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Le grand invité Afrique

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  • Le grand invité Afrique

    Serge-Éric Menye: «Aucun pays au monde ne peut prétendre avoir été développé par les diasporas»

    14/04/2026
    Elles sont souvent présentées comme un moteur économique et un levier diplomatique pour transformer le continent : les diasporas africaines sont célébrées et courtisées, à la fois par les pays d’origine, les institutions internationales, les autorités françaises. « Une illusion », tranche l’essayiste et consultant Serge-Eric Menye. Dans son récent livre Le mythe des diasporas africaines, il rejette l’idée d’une « solution miracle » et appelle à une mobilisation plus structurée.
    RFI : La diaspora a été qualifiée par l'Union Africaine de « sixième région de l'Afrique ». Qu'est-ce que vous pensez de cette expression ?
    Serge-Eric Menye : Je me dis qu'il y a des gens qui ont essayé de produire quelque chose de pas très pertinent, parce qu'en réalité, ça ne veut rien dire. C'est un slogan qui n'a pas de réelle profondeur. Ça fait quelques années que c'est sur la table et aucune action n'a suivi derrière.
    En substance, dans votre livre, vous dites que les diasporas ne sont pas un moteur économique pour le continent. Pour vous, le rôle et l'influence de ces diasporas est surévalué ?
    Totalement, aucun pays dans le monde ne peut prétendre avoir été développé par les diasporas.
    Est-ce que c'est leur rôle ? C'est le rôle des gouvernements…
    C'est justement ça. Ce n’est pas aux diasporas de développer un pays. Les diasporas ont décidé de partir pour vivre ailleurs, ou sont nées ailleurs après que leurs parents aient décidé de partir. Il est inconcevable que ce soient ces personnes qu'on désigne comme étant la solution aux problèmes du pays, de leurs parents ou de leur pays précédent.
    Vous dites que les diasporas africaines ne sont pas un levier de développement pour les pays d'origine. Pourtant, le montant des transferts est important : 54 milliards de dollars d'envoi de fonds en 2023, ce n’est pas rien ?
    Oui, il y a même mieux. Il y a certaines années où on a atteint des records d'envoi de fonds. 100 milliards, c'est le record que l'Afrique a reçu en une année. Mais c'est un chiffre qui cache beaucoup de choses. Déjà, si on considère que cette somme ne sert qu'à alimenter les populations qui ont un contact vivant à l'étranger ou un lien familial qui lui permet de se nourrir, se vêtir, de se loger, etc.
    Mais pas pour des projets structurants, c’est ça ?
    C'est ça. Ça veut dire que si on commence à penser au développement sur cette base, il faudrait demander à ces personnes-là de se séparer de cette manne qui leur permet de survivre. La deuxième chose, c'est que ces sommes sont très mal réparties entre le Nigeria, l'Egypte et l'Ethiopie : il y a quasiment plus de 50 % à 60 % des sommes qui disparaissent déjà entre trois pays seulement. Et puis reprenons l'exemple de 100 milliards de dollars par an. Il y a 1 milliard 300 millions d'Africains actuellement vivant sur le continent. Ça veut dire que ça représenterait 77 $ par personne par an. Ce n’est pas sérieux.
    Vous épinglez avec une certaine acidité dans votre livre des personnalités célèbres, médiatiques, parfois des stars, qui annoncent de grands projets dans les pays d'origine. Pour vous, c'est de la poudre aux yeux tout ça ?
    Je prends l'exemple d’Akon [chanteur et producteur américano-sénégalais, NDLR] au Sénégal qui a fait miroiter monts et merveilles « avec Akon City ».
    Le Wakanda, une grande cité du futur…
    Voilà le Wakanda d'Afrique, le Singapour africain avec sa propre monnaie, son bitcoin, les trains qui volent, etc. En réalité, il ne s'est rien passé. Il y a beaucoup de communication, il a vendu du rêve à pas mal de gens, ça a déçu beaucoup de gens qui y croyaient vraiment. C'est-à-dire qu'on a lancé comme ça un ballon marketing qui existe en réalité depuis très longtemps. Ça fait des centaines d'années maintenant qu'on attend que les diasporas transforment l'Afrique. Ça ne s'est jamais produit. C'est aussi de mode maintenant que certaines stars s'affichent en Afrique avec des passeports de pays africains…
    Que les autorités leur octroient…
    Voilà. Donc c'est une connivence du rien, du vide, parce que je ne vois pas le lien entre le développement d'un pays et faire des photos avec une star qui reçoit un passeport. Je ne sais pas, mon Dieu, d'où sort cette idée ? Mais c'est à la mode !
