Le choix musical de RFI
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- La Lausannoise Marie Jay impose sa pop électro francophone sur les scènes suisses. Autrice-compositrice, véritable « boss » de son projet, la Suissesse de 24 ans vient de signer avec un label français et enchaîne les festivals, avec un univers frais qui parle à une génération en quête de repères.
En Suisse romande, les artistes émergents sont nombreux, mais tous ne choisissent pas la langue française. La Lausannoise Marie Jay, elle, s’y tient avec conviction. Pour la situer dans la francophonie, on pourrait la rapprocher d’Iliona en Belgique, d’Adèle Castillon en France ou de Charlotte Cardin au Québec.
Elle a fait ses premiers pas, il y a cinq ans, en direct sur RTS Option Musique. Marie Jay était seule avec sa guitare, les cheveux noués en couettes, et chantait ses premiers titres écrits et composés seule dans sa chambre. C’était fragile et sensible, mais on sentait déjà qu’on tenait là une future grande.
C’est une guitare rouge vif offerte par sa grand-mère qui déclenche tout. Après ses études, Marie Jay part à Londres, au BIM Music Institute, pour travailler la composition. De retour à Lausanne, elle choisit la langue française pour sa cadence, son rythme, son sens des mots. La jeune fille de 24 ans s’est faite seule et a trouvé dans la chanson un moyen de canaliser ses émotions et ses propos.
Elle développe un univers électro-pop qui parle à beaucoup de jeunes aujourd’hui. Sur scène, elle s’approprie l’espace, interpelle son public. Son univers frais, coloré, vivant reflète une génération en quête de jalons.
Une « boss » autodidacte
Très vite, Marie Jay comprend qu’elle doit compter avant tout sur elle-même pour aller au bout de ses rêves. Elle est à la fois chanteuse, autrice, interprète, productrice, administratrice, community manager, styliste : tout ce qui existe autour d’elle, c’est elle qui l’a créé. Une véritable « boss ».
Des Tataki Awards jusqu'au Radar, parcours obligé en Suisse romande, elle trace un sillon qui s’impose. Après une signature avec un label français, rare pour une artiste suisse, elle accède aux plus belles scènes des festivals d’été : Montreux Jazz festival, le Caribana, et cette année, le Paléo. Marie Jay s’affirme ainsi comme l’une des figures montantes de la pop électro francophone suisse.
Marie Jay Le rose c'est has been (Wagram music) 2026 - Le trio Lovana, dont le nom signifie « héritage » en malgache, dévoile son tout premier album intitulé Jiro, soit « lumière ». Un disque très dense, porté par un mélange de chants traditionnels, de rythmes tribaux et de sonorités électroniques, où chacun des membres du trio apporte sa patte musicale.
Originaire du sud-est de Madagascar, la chanteuse Golly Miantsa est au cœur du projet. Elle apprend le chant dès l'enfance avec sa grand-mère Kouna et le pratique lors des cérémonies du culte tromba : un rite de possession spirituelle lié aux morts où la musique convoque les ancêtres.
A la fois chanteuse et guérisseuse, Golly Miantsa participe aux évènements traditionnels de la région de Midongy du Sud, puis elle se fait remarquer comme choriste et danseuse de mangaliba, genre malgache, une fusion d'influences africaines de l'Est, pacifiques et asiatiques. Après plusieurs tournées dans l'île rouge, elle part pour la France et fonde Lovana.
La voix de Golly Miantsa s'entrelace avec celle de Bema Ratovondrahery, chanteur et percussionniste malgache originaire d'Antsirabe, territoire volcanique dans le centre du pays. Lui qui a commencé les percussions dans la rue avec ses amis a, petit à petit, rejoint plusieurs groupes. Il a dirigé des chorales gospel et travaillé à maîtriser les polyrythmies des répertoires de l'île jusqu'à devenir intervenant musical et spécialiste des rythmes et sonorités de Madagascar.
Son jeu de percussions en cycles répétitifs crée cet état de transe propre aux cérémonies traditionnelles. A eux deux, Golly Miantsa et Bema Ratovondrahery forment de belles polyphonies de voix qui rappellent la puissance des chants d'Afrique du Sud et de la Réunion.
