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Le grand invité Afrique

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  • Le grand invité Afrique

    Création du poste de vice-président au Cameroun: «Il s'agit d'une possibilité et non d'une obligation»

    20/05/2026
    Ce mercredi 20 mai c'est, comme tous les ans, la Fête de l'unité au Cameroun. Le président Paul Biya, 93 ans, présidera un défilé imposant sur l'une des grandes avenues de la capitale, Yaoundé. Ce jour de fête nationale est l'occasion de faire le point sur les attentes des Camerounais, sept mois après la présidentielle du 12 octobre, qui a vu Paul Biya se faire réélire officiellement pour un huitième mandat. Y a-t-il de l'impatience ? Voire de l'inquiétude ? Armand Leka Essomba dirige le département de sociologie à l'université de Yaoundé 1. En ligne de la capitale camerounaise, il répond à Christophe Boisbouvier.
    RFI : Quel est l'état d'esprit des Camerounais sept mois après l'élection présidentielle ?
    Armand Leka Essomba : Sept mois après, beaucoup s'attendaient à… Notamment après avoir écouté les différents discours du chef de l'État, car il avait évoqué un certain nombre de réformes institutionnelles urgentes, il était revenu sur les processus de rajeunissement du personnel politique. Sauf que, sept mois effectivement après, il y a toujours une attente, une attente qui s'exprime parfois dans des formes d'impatience. Certaines de ces formes d'impatience sont de temps à autre reprises par les médias locaux et les courants d'opinion, parfois sous la forme de dérision. Et donc finalement, c'est toujours l'attente, mais il y a beaucoup qui pensent que sept mois après, c'est un peu long. 
    Alors, cette présidentielle a été marquée par un résultat officiel vivement contesté par l'opposition. Le candidat Issa Tchiroma lui-même est en exil en Gambie, à plusieurs milliers de kilomètres de votre pays. Est-ce que cela ne complique pas la tâche de l'opposition pour mobiliser ?
    Il est évident que c'est monsieur Issa Tchiroma qui est la figure qui a su incarner un peu les espoirs de ceux qui travaillaient à une forme d'alternance, au regard de son résultat. Sauf que, effectivement, vous avez raison de souligner que son exil africain en Gambie complique absolument tout. Associé au fait que lui-même n’avait pas un appareil politique qui avait une implantation nationale. Donc son exil, effectivement, a laissé absolument orphelins la plupart de ceux qui espéraient organiser une expérience de rupture.
    Depuis la réélection officielle de Paul Biya, il n'y a eu aucun changement au niveau du gouvernement, aucun remaniement. Comment les Camerounais expliquent-ils cet immobilisme ?
    Alors, les Camerounais, on a bien senti au lendemain de l’élection présidentielle qu'il y avait une forme d'impatience. Puisque, de l’avis de tout le monde, effectivement, il y a une sorte de blocage de manière générale. Beaucoup aujourd'hui parlent, disons, d'un pays qui fait du surplace, qui n'avance pas. Tout le monde pointe une certaine fatigue. Mais je pense que de manière générale, le plus urgent, ce qui semble perceptible lorsqu'on écoute un peu les uns et les autres, c'est comment est-ce qu'on va organiser, disons, le processus de transition inévitable si quelque chose survenait ? Si le président venait à ne plus avoir la capacité physique de conduire l'État, que se passerait-il ?
    Alors, certains évoquent l'arrivée au gouvernement d'anciens candidats de l'opposition. Est-ce que ce serait possible ?
    Ce ne serait pas la première fois que cela arriverait. Des rumeurs circulent et un certain nombre de ces candidats, parfois dans leurs interventions, ont laissé la porte ouverte à cette possibilité. Je pense notamment au candidat Cabral Libii et à bien d'autres.
