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Gregory Pouy
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    #391 L'indépendance énergétique est-elle sous nos pieds? Avec Pierre Brossolet

    21/04/2026 | 1 h 8 min
    Pierre Brosselet, ingénieur géologue et fondateur d'Arverne. Il a passé 25 ans à forer des puits pétroliers dans le monde entier, à marcher sur des pipelines, à voir de l'intérieur ce que l'industrie fossile fait réellement. Et puis il s'est retourné. Pas par idéalisme, mais parce qu'il a compris qu'on avait une solution sous nos pieds dont personne ne parlait.
    Son livre s'intitule d'ailleurs "La solution est peut-être sous nos pieds" et c'est précisément de ça qu'on parle dans cet épisode.
    Dans cet épisode, nous parlons de géothermie, de ce que c'est vraiment, de pourquoi cette énergie n'a jamais trouvé sa place dans le débat malgré ses vertus, et de ce qu'il faudrait pour changer ça. J'ai questionné Pierre sur les freins politiques, géopolitiques, économiques qui ont mis cette énergie à l'écart pendant des décennies. On parle aussi du lithium qu'on peut extraire de ces eaux chaudes souterraines, du paradoxe d'une France qui maîtrise parfaitement l'art du forage mais ne s'en sert pas pour elle-même, des pays qui ont fait ce choix en premier, de ce que ça coûte concrètement chez un particulier, et des risques réels, sans les minimiser.
    C'est un épisode plein de solutions concrètes. Et franchement, ça fait du bien.
    3. Citations marquantes
    1. "Le plus gros avantage de la géothermie, c'est qu'elle est invisible. Mais c'est aussi son pire ennemi."
    2. "La France a la capacité A. Mais elle n'a pas eu la volonté B."
    3. "Tu fais un trou, et la chaleur, ensuite, elle vient en communication avec la surface. La Terre ne te fait pas payer."
    4. "Ce que j'ai trouvé comme détracteurs, c'est des ignorants. Au vrai sens du terme. Des gens qui ne connaissaient pas."
    5. "Je suis optimiste de nature, mais assez pessimiste d'intelligence. Parce que quand on voit ce qui se passe, c'est quand même pas rigolo."
    4. Big Ideas
    1. L'invisibilité comme malédiction Timestamp : 0:03:10 à 0:05:05 La géothermie ne souffre pas de détracteurs mais d'oubli. Ce qu'on ne voit pas n'existe pas dans le débat public. Les éoliennes créent des oppositions parce qu'elles sont visibles. La géothermie génère de l'indifférence parce qu'elle est enfouie. C'est une leçon sur la façon dont la perception structure la politique énergétique bien plus que les faits.
    2. Le mur de l'investissement court-termiste Timestamp : 0:08:00 à 0:10:31 La géothermie est économiquement gagnante sur 15 à 20 ans, mais perdante sur les 5 premières années. Dans un monde qui décide dans l'urgence, ce modèle économique est structurellement défavorisé, même quand il est objectivement meilleur. Le problème n'est pas technique, il est cognitif.
    3. La géopolitique de l'énergie comme clé de lecture du monde Timestamp : 0:11:26 à 0:15:44 L'accès à l'énergie est le prisme principal de lecture des décisions des États depuis la Première Guerre mondiale. Le Covid et la guerre en Ukraine ont brutalement rappelé cette réalité à des pays européens qui avaient choisi l'optimisme de la mondialisation. La géothermie redevient soudainement audible parce que l'alternative, c'est dépendre de Poutine ou de Trump.
    4. La géothermie est pilotable, contrairement au solaire et à l'éolien Timestamp : 0:37:24 à 0:40:39 Une critique récurrente des ENR est leur imprévisibilité. La géothermie échappe à ce reproche : on peut l'activer ou la couper à la seconde. Elle est stable, prévisible, décarbonée, souveraine. Pierre en fait le pendant chaleur du nucléaire : deux énergies qui forment ensemble un "club des énergies souveraines" qu'on n'a pas encore vraiment constitué.
    5. Le lithium géothermal : deux ressources pour le prix d'un forage Timestamp : 0:55:34 à 0:57:44 L'eau remontée à 2300 mètres contient du lithium. Arverne, via sa filiale Lithium de France, est en train de démontrer qu'on peut chauffer un territoire ET produire un métal stratégique à partir du même puits. Un lithium made in France, vert, potentiellement moins cher que le lithium importé. Le sous-sol français est à la fois une source d'énergie et un gisement de matières premières critiques.
    6. La France est experte mais absente Timestamp : 1:01:50 à 1:04:45 La France possède tous les atouts : experts pétroliers formés par Total et Elf, géosciences développées, sous-sol riche. Elle maîtrise l'art du forage. Mais les diplômes professionnels ont disparu, les filières se meurent, les experts vieillissent en Afrique. On a le savoir, on n'a pas construit la volonté industrielle.
    5. Questions posées dans l'interview
    Pourquoi personne ne parle de géothermie quand on a de l'énergie littéralement sous nos pieds ?
    Quels sont les intérêts politiques, géopolitiques et économiques qui ont joué contre la géothermie ?
    Est-ce que la géothermie est possible partout en France, à toutes les profondeurs, à toutes les échelles ?
    Combien ça coûte concrètement d'installer de la géothermie chez un particulier ?
    Y a-t-il des pays dans le monde où la géothermie est déjà développée à grande échelle ?
    Est-ce qu'il y a des risques écologiques réels liés au forage ?
    Comment se situe la géothermie par rapport aux autres ENR sur la question de la prédictibilité et du stockage ?
    Quel est le vrai potentiel de la géothermie dans le mix énergétique français ?
    Pourquoi Jean-Marc Jancovici, qui est monsieur énergie en France, n'en parle quasiment pas ?
    Est-ce qu'on a les filières et les compétences pour industrialiser la géothermie en France si on décidait d'y aller vraiment ?
    6. Références citées
    Personnalités
    Bruno Le Maire (ex-ministre de l'Économie) : cité comme premier interlocuteur politique majeur qui découvrait la géothermie au moment de la préface du livre de Pierre. Timestamp : 0:16:15
    Jean-Marc Jancovici : évoqué comme la voix dominante de l'énergie en France, identifié comme "monsieur nucléaire", absent du débat géothermie sans que cela soit une critique. Timestamp : 0:43:01 à 0:46:04