Un vernis électronique sur les traditions malgaches
Le dernier membre de ce trio, le producteur français Aurèle Guibert, amène toutes les textures synthétiques présentes dans Lovana. Il évolue derrière une batterie hybride, acoustique et électronique, et apporte les samples, les basses profondes, les rythmiques trip-hop influencées par la techno berlinoise.
Il fond ses beats électro dans les cadences des musiques de transe et y incorpore des sons d'instruments traditionnels comme le kabossy, une petite guitare carrée à quatre ou six cordes faite de bambou et de peau de zébu. Un instrument notamment mis en avant sur le morceau, « Damany ».
L'afro-électro de Lovana sera à retrouver sur scène en France. Ce sera le 21 août à Champagnat, le 22 août à Toulouse et le 29 août à Rostrenen. - Il se fait rare, mais jamais discret. Tricky, l'Anglais insaisissable passé par le groupe culte Massive Attack, brise le silence avec un douzième album solo, Different When It's Silent.
On l'a désigné inventeur d'un son, le trip hop. Mais Tricky, refuse catégoriquement d'être réduit a une étiquette. Chez lui, c'est toutes les musiques : une hybridation fluide de rock, soul, jazz, pop, rap, dub, skank reggae, électro.
En 1988, le Britannique émerge avec les désormais célèbres Massive Attack, collectif de Bristol, militant, pacifiste, altermondialiste, politique. Trois ans plus tard, en pleine guerre du Golfe, le groupe sort son premier album, Blue Lines. Un genre musical inédit vient de naître et il fait l'effet d'une bombe
Alors qu'il connaît la gloire avec Massive Attack, Tricky quitte le groupe en 1994 pour se lancer en solo. Dès l'année suivante, il dégaine Maxinquaye. Et c'est le jackpot : premier album solo, premier coup de tonnerre. Dédié à sa mère, qui s'est suicidée quand il avait quatre ans, il se vend à plus de 500 000 exemplaires. Un exploit pour un disque à l'esthétique aussi oppressante, pleine de tensions et d’une violence sourde. Avec ce chef-d'œuvre imprévisible, Tricky crée son univers insaisissable et s'impose sur la scène mondiale.
Sur son douzième album, Different When It's Silent, Tricky invite de nouvelles voix.
La quête de timbres est un sport pour cette grande figure iconoclaste de la musique contemporaine depuis plus de trente ans. La sienne, caverneuse, se met ici souvent en retrait, laissant la lumière à celle, androgyne, de Mitch Sanders, lui aussi originaire de Bristol. En toile de fond, une blessure qui ne le quitte pas : le suicide de sa fille en 2019.
Son absence hante cet album de quatorze titres, d'une mélancolie envoûtante. À 58 ans, Tricky n'a pas rangé ses fantômes au placard, transfigurant sa douleur en chansons habitées. Sur le bouleversant « Out Of Place », il confie : « Je chante pour ma fille / Et grandis comme un agneau en direction de l'abattoir. »
Endeuillé mais jamais apprivoisé, Tricky, éternel antistar devenu superstar malgré lui, signe un grand disque, souvent électro-rock, parfois blues. Un retour en grâce après six ans de silence discographique.
Different When It's Silent, sortie le 17 juillet 2026 (False Idols / !K7). Tricky en concert à Bristol le 29 août, avant une tournée américaine jusqu'à fin septembre. - Direction l’Amérique du Sud avec Maria Mulata dont la tournée en Europe vient tout juste de s'achever. Chanteuse, compositrice, mais aussi chercheuse, elle travaille depuis deux décennies sur les expressions et les traditions musicales de différentes régions de Colombie.
Maria Mulata associe une maîtrise académique en musique à l'université Javeriana de Bogota, et un apprentissage direct auprès des maîtres de la tradition orale, porteurs des savoirs ancestraux. Parmi les figures importantes de sa formation, on trouve par exemple la maestra Etelvina Maldonado, l'une des grandes chanteuses colombiennes de bullerengue, ce genre musical afrocolombien venu des communautés de marrons formées dans des localités comme San Basilio de Palenque. Le chant est souvent dirigé par des femmes, les cantadoras, et la structure alterne entre une voix soliste et des renforts en harmonies par un chœur de femmes.
