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Le grand invité Afrique

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  • Le grand invité Afrique

    La sécurisation du gazoduc transsaharien a convaincu Alger d'apporter «un soutien aux autorités de Niamey»

    29/10/2026
    C'est une première depuis la « guerre du Kippour » entre l'Égypte et Israël en 1973 : l'Algérie va déployer des troupes à l'extérieur de ses frontières, à savoir au Niger. Le Parlement algérien a approuvé le projet le 25 octobre. Pourquoi ce changement de doctrine ? Et va-t-on vers l'installation d'une base militaire algérienne sur le sol nigérien ? Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen, répond aux questions de Christophe Boisbouvier. 
    RFI : Quels sont les objectifs d'Alger au Niger ? Est-ce qu'ils sont politiques ou économiques ?
    Hasni Abidi : Pour Alger, il y a des éléments qui sont finalement d'ordre de sécurité mais aussi d'ordre économique. Du moment où les forces françaises sont retirées, les forces russes - en tout cas paramilitaires, avec Africa Corps - ont montré aussi leurs limites. Au Niger, vous avez aussi une force d'élite chargée de veiller sur la sécurité du président, qui est une force turque. Mais toutes ont montré des limites sécuritaires et les nouvelles autorités nigériennes se sont tournées vers Alger. L’Algérie avait aussi des intérêts très importants : sécuriser le gazoduc, qui est devenu une priorité stratégique pour l'Algérie, venant du Nigeria, en traversant le Niger pour arriver en Algérie. Évidemment, cette question-là, à mon sens, elle constitue l'élément central qui a convaincu les militaires algériens de pousser vers un soutien économique, militaire et politique des nouvelles autorités de Niamey.
    Ce fameux gazoduc géant entre le Nigeria, le Niger et l'Algérie, est-ce un vrai projet qui va se faire dans les années qui viennent . Ou est-ce que c'est un mirage du grand désert saharien ?
    Officiellement, le projet est passé d'une étude de faisabilité à l'exécution. Je pense que l'Algérie dispose de moyens financiers et économiques. Ce qui lui manquait, c'était plutôt de sécuriser ce projet. D'abord, l'Algérie a une certaine expertise en matière de gazoducs, puisqu’elle-même dispose de deux : un vers l'est qui part en Italie, l'autre vers l’ouest qui part en Espagne. Et l'infrastructure est déjà existante. Et l'Algérie nourrit cette ambition de devenir le véritable, je dirais, l'unique hub gazier économique et énergétique pour l'Europe. Évidemment, cette ambition passe nécessairement par ce gazoduc. D'abord, les quantités venant du Nigeria sont beaucoup plus importantes, sachant que l'Algérie, sa consommation locale du gaz est très, très, très importante. Et donc, c'est une alternative très intéressante pour Alger.
    Est-ce qu'on sait ce que contient le protocole de coopération militaire que viennent de signer Alger et Niamey ?
    Le protocole militaire n'est pas publié. Ce qu'on sait aujourd'hui, c'est que la présence des avions militaires à Niamey, et aussi dans d'autres bases, nécessite forcément la présence aussi de militaires. Et l'idée d'une base ou d'une position militaire avancée est à l'ordre du jour. Un autre élément qui n'est pas public, c'est bien sûr cette pointe des trois frontières entre le Niger, l'Algérie et la Libye. L’Algérie est très intéressée par cette région. Pour deux raisons :  la première, c'est que l'Algérie et la Sonatrach [entreprise publique des hydrocarbures, en Algérie, NDLR], avaient investi déjà dans plusieurs champs gaziers depuis l'ère de Kadhafi ; le deuxième élément, c'est que les forces de Khalifa Haftar [maréchal qui dirige l'est de la Libye, NDLR] sont arrivées jusqu'à la frontière algéro-libyenne. Et depuis cette séquence, les Algériens, en tout cas, ont pris les choses au sérieux, c'est-à-dire en sécurisant leur frontière avec la Libye.