    Alors, la seule nouveauté depuis octobre dernier, c'est la création le mois dernier au sommet de l'État d’un poste de vice-président qui n'est pas encore pourvu. Il sera désigné par le chef de l'État et, en cas de vacance du pouvoir, il achèvera le mandat en cours jusqu'en 2032. Aux yeux des Camerounais, c'est plutôt un signe d'ouverture ou au contraire une opération de verrouillage ?
    Alors, là-dessus, il y a une certaine ambivalence liée au fait que beaucoup auraient bien souhaité que celui qui deviendra vice-président soit élu. Mais de manière générale, je pense que l'introduction du poste de vice-président a été globalement appréciée. Cependant, je pense que quelque chose qui a également pu échapper à beaucoup, c'est que l'article en question n'a pas, me semble-t-il, une valeur impérative. L'article nouveau indique très bien que le président peut se faire assister. Il s'agit d'une possibilité et non d'une obligation. Il pourrait donc ne pas pourvoir au poste de vice-président qu'il ne violerait pas la Constitution. Et on peut tout à fait imaginer une hypothèse où cette disposition peut être maintenue durant de longues années sans que le vice-président soit pourvu.
    Et qui tient la corde pour occuper ce poste ? Certains parlent du fils de Paul Biya, d'autres de l'un de ses proches au sein de la présidence ou de l'un de ses ministres actuels, ou peut-être encore d'une personnalité anglophone pour faire équilibre avec les francophones au pouvoir.
    Alors, nous n'avons aucun élément pour pouvoir nous prononcer. Le président Biya n'a jamais mis en avant son fils, ça peut être un facteur. Donc, il s'agit de spéculations, mais ce sera probablement quelqu'un de particulièrement proche dont il aura l'assurance que cette personne pourrait lui organiser une sortie des plus honorables et garantir à lui-même, à sa famille, à son entourage immédiat, une fin tout à fait heureuse.
    Un fidèle parmi les fidèles ? 
    Absolument.
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    Pollution du delta du fleuve Niger: «Les compagnies pétrolières au Nigeria, pour la plupart, ont la responsabilité première»

    19/05/2026
    D'après Amnesty International, c'est l'une des régions « les plus polluées de la planète ». Dans le sud du Nigeria, le delta du fleuve Niger est une éponge à pétrole, mais c'est aussi un désastre écologique. Ce mardi 19 mai, les ONG veulent profiter de l'assemblée générale des actionnaires de la compagnie pétrolière Shell, qui se tient à Londres, pour alerter sur les dangers de cette marée noire. Kathryn Nwajiaku-Dahou, chercheuse britannique d'origine nigériane, enquête sur ce fléau depuis trente ans. Aujourd'hui, elle est l'une des cadres du think tank ODI Global, basé à Londres. 
    Les ONG veulent profiter de l'assemblée générale des actionnaires de Shell ce mardi à Londres pour alerter l'opinion sur la pollution du delta du fleuve Niger. Mais est-ce que les actions de dépollution, de nettoyage, n'ont pas quand même commencé à produire leurs effets ces dernières années ?
    Kathryn Nwajiaku-Dahou : J'ai eu l'occasion d'être à la tête d'une commission d'enquête qui, pendant cinq ans, a cherché à documenter le problème et a fait des recommandations il y a deux ans pour que Shell et d'autres compagnies nettoient avec des coûts assez précis. Depuis la publication de ce rapport-là, pour ce qui est au moins de l'État de Bayelsa, un État qui produit au moins un quart du pétrole au Nigeria, rien n'a été fait. Donc, je crois que les ONG, elles ont raison d'alerter, surtout à un moment où les compagnies comme Shell notent des profits incroyables à la suite de la guerre récente en Iran. Et je crois qu’il est temps de commencer réellement le nettoyage qu'il faut. 
    Alors, vous dites que rien n'a été fait dans l'État de Bayelsa, est-ce que quand même des actions ont été faites dans d'autres États comme l'État de Rivers ? 