    Bertrand Piccard : cité comme non-spécialiste de l'énergie mais fervent défenseur de la géothermie. Timestamp : 0:44:45
    Carbon4 (bureau d'études de Jancovici) : mentionné comme ayant abordé la question de la chaleur et de la géothermie en interne. Timestamp : 0:43:18
    Entreprises et institutions
    Arverne : entreprise fondée par Pierre Brosselet, axe stratégique sur la géothermie profonde et la production de chaleur. Cité tout au long.
    Lithium de France : filiale strasbourgeoise d'Arverne, dédiée à l'extraction de lithium dans les eaux géothermales. Timestamp : 0:55:34
    Engie, Dalkia : cités comme grands acteurs qui font de la géothermie sans en avoir fait un axe stratégique. Timestamp : 0:53:19
    Schlumberger, Total, Elf : évoqués comme les maisons d'excellence française du forage pétrolier, formateurs de l'expertise actuelle. Timestamp : 1:02:21
    ADREAL : mentionné comme organisme de validation réglementaire du forage en France. Timestamp : 0:33:37
    Institut français du pétrole (IFP) : cité comme l'une des dernières structures formant aux métiers du sous-sol. Timestamp : 1:02:21
    École de géologie de Nancy : mentionnée comme école formant encore des géologues. Timestamp : 1:02:21
    Lieux et cas géographiques
    Islande : 100% d'électricité géothermique, cas "naturel" par sa géologie volcanique. Timestamp : 0:22:04
    Suisse : pays ayant rendu la géothermie obligatoire pour toute nouvelle construction, modèle de souveraineté énergétique. Timestamp : 0:23:41
    Indonésie : fort potentiel géothermique, nombreux projets électrogènes. Timestamp : 0:25:11
    Turquie, Italie (Marbella), États-Unis : cités comme pays géothermiques avancés. Timestamp : 0:25:11
    Alsace : zone géothermique profonde en France, aussi évoquée pour des incidents de sismicité passés. Timestamp : 0:32:53
    Chaudes-Aigues (Cantal) : premier réseau de chaleur en Europe, source naturelle à 87 degrés, musée de la géothermie française. Timestamp : 0:59:00
    Concepts techniques
    Principe de Carnot / thermodynamique des pompes à chaleur : évoqué pour expliquer comment 15°C à 200m peut produire du 50°C. Timestamp : 0:19:04
    Code minier : cadre réglementaire régissant le sous-sol et les forages profonds en France. Timestamp : 0:32:16
    Géothermie haute entalpie : géothermie profonde produisant de l'électricité à partir de haute température (200°C+). Timestamp : 0:22:44
    PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie) : mentionnée comme cadre dans lequel la géothermie n'a aujourd'hui qu'une place symbolique. Timestamp : 0:40:57
    7. Timestamps clés YouTube
    0:00:00 - Introduction : l'énergie triple problème Greg plante le contexte : écologie, économie, géopolitique. Pierre en quelques phrases ouvre la porte à une solution qu'on n'a pas encore creusée.
    0:02:26 - Qu'est-ce que la géothermie ? Définition simple et directe. La chaleur du noyau terrestre, quasiment infinie, connue depuis les Romains. Pierre pose les bases pour tout le reste.
    0:03:10 - Pourquoi personne n'en parle ? L'invisibilité comme problème existentiel. Ce qu'on ne voit pas n'entre pas dans le débat. Une réflexion sur la perception qui dépasse largement l'énergie.
    0:06:47 - Les raisons politiques, géopolitiques et économiques Pourquoi le gaz a satisfait tout le monde pendant des décennies. Comment le Covid et la guerre en Ukraine ont tout changé. Le lobbying absent de la géothermie.
    0:08:00 - Le modèle économique : payer plus pour ne plus rien payer La structure de coût de la géothermie expliquée clairement. Plus cher à l'installation, gratuit à l'usage. Et pourquoi ça bloque dans un monde qui raisonne à court terme.
    0:16:15 - Pompe à chaleur géothermique vs aérothermique La distinction que tout le monde confond. 15 degrés constants à 200 mètres partout en France, quelle que soit la météo. La magie thermodynamique expliquée simplement.
    0:20:07 - Les pays qui l'ont fait : Islande, Suisse, Indonésie, États-Unis Tour du monde des choix géothermiques. Ce qu'on peut apprendre de la Suisse qui l'a rendu obligatoire. Ce que les Américains ont compris sur la reconversion de l'industrie pétrolière.
    0:27:14 - Concrètement : combien ça coûte chez un particulier ? La règle du pouce de Pierre : doubler le prix d'une chaudière à gaz. 20 000 euros deviennent 40 000. Et ce qu'on ne paie plus jamais derrière.
    0:30:18 - Trois géothermies, trois profondeurs, trois usages La géothermie de Madame Michu à 200 mètres, les réseaux de chaleur urbains à 2-3000 mètres, la géothermie électrogène haute entalpie. Pas la même chose, pas les mêmes zones.
    0:37:24 - L'argument décisif : la géothermie est pilotable Contrairement au solaire et à l'éolien, elle est prédictible. On peut l'arrêter et la rouvrir à la seconde. Elle complète le mix sans subir les contraintes météo.
    0:43:01 - Jancovici et la géothermie : l'oublié de l'expert Pourquoi le plus influent des voix énergie en France ne parle pas de géothermie. Pierre émet une hypothèse sans polémique : il ne la connaît pas vraiment.
    0:51:04 - Les vrais détracteurs n'existent pas, seulement des ignorants Un paradoxe révélateur : la géothermie n'a pas d'ennemis. Elle a simplement été ignorée. Ce qui est peut-être plus difficile à combattre.
    0:55:34 - Lithium géothermal : deux ressources pour un seul forage La révélation de l'épisode. L'eau remontée à 2300 mètres contient du lithium. Arverne est en train de prouver qu'on peut chauffer ET produire un métal stratégique français.
    0:57:55 - Ce qui donne de l'élan à Pierre La conviction que la crise actuelle est le déclencheur. L'histoire se répète : de chaque grande crise naît un mieux. Et la géothermie attend depuis assez longtemps.
    1:01:50 - A-t-on les filières pour industrialiser ? La France a tout : l'expertise, la géologie, le savoir-faire. Mais les diplômes ont disparu, les experts vieillissent en Afrique. Il faut reconstruire la filière maintenant.
    1:06:19 - VLAN : ouvrir la porte à l'espérance, fermer celle des idées reçues La conclusion de Pierre. Optimiste de nature, pessimiste d'intelligence. L'énergie de terrain et de la conviction, contre la décision sans connaissance.

