Avant la soirée Wet for Me, avant le Pulp, le repaire des lesbiennes parisiennes dans les années 80 s’appelait le Katmandou et se trouvait dans le 6ème arrondissement Rue du Vieux-Colombier. Anne F. Garréta, étudiantes en lettres, y passe ses nuits. À l’époque on ne parlait pas de club, même pas de DJ, on disait plus volontiers disquaire, et la nuit beaucoup moins safe qu’aujourd’hui, était aussi plus romanesque. Un jour de l’été 1982, une des disquaires du Katmandou, Momo, propose à Anne Garréta de la remplacer aux platines. C’est une révélation pour la future écrivaine qui saisit l’occasion de poursuivre sa passion pour la musique mais aussi pour la technologie. Anne Garréta a fini ses études, diplômée d’une grande école, et si elle vit entre la France et les États-Unis, elle n’a jamais abandonné totalement les platines. En 1986, elle publie Sphynx, premier de la littérature française avec une personnage de DJ.
Cet hiver, elle a sorti, DJ, portrait de l’artiste en animale nocturne, où elle revient sur ses années de disquaire. Inventaire des lieux interlopes de la capitale, galerie de portrait fascinante, plongée dans la musique des années 80 et goût immodéré pour la lecture de notices techniques pas encore générées par l’intelligence artificielle. Anne F. Garréta a obtenu le Prix Medicis en 2002 pour son livre Pas un jour, elle est aussi membre de l’Oulipo, l’Ouvroir de littérature potentielle créé par Raymond Queneau dont se réclament aussi Georges Perec et Italo Calvino. D’ailleurs, dans son dernier ouvrage, elle écrit : « Toute DJ est dadaïste, à son insu ou à son corps défendant. » Aujourd’hui, dans Place des Fêtes, une heure sur le dancefloor du Katmandou avec Anne F. Garréta. Dans DJ, portrait de l’artiste en animale nocture, comme dans tout roman musical qui se respecte, on trouve à la fin une playlist dans laquelle nous avons pioché pour la playlist du jour.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.