    Certainement, à Bodo, suite à un accord à l'amiable entre certaines communautés vivant à Bodo, il y a eu le début d'un processus de nettoyage. Mais l'État de Rivers et la région du Bodo représentent un pourcentage infime de l'échelle du problème. 
    À l'origine des marées noires, il y aurait dans 83% des cas des fuites provoquées par les voleurs de pétrole, dit l'agence Nosdra, qui est l'agence fédérale chargée d'identifier les fuites de pétrole. Qu'est-ce que vous en pensez ?
    Je crois que ces chiffres-là sont des faux chiffres, tout simplement, et j'ai des preuves. Parce que la manière dont Nosdra enquête sur l'origine, la provenance des fuites est très suspecte. Nosdra dépend des compagnies en général. Nosdra dépend à 100% de la logistique des compagnies pour pouvoir enquêter. Donc, nous, on trouve que les statistiques de Nosdra sont très biaisées.
    Et certes, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas une partie des fuites liées aux voleurs, au vol, mais là, pour la plupart, il s'agit d'une infrastructure dilapidée, pas suffisamment entretenue, qui est à l'origine d'un problème endémique dans le delta du Niger, où on a une infrastructure qui date dans certains cas de 60 ans. Donc, c'est trop facile de mettre tout ça sur les épaules des voleurs, parce que, souvent, il a été trop courant de parler du problème de la pollution dans le delta comme un problème de sabotage et de criminalité. Moi, je recadrerais en disant que les compagnies pétrolières qui sont au Nigeria, pour la plupart depuis 70 ans, ont la responsabilité première. 
    Depuis quelques années, Shell essaie de vendre la plupart de ses actifs pétroliers dans le delta à une compagnie nigériane, Renaissance. Est-ce que vous ne craignez pas qu'avec ce nouvel exploitant pétrolier les opérations de nettoyage soient encore plus compliquées ?
    Certainement. Depuis dix ans, Shell, Eni et d'autres essaient de vendre leurs licences d'abord et maintenant leurs actions. Ce qui est intéressant pourtant, ces sociétés n’ont pas vendu à une compagnie dans le cas de Shell, elles ont vendu à un consortium de cinq compagnies. Et pour pouvoir accéder à cette vente, c'est Shell qui a prêté 70% des fonds à ces compagnies qui se sont mises en consortium pour acheter. Donc, est-ce qu'on peut parler d'une vraie vente ou pas ? Ça, c'est de un. Et de deux, dans les tribunaux en Angleterre actuellement, cet argument que, une fois que la compagnie vend ses actions, la compagnie n’est plus responsable, cet argument a été démontré faux. Shell reste, malgré la vente, « liable », justiciable, redevable par rapport aux pollutions liées à ces infrastructures avant la vente. Certes, on a des exemples où les nouvelles compagnies sont encore moins réactives que Shell ou Eni par le passé, mais je trouve que les multinationales, comme Shell et Eni, sont toujours impliquées dedans.
    Donc, Shell ne va pas si facilement échapper à ses responsabilités devant les tribunaux britanniques ? 
    C'est ce qu'on va voir, on attend le jugement. Je crois que c'est l'année prochaine, en mars 2027. Mais ce n'est pas une chose aussi claire et facile d'imaginer qu'une fois qu'on vend les actions, qu'on va s'extirper, s’exonérer de ses responsabilités envers les populations du delta.
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    Ebola: «Cela va prendre du temps, mais on va vaincre», affirme le professeur Jean-Jacques Muyembe

    18/05/2026
    Jean-Jacques Muyembe est une figure mondiale de la virologie. Congolais, il fait partie de l'équipe qui a co-découvert le virus Ebola en 1976. Depuis, il a géré épidémie après épidémie en RDC, souvent dans des zones de guerre, parfois en véhicule blindé. Ce lundi, le directeur de l'Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa répond aux questions de Patient Ligodi sur cette dix-septième épidémie. Il exprime un regret : la détection trop tardive. Et lance un avertissement : personne ne connaît encore l'ampleur réelle de ce qui se passe en Ituri.