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    [Moment ] Le négoce, c'est littéralement la négation de ta conscience avec Jean Miguel Pire

    16/04/2026 | 11 min
    Jean-Miguel Pire, philosophe et essayiste. Son livre L'Otium remet en circulation un concept millénaire pour nommer ce que notre époque a méthodiquement effacé de son vocabulaire et de ses valeurs : le loisir intelligent.
    Je connais Jean-Miguel depuis un moment et j'avais envie de lui donner une tribune pour cette idée que je trouve rare : un concept ancien, presque disparu, qui permet de nommer quelque chose qu'on ressent tous sans jamais arriver à le formuler. Ce moment-là, quand une idée trouve enfin son mot, c'est pour moi l'une des expériences intellectuelles les plus jouissives qui soit.
    Dans cet épisode, nous parlons du temps libre comme espace de développement de la conscience, de l'origine grecque de l'Otium et de sa transformation romaine en quelque chose de secondaire, du lien sémantique vertigineux entre le "négoce" et la "négation de l'Otium", et de la question de savoir si le marché est vraiment le problème, ou si c'est plutôt l'hégémonie de ses valeurs dans des domaines qui n'ont rien à voir avec lui. J'ai questionné Jean-Miguel sur ce qui distingue l'Otium du développement personnel, sur la dimension politique du concept, et sur ce que ça change concrètement de nommer enfin quelque chose qu'on pratique sans le savoir.
    3. Citations marquantes
    "Le négoce, c'est la négation de l'Otium. Le marché a intérêt à nier la part la plus essentielle de nos existences."
    "Comme on n'a pas vraiment conscience de ce loisir intelligent, on ne l'a pas nommé, et ça crée un espace de liberté sauvage pour les industries de la captation du temps de cerveau disponible."
    "On est sur le logiciel romain : un Otium qui est prestigieux, mais considéré comme secondaire."
    "L'objectif, il est quand même social. S'améliorer pour être une meilleure personne, c'est aussi pour être un meilleur citoyen."
    "On est à un point de suffocation parce qu'on s'aperçoit que cet envahissement, cette hégémonie, nous mène à la catastrophe."
    4. Idées centrales (Big Ideas)
    1. L'Otium : nommer pour exister Un concept ne peut être défendu que s'il est nommé. Le loisir intelligent existait dans nos vies, mais sans mot pour le désigner, il était indéfendable, vis-à-vis des autres comme de soi-même. Donner un nom à une pratique, c'est lui donner une réalité sociale. Pourquoi c'est important : c'est le fondement de tout le reste. Sans cette bascule sémantique, aucune résistance n'est possible. Timestamp approximatif : 01:07 à 03:25
    2. Le négoce comme négation structurelle Le mot "négoce" porte littéralement en lui la négation de l'Otium (nec + otium). Ce n'est pas une coïncidence rhétorique, c'est une structure historique : le marché s'est construit sur l'éviction du temps de conscience. Pourquoi c'est important : ça requalifie le problème. Ce n'est pas l'ultralibéralisme des années 70, c'est une dérive qui remonte aux Romains. Timestamp approximatif : 08:27 à 09:07
    3. De la scolée grecque à l'Otium romain : la dévaluation progressive Les Grecs valorisaient le temps consacré à la philosophie (la scolée). Les Romains l'ont maintenu, mais relégué au rang de luxe pour une élite restreinte. On n'a jamais vraiment rattrapé cette dévaluation. Pourquoi c'est important : ça montre que la crise n'est pas conjoncturelle, elle est structurelle et multi-séculaire. Timestamp approximatif : 03:41 à 05:55
    4. Otium vs développement personnel : la dimension politique Le développement personnel s'arrête à l'individu. L'Otium le dépasse : l'objectif est d'être un meilleur citoyen, de contribuer au bien commun. Ce glissement change tout, parce qu'il réinsère la conscience individuelle dans le collectif. Pourquoi c'est important : il répond à une frustration réelle chez beaucoup de gens qui trouvent le développement personnel trop égotiste. Timestamp approximatif : 06:19 à 08:10
    5. Le marché n'est pas le problème, ses valeurs hors-sol le sont Jean-Miguel refuse le discours marxiste de rejet total du marché. Il distingue le marché comme outil d'apaisement historique, et les valeurs du marché (rapidité, utilitarisme, matérialisme) qui ont contaminé des domaines où elles n'ont rien à faire : culture, santé, éducation. Pourquoi c'est important : c'est la nuance qui rend l'argument crédible et non idéologique. Timestamp approximatif : 09:07 à 10:00
    5. Questions posées dans l'interview
    Qu'est-ce que l'Otium, concrètement ?
    C'est un mot ancien ou un concept que vous avez inventé ?
    Comment les Grecs le nommaient-ils, et qu'est-ce qui s'est passé avec les Romains ?
    Est-ce que la méditation, les podcasts, la contemplation font partie de l'Otium ?
    Quelle est la différence entre l'Otium et le développement personnel ?
    Pourquoi le fait de ne pas avoir de mot pour désigner quelque chose est-il si paralysant ?
    Comment expliquer que le négoce porte littéralement en lui la négation de l'Otium ?
    Est-ce que vous faites une critique du marché en tant que tel, ou seulement de ses valeurs ?
    Quel est l'enjeu politique de l'Otium aujourd'hui ?
    Concrètement, comment défend-on son Otium face aux injonctions de productivité ?
    6. Références citées
    Concepts et notions philosophiques
    La scolée (Grecs anciens) : désignation du temps nécessaire à l'activité philosophique, ancêtre de l'Otium. Évoqué à 03:45.
    L'Otium / Otium (Latins) : transformation romaine de la scolée grecque, valorisée mais réservée à une élite. Évoqué à 03:45 à 05:55.
    Le négoce / Negotium : dérivé de "nec otium", littéralement la négation de l'Otium. Évoqué à 08:27.

