Déplacé*s, bo*mbardements, fatigue d’un peuple à bout de souffle, rôle de la France, avenir des chrétiens d’Orient : Rafik Abou Fadel, président du Conseil des chrétiens d’Orient et vice-président du Conseil des Libanais de France, décrit un Liban épuisé, mais toujours debout.Depuis plusieurs semaines, le Liban replonge dans la guerre. Aux bombarde*ments s’ajoutent de nouveaux drames humains : des milliers de ble*ssés, des civils tu*és, des familles jetées sur les routes. Un pays déjà exsangue, affaibli par l’effondrement économique, se retrouve à nouveau happé par un conflit régional qui le dépasse.Pour lui, cette gu*erre est « une gu*erre de trop ». Il décrit un peuple « fatigué », usé par des décennies de vio*lence, de crises et d’instabilité. Derrière les chiffres, il raconte surtout une angoisse quotidienne : celle de circuler dans Beyrouth sans savoir si la voiture voisine sera frappée, celle de voir les lieux de culte menacés, celle d’une population suspendue à la peur.L’entretien met aussi en lumière l’exaspération croissante d’une partie des Libanais face à l’engrenage militaire. Il évoque la lassitude d’un pays qui ne veut plus être le théâtre « des guerres des autres » et affirme qu’une partie de la population reproche au Hezbollah d’avoir entraîné le Liban dans cette nouvelle séquence. Mais au-delà des clivages politiques ou confessionnels, il insiste sur une réalité plus profonde : celle d’un peuple attaché à sa terre, à ses traditions et à une coexistence devenue, malgré tout, une nécessité vitale.Car au cœur de la gue*rre, c’est aussi un autre Liban qui apparaît : celui de la solidarité. Les villages chrétiens ouvrent leurs portes aux déplacés, les familles accueillent sans distinction, et la diaspora se mobilise à grande échelle pour soutenir un pays à bout de souffle. Cette fraternité, explique-t-il, reste l’un des derniers remparts contre l’effondrement total.L’interview aborde également les grandes questions diplomatiques du moment : le rôle de l’armée libanaise, les violations du cessez-le-feu, les limites du droit international et l’espoir d’une médiation. Sur ce point, Rafik Abou Fadel place la France à part. Il la présente comme l’un des rares pays encore sincèrement attachés au Liban et à sa stabilité, capable, selon lui, de peser en faveur d’une issue politique.