    Quand on est l'Institut national de recherche biomédicale (INRB), comment gère-t-on une épidémie dans une zone qui est contrôlée par la rébellion ? Est-ce facile pour vous de pouvoir recevoir les échantillons et faire les suivis comme il le faut, sachant qu'administrativement et politiquement, il y a des défis ?
    Nous avons eu cette expérience en 2018-2020, quand nous avons géré l'épidémie à Mangina, Beni et Butembo. C'était vraiment un grand défi. C'est le plus grand défi, je peux dire, de ma vie, de pouvoir travailler sur un terrain miné par des groupes armés. Mais on parvient toujours à s'entendre, à trouver des solutions pour que le travail puisse se faire dans les meilleures conditions possibles. D'ailleurs, pendant l'épidémie, par exemple, de Beni et Mangina, nous avions perdu un médecin de l'OMS qui a été assassiné, nous avons également perdu une infirmière à Biakato, qui a été attaquée par des groupes armés en pleine nuit. Ils sont entrés dans le dortoir où se trouvaient nos agents et ils ont massacré et blessé beaucoup de personnes là-dedans. Donc, c'est un grand risque. 
    D'ailleurs, moi-même, quand je partais là-bas, je circulais dans un véhicule blindé parce que vous faites la route de Beni à Butembo, la route la plus dangereuse du monde. Donc il faut avoir un véhicule blindé ou bien des hélicoptères qui ont des mitrailleuses. C'était à l'époque de la Monusco. Maintenant, je ne sais pas comment nous allons faire, mais je crois que le ministre va donner des instructions pour que l'on utilise le personnel local. Au lieu de prendre des personnels de Kinshasa – la logistique serait très compliquée –, il vaut peut-être mieux utiliser le personnel local pour avoir la confiance de la population, vous voyez ? Parce que quand nous travaillions là-bas, même nous qui venions de Kinshasa, on nous appelait les étrangers. Alors, j'ai dû changer de stratégie pour donc engager les enfants et le personnel local, pour avoir confiance en la population et travailler en toute confiance avec eux.
    Il y a également Kinshasa. On sait qu'il y a une connexion aérienne entre Bunia et Kinshasa. Il y a eu dans un premier temps un premier cas qui a été signalé comme étant positif.
    Pour les cas qui étaient venus de Bunia, c'était un cas qui était parti à l'enterrement de son père décédé à Bunia. Puis, quand il est revenu, quand on a commencé à parler de cette épidémie, il est venu se présenter spontanément à l'INRB pour faire le test. Mais le test est négatif. Pour le moment, il est gardé en surveillance.
    Eu égard au niveau de propagation, à ce qu'on sait de cette épidémie, s'il y a des actions urgentes à faire pour limiter la propagation et l'évolution de cette épidémie, que faut-il faire ?
    Franchement, pour le moment, personne ne peut donner un chiffre. Personne n'a la maîtrise des chiffres. On ne peut pas dire combien de cas il y a, combien de contacts, combien de décédés d'Ebola. Ils sont en train de travailler. Maintenant, on va faire la liste linéaire de tous les cas suspects et tracer s'il y a des liens entre ces cas. Nous saurons exactement quelle est l'ampleur du problème. Mais pour le moment, c'est simplement la panique parce qu'on dit que c'est une souche nouvelle. En fait, elle n'est pas si nouvelle que cela. Ce n'est pas la souche la plus meurtrière. Même les organismes internationaux doivent mettre un peu d'eau dans leur vin, se calmer et attendre que les premières investigations nous disent exactement quand cette maladie a commencé, combien de cas, quels sont les contacts, et ainsi de suite. Nous commencerons alors à parler de l'ampleur de l'épidémie.