    On parle de l'implantation éventuelle de l'armée algérienne sur la base nigérienne de Madama, à l'extrême nord-est du Niger, à une centaine de kilomètres de la frontière libyenne.
    Oui, sachant les relations très importantes entre les Émirats arabes unis, Abou Dhabi et Khalifa Haftar, le gouvernement de l'est. Il y a aussi cette nouvelle complication : les relations étant rompues entre Abou Dhabi et Alger, les Algériens ne pouvaient pas se permettre de laisser les forces de Khalifa Haftar, qui est proche d'Abou Dhabi, contrôler cette région. D'autant plus que les Algériens ont déjà des investissements économiques pas loin de cette région frontalière.
    Vous ne seriez donc pas étonné que les Algériens s'implantent sur la base de Madama ?
    Il n'est pas exclu que les Algériens s'implantent et les autorités du Niger veulent un soutien militaire. Évidemment, c'est aux Algériens de trouver quelles sont les réponses et comment concrétiser finalement la sécurité du Niger qui passe par la sécurité du régime à Niamey.
    Quel est le positionnement d'Alger par rapport à Haftar ?
    Les relations sont tendues entre Haftar et Alger. Cependant, Alger observe que le Maréchal Haftar a réussi à normaliser ses relations avec un autre pays qui s'entend bien avec Alger, à savoir la Turquie. Le gouvernement de l'Est libyen a même ratifié un accord controversé qui offre plusieurs avantages à la Turquie. Mais je pense que l'amélioration des relations entre le camp Haftar et la Turquie va amener aussi les Algériens à réviser leurs relations avec le camp de l'Est. D'autant plus qu'aujourd'hui, il y a des préparatifs très sérieux, probablement soutenus par les Américains, pour un départ du Maréchal Haftar au profit de ses enfants, de son fils Saddam et son fils Belgacem, avec probablement aussi la famille Dbeibah [du Premier ministre Abdelhamid Dbeibah qui dirige le gouvernement de Tripoi, NDLR] du côté de l’ouest de la Libye. En quelque sorte, la prochaine configuration politique en Libye va aussi dicter une nouvelle approche de l'Algérie, ce qui explique la réunion qui a eu lieu cette semaine entre les États voisins de la Libye, à savoir l'Égypte, la Tunisie et l'Algérie.
     
    À lire aussiAlgérie: pourquoi le Parlement a voté pour l'envoi d'unités militaires au Niger
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    Sommet Russie-Afrique: «La marge de manœuvre de la Russie se trouve diminuée» par la guerre en Ukraine

    28/10/2026
    C'est ce mercredi 28 octobre que doit s'ouvrir à Moscou le troisième sommet Russie-Afrique, où Vladimir Poutine espère réunir entre 15 et 20 chefs d'État africains. Les enjeux pour la Russie : fiabiliser son offre sécuritaire aux pays africains en situation instable et développer ses relations économiques et commerciales avec le continent africain. Mais quelles sont les marges financières de la Russie, au moment où son effort de guerre contre l'Ukraine absorbe 40 % de son budget ? Paul-Simon Handy est le directeur du bureau Union africaine de l'Institut d'études de sécurité. En ligne depuis Addis Abeba, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
    RFI : Au Mali, les Russes ont perdu Kidal et leur principal homme de confiance à Bamako, le général Sadio Camara, c'était le 26 avril. Mais le 6 octobre, ils ont reconquis Kidal avec les Fama, les forces armées maliennes. Est-ce qu'on peut dire que cette victoire militaire tombe à pic ?
    Paul-Simon Handy : Elle tombe certainement à pic avant le sommet Russie-Afrique, la Russie peut se positionner en partenaire de confiance. Mais moi, je continue de dire que ce n'est qu'une victoire tactique. C'est un succès tactique qui ne rétablit pas forcément la sécurité et surtout pas la stabilité structurelle à Kidal, qui n'exclut pas qu'il y ait un renversement de situation dans les prochains mois. Et je ne pense pas que les services publics retourneront de sitôt à Kidal. Donc, il y a eu un succès sur le terrain, mais sa durabilité reste encore à démontrer.