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    #390 Faire de son quotidien un acte de resistance avec Fabrice Midal

    14/04/2026 | 1 h
    Fabrice Midal, philosophe, fondateur de l'École Occidentale de Méditation et auteur d'une vingtaine de livres dont le dernier, Empêcher que le monde ne se défasse, paru récemment. C'est aussi l'auteur d'un podcast génial.
    Je le connaissais de loin. J'avais tort de ne pas l'avoir lu plus tôt. Dès qu'on s'est mis à parler, j'ai réalisé qu'on partageait une même manière de regarder le monde : avec inquiétude, mais sans résignation. Avec lucidité sur ce qui fout le camp, et une conviction tenace que quelque chose reste à faire, là, maintenant, à notre échelle.
    Dans cet épisode, nous parlons de ce que Fabrice appelle la calculabilité généralisée : cette tendance de notre époque à ne considérer comme réel que ce qui se mesure, se gère, se rentabilise. Et comment cette idéologie invisible, qu'on ne voit même plus parce qu'elle est partout, est à l'origine de beaucoup de nos souffrances, de nos burn-out, de notre sentiment d'impuissance collective.
    J'ai questionné Fabrice sur la différence entre la haine et la colère, sur ce que résister veut vraiment dire, sur pourquoi la méditation est devenue un outil de barbarie dans la majorité des entreprises, et sur ce que Camus, René Char, Etty Hillesum ont à nous dire aujourd'hui. Nous parlons aussi de la distinction entre le sacrifice et l'amour, entre le militantisme et l'engagement, entre réagir et agir.
    Ce qui m'a le plus frappé dans cette conversation : Fabrice ne propose pas de grand soir. Il propose un pas. Un seul. Et l'idée que ce pas, même invisible, même non mesurable, pourrait changer tout.
    3. CITATIONS MARQUANTES
    « Les gens font un burn-out parce qu'ils veulent trop bien faire. Ils ont tellement intégré ce modèle où il faut s'instrumentaliser, sinon on ne va plus trouver sa place. »
    « Ce qu'on prétend rationnel est très irrationnel. On est obligé de réduire le réel à des équations extrêmement sommaires. Et donc, on oublie non seulement le sensible, mais le réel lui-même. »
    « On meurt de chagrin. Personne ne meurt de colère. »
    « Fais ce que tu dois, advienne que pourra. Nous avons à empêcher, dans nos actions au quotidien, que le monde ne s'effondre. »
    « Ça ne change rien et ça change tout. Ce n'est pas nous qui pouvons mesurer les choses. »
    4. IDÉES CENTRALES (BIG IDEAS)
    1. La calculabilité comme idéologie invisible [00:04:57] Notre époque a redéfini le réel : est réel ce qui est calculable, gérable, rentable. Tout le reste, y compris la qualité d'une présence humaine, a été évacué du champ de ce qui compte. Cette idéologie n'est pas neutre : elle produit de la déshumanisation à grande échelle. Pourquoi c'est important : cela requalifie nos problèmes. Ce ne sont pas des problèmes psychologiques, ce sont des problèmes idéologiques. La responsabilité change de camp.
    2. Dépsychologiser nos souffrances [00:06:00] Le burn-out n'est pas un problème de gestion émotionnelle individuelle. C'est le symptôme d'un modèle qui demande aux gens de s'instrumentaliser pour garder leur place. Remettre la cause dans le système, pas dans la personne, est un geste philosophique et politique. Pourquoi c'est important : ça libère. Et ça déplace l'action possible.
    3. Colère vs haine : une distinction vitale [00:18:30 – 00:27:00] La colère est saine, elle dit non à l'injustice. Elle est une force de vie, confirmée par l'éthologie, la physiologie, et Descartes lui-même. La haine, elle, veut détruire et jouir de la destruction. Toute résistance qui glisse de la colère vers la haine finit par devenir ce qu'elle combat. Pourquoi c'est important : savoir réussir sa colère, lui donner forme sans la transformer en haine, c'est la condition d'une résistance qui reste humaine.
    4. Agir sans garantie de résultat [00:15:17 – 00:18:00] Toutes les grandes révolutions, toutes les résistances historiques, ont été faites par des gens qui ne calculaient pas leur impact. Les résistants disaient "je ne pouvais pas faire autrement", pas "j'ai optimisé ma stratégie". Attendre la certitude d'impact avant d'agir, c'est rester prisonnier du système même qu'on veut changer. Pourquoi c'est important : ça autorise à agir maintenant, à sa propre échelle, sans diplôme de héros.
    5. L'excellence comme acte de résistance ordinaire [00:45:10 – 00:48:00] Sauver le monde n'est pas réservé aux militants. Un médecin qui prend le temps de parler, un cuisinier qui fait à manger avec du cœur : chaque acte fait avec présence empêche que le monde ne se défasse. L'excellence n'est pas la performance calculée, c'est l'humanité mise dans ce qu'on fait. Pourquoi c'est important : ça restitue à chacun une puissance d'agir concrète, immédiate, sans attendre les conditions idéales.