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    La souche «Bundibugyo» d'Ebola «n'a aucun vaccin, aucun médicament disponible», explique le Dr Jean Kaseya

    16/05/2026
    Une nouvelle épidémie d'Ebola déclarée en République démocratique du Congo, dans la province de l'Ituri, ainsi que dans deux pays voisins, l'Ouganda et le Soudan du Sud. L'information a été confirmée par l'OMS et l'agence sanitaire de l'Union africaine, Africa CDC. Plusieurs dizaines de cas ont déjà été recensés et de nombreux décès enregistrés. La RDC reste le foyer principal de cette épidémie, et une nouvelle souche de contamination y a été découverte. Cette dernière, explique le Dr Jean Kaseya, épidémiologiste et directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), ne dispose pour le moment ni de vaccin, ni de traitement.
    RFI : Le 5 mai 2026, l'Organisation mondiale de la santé a reçu un signal de cas suspects et a envoyé une équipe sur le terrain. Les premiers échantillons testés à Mungbwalu étaient négatifs. Ce n'est que le 15 mai que l'Institut national de recherche biomédicale a confirmé les cas positifs. Deux jours se sont écoulés. Ce délai a-t-il aggravé la situation ?
    Dr Jean Kaseya : On peut dire que tout délai dans une flambée d'Ebola est préoccupant, mais que les premiers échantillons négatifs ne suffisent pas à exclure une flambée. Cela peut dépendre du moment du prélèvement, de la qualité de l'échantillon, du choix des cas testés, du transport ou de la dynamique de transmission. Nous devons examiner la chronologie complète avant de conclure que ce délai a aggravé la situation. Ce que nous savons, c'est qu'Ebola exige une réponse immédiate dès le signal et cela signifie l'investigation, l'isolement, la recherche des contacts, le contrôle des infections et la communication communautaire. Voilà pourquoi Africa CDC travaille avec les gouvernements à accélérer la confirmation, à renforcer les laboratoires, à reconstituer les chaînes de transmission et à réduire tout nouveau délai opérationnel.
    Le patient zéro a-t-il été identifié ?
    Le patient zéro n'a pas été publiquement confirmé. À ce stade, les enquêtes épidémiologiques sont en cours pour établir la chronologie des premiers cas, les expositions possibles, les événements communautaires, les soins reçus. Vous savez, les funérailles et les déplacements sont aussi d'autres facteurs. Les informations venant de la communauté sont importantes et doivent être écoutées. Nos équipes travaillent avec le gouvernement et d'autres partenaires pour que nous puissions vérifier scientifiquement avant de parler du patient zéro.
    On parle de la RDC, mais d'autres pays seront également impactés, l'Ouganda et le Soudan du Sud notamment. Vous confirmez ?
    Effectivement, la situation est confirmée en Ouganda. On parle de la même souche qui vient d'être confirmée en RDC. Il s'agit de la souche « Bundibugyo » et on parle de cas importés en Ouganda venant de la RDC, dont une personne est déjà morte. Actuellement, nous sommes en train de travailler sur la détection rapide pour renforcer la surveillance. On est en train de rechercher les contacts, de faire de la prévention et le contrôle des infections. Nous avons aussi la communication avec les communautés, bien sûr, les enterrements sûrs et dignes au niveau du Soudan du Sud. Nous activons la pression maximale en termes de prévention et surtout de détection accélérée s'il y avait un cas.
    Pour revenir à la RDC, c'est la 17e épidémie que connaît le pays depuis 1976. Mais cette fois, ce n'est pas la souche Zaïre. Le séquençage est en cours. Vous avez évoqué tout à l'heure le nom de la nouvelle souche. Pouvez-vous nous rappeler de quelle souche il s'agit ?