    Qui entretient selon vous cette « mythologie des diasporas », comme vous l'appelez ?
    Il y a l’essor assez puissant des nouveaux systèmes de communication ou les réseaux sociaux où on partage de très belles histoires. Et ça a été récupéré par les institutions internationales. Il y a le FMI et la Banque mondiale qui se sont dit « effectivement, on s'est rendu compte que c'est à peu près 50 milliards de dollars qui va vers le continent africain, c'est supérieur à ce que l'Afrique reçoit au titre de l'aide au développement ». Oui, mais le montant de l'aide au développement n'est pas un critère d'appréciation sur l'efficacité d'un comportement d'un groupe ou pas. Et puis il y a le président Macron qui est venu effectivement clôturer tout ça pour en faire un levier en disant « moi, je ne parle plus avec les dirigeants africains, je traite directement avec les populations, donc les diasporas ».
    Comment mieux mobiliser les diasporas selon vous pour qu'il y ait un véritable impact ?
    La seule chose que je vois, c'est qu'il y ait une espèce de banque africaine qui soit créée soit par pays, soit une banque pour toute l'Afrique où effectivement les diasporas mettraient leur argent dessus, rémunéré. L'Afrique a un taux de croissance moyen entre quatre et 5 % par an depuis 20 ans. On peut assez facilement proposer des taux entre 7% et 9 % annuels.
    Et qu’est-ce qui se passe avec cet argent ?
    Les pays africains, plutôt que d'essuyer des refus et d'escalader des montagnes à chaque fois pour emprunter de l'argent ailleurs, pourraient directement s'adresser à ce guichet pour financer l'économie locale.
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    Tournée africaine du pape Léon XIV: «Le dialogue inter religieux est capital dans la mission chrétienne»

    13/04/2026
    Ce lundi 13 avril le pape débute une tournée en Afrique. Léon XIV se rend d’abord en Algérie, puis au Cameroun, en Angola et enfin en Guinée Équatoriale. Onze jours de visite, 18 000 kilomètres et 7 messes… Il s'agit de sa première grande tournée internationale, après son voyage en Turquie et au Liban fin 2025, sur un continent où vivent aujourd’hui plus de 20% des fidèles catholiques du monde. Une priorité pour le Vatican selon Pierre Diarra, docteur en théologie, histoire des religions et anthropologie religieuse.
    RFI : Pierre Diarra, en choisissant le continent africain pour cette tournée qui s'annonce très dense, quel est le message du Vatican ?
    Pierre Diarra : Ce sera évidemment un message important pour les Africains, à savoir que le continent africain a fait un accueil généreux, j'ai envie de dire, au christianisme, et c'est important que le premier responsable des chrétiens puisse aller leur rendre visite. Donc, je pense qu’on est dans la continuité du pape François, de Jean-Paul II, de Benoît XVI.
    Est-ce que c'est un continent que connaît le pape Léon XIV ?
    Oui, en tant que responsable des Augustiniens, il y est déjà allé. Il veut prendre le temps de discuter avec les Africains, de prier avec eux et de délivrer un certain nombre de messages.
    La première étape, c'est donc l'Algérie. C'est la première visite d'un pape dans ce pays où l'islam est religion d'État, les catholiques y sont très minoritaires. Pourquoi ce choix ?
    Ce choix est important dans la mesure où le dialogue interreligieux est capital, j'ai envie de dire incontournable, dans la mission chrétienne. Et puis c'est un pays qui est important du point de vue de l'histoire du christianisme. Saint-Augustin a vécu entre 354 et 430. Augustin a été évêque d'Hippone, Annaba dans l'actuelle Algérie.
    Pour cette étape algérienne, le programme à ce stade ne prévoit pas un déplacement à Thibérine, là où sept moines avaient été enlevés puis assassinés il y a 30 ans.