    6. L'identité comme prison [00:49:39 – 00:51:30] L'injonction contemporaine à se définir, à s'enfermer dans une identité stable, est une illusion. Nous sommes des êtres relationnels, façonnés par le contexte. Ce qui nous libère n'est pas de savoir qui on est, mais d'être en relation. C'est la relation qui guérit. Pourquoi c'est important : cela remet en cause l'individualisme comme fondement de l'action et de l'identité.
    5. QUESTIONS POSÉES DANS L'INTERVIEW
    Comment toi, tu regardes et tu observes le monde dans lequel on évolue en ce moment ?
    Pour la plupart des gens, ce qui est réel, c'est ce qui est calculable. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
    Qu'est-ce qui t'effraie dans ce monde ?
    Tu penses qu'on est dans l'immonde ?
    Comment tu redescends dans le concret pour traverser cette période, pour les gens qui sont perdus ?
    Est-ce que c'est possible de vraiment s'extraire de ce modèle ?
    Tu fais une différence entre la colère et la haine, et tu dis que la colère est saine. C'est quoi une colère réussie ?
    La méditation n'est-elle pas devenue, elle aussi, un outil de gestion du stress au service du système ?
    Comment faire son travail bien, dans ce monde-là, sans se trahir ?
    Qu'est-ce qui te donne envie du futur, toi ?
    6. RÉFÉRENCES CITÉES
    Philosophes et penseurs
    Albert Camus, Discours de Stockholm (prix Nobel) — titre du livre de Fabrice, fil rouge de l'épisode [00:02:15]
    Albert Camus, L'Homme révolté — notion de révolte comme condition humaine [00:39:24]
    Camus vs Sartre, querelle sur la guerre d'Algérie — "entre la justice et ma mère, je préfère ma mère" [00:18:30]
    Emmanuel Kant — impossibilité de juger sa propre époque de l'extérieur [00:10:36]
    René Char, Feuillets d'Hypnose — résister sans haine, capitaine Alexandre [00:36:34]
    Simone Weil (philosophe), Note sur la suppression générale des partis politiques (1944) — danger de renoncer à penser par soi-même [00:21:31]
    Spinoza — la joie comme carburant de l'action, évoqué par Greg [00:40:42]
    Descartes — un être humain qui ne peut pas se mettre en colère n'est plus un être humain [00:25:00]
    Figures historiques et spirituelles
    Etty Hillesum — jeune femme déportée pendant la Seconde Guerre mondiale, figure de résistance intérieure, textes lumineux redécouverts il y a 30 ans [00:34:04]
    Arnaud Beltrame, lieutenant-colonel mort à Trèbes — distinction sacrifice vs amour [00:43:30]
    Nelson Mandela — agir sans calcul, tenir debout [00:47:21]
    Le Bouddha — premier acte : déconstruire les castes et l'exclusion des femmes. Mécompréhension généralisée du bouddhisme [00:28:21]
    Saint François d'Assise — "Sœur la lune, frère arbre", la création comme fraternité [00:04:57]
    Références culturelles et littéraires
    Kabale juive — la légende des dix justes qui empêchent le monde d'être détruit [00:57:47]
    Satish Kumar — "leçon de dépendance", nous sommes des êtres dépendants les uns des autres [00:51:00]
    Œdipe (Sophocle) — les apparences trompeuses [00:04:57]
    Livres de Fabrice Midal
    Empêcher que le monde ne se défasse — dernier livre, fil conducteur de l'épisode
    Foutez-vous la paix — burn-out, auto-instrumentalisation, colère
    7. TIMESTAMPS CLÉS (YOUTUBE)
    00:00 — Introduction : se réjouir du futur sans naïveté ni fatalisme 00:01:42 — Entrée en matière : comment Fabrice regarde le monde aujourd'hui 00:02:15 — Le titre du livre : ce que Camus voulait dire par "empêcher que le monde ne se défasse" 00:04:07 — Ce qui effraie vraiment Fabrice : la calculabilité comme nouvelle définition du réel 00:06:00 — Burn-out : ce n'est pas un problème psychologique, c'est un problème idéologique 00:08:05 — Le réel comme construction idéologique : économie vs écologie, même combat 00:13:01 — Ce qu'on prétend rationnel est profondément irrationnel 00:15:17 — Comment agir sans garantie de résultat : la leçon des grands résistants 00:18:30 — Haine vs colère : la distinction la plus importante du livre 00:20:14 — Militantisme vs engagement : être contre vs être pour 00:22:48 — Pourquoi la colère est saine, selon Descartes, l'éthologie et la physiologie 00:28:05 — La méditation instrumentalisée : quand elle devient un outil de l'immonde 00:31:09 — Le capitalisme absorbe tout : du self-care au développement personnel 00:33:06 — S'extraire du système ? Non. Remettre du monde là où il n'y en a plus 00:34:04 — Etty Hillesum : rester debout et digne dans l'effondrement 00:36:07 — René Char, Camus, Frankl : les résistants comme boussole 00:40:42 — Joie vs amour : le désaccord amical entre Greg et Fabrice 00:43:30 — Arnaud Beltrame : la différence entre le sacrifice et l'amour 00:45:10 — Sauver le monde commence par faire son travail bien 00:48:43 — Les contradictions font partie de la vie : personne n'est à la hauteur, et c'est soulageant 00:51:00 — L'identité comme illusion : nous sommes des êtres relationnels 00:54:00 — Ce qui donne de l'élan à Fabrice : l'amour et le goût de l'effort 00:57:47 — La légende des dix justes : on ne sait pas si on sauve le monde, et c'est pour ça qu'on le fait 00:59:03 — Clore et ouvrir : fermer la porte au découragement, ouvrir celle du premier pas