    Des instructeurs russes au Togo, des armes russes qui débarquent au port de Lomé à destination de Bamako… Est-ce que tout cela n'est pas le signe que la Russie est en train de réussir à étendre son influence au-delà des trois pays du Sahel central ?
    La Russie offre des instruments de protection des pouvoirs et elle est capable de le faire aujourd'hui. Mais je ne sais pas si on peut parler de réussite à long terme. Je ne pense pas que ce soit un acquis. Lorsqu'il s'agit du Sahel, la Russie gagnerait, à mon avis, à transformer cette offre purement de défense et de maintien des pouvoirs en une véritable offre économique qui créerait des biens publics régionaux ou même qui s'élargirait aussi aux domaines technologiques.
    Et à Madagascar, depuis la chute d’Andry Rajoelina et l'arrivée du colonel Michaël Randrianirina, est-ce que la Russie n'est pas en train de faire une percée ?
    Alors c'est sûr que la Russie va faire une percée. Il faudrait encore savoir quelles seront les modalités. Le pouvoir de transition à Madagascar a besoin d'alliés qui ne sont pas très regardants sur les conditions qu'on pose à la transition. Il est très probable que la Russie ait des réponses ponctuelles aux besoins qu'exprimerait le pouvoir de transition à Madagascar. Notamment des besoins en termes d'équipements militaires, de contrôle des foules, des besoins même en termes de drones, de livraison de drones. Donc, oui, la Russie pourrait, là encore, avoir des solutions ponctuelles à des besoins qui sont pressants, mais je ne pense pas que ce soit sur le long terme, ce qui peut construire les fondements d'une relation bilatérale multisectorielle et apaisée.
    Sur le plan économique, est-ce que le coût de la guerre contre l'Ukraine ne réduit pas les capacités budgétaires de la Russie pour investir en Afrique, pour aider, par exemple, à la restructuration des dettes souveraines ?
    Je pense que, si la Russie, au-delà de la défense, trouve en Afrique des débouchés pour ses céréales et surtout pour ses engrais, elle a beau jeu d'essayer d'exclure l'Ukraine de ce marché qui peut s'avérer juteux compte tenu de la dépendance de certains pays africains aux céréales et à certains types d'engrais en provenance de Russie et à l'époque aussi en provenance de l'Ukraine. Mais je pense que la marge de manœuvre de la Russie s'en trouve diminuée, justement parce que l'effort de guerre lui coûte énormément. Vu l'ensemble des déclarations de Moscou et de ses grandes orientations de politique africaine, je pense que, pour mettre en œuvre toutes ces orientations, il faudrait que Moscou puisse avoir une marge de manœuvre fiscale et budgétaire qui ne me semble pas être présente en ce moment. Donc oui, la guerre en Ukraine fait peut-être que la Russie ne puisse se contenter que d'une aide en matière de défense et d'une coopération commerciale en matière de provisions d'engrais et de matériel agricole.
    Est-ce que des pays comme la République centrafricaine ne sont pas en train de tester une politique étrangère à double face, une alliance sécuritaire avec la Russie et une alliance budgétaire avec la France ?
    Probablement. En tout cas, on voit bien que la République centrafricaine se garde bien de choisir entre la Russie, la France et les autres pays occidentaux. Pour le moment, on a plutôt l'impression qu’elle multiplie les conditions de sa dépendance.
    Suite au recrutement par la Russie de plusieurs centaines de mercenaires kényans pour aller combattre en Ukraine, le ministère kényan des Affaires étrangères a élevé la voix : « Il est inacceptable que nos jeunes servent de chair à canon ». Est-ce que cette pratique du recrutement de mercenaires ne risque pas de compliquer le message anti-impérialiste de Moscou ?
    Oui, sans équivoque aucune. Il complique ce message et il démontre à ceux qui avaient besoin de preuves que la Russie, finalement, utilise des méthodes qui sont très peu différentes des méthodes qu'elle dit vouloir remettre en question. Notamment, elle a recours à des agences de sécurité privées pour recruter des jeunes Africains et les envoyer dans des théâtres de guerre en Ukraine. Ceci est tout sauf du soutien à l'indépendance et la souveraineté des pays africains. C'est véritablement de l'utilisation et de l'abus de la misère de certains jeunes Africains en quête d'opportunités pour les emmener faire la guerre. Une guerre qui ne les regarde pas du tout.