    Non, mais c'est sous-entendu dans la mesure où le dialogue inter religieux, c'est aussi tout un message à apporter à tout un peuple, par rapport à une construction d'un pays où tout le monde, toutes les forces sont invitées pour que les choses se passent le mieux possible, aussi bien dans les relations à l'intérieur du même pays, à l'intérieur des groupes sociaux, dans les familles, mais aussi au niveau international.
    Deuxième étape : le Cameroun, avec notamment un déplacement sous haute sécurité à Bamenda, dans le Nord-Ouest anglophone. C'est l'épicentre du conflit qui oppose le gouvernement aux forces séparatistes. C'est un signal symbolique de la part du pape Léon XIV, ou politique ?
    Oui, c'est symbolique et politique à la fois. Parce que le Cameroun, c'est un pays, j'ai presque envie de dire, qui rassemble toute l'Afrique symboliquement, dans la mesure où le Cameroun a été d’une certaine manière, et pour faire court, colonisé par les Allemands, les Anglais et les Français. Et il y a la division qui peut s'opérer. Il y a une multitude de langues, on pourrait dire une multitude de peuples au Cameroun.  Et donc, il est important qu'il y ait une certaine unité et qu’ensemble, ils forment le même pays et qu'ils travaillent pour l'avenir de ce pays.
    Donc, aller sur un lieu où on a l'impression que c'est la division qui prime, ou en tout cas les difficultés de conciliation et de réconciliation qui priment, eh bien c'est symboliquement fort. Et le message du pape, effectivement, pour le Cameroun, ce sera l'unité, l'unité de tous ceux qui travaillent pour l'avenir du Cameroun.
    Alors, en ce qui concerne l'Angola, là ce sera plutôt sur des thématiques sociales que le pape est attendu, autour des ressources, des inégalités. C'est un thème cher à Léon XIV ?
    Oui, c'est un thème cher, mais ça renvoie aussi, il me semble, du point de vue de l’histoire à cette partie de l'Afrique avec le Congo et l'Angola qui ont été évangélisés, figurez-vous, dès le XVᵉ siècle. Et puis, en Guinée équatoriale, il va aussi probablement être question d'espérance. Comment, dans un pays où il y a des difficultés socioculturelles, est-ce que le christianisme aide les populations à transformer leur quotidien et à vivre avec un peu plus d'espoir, un peu plus d'espérance ?
    Certaines voix se sont élevées pour dire : « Attention, cette visite du Pape pourrait être instrumentalisée politiquement, certains pourraient s'en servir de caution ». Comment le pape peut-il éviter cette possible récupération selon vous ?
    Alors, évidemment, partout où le pape va, chacun essaie de voir ce qu'il peut prendre comme profit. Je pense qu'il ne vient pas simplement pour une population, il vient pour tout le monde. Et si chacun sait lire entre les lignes et écouter attentivement le pape, il va savoir qu'il y a des efforts à faire dans sa vie personnelle. Et au niveau des premiers responsables du pays, évidemment, eux aussi seront interpellés, d'autant plus qu'ils sont chrétiens. Donc, je ne pense pas que le pape va aller approuver l'une ou l'autre chose. Il va proposer des défis à relever auprès des pauvres, auprès des petits, auprès de ceux qui sont défavorisés, et faire comprendre aux premiers responsables qu'il y a des choses à faire si on veut que le pays et les biens du pays servent au bien commun. Ce sont des défis à relever et j'ai presque envie de dire que chacun va en avoir pour son grade et chacun va être interpellé par l'Évangile que le pape va venir proposer.
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    Guillaume Bisimwa, fondateur du festival Amani en RDC: «Faire de la musique un acte de résistance»

    11/04/2026
    «Faire de la musique un acte de résistance», c’est l’ambition des organisateurs du festival Amani. Organisé à Goma en 2024, l’évènement culturel majeur de la sous-région allait vers une annulation à la suite des combats dans la zone. Mais après dix ans de lutte pour faire vivre cet évènement, après une première délocalisation en 2023, le festival Amani - la paix en swahili - a bien lieu. Et il se tient ce week-end (10-12 avril) à Lubumbashi. Guillaume Bisimwa, le fondateur d’Amani est notre invité Afrique ce samedi.