Tisser les musiques de toute la Colombie
Avec toutes ses connaissances musicales, Maria Mulata tisse des liens entre les musiques des Caraïbes, du Pacifique, de la cordillère des Andes, des plaines des Llanos et des peuples ancestraux de Colombie. D’un côté elle rend hommage à l'influence vocale et à la mémoire de grandes cantadoras comme Totó la Momposina et Petrona Martinez, et de l’autre elle est dans une quête créative permanente vers un nouveau folklore. Aujourd'hui Maria Mulata se fait l'ambassadrice culturelle des sonorités afrocolombiennes indigènes et des territoires ruraux, et elle valorise la richesse sonore de la Colombie dans le monde entier.
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Sur son dernier album sorti en avril, Etérea y Terrenal, Maria Mulata propose une rencontre entre les musiques traditionnelles latino-américaines, et de nouvelles explorations sonores. Elle y chante en espagnol mais aussi en créole sanandresano et en portuñol, mélange de portugais et d'espagnol. Ses paroles célèbrent la force créative des femmes, la connexion avec la nature, la mémoire et les territoires. De toutes façons, même sans forcément comprendre toutes les paroles sa musique transporte immédiatement. Le marimba et les tambours se mêlent au saxophone soprano, au ukulélé et au tiple, cette petite guitare colombienne à 12 cordes, le tout sublimé par ses magnifiques chants tribaux revisités.
En lice pour les Latin Grammys 2027
Maria Mulata a déjà été nommée à trois reprises aux Latin Grammys... Et la quatrième nomination arrivera peut-être très bientôt, car le 10 août sera annoncée la sélection officielle 2027, et son dernier album est en lice. On croise les doigts pour cette artiste qui a consacré sa vie à écouter, apprendre et partager toutes les voix qui habitent son pays. - C'est l'un des groupes de rock les plus emblématiques des années 2000 : les Strokes sont de retour cet été, avec leur septième album, Reality Awaits. Un disque très attendu, six ans après The New Abnormal, très largement salué par la critique. Dommage : malgré la profusion de moyens de production déployés par le groupe, le disque reste brouillon et globalement décevant.
Il y a 25 ans, les Strokes étaient catapultés sur le devant de la scène dès leur premier disque, Is This It ?, avec ses accords de guitare saturés, ses mélodies en forme de bolide lancé sur une grande ligne droite, et le charisme un peu étrange du chanteur Julian Casablancas.
Un demi-siècle plus tard, la potion magique ne prend plus, sûrement car le dosage des ingrédients a un peu trop changé : beaucoup plus de titres contemplatifs, beaucoup plus de synthétiseurs, et surtout, beaucoup plus d'autotune (« Falling Out Of Love », « Psycho Shit »). La distorsion de voix a toujours fait partie de l'ADN de ces enfants terribles du rock new-yorkais, mais sur ce septième disque, le curseur a été poussé à fond. Sûrement trop, car alors même que l'autotune n'est pas présent sur tous les titres, c'est la seule impression qui reste durablement à l'issue de l'écoute.
Un album plus expérimental
On peut pourtant saluer la volonté du quintet new-yorkais de se renouveler. Dans ce nouveau disque, les tentatives ne manquent pas : des transitions volontairement brutales, des synthétiseurs qui sonnent comme des orgues, quelques légères influences country et même des bruits tirés de jeux d'arcade à la fin d'une chanson... le tout grâce au concours de pas moins de treize ingénieurs du son, ce qui explique peut-être aussi cet effet fourre-tout.
Malgré tout, la patte des Strokes reste reconnaissable, surtout sur le très sympathique « Lonely in the Future » : après tout, on n'efface pas 25 ans de collaboration musicale en un claquement de doigts. Le groupe conserve ses petites obsessions : comme sur les deux albums précédents, le chanteur Julian Casablancas dénonce la mainmise des classes dirigeantes sur les ressources ; la destruction de la planète ; l'addiction aux nouvelles technologies. Surtout, le groupe s'en prend à un monde où le capitalisme et roi et où la surconsommation règne en maîtresse (« Going Shopping »).
Quelques bonnes idées et titres savoureux, est-ce suffisant pour sauver la totalité de l'album ? Le groupe lui-même semble en douter... lui qui chante, en clôture de l'album : « Nous voilà pour un dernier tour, mais ce n'est pas grave, car nous avons fait notre temps. »
Reality Awaits, sorti le 24 juillet 2026 (RCA Records).
À propos de Le choix musical de RFI
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