    Généralement, nous parlons des trois souches. Il y en a une vingtaine, mais généralement on parle de trois souches pour Ebola : la souche « Zaïre », que l'on connaît, la souche « Soudan », et la souche « Bundibugyo ». C'est de celle-là dont on parle. Cette souche n'a pour le moment aucun vaccin disponible, aucun médicament disponible. Nous avons des vaccins candidats, des médicaments candidats sur lesquels nous sommes en train de travailler. Aujourd'hui (vendredi 15 mai, NDLR), mon équipe a eu une réunion avec tous les partenaires et les industriels pharmaceutiques qui ont des produits sur lesquels on fait des études, et donc nous saurons vous informer un peu plus dans les prochains jours.
    Dernière question, quelle est votre plus grande crainte dans les prochaines 72 heures ?
    La crainte des chaînes de transmission invisibles, des contacts qui ne sont pas listés, des personnes exposées qui se déplacent vers Bunia, vers l'Ouganda, vers le Soudan du Sud, des soignants qui sont exposés sans protection suffisante et surtout des décès communautaires sans enterrements. Les prochaines 72 heures doivent servir à passer d'un signal inquiétant à une réponse structurée, où nous allons lister les contacts. On va prendre des soins sécurisés, on va renforcer les laboratoires et on va avoir des communautés informées. À ce moment-là, je peux commencer à dire que nous pourrions contrôler cette épidémie dans les semaines qui viennent.
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    Succès Masra, «enfermé injustement et souffrant, a besoin d'une prise en charge médicale», alerte sa sœur

    15/05/2026
    Au Tchad, voilà un an que l'opposant Succès Masra est en prison. À la suite de son arrestation, l'ancien Premier ministre a été condamné à vingt ans de prison pour avoir diffusé en 2023 un message qui, selon le tribunal, aurait provoqué, deux ans plus tard, de graves violences intercommunautaires dans le sud du Tchad. À la tête de son parti les Transformateurs, Succès Masra est arrivé officiellement deuxième à la présidentielle de 2024, avec 18% des voix. Depuis un an, de nombreuses voix s'expriment en sa faveur. Parmi elles, il y a sa sœur, Chancelle Masra, qui vit en France. 
    RFI : Avez-vous des nouvelles de votre frère ?
    Chancelle Masra : J'ai eu des nouvelles. Il est toujours enfermé injustement et toujours souffrant. Cela a été déclaré officiellement. Il a besoin d'une prise en charge médicale qui n'existe pas sur le plateau tchadien. Il est toujours enfermé, sans preuve, sans témoignage. Il est clair qu'il s'agit d'une injustice.
    On dit qu'il souffre de problèmes respiratoires.
    Exactement. C'est un retour qu'on a eu des médecins. Ce n'est pas moi qui le dis en tant que sœur. Il a besoin d'analyses complémentaires et il n'est pas possible de pouvoir faire ces analyses sur le plateau au Tchad.
    Savez-vous où il est détenu à N'Djaména ?
    Il est détenu dans un endroit où il y a des militaires, dans lequel il est enfermé dans une pièce de même pas quinze mètres carrés où il ne voit pas la lumière du jour depuis le 16 mai 2025.
    Est-il toujours dans un bureau de la coordination de la police judiciaire ?
    Exactement. Toujours au même endroit, sans lit, sans conditions dignes, sans sport, sans lumière du jour. Toujours enfermé là.
    Peut-il recevoir des visites ?
    On s'est battu pendant longtemps pour qu'il puisse avoir le droit de voir ses médecins, ce qui n'était pas possible au départ. Qu'il puisse aussi avoir la visite de ses avocats, ce qui est un droit fondamental, et que ma mère puisse aller le voir de temps en temps.
    De fait, a-t-il pu recevoir toutes ces visites ?
    Il a pu les recevoir. Pour la famille, il faut une autorisation à chaque fois et les avocats y vont régulièrement.
    Et il a pu voir sa mère ?
    Il a pu la voir.
    A-t-il des contacts téléphoniques avec d'autres personnes ?
    Absolument pas. Ils ont confisqué tous ses appareils électroniques, ordinateur, téléphone. Il n'a pas du tout la possibilité d'avoir un contact téléphonique, ni avec sa fille, ni avec sa femme, ni avec moi-même qui suis sa sœur.