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    Dr Tidiane Ouattara (Agence spatiale africaine): «L'Afrique est le prochain eldorado des affaires spatiales»

    10/04/2026
    Bientôt le retour sur Terre pour l’équipage d’Artémis 2, après leur mission autour de la Lune. Les quatre astronautes - Etatsuniens et Canadien - doivent amerrir ce vendredi 10 avril au soir, au large de la Californie après un vol historique et des photos inédites. Une mission suivie de près par Tidiane Ouattara, président du conseil de l’Agence spatiale africaine, organe de l’UA. Le continent ambitionne de monter en puissance dans les programmes spatiaux. Pas pour marcher sur la Lune, mais pour des applications très concrètes de communication, de sécurité ou de prévisions météo. Depuis Le Caire où siège l’agence, Tidiane Ouattara est l’invité de RFI.
    RFI : Docteur Tidiane Ouattara, vous avez suivi la mission Artemis 2, qu’est-ce qui vous a marqué ?
    Docteur Tidiane Ouattara : Sincèrement, je suis très ému. C'est un signe d'espoir. Artemis 2 annonce un signal clair : on veut résider sur la Lune et il y a beaucoup de développements techniques et scientifiques qui en découleraient. Donc, pour nous qui sommes passionnés de l'espace, nous sommes en joie. Mais au-delà de cela, nous sommes heureux de voir que de nouvelles découvertes scientifiques et technologiques nous permettraient, nous Africains, de sauter des pas ou de faire des pas de géant dans le développement socio-économique en termes d'infrastructures numériques.
    Aujourd'hui, une vingtaine de pays africains disposent de programmes spatiaux. Il y a les pionniers, l'Égypte, l'Afrique du Sud, le Nigéria, le Maroc ou l'Algérie. C'est un secteur qui progresse sur le continent ?
    Oui, tout à fait. Vous avez cité des pionniers. Il y a aussi les nouveaux pays qui sont le Rwanda, l'Éthiopie, le Gabon, le Sénégal, j'en passe. Il y a des nouveaux joueurs, mais la quasi-totalité des pays africains sont de gros consommateurs des produits spatiaux. Donc notre rôle au niveau politique sera de coordonner les programmes spatiaux de telle sorte que ceux qui n'ont pas de programme puissent en bénéficier. L'Afrique est le prochain eldorado des affaires spatiales.
    Quelles sont les applications concrètes de ces programmes spatiaux pour le quotidien ?
    Parfois, quand on est en face des autorités, on nous pose la question : « Nous avons des problèmes d'eau, et vous me parlez d'espace. » Je peux vous dire que l'espace permet de résoudre deux ou trois problématiques en ce qui concerne l'eau. Par exemple, lorsque nous sommes en train de chercher les meilleurs endroits pour creuser des puits, pour quelque chose qui doit prendre cinq ans, avec l’espace on identifie en six mois, un an, les zones potentielles. Deuxièmement, l'espace nous permet de regarder et d'analyser la qualité de l'eau. Troisièmement, l'espace nous permet la gestion de l'eau pour l'irrigation. En termes de sécurité et défense, grâce à l'espace, nous pouvons voir le mouvement des engins, des personnes et des événements. Et quand je parle d'événements, je parle d'inondations, je parle de l'évolution des volcans, et cetera. Donc, l'espace nous permet en un clin d'œil d'avoir de l'information, parce que c'est ce qui est important pour le décideur.
    Mais le spatial, ce sont aussi de gros investissements de long terme. Pour certains gouvernements, face à des besoins sociaux qui sont immédiats, est-ce que ce n'est pas un luxe ?
    Ah non, l'espace n'est plus un luxe. La première raison, c'est que l'espace qui coûtait des centaines de millions de dollars et qui était mené par des gouvernements des pays les plus riches et qui prenait 5 à 10 ans, ce budget est carrément réduit. Vous avez toutes sortes de satellites aujourd'hui, vous avez des CubeSats, vous avez des nanosatellites. Il est important aujourd'hui de dire que ce sont des investissements qui valent la peine. Il y a deux ou trois ans, en Afrique de l'Ouest, par exemple, il y avait des câbles sous-marins qui étaient sectionnés pendant plusieurs jours. Certains pays ont été complètement à l'arrêt. Si nous avions à ce moment un satellite, le satellite viendrait en complémentarité pour réduire ces impacts ou ces pertes. Personne ne peut aborder l'espace seul. Donc, la coopération internationale, la collaboration intra-africaine, voici des éléments à regarder pour pouvoir mutualiser les ressources, que ce soient les ressources financières, que ce soient les ressources humaines.
