Ce jeudi 5 mars, c'est jour de vote au Népal. Un scrutin décisif, près de six mois après le soulèvement historique de la jeunesse, mais une élection qui se heurte aussi à la guerre qui fait rage au Moyen-Orient. Dans un pays au chômage des jeunes très élevé, des millions de Népalais sont partis travailler dans les pays du Golfe. Mais depuis l’attaque américaine et israélienne sur l’Iran et la riposte iranienne, les proches de ces travailleurs népalais vivent dans la peur.
De notre envoyé spécial à Katmandou,
À Katmandou, les vidéos filmées par des Népalais inquiets montrant les interceptions de missiles dans le ciel de Doha, Dubaï ou Abou Dhabi défilent sur les portables. 1,7 million de Népalais travaillent légalement dans les pays du Golfe, bien plus dans la réalité. Dans certains villages, chaque famille a un proche expatrié au Moyen-Orient.
Susma Baral revient tout juste des Émirats arabes unis, elle nous accueille dans sa maison. « Avec mon mari, nous sommes partis, car ici on ne pouvait pas s’offrir de vraie maison, notre situation financière était trop précaire, raconte-t-elle. Comme c’est l’aîné de la famille, il doit aussi assurer la charge financière pour ses frères et sœurs… »
Enceinte de sept mois, elle est rentrée pour accoucher au Népal, aux Émirats arabes unis, les factures de santé étaient trop élevées. Son mari, Bibik Dhakal, est encore sur place. « Quand je vois tout ce qui se passe là-bas, sur les réseaux sociaux, dans les médias internationaux, ça m’inquiète énormément... J'ai peur que les missiles tombent sur son appartement, son quartier. À cause de cela, je ne dors plus depuis trois nuits », se désole-t-elle.
Et elle l’appelle chaque jour : « J’ai entendu les explosions, je n’ai pas vu de missiles en train de descendre dans le ciel, mais j’ai vu la fumée après qu’ils soient tombés au sol », témoigne son mari au téléphone.
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« La peur les tient éveillés »
Depuis la banlieue de Katmandou, son épouse reste connectée avec la communauté de travailleurs népalais. Pour l'association Shramik Sanjal, elle anime des émissions en direct sur les réseaux sociaux. Elle répond aux questions, et les informe de l’évolution du conflit. « Je parle avec beaucoup de travailleurs népalais au Moyen-Orient. Ces trois/quatre derniers jours ont été particulièrement durs. Ils sont réveillés par les bruits des missiles et des interceptions. Même lorsqu’ils essaient de s’endormir, ils n’y arrivent pas, la peur les tient éveillés. »
Susma travaille dans l’enseignement et son mari est analyste alimentaire. Le couple se dit chanceux par rapport aux Népalais qu’ils connaissent sur place, car ils occupent des emplois extrêmement précaires dans l’hôtellerie, l’agriculture, la construction ou la restauration. « Ils ont peur, ils passent leur temps à regarder des vidéos en direct, ils ne mangent pas, décrit Bibik Dhakal. Ils n’ont aucun choix. Ils n’ont pas leur passeport, c’est leur employeur, ou quelqu’un d’autre, qui le détient… Ensuite, ils n’ont pas d’argent pour partir… »
Ces travailleurs envoient chaque mois une grande partie de leur salaire à leurs proches, gardant le strict minimum. Ces transferts d’argent représentent un quart du PIB du Népal. C'est un sacrifice vital pour l’économie, mais qui ne leur offre pas de droits civiques. Tous ces travailleurs ne peuvent participer au scrutin de ce jeudi 5 mars : le vote dans les ambassades ou consulats à l’étranger n’est pas autorisé au Népal.
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