    Suggestion d'autres épisodes à écouter :
    #388 Comment cultiver la joie quand tout s'effondre? avec Mai Hua (https://audmns.com/njAMVyL)

    #335 Trouver du reconfort dans un monde en chaos avec Marie Robert (https://audmns.com/ICuFMra)

    [SOLO ] Reprendre goût au futur dans un monde en crise (https://audmns.com/fKSFkcw)

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  • Vlan!

    📣 V­lan! présente Avant-Poste - Comment dépasser les freins à l'emploi ?

    14/04/2026 | 34 min
    Retrouvez l’ensemble des épisodes du podcast Avant-Poste de Unédic ici
    Comment dépasser les freins à l'emploi ?

    Faire garder ses enfants, aller à un entretien d’embauche quand on n’a pas de voiture, avoir une maladie chronique ou encore être senior, toutes ces situations peuvent être des freins au retour à l’emploi. Face à ces situations, quel peut être le rôle des entreprises ? Comment peuvent-elles s’adapter ? Notamment pour celles qui interviennent dans des secteurs en tension. Dans cet épisode, Léa Lejeune reçoit Benoît Serre, DRH et Co-Président du Cercle Humania, pour décrypter les freins à l’emploi en se plaçant du point de vue des entreprises


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  • Vlan!

    [SOLO] L'IA va t'elle tuer le capitalisme?

