27 épisodes
- En 1938, dans les studios du label Brunswick, le compositeur britannique Ray Noble enregistre une Indian Suite dont l’histoire ne retiendra qu’un morceau : Cherokee.
L’année suivante, Le Charlie Barnet Orchestra, un petit orchestre de swing de Harlem est propulsé sur le devant de la scène grâce à un arrangement du premier mouvement par le trompettiste Billy May.
Et vous savez qui adorait piocher dans les grands succès du swing pour les emmener dans le jazz moderne ?
Les boppers de la 52e rue! Ces enfants terribles qui se retrouvaient au Minton’s Club pour inventer un jazz nouveau, complexe et engagé. Leur méthode ? Prendre un morceau dit “facile” et le pousser le plus loin possible, jusqu’à en faire naître un nouveau.
Et le maître en la matière reste sans aucun doute le saxophoniste Charlie Parker. Il a 19 ans quand il découvre Cherokee à la radio. Et c’est à Kansas City qu’est gravé quelques années plus tard son premier enregistrement de la chanson. Un enregistrement amateur, presque pirate, avec le son qui gratte et une petite sensation d’écouter une soirée à laquelle on n’était pas invité, comme si on collait notre oreille à la serrure.
Ray Noble and His Orchestra, Cherokee (11 octobre 1938 - Brunswick)
Charlie Barnet and His Orchestra, Cherokee (1939 - Bluebird)
Lennie Tristano & Lee Konitz, Subconscious-Lee (1955 - Prestige Records)
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations. - Au lendemain de la première guerre mondiale, les Etats-Unis sont officiellement les rois du monde. Sauveurs de l’Europe, leaders de la révolution industrielle et ambianceurs du monde libre. Tout ça en même pas 150 ans d’existence.
Tout ce qui leur manque c’est la bande son officielle de cette success story, la grande œuvre de l’Amérique.
Et pour relever le défi, un ancien plugger de Tin Pan Alley : George Gershwin. C’est son frère, Ira, qui au matin du 4 janvier 1924, tombe dans le New York Tribune sur un article qui annonce que “George Gershwin travaille à un concerto jazz”, à découvrir sur la scène du Aeolian Hall de Manhattan le 12 février.
Première nouvelle pour le pianiste qui n’avait pas été mis au courant. Maintenant, il n’a plus le choix. Il a cinq semaines pour composer son manifeste.
Et c’est dans le train qu’il trouve l’inspiration. En regardant les paysages défiler par la fenêtre, l’évidence se forme peu à peu. Son œuvre doit sonner comme un “kaléidoscope de l’Amérique”. Ou plutôt d'une Amérique...
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations. - Trouver l’équilibre parfait pour une chanson ne vient pas forcément du premier coup.
Même quand on est l’un des duos de chansonniers les plus demandés des années 20.
Richard Rodgers et Lorenz Hart sont même l’incarnation de cette balance perpétuelle et si fragile entre les mots et les mélodies.
Après un coup de foudre amical et artistique dans les couloirs de l’université, le binôme compose plus de mille chansons et une vingtaine de comédies musicales pour Broadway.
Avec une méthode imparable : Rodgers (sérieux et organisé) compose la partition sur laquelle Hart (mélancolique et torturé) jette des paroles. Et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Jusqu’au 24 octobre 1929, fameux jeudi noir, qui plonge les Etats-Unis dans la Grande Dépression. S’ouvre alors ce qu’on a appelé la “parenthèse hollywoodienne”. Adieu Broadway, ça coûte trop cher et bonjour les studios de cinéma, qui recueillent pas mal de compositeurs au chômage.
Et parmi eux, notre duo...
Vincent Lopez and his Suave Swing Orchestra, Blue Moon (Bluebird Records - 1939)
Connee Boswell, Blue Moon (Burnswick Records - 1935)
The Marcels, Blue Moon (Colpix Records - 1961)
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations. - La première fois qu’on a entendu parler de l’opéra de Quat’sous, c’était à Berlin, en 1928. Il y avait des affiches dans tous les coins avec des noms écrits en grosses lettres : Bertolt Brecht et Elisabeth Hauptmann pour l’écriture et Kurt Weill pour la musique.
Une histoire de guerre des gangs et d’hommes d'affaires avec le quartier de Soho pour décors et deux antagonistes qui s’affrontent : Jonathan Jeremiah dit le “roi des mendiants” et Macheath, dit “Mackie-le-Surineur”. En anglais, Mack the Knife.
Comme son nom l’indique, Mackie est un dangereux criminel.
Et, Harald Paulsen, premier interprète de Mack the Knife, avait lui aussi son petit caractère. C’est lui qui insiste pour que son personnage aie sa chanson à lui. Il insiste tellement que Brecht et Weil finissent par céder. Ils vont même jusqu’à en faire l’ouverture de la pièce.
Et comme tous les personnages célèbres, Mackie est le reflet de son temps.L’incarnation de la société capitaliste et industrielle naissante, au cœur de la question centrale de l’opéra de quat’sous : où situer la frontière entre le crime et le capitalisme respectable ?
L’histoire étant faite de combles, c’est dans le pays du capitalisme que la chanson rencontre son plus grand succès...
Louis Armstrong and His All Stars, A Theme From the Threepenny Orchestra (1955 - Columbia Records)
Bobby Darin, That's All (ATCO Records - 1959)
Ella Fitzgerald, In Berlin : Mack the Knife (Verve Records - 1960)
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations. - “Lester Young, le saxophoniste ténor, est mort hier d’une crise cardiaque dans son hôtel de la 52e rue. Il avait 49 ans.”
C’est le New York Times qui apprend la nouvelle à l’Amérique, au matin du 16 mars 1959.
Charles Mingus, lui, est averti le soir-même alors qu’il joue au Half Note de New York. Passé le choc, le contrebassiste remonte sur scène avec ses musiciens et se lance dans un blues totalement improvisé pour Lester Young.
Un blues que Mingus ramène chez lui et qu’il s’attèle à graver dans le marbre pendant le reste de la nuit, comme une épitaphe musicale quoi. Et pour le titre, un euphémisme déchirant, un adieu qui sonne comme un au revoir. Une oraison aux faux airs de moqueries : Goodbye Pork Pie Hat. Au revoir Tête de tourte....
Stanley Clarke, If This Bass Could Only Talk (1988 - Portrait Records)
Gil Evans & Steve Lacy, Paris Blues (1987 - Owl Records)
Carla Bley, The Big Band Theory (WATT / ECM - 1992)
Joni Mitchell, Mingus (1979 - Asylum Records)
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À propos de Anatomie d'un titre
Une fructueuse erreur, un hasard de jam session, une déclaration d’amour, un cri de colère, une idée venue sous la douche, une blague qui n’arrête plus de tourner, ou tout simplement un besoin de gagner sa croûte. Les standards naissent souvent d’une étincelle avant d'exploser en feu d’artifice.
Manon Brimaud se penche sur la question et décortique chaque jour l’une de ces mélodies venues du fond des jazz, retraçant l’histoire d’un patrimoine universel devenu terrain de jeu infini.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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