    Certains disent à N'Djaména qu'il aurait reçu soit la visite, soit un appel de la part d'une autorité politique tchadienne. Avez-vous entendu parler de cela ?
    Honnêtement, je n'ai pas entendu parler de cela.
    Donc pas de contact avec le pouvoir ?
    Pas à ma connaissance, en tout cas.
    Sur le plan judiciaire, Succès Masra a été condamné en août dernier à 20 ans de prison pour incitation à la haine et à la violence, à la suite d'affrontements meurtriers entre deux communautés au sud du Tchad, dans le Logone occidental. Où en est sa situation maintenant ?
    Une chose est sûre, c'est que nous parlons aujourd'hui d'un innocent. Juridiquement parlant, le dossier est vide. Il n'y a pas de fait, il n'y a pas de preuve, il n'y a pas de témoignage pour attester qu'il y aurait une quelconque implication de quelqu'un qui – je le rappelle, depuis 2018 où il a créé son parti politique – n'a prôné que le dialogue, jamais la violence envers qui que ce soit. Vous avez vu l'ensemble des marches qu'il a organisées depuis 2018. C'est quelqu'un qui a accepté également de signer, dans un contexte tendu, un accord de paix et de dialogue avec le gouvernement [en 2023], qui a accepté d'être Premier ministre sans prendre un seul sou parce qu'il a renoncé à l'entièreté de son salaire. C'est un don de soi pour le progrès, pour que le Tchad puisse s'appuyer sur ses deux pieds, comme il aime à le dire, à la fois le développement mais également le pilier sécuritaire pour que ce pays puisse avancer. Succès Masra, ce n'est pas quelqu'un qui va aller inciter les gens à la haine. Il a démontré le fait qu'il est quelqu'un de pacifique. Enfermer quelqu'un de non-violent ne permettra absolument pas de résorber les tensions.
    Votre frère clame son innocence, mais a-t-il fait appel ?
    Il a fait appel.
    Sait-on quand aura lieu le procès en appel ?
    Justement, on n'en a aucune idée. Aucun retour. Silence radio. Enfermer ainsi un innocent sans preuve pendant longtemps et le priver de sa liberté n'est pas quelque chose qui devrait exister. Je remercie d'ailleurs l'Union européenne de s'être prononcée sur le sujet, en rappelant qu'il faut respecter les droits existants au Tchad.
    Pour le huitième anniversaire du parti Les Transformateurs, votre frère a fait un message dans lequel il s'adresse au président Mahamat Idriss Déby et lui demande de réparer une erreur judiciaire.
    Tout le monde sait que c'est une erreur judiciaire... Dans la bonne foi de mon frère, on a envie de croire que c'est une erreur judiciaire qui devrait être réparée. Dans un pays qui se dit démocratique, la souveraineté de la justice est quelque chose de fondamental. Nous ne devons pas utiliser la justice pour régler des comptes avec des gens qui sont des opposants pacifiques, non-violents. C'est important. Au-delà de notre famille, l'enjeu de la libération de Succès Masra va au-delà de sa personne et de ce que nous pouvons ressentir en tant que famille.
    Ces derniers jours, le climat politique s'est à nouveau tendu au Tchad avec les huit opposants du GCAP qui ont été condamnés à huit ans de prison pour ne pas avoir respecté la mesure de dissolution de leur parti décidée par la Cour suprême. Cela vous inquiète-t-il ?
    En tant que jeune, c'est une situation qui m'inquiète énormément par rapport à la démocratie. On voit que le climat politique au Tchad est en train de se dégrader de jour en jour. Si les opposants ne peuvent pas s'exprimer, on n'est pas en démocratie, tout simplement. Et je souhaiterais que tous les opposants puissent aussi se prononcer sur la situation, sans toutefois se retrouver condamnés parce qu'ils ont voulu organiser une marche pacifique.