    Combien de satellites africains sont aujourd'hui en orbite ?
    Pour ce que nous savons, nous, parce qu'il y a aussi des satellites militaires, nous parlons d'une soixantaine parmi des milliers et des milliers de satellites dans l'espace. Ce n'est rien. Mais cependant, au fur et à mesure que les années passent, les Africains commencent à se préparer à lancer plus de satellites.
    La Chine finance des satellites pour plusieurs pays africains. La Russie avait lancé Angosat 2 pour l'Angola, on a vu des accords avec SpaceX de l'Américain Elon Musk, est-ce que l'espace africain est aussi l’espace d’influence géopolitique ?
    Absolument. L'Angola a aussi signé un contrat avec Airbus, hein ! Oui, comme dans tous les domaines. On ne peut pas échapper à la géopolitique. Cependant, ce qui est important pour nous, c’est, qu'est-ce que l'Afrique tire comme profit ? Que ce soit la Chine, que ce soit la Russie, que ce soit l'Europe, que ce soient les États-Unis, l'Afrique est ouverte à tout le monde. Maintenant, il ne faut pas s'attendre à ce que l'Afrique suive un pays par idéologie. Nous attendons que les partenaires nous proposent des choses et que nous aussi, nous puissions faire des contre-propositions dans un système gagnant-gagnant.
    Aujourd'hui, les satellites africains sont lancés depuis l'étranger. Est-ce qu'on peut imaginer, à terme, que le continent abrite une infrastructure de lancement de satellites ?
    Ah oui, voyez-vous, géographiquement nous sommes nantis. La zone équatoriale aujourd'hui est une zone propice pour le suivi de beaucoup de satellites. Nous avons des zones désertiques ou des zones marines qui peuvent facilement permettre le lancement. C'est un de nos rêves.
     ► Entretien à retrouver en intégralité sur rfi.fr
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    Présidentielle à Djibouti: le chef de l’État sortant «doit sa longévité principalement» au caractère stratégique de son territoire

    09/04/2026
    À Djibouti, le président sortant Omar Guelleh est en lice pour un 6e mandat, après la suppression par le parlement de la limite d’âge pour se présenter. Le pays organise le 10 avril la présidentielle. Face à lui, un seul concurrent : Mohamad Farah Samatar. Ce petit pays de la Corne de l’Afrique, dans une région instable, a fait de sa position stratégique un atout économique et diplomatique. Il est aussi un carrefour militaire. L’enjeu pour le pays est aujourd’hui de maintenir un équilibre délicat entre intérêts nationaux, régionaux et internationaux concurrents, souligne Sonia Le Gouriellec, maîtresse de conférences à l'Université catholique de Lille, spécialiste de la Corne de l'Afrique.
    RFI : Sonia Le Gouriellec, Ismaïl Omar Guelleh est au pouvoir depuis 1999, quel bilan faites-vous de ses 27 ans à la tête de l’État ?
    Sonia Le Gouriellec : Un bilan qu’à la fois Ismaïl Omar Guelleh et son gouvernement vont afficher, qui est une forte stabilité, c'est ce qui est vendu à l'extérieur. Mais cette stabilité implique aussi une forte surveillance sur le territoire national. Vous avez un modèle économique également qui est peu inclusif : Il n'y a pas d'industrie et c'est toute une élite qui va bénéficier de la rente qui arrive sur le territoire, mais il y a très peu d'intégration des marges sociales, une opposition quasi absente, qui pour une partie boycotte le scrutin et une grande partie surtout qui est en exil.
    En face de lui, pour cette élection, il y a Mohamed Farah Samatar, un ancien du parti au pouvoir. Comment est-ce que vous percevez cette candidature ?