     
    À lire aussiSommet Russie-Afrique: Moscou en opération séduction pour cette troisième édition
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    Projet de loi de finances rectificative au Sénégal: «Pas de réponse satisfaisante sur la hausse du prix de l'énergie»

    27/10/2026
    Au Sénégal, le bras de fer continue entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ex-Premier ministre Ousmane Sonko, qui contrôle l'Assemblée et menace de bloquer le vote de la loi de finances rectificative. Lundi 26 octobre sur RFI, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a demandé à Ousmane Sonko de ne plus faire de surenchère. Ce mardi, réponse du député Mohamed Ayib Salim Daffé, fidèle d'Ousmane Sonko, qui préside le groupe Pastef à l'Assemblée. Interrogé par Christophe Boisbouvier, il demande au Premier ministre de ne plus jouer à cache-cache et de descendre de son piédestal.
    RFI : Dans votre dernier communiqué de presse, vous insistez sur la nécessité de préserver le pouvoir d'achat des Sénégalais. Quels sont les points du projet de loi de finances qui, selon vous, pourraient menacer ce pouvoir d'achat ?
    Mohamed Ayib Salim Daffé : Bon, dans le contexte actuel, il y a une hausse des prix des denrées de première nécessité. Et d'ailleurs, cela a conduit les secteurs sociaux à aller en mouvement social. Il y a également la question de la hausse du prix de l'énergie. Donc, que ce soit le carburant et l'électricité, cela a été décrié notamment par toutes les associations de consommateurs. Donc, ça pèse lourdement sur les factures des ménages. Et sur ce point-là, le projet de loi de finances rectificatives ne donne pas des réponses satisfaisantes. Notamment, nous avons noté un passage du montant de la subvention [sur les carburants]. Dans la loi de finances de 2026 initiale, elle était de 250 milliards de francs CFA et elle va à 790 milliards. Maintenant, le mécanisme de financement de cette subvention pour nous pose problème.
    Alors, vous parlez donc du coût de l'énergie, depuis le blocage du détroit d'Ormuz, le prix du pétrole flambe. Le Premier ministre affirme avoir dû dépenser quelque 550 milliards de francs CFA pour que cette hausse ne soit pas répercutée aux consommateurs. Et si j'ai bien compris, vous craignez que cette subvention ne soit plus financée et qu'avec ce projet de loi, il y ait une hausse du prix à la pompe, c'est ça ?
    En réalité, actuellement, le gouvernement est en train de vouloir financer la subvention en utilisant des crédits qui étaient destinés à des investissements prioritaires. Ils ont fait des coupes importantes dans des secteurs sociaux comme la construction des centres de santé, la construction d'hôpitaux, la construction d'infrastructures hydrauliques prioritaires, sans pour autant qu'il y ait eu un dialogue avec l'Assemblée nationale, alors que, pour nous, le gouvernement aurait pu agir sur les taxes en baissant les taxes concomitamment à la réduction de la subvention. Cela aurait pu permettre de préserver ces investissements et éviter ces coupes drastiques sur les dépenses d'investissement. Mais le gouvernement joue à cache-cache parce que, même quand je parle de la transparence du projet de loi de finances, il y a beaucoup de crédits, par exemple, qui sont inscrits. Il a fallu beaucoup de gymnastique pour les retrouver. Par exemple, comment ils doivent financer les subventions, ils ne les mettent pas de manière explicite, mais ils le cachent dans des crédits qui ne sont pas vraiment expliqués aux députés. Il a fallu à plusieurs reprises qu'on demande des explications, qu'on demande des documents et malheureusement, jusqu'à présent, toute la documentation, nous ne l'avons pas encore.