    Le ministre tchadien de la Communication, Gassim Cherif Mahamat, réplique que si, l'opposition a le droit de s'exprimer, la preuve, elle est représentée à l'Assemblée nationale et au Sénat. Et que, s'il y a des opposants en prison, c'est parce qu'ils n'ont pas respecté la loi.
    Vous savez, moi je suis une passionnée de géopolitique. Invitez-moi une prochaine fois, je serai heureuse d'aborder ces sujets avec vous. Mais aujourd'hui, je suis là pour parler du cas de mon frère qui est enfermé au Tchad.
    Il y a des défections dans le parti de votre frère, Les Transformateurs, puisque l'ancien vice-président Sitack Yombatina est devenu ministre de l'Enseignement supérieur. L'ancien numéro deux, Moustapha Masri, est devenu secrétaire général de la présidence. Tout cela n'est-il pas décourageant pour votre frère qui voit que son parti est en train de s'affaiblir ?
    Il ne voit absolument pas que son parti est en train de s'affaiblir. Vous évoquez deux noms sur des milliers de « transformateurs » qui se retrouvent partout dans le monde, dans la diaspora. Vous savez, quand il était Premier ministre, beaucoup de Tchadiens, un peu partout dans le monde, ont pris la décision de repartir au Tchad pour bâtir le pays. C'est un exemple concret que je vous donne pour vous faire comprendre que c'est quelqu'un sur qui les gens savent pouvoir compter pour bâtir le pays. Que deux personnes soient parties pour des raisons qui leur sont propres ne veut pas dire que Succès Masra penserait que son parti est en train de s'affaiblir, au contraire. Pas du tout.
    Pour la libération de votre frère, vous comptez beaucoup sur la mobilisation internationale. Mais franchement, la communauté internationale est-elle au rendez-vous ?
    Sans réfléchir, je vous dirai oui. Parce que, toute la famille et moi, on a senti beaucoup de solidarité exprimée. Ceux qui ne peuvent pas s'exprimer officiellement nous ont reçus. Que ce soit les amis de mon frère qui sont influents un peu partout dans le monde, en Europe, en Afrique, en Asie, aux États-Unis, les organisations internationales, Amnesty International, que ce soit aussi Human Rights Watch, ACAT France. Merci infiniment pour cette mobilisation, parce qu'entre nous, je suis convaincu que c'est ce qui a maintenu aussi mon frère en vie. Je suis heureuse parce qu'aujourd'hui je suis en France, je peux prendre la parole et je jouis de ma liberté d'expression. Mais il serait bien que dans d'autres pays, notamment en Afrique et au Tchad, d'autres puissent également jouir de cette liberté d'expression qui est complètement éteinte.
    Ce n'est pas la première fois que votre frère est en butte à la justice tchadienne. Après le jeudi noir du 20 octobre 2022, il avait dû s'enfuir à l'étranger. C'était le président congolais Félix Tshisekedi qui avait fait médiation et qui avait permis son retour au Tchad un an plus tard. Y a-t-il eu de nouvelles médiations du côté de chefs d'États africains aujourd'hui ?
    Pour être honnête avec vous, je ne fais pas de politique. Moi, je suis là en tant que sœur. Donc je ne pourrai pas me prononcer là-dessus parce que je n'en ai tout simplement pas la visibilité. S'il y a des médiations, cela se fait du côté diplomatique. Mais il y a une chose que je sais, c'est que Monsieur Mahamat Idriss Déby a été reçu le 29 janvier 2026 à l'Élysée. Ce canal diplomatique – qui a été coupé entre 2024 et 2026 – a été rétabli. Je demanderais à chacun de prendre sa responsabilité. Il ne faudrait pas, sous prétexte de la lutte contre le terrorisme, abandonner la défense des innocents et également le droit à la liberté d'expression et le respect des droits humains. C'est important.
     
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À propos de Le grand invité Afrique
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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