    09/04/2026 | 40 min
    Dans cet épisode solo, je reviens sur une position que j'ai longtemps défendue, celle de tempérer face au catastrophisme ambiant sur l'IA, et j'explique pourquoi les preuves qui s'accumulent depuis quelques mois m'obligent à regarder les choses autrement. Pas pour rejoindre la panique, mais parce qu'une position qui ne s'interroge jamais devient une posture, pas une analyse.
    Dans cet épisode, nous parlons de la contradiction structurelle au cœur du capitalisme numérique : l'IA générative détruit les emplois cognitifs de niveau intermédiaire, précisément ceux qui constituent la base de consommation sur laquelle repose l'économie. J'ai questionné les travaux de Nick Dyer-Witheford, Karen Hao, Emad Mostaque et Anis Rahman sur ce que ça signifie concrètement, au-delà des chiffres de Goldman Sachs et des fuites internes d'Anthropic.
    Et parce que je déteste laisser les gens dans un état d'impuissance intellectuelle pire qu'avant la lecture, je finis sur des exemples concrets, locaux, qui montrent qu'une autre IA est possible même si les rapports de forces sont pour l'instant très déséquilibrés. Le tout pour vous redonner envie du futur bien sur :)
    CITATIONS MARQUANTES
    "Il y a un mot pour décrire un système qui détruit méthodiquement sa propre base de clients. Ce mot n'est pas 'innovation' mais 'suicide'."
    "C'est la boîte qui construit les outils qui sonne elle-même l'alarme sur leur impact. Ce n'est pas un philosophe marxiste."
    "Ils ont entraîné leurs propres remplaçants." (sur les travailleurs d'annotation de Nairobi, Manille, Lahore)
    "Regarde qui te chuchote à l'oreille chaque jour, et demande-toi de qui c'est l'intérêt." (Emad Mostaque)
    "Une position qui ne s'interroge jamais elle-même, c'est une posture, pas une analyse."
    IDÉES CENTRALES
    1. Le contrat de Ford est rompu, par design Henry Ford payait ses ouvriers pour qu'ils puissent acheter ses voitures : le capital paie le travail, le travail consomme, la production nourrit le capital. L'IA générative rompt ce cercle en rendant le capital structurellement indépendant du travail humain. Ce n'est pas un bug du système, c'est une conséquence logique de sa propre optimisation poussée à l'extrême. C'est important parce que cela remet en cause le mécanisme de stabilisation automatique sur lequel les démocraties libérales se sont appuyées depuis Keynes.
    2. L'IA s'attaque précisément aux emplois qui étaient censés être la solution Contrairement aux révolutions industrielles précédentes qui frappaient d'abord les peu qualifiés, l'IA générative cible le travail cognitif intermédiaire : analyse, rédaction, code, diagnostic, comptabilité, marketing. Ces emplois constituaient la colonne vertébrale des classes moyennes éduquées. Ce sont eux qui avaient fait les études recommandées pour s'adapter. Si eux ne peuvent pas, qui peut ?
    3. La disruption du mécanisme de relance économique Quand les banques centrales baissent les taux pour relancer l'emploi, les entreprises recrutent désormais des agents IA, pas des travailleurs humains. Le lien entre capital et emploi se rompt pour la première fois depuis deux siècles. Et contrairement à toutes les crises précédentes, l'IA ne devient pas moins intelligente après une récession.
    4. La broligarchy et la capture réglementaire Les "Magnificent Seven" contrôlent 90,2% des modèles d'IA notables mondiaux. En 2024, les entreprises privées ont investi 109 milliards de dollars dans l'IA, contre 5,3 milliards d'investissement public. Sam Altman se pose en défenseur de la régulation en public et fait du lobby pour l'affaiblir en coulisses. L'administration Trump a inclus un moratoire de dix ans sur toute régulation étatique de l'IA. C'est une capture de la démocratie, pas seulement une concentration de marché.
    5. L'IA coloniale et la souveraineté cognitive L'IA ne transmet pas seulement des informations, elle transmet les valeurs et le cadre moral de ceux qui l'ont construite. Quand 90% des modèles viennent de Silicon Valley, la question de la souveraineté cognitive devient aussi urgente que la souveraineté économique. Et le "colonialisme par l'IA" s'exerce aussi dans le sud global, où des travailleurs ont littéralement entraîné les outils qui ont ensuite concurrencé leur propre travail.
    6. L'IA-vélo contre l'IA-fusée Karen Hao propose une distinction utile : l'IA-fusée, paradigme dominant à des centaines de milliards de paramètres visant l'AGI, et l'IA-vélo, des outils à échelle humaine pour des besoins spécifiques. Les architectures techniques sont les mêmes. Ce qui diffère, c'est le principe directeur. Des exemples comme Te Hiku Media en Nouvelle-Zélande, Chattanooga dans le Tennessee ou le modèle S1 développé pour 70 dollars prouvent que le choix existe.
    7. La destruction créatrice a un problème de rythme L'argument de Schumpeter tient sur le fond : chaque vague technologique crée plus qu'elle ne détruit. Mais il bute sur le rythme. La machine à vapeur s'est étalée sur des décennies. L'IA générative frappe en années. Si le pouvoir d'achat des classes moyennes disparaît avant que de nouveaux emplois émergent, qui consomme les produits que les entreprises continuent de produire ?
    QUESTIONS DE L'ÉPISODE
    Est-ce que ma position rassurante sur l'IA reflétait une lecture lucide, ou était-elle aussi une façon d'éviter une conclusion que je n'avais pas envie de regarder en face ?
    Le capitalisme peut-il fonctionner sans consommateurs, et les consommateurs peuvent-ils exister sans travailleurs ?
    Qu'est-ce qui différencie fondamentalement l'IA générative des révolutions industrielles précédentes en termes d'impact sur l'emploi ?
    Pourquoi l'argument de la "destruction créatrice" de Schumpeter bute-t-il cette fois sur quelque chose de structurellement différent ?
    Comment fonctionne concrètement la capture réglementaire par les grandes entreprises tech, et qu'est-ce que l'exemple de Sam Altman révèle sur ce phénomène ?
    Qu'est-ce que le sort des travailleurs d'annotation du sud global dit de la nature systémique de l'IA capitaliste ?
    Pourquoi le mécanisme de relance économique des banques centrales risque-t-il de ne plus fonctionner dans un monde d'IA générative ?