    Alors, vous l'avez entendu hier matin sur RFI, le Premier ministre espère un compromis avec vous avant le vote en plénière. Est-ce que cela vous paraît possible ?
    Oui bien sûr. S'ils descendent de leur piédestal et consentent à discuter, à dialoguer avec l'Assemblée nationale, notamment avec la majorité et les différents groupes parlementaires, donc, il va falloir au gouvernement engager un dialogue sincère, franc et constructif et pouvoir tenir compte de nos préoccupations qui sont des exigences réalistes.
    Quand le Premier ministre Ousmane Sonko a été limogé au mois de mai dernier, il a subi une certaine forme d'humiliation. Est-ce qu'au fond, aujourd'hui, ce bras de fer sur le projet de loi de finances, ce n'est pas une sorte de revanche pour vous ?
    Non, non. Nous ne jouons pas avec les institutions. Et effectivement, le gouvernement fait preuve de mépris, d'arrogance envers la représentation nationale. Mais pour nous, ce qui compte, c'est vraiment de défendre l'intérêt des populations sénégalaises. Et nous avons examiné ce projet de loi de finances rectificatives avec un esprit constructif et comment faire pour l'améliorer. Et nous avons mis des propositions sur la table. Donc, nous ne sommes pas dans un esprit de revanche. Ce n'est pas cela qui nous anime.
    Et si aucun compromis n'est trouvé dans les prochains jours, si le gouvernement engage sa responsabilité devant vous, devant l'Assemblée, qu'est-ce que vous ferez ?
    Pour nous, en tout cas, la porte du dialogue est encore ouverte et nous espérons que le gouvernement reviendra à la raison et tiendra compte des préoccupations de la majorité. Donc, ils doivent dialoguer et se concerter pour trouver un consensus sur les décisions majeures qui engagent le présent et l'avenir des Sénégalais.
    Donc, si jamais le gouvernement engage sa responsabilité, une motion de censure n'est pas exclue ?
    Rien n'est exclu dans la mesure où ce sont des prérogatives constitutionnelles. Donc, nous appliquerons les lois et les règlements des prérogatives qui nous sont offertes. Maintenant, notre option actuellement est de discuter avec le gouvernement pour trouver un consensus.
    Pour la première fois dans l'histoire des Jeux olympiques, des Jeux vont avoir lieu en Afrique et ce sera dans votre pays à partir de samedi prochain. Mais ne craignez-vous pas, si vous faites de la surenchère, comme dit le Premier ministre, ne craignez-vous pas que l'opinion vous reproche de gâcher la fête ?
    Non, nous ne sommes pas des saboteurs. Nous ne sommes pas également des gens qui font de la surenchère. Nous sommes des Sénégalais responsables et nous souhaitons que les Jeux se déroulent dans les meilleures conditions. Maintenant, c'est au gouvernement, comme je l'ai dit, de descendre de son piédestal et d'engager le dialogue.
     
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    Sénégal: «La loi de finances est indispensable» pour «relancer l’économie», dit Ahmadou Al Aminou Lô

    26/10/2026
    Le Sénégal risque un nouveau blocage autour du texte de la loi de finances rectificative. Ce texte doit être présenté en pénière pour adoption mardi 27 octobre, mais les députés Pastef, ultra-majoritaires à l’Assemblée nationale, ont rejeté le projet de loi en commission vendredi 23 octobre, faisant craindre un blocage. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô défend ses choix budgétaires dans un contexte économique contraint et appelle à s’entretenir avec les députés du Pastef dans une ultime tentative de trouver une entente. Ahmadou al Aminou Lo est notre grand invité, au micro de Lea-Lisa Westerhoff.
    RFI : Le Sénégal semble avoir atteint un point de blocage majeur avec ce refus des députés Pastef de voter la loi de finances rectificative (LFR). Comment l'expliquez-vous ?
    Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô : Il n'y a pas, à mon avis, un point de blocage majeur. C'est simplement que le dialogue n'a pas pu se faire dans les formes et dans la profondeur nécessaire, et mon appel est que ce dialogue reprenne dès demain.
