« Je ne suis pas passionné de basse, je suis passionné de musique. »
Kevin Polissaint est bassiste, directeur musical et passionné de musique avant tout. Né dans une famille haïtienne en France, il grandit à l’église et découvre très tôt l’univers musical sans jamais imaginer que cela pourrait être pour lui. Pour Kevin, la musique était « un autre monde », un langage inaccessible… jusqu’au jour où une camarade de classe joue de la guitare après seulement deux semaines d’apprentissage. Ce déclic change tout : s’il est possible pour elle, alors c’est possible pour lui.
Il commence par la guitare acoustique, apprend en autodidacte via YouTube, l’écoute et le relevé de morceaux. Rapidement, son oreille est attirée par la basse. À 12-13 ans, il demande son premier instrument et s’engage pleinement dans la musique d’église, pour l’église. Sans cours formels, il progresse grâce aux conseils d’anciens, aux répétitions, aux réunions du samedi matin, et surtout à la pratique constante en contexte réel.
Kevin insiste sur un point fort : l’église est un des meilleurs centres de formation musicale. Elle forge l’oreille, l’adaptation, la capacité à jouer sans partition, à comprendre rapidement une structure harmonique et à accompagner une assemblée. Très jeune, il intègre les équipes, joue avec la jeunesse, puis commence à être sollicité dans d’autres églises et séminaires.
Son vrai tournant arrive lorsqu’il quitte son cadre haïtien très orienté compas pour rejoindre un environnement gospel plus exigeant. Là, on lui demande d’observer avant de jouer. Pendant plusieurs mois, il regarde, analyse, comprend les intentions musicales. Cette étape transforme sa vision : il ne s’agit plus seulement de jouer des notes, mais de comprendre ce que la musique veut produire comme atmosphère et émotion.
Kevin développe alors une écoute analytique : basse, batterie, piano, guitare, intentions, espace sonore. Il se définit davantage comme passionné de musique que comme simple bassiste. Il travaille surtout par l’écoute : un groove le touche, il prend sa basse pour l’intégrer dans son jeu. Ce n’est pas la discipline mécanique qui le motive, mais l’émotion musicale.
Sur l’évolution de la musique dans l’église, Kevin est lucide. Il se réjouit de voir plus de jeunes musiciens, mais constate aussi une perte de richesse culturelle et harmonique. Selon lui, beaucoup d’églises peinent à attirer des musiciens parce qu’elles ne font plus rêver : pas de répétitions, mauvaise sono, peu de structure. Les musiciens vont là où il y a une vision, du matériel, des ears, des séquences et une vraie préparation.
Il aborde aussi le lien profond entre musique et spiritualité. Pour lui, la musique n’est jamais neutre : elle transporte toujours quelque chose. La louange n’est pas seulement un moment, mais un style de vie. Ce que tu joues doit être cohérent avec ce que tu vis.
Pour Kevin, un musicien d’église est quelqu’un de conscient de sa responsabilité : les gens ne doivent pas repartir comme ils sont venus. Cela implique une préparation musicale, mais aussi personnelle et spirituelle.
Enfin, son conseil clé pour les jeunes : avoir l’audace d’aller vers les anciens, gagner du temps par la transmission. Et pour les plus expérimentés : ouvrir la porte, coacher, transmettre, pour que l’œuvre continue et que la génération suivante soit mieux équipée que la précédente.Rejoins nous sur instagram @musiciendeglise