    Qu'est-ce que la distinction entre "IA-fusée" et "IA-vélo" change concrètement à la façon dont on peut construire et déployer ces technologies ?
    Comment des initiatives locales comme Te Hiku Media ou Chattanooga incarnent-elles une alternative crédible au paradigme dominant ?
    Quelle est votre part personnelle dans cette reconfiguration, en tant qu'individu, professionnel, citoyen ?
    RÉFÉRENCES CITÉES
    Livres et rapports
    Inhuman Power : Artificial Intelligence and the Future of Capitalism de Nick Dyer-Witheford (2019, + Cybernetic Circulation Complex, 2026, Verso). Thèse centrale : l'IA comme instrument par lequel le capital se rend indépendant du travail humain. Référence tout au long du texte.
    The Last Economy d'Emad Mostaque (août 2025, disponible gratuitement). Fondateur de Stability AI, ex-gérant de fonds. Concept de "transition de phase" et des "mille jours". Utilisé sur la chute des coûts de l'IA et la fin du mécanisme de relance keynésien.
    Empire of AI : Dreams and Nightmares in Sam Altman's OpenAI de Karen Hao (2025). Journaliste, ex-MIT Technology Review. Travailleurs d'annotation, double discours sur l'AGI, distinction IA-fusée vs IA-vélo.
    Is Another AI Possible ? d'Anis Rahman (rapport, Annenberg School / Media Inequality & Change Center, Université de Washington, disponible gratuitement). Concentration des modèles, investissements publics vs privés, initiatives alternatives.
    AI Snake Oil de Narayanan et Kapoor (Princeton University Press). Cité comme référence pour "démêler le réel du fantasme dans le discours tech".
    Personnes et institutions citées
    Henry Ford : intuition du salaire comme condition de la consommation (1914, 5 dollars/jour).
    Karl Marx : concept de "sujet automatique" dans les Grundrisse (vers 1850).
    Joseph Schumpeter : concept de "destruction créatrice".
    Andrew Ng (ex-Baidu, ex-Google Brain, Stanford) : formule "l'IA est la nouvelle électricité".
    Dario Amodei (Anthropic) : projection de 10 à 20% de chômage dans certaines catégories professionnelles sur 5 ans.
    Goldman Sachs : estimation de 300 millions d'emplois à plein temps à risque.
    FMI : 89% des emplois de services externalisés aux Philippines à haut risque d'automatisation.
    PwC : l'IA ajoutera 15 700 milliards de dollars au PIB mondial, 70% ira aux États-Unis et à la Chine.
    Amy Webb et Sam Jordan (Future Today Institute) : concept de "crédit de contribution".
    Les Magnificent Seven : Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia, Tesla (90,2% des modèles d'IA notables).
    Initiatives et exemples
    Te Hiku Media (radio Maori, Nouvelle-Zélande) : développement souverain d'outils IA en langue Maori, principe "kia tangata whenua".
    Chattanooga, Tennessee : réseau haut débit municipal, 900 communautés américaines ayant suivi.
    Modèle S1 (Stanford / Université de Washington) : modèle de raisonnement comparable à OpenAI pour 70 dollars de frais cloud.
    xAI d'Elon Musk à Memphis, Tennessee : data center dans quartier majoritairement noir, dégradation de qualité de l'air signalée.
    TIMESTAMPS CLÉS
    Note : il s'agit d'une newsletter sans timestamps réels. Les repères ci-dessous sont structurés par section éditoriale et peuvent servir de chapitres si l'épisode est enregistré.
    00:00 Introduction : pourquoi j'ai changé de position sur l'IA Pendant dix ans j'ai tempéré le catastrophisme. Quelque chose a changé. Des gens autour de moi perdent des contrats qu'ils avaient depuis dix ans. Je reviens sur ma posture et j'explique ce qui m'a forcé à regarder les choses autrement.
    06:00 La contradiction centrale : le capitalisme peut-il se passer de consommateurs ? L'intuition de Ford et pourquoi elle s'effondre. Pas de travail, pas de salaires, pas de consommation, pas de capitalisme. La vraie question n'est peut-être pas "l'IA va-t-elle tuer des emplois ?" mais "l'IA va-t-elle tuer le système qui l'a créée ?"
    12:00 Ce que les chiffres disent vraiment Goldman Sachs, Dario Amodei, les fuites internes d'Anthropic. Un "white-collar bloodbath" annoncé par la boîte qui construit les outils. La nature de cette vague est différente des précédentes : elle frappe d'abord les cols blancs qualifiés.
    20:00 Nick Dyer-Witheford et le capital qui se libère du travail "Inhuman Power" et la thèse centrale : l'IA comme instrument par lequel le capital pourrait se rendre structurellement indépendant du travail humain. Marx avait formulé ça comme une crainte théorique. On s'en approche.
    28:00 La fin du mécanisme keynésien de relance Quand les banques centrales baissent les taux, les entreprises recrutent des agents IA, pas des humains. Ce mécanisme qui a fonctionné pendant deux siècles risque de ne plus fonctionner du tout. Personne ne le formule clairement dans le débat public.
    36:00 Le sud global et l'extraction coloniale Les Philippines, le Bangladesh, les travailleurs d'annotation de Nairobi et Manille. Ils ont entraîné leurs propres remplaçants. Karen Hao et la dimension coloniale de ce modèle économique.
    44:00 La broligarchy et la capture réglementaire 109 milliards d'investissement privé contre 5,3 milliards publics. Sam Altman défenseur de la régulation en public, lobbyiste pour l'affaiblir en coulisses. Le moratoire de dix ans de l'administration Trump. Ce n'est pas qu'une question de marché.
    52:00 L'argument de Schumpeter est réel, mais il a un problème de rythme La destruction créatrice a toujours fonctionné. Mais sur des décennies, pas des années. Si le pouvoir d'achat s'effondre avant que de nouveaux emplois émergent, qui consomme la production ?
    60:00 L'IA-vélo contre l'IA-fusée : une autre IA est possible Te Hiku Media, Chattanooga, le modèle S1 à 70 dollars. La distinction de Karen Hao entre l'IA construite pour la performance commerciale et l'IA construite à échelle humaine pour des usages définis. Ce sont les mêmes architectures techniques.
    70:00 Ce que vous pouvez faire maintenant : individu, collectif, citoyen Trois niveaux d'action concrets. Parce que je déteste les textes qui laissent dans l'impuissance. Les décisions se prennent maintenant, pas dans dix ans.

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Generated: 4/21/2026 - 2:20:25 PM