    L'actuel président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, est-il allé trop loin en assurant que le Pastef ne voterait pas cette loi de finances rectificative ? Vous avez parlé de faire obstruction. Est-ce le cas ?
    C'est ça la politique. On peut faire beaucoup de surenchères, mais à la fin de la journée, j'ai toujours aimé dans ce pays le fait que l'intérêt supérieur de la Nation va commander, que les uns et les autres se ressaisissent. Le Sénégal a démontré sa résilience dans des cas beaucoup plus graves, notamment pendant la crise politique 2021-2024, qui a fini par un dialogue entre des opposants et des adversaires coriaces. Ici, nous ne sommes pas dans l'adversité. C'est le même parti qui, à un moment donné, a connu des contraintes qui ont fait que le président de la République s'est séparé de ce Premier ministre qui allait jouer à l'Assemblée nationale un rôle qui est très, très important : contrôler l'action publique. Donc, aujourd'hui, oui, il est dans son rôle, mais c'est peut-être de la surenchère, un blocage temporaire, dû certainement à des incompréhensions. Mais je reste convaincu que si chacun est ouvert de son côté, nous trouverons une solution pour que cette loi de finances rectificative puisse enfin être votée.
    Mais concrètement, que comptez-vous faire pour sortir du blocage actuel ? Dans votre entourage, certains évoquent la possibilité d'engager la responsabilité du gouvernement pour faire passer cette loi de finances rectificative sans vote. Est-ce que c'est une option aujourd'hui ?
    S'il n'y a pas volonté d'obstruction, il n'y a pas de raison d'engager la responsabilité du gouvernement. Et je reste convaincu, très, très convaincu que nous nous entendrons. Maintenant, si on ne s'entend pas, la Constitution sénégalaise donne des prérogatives dont nous allons user sans pour autant que soit forcément engagée la responsabilité du gouvernement.
    Quelles sont ces prérogatives concrètement ?
    Il y a la possibilité d'aller jusqu'à introduire des amendements et de faire en sorte que ces amendements introduits par le gouvernement puissent être acceptés ou, à défaut, que cela puisse passer au vote bloqué. Donc, il n'y aura pas de blocage de ce pays, il n'y aura pas de shutdown. Mais cette LFR est indispensable puisqu'il doit nous permettre de relancer l'économie, de permettre aux entrepreneurs de retrouver le paiement de leurs arriérés. Mais surtout, et le plus important, c'est de faire en sorte qu’il réponde à la nécessité de traduire le choc énergétique qu’on a eu avec la guerre Iran - États-Unis - Israël qui nous a donné une hausse des coûts de 550 milliards [de francs CFA, 838 millions d’euros, NDLR], que nous n'avons pas voulu répercuter aux consommateurs. Il me semble qu'il y a, à nouveau, une absence de compréhension de ce que nous voulons faire. Pourtant, je reste disponible, et comme je l'ai dit, pour qu'on s'entende sur l'essentiel, puisque bloquer un budget a des conséquences qui vont au-delà du seul Sénégal.
    Justement, parmi les conséquences, s'il ne devait pas y avoir d'accord sur cette loi de finances rectificative, est-ce à dire qu'il n'y aurait pas de prêt du FMI ? Quelles seraient les conséquences pour le Sénégal ?
    Nous continuons les échanges avec le FMI, je suis sûr, qui suit de très très près cette situation, le calendrier de nos rencontres reste maintenu. Nos créanciers, également, je les rassure sur le fait que nous maintenons ce calendrier parce que nous restons convaincus que la raison prévaudra en définitive, et que ce projet de loi de finances rectificative sera en définitive voté par l'Assemblée nationale, nous l'espérons, mardi [27 octobre 2026, NDLR]. Mais si ce n'est pas mardi, ce sera dans les jours qui suivent.
    Ce bras de fer, ces tensions récurrentes entre l'exécutif et le législatif auquel on assiste au Sénégal depuis quelques mois, se déroulent à quelques jours des premiers Jeux olympiques de la jeunesse qui doivent se tenir en Afrique. Est-ce que ce n'est pas regrettable pour l'image du Sénégal ?
