monde sans que personne ne s’en rende vraiment compte. Leur amitié, née dans cette campagne, s’est diluée quand leurs routes se sont séparées, « chacun sur sa voie, sans croisements ». Ce livre retrace leur parcours, interroge ce qui pousse certains à s’effacer quand d’autres parviennent à s’en sortir. Avec une langue sensible, Daniel Bourrion reconstitue le souvenir d’un homme que tout semblait condamner au silence et à l’oubli. Un livre dense, émouvant, sur l’amitié et la mémoire.Le pays dont tu as marché la terre, Daniel Bourrion, Éditions Héloïse d’Ormesson, 2025

Les forces, de Laura Vazquez
19/12/2025 | 14 min
Les Forces décrit le parcours intiatique d’une jeune femme en quête de liberté dans un monde saturé de contraintes à la fois physiques, sociales, économiques, où chaque pas, chaque lieu (d’un bar lesbien à une maison des mort·es en passant par un immeuble abritant des sectes qui inventent de nouveaux systèmes de croyances) devient une épreuve et une révélation. À travers des fragments tendus, d’une écriture dense, le texte explore dans un flux de pensées entre incantation et réflexion, les impasses du langage, l’illusion du libre-arbitre, les mascarades du quotidien et l’absurdité comique de certaines interactions sociales. Un texte poétique singulier, émaillé de citations venues d’horizons divers (Kierkegaard, Rousseau, Simone Veil, Grothendieck, Sophocle, Nietzsche, Louise Labé). Une langue brute, incandescente, qui interroge notre rapport à la liberté, à la parole et à la vérité.Les forces, Laura Vazquez, Les Éditions du sous-sol, 2025

Qui tombe des étoiles, de Julien d’Abrigeon
05/12/2025 | 15 min
À travers une mosaïque de destins réels (l’astronaute Christa McAuliffe, l’inventeur Adolphe Pégoud, le grimpeur Patrick Edlinger, le peintre Nicolas de Staël, l’escroc de la Silicon Valley, Elizabeth Holmes, la parapentiste Ewa Wiśnierska), le roman de Julien d’Abrigeon explore une même loi, celle de la gravité, physique et morale. Chacun s’élève avant de tomber. Par un montage rapide, presque cinématographique, l’auteur enchaîne ces chutes comme autant d’éclats d’un monde obsédé par la réussite. Le texte secoue, percute, interpelle. Derrière cette prose effervescente et jubilatoire, une réflexion se déploie. Que reste-t-il de nos rêves d’ascension, quand tout finit toujours par retomber ? Ce livre invente une forme libre et électrique, une chute en cascade.Qui tombe des étoiles, Julien d’Abrigeon, Le Quartanier, 2025

J’étais roi à Jérusalem, de Laura Ulonati
21/11/2025 | 14 min
Laura Ulonati redonne vie à Wasif Jawhariyyeh, musicien et chroniqueur palestinien du début du XXᵉ siècle, témoin des métamorphoses de Jérusalem. À travers sa voix, la romancière fait vibrer une cité où coexistaient juifs, musulmans, orthodoxes et chrétiens, avant qu’elle ne se fracture sous les coups de l’Histoire. Le roman mêle mémoire intime et destin collectif. Plus qu’un récit historique, ce roman à l’écriture lyrique et sensorielle, transforme le réel en chant, dans une alternance de tranches de vie du personnage central, et textes beaucoup plus courts, qui restituent la ville aujourd’hui. Ce livre est une célébration de l’Histoire de Jérusalem et de la Palestine, d’un passé que les tenants d’une mémoire sélective aimeraient effacer et que ce livre voudrait partager.

Salamalecs, d’Antonythasan Jesuthasan
07/11/2025 | 15 min
Ce roman, à double entrée, retrace le destin d’un homme, immigré tamoul, d’origine srilankaise, fracassé entre deux mondes : le Sri Lanka dévasté par la guerre civile et la France où il se réfugie mais où il peine à survivre. D’un côté, l’adolescence brisée par l’enrôlement forcé, les massacres et les disparitions. De l’autre, la survie précaire d’un réfugié sans papiers, enchaînant contrôles de police, petits boulots et humiliations, incapable de trouver sa place. Ce roman en miroir, fait ressentir de manière éblouissante la violence de l’histoire, la honte et l’aliénation de l’exil qui est également linguistique, reconstituant une vie où la guerre et l’errance se répondent sans fin.Salamalecs, Antonythasan Jesuthasan, traduit du tamoul (Sri Lanka) par Léticia Ibanez, Zulma, 2025



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