    Oui. Lorsque vous recevez le monde, vous devez quand même présenter, dans ce pays, un visage qui soit un visage d'unité. La paix, plus fort, plus haut : c'est quelque chose que nous voulons réserver à notre jeunesse. Il ne faut pas qu'on gâte cette fête pour la jeunesse parce que l'Assemblée nationale n'arrive pas à comprendre, ou ne veut pas comprendre, ce que nous avons mis sur la table et sur lequel nous allons encore nous donner les moyens de dialoguer, puisque c'est également la volonté de Son Excellence le président de la République Bassirou Diomaye Faye que ce pays puisse reprendre son bon chemin.
    Sur le front social, la grève générale à laquelle le Sénégal a assisté la semaine dernière n'est-elle pas le signe d'un échec de votre gouvernement à répondre aux demandes sociales des Sénégalais ?
    En fait, c'est juste un signal d'un Sénégal qui souffre. Quand vous êtes une petite économie ouverte, sensible à tous les chocs – et ce monde est connu pour des chocs, on peut dire maintenant semestrielles – ne pas avoir des finances publiques qui sont sur les bons rails, cela amène, disons, à ce que certains engagements qui avaient été pris ne puissent pas être respectés parce que, fondamentalement, vous n'avez pas les moyens de les respecter. Et, quand les gens sont dans une situation où la vie chère les encercle, comme en France, par exemple, vous voyez, ce front social se réveiller facilement. Nous devons continuer à dialoguer et c'est ce que j'ai fait en les recevant la semaine dernière. Nous allons aller de l'avant sur ce que nous pouvons à nouveau satisfaire, mais à condition que cette loi de finances rectificative puisse être votée.
    Mais les Sénégalais, que leur proposez-vous concrètement ? À ceux qui justement trouvent les fins de mois difficiles se plaignent de l'augmentation des prix du carburant, que leur dites-vous ?  
    Je dis aux Sénégalais que l'espoir est là. Ce à quoi nous nous attendons à partir – on va dire de la mi-novembre, et parce que le Fonds monétaire international programmera le dossier du Sénégal, si les éléments résiduels sont fournis – c’est que cela va débloquer d’une autre façon. Non pas l'ampleur des fonds que le Fonds monétaire va nous donner, mais c'est surtout cette attente que beaucoup d'investisseurs étrangers avaient, beaucoup d'investisseurs privés nationaux qui n'arrivaient pas à recouvrer leurs créances. Ce que je dis aux Sénégalais, c'est qu’un Sénégal nouveau est devant nous, mais vraiment devant nous, pour un futur extrêmement proche, dès le mois de novembre, à condition que nous puissions, nous sachions nous surpasser dans ce moment critique décisionnel sur la LFR. Nous allons avoir à la fois un appui du Fonds monétaire international, un appui budgétaire de la Banque mondiale et d'autres bailleurs qui sont vers nous, et cela va nous permettre de déclencher une dynamique qui permettra de faire une fin d'année qui sera très prometteuse, une année 2027 qui sera lumineuse.
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    Entretien filmé par Kaourou Magassa et Mahamadou Pame et monté par Mohamed Diawara.
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    Expo sur Amilcar Cabral: «On a voulu présenter un intellectuel africain qui a mis la dignité au centre de son action»

    24/10/2026
    « Amílcar Cabral : pour un humanisme radical », est la nouvelle exposition présentée au sein de la Maison des mondes africains (MansA), qui a ouvert ses portes il y a un an au cœur de Paris, dans le 10ème arrondissement. Cinq décennies après son assassinat, que reste-t-il du père des indépendances lusophones ? Comment s’approprier ses convictions, ses luttes ? La Mansa réunit des artistes, des musiciens, des chercheurs dans cette quête au 13 décembre 2026. La commissaire de l’exposition Ângela Benoliel Coutinho travaille sur l’histoire d’Amílcar Cabral depuis 20 ans et est interrogée par Guillaume Thibault. 
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À propos de Le grand invité Afrique
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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