    Un peu surprenante. D'une part parce que c'est une candidature d'un personnage qui n'est pas si connu que ça. Il est à la tête du Centre démocrate unifié, donc la CDU. Ce parti est quand même un parti d'opposition plutôt marginal et à la marge du système politique djiboutien. Donc, on a un peu l'impression que c'est une opposition pour la forme, pour que le président ne se présente pas seul, mais ça n'en fait pas pour autant un scrutin ouvert.
    Djibouti occupe une position géographique stratégique et contrôle avec le Yémen le détroit de Bab-el-Mandeb, qui donne accès à la mer Rouge, un point de transit important pour le commerce mondial. Est-ce que c'est sa principale ressource ?
    C'est sa principale ressource, effectivement. Le pays n'a pas beaucoup de ressources sur son sol. Par contre, c'est un cordon ombilical entre l'Éthiopie de 126 millions d'habitants et ce détroit stratégique : l'Éthiopie peut recevoir ses ressources par Djibouti et ce cordon ombilical. C’est tellement stratégique que Djibouti est entrée au cœur des routes de la soie maritime de la Chine. Et Djibouti accueille la première base militaire chinoise sur le continent depuis 2017. Donc effectivement, être sur ce détroit offre une place stratégique pour ce pays et ça permet à de nombreuses bases militaires également de venir s'installer pour pouvoir à la fois être en recul des pays du Golfe, ou à une époque être en recul de l'Afghanistan, du Pakistan d'où pouvaient fuir des terroristes, ce qui en avait fait pour les États-Unis une base importante et stratégique. Donc, Djibouti a su monnayer cet emplacement stratégique. Alors, je ne sais pas si je dois dire que Djibouti a su monnayer, le gouvernement djiboutien a su monnayer ou Ismaïl Omar Guelleh, puisque la politique étrangère est très personnalisée autour de la personnalité d’Ismaïl Omar Guelleh.
    Comment Djibouti est-il impacté dans l'actuel conflit au Moyen-Orient ?
    Alors c'est vrai qu'on en parle peu. L'Iran a dit qu'ils allaient potentiellement attaquer le Bab-el-Mandeb. Donc après avoir bloqué le détroit d'Ormuz, on voit que c'est un autre axe stratégique et à partir de là, il y a eu des attaques Houthis, mais sur Israël.
    Les Houthis qui sont alliés de l'Iran…
    Tout à fait. Alors ce que je trouve assez intéressant, c'est que très rapidement, comme il y a 30 kilomètres qui séparent le Yémen de Djibouti, il y a une base américaine, française, c'est une autoroute maritime majeure, donc je me suis dit : ils vont tenter aussi de bloquer cela. Et j'ai l'impression qu'on peut presque dire que finalement les Chinois nous protègent puisque la présence chinoise, j'imagine, dissuade un petit peu quand même les Iraniens et les Houthis de déstabiliser Djibouti.
    D'autres États du Golfe affichent leur ambition d'étendre leur influence en Afrique de l'Est, notamment les Émirats arabes unis. Comment est-ce que Djibouti compose avec cette concurrence ?
    Les pays du Golfe font un retour en quelque sorte, mais ont toujours été présents dans la Corne de l'Afrique, que ce soit à Djibouti dès l'indépendance, en 77, avec un gros soutien des Saoudiens. Mais c'est vrai que les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite s'affrontent indirectement au Soudan. Les Émirats arabes unis sont très proches du président Abiy Ahmed en Éthiopie… Djibouti essaye de composer avec tout cela. Avec parfois un peu de maladresse puisqu'en 2018, le gouvernement djiboutien a nationalisé le port qu'avait modernisé DP World, la société émiratie, et est en procès depuis avec les Émirats arabes unis, et les Émirats et DP World se sont installés à Berbera au Somaliland. On voit que ces derniers mois, ces dernières années, toutes les manœuvres autour de la reconnaissance du Somaliland sont aussi clairement soutenues par une manœuvre des Émirats arabes unis. Donc on voit que Djibouti est un petit peu étranglé finalement, dans une région particulièrement instable, avec de nombreuses influences étrangères des pays du Golfe, mais aussi de la Chine, des États-Unis, on parle de la Russie, on parle également de l'Iran… Donc c'est un enjeu aussi pour le président qui va se représenter de parvenir à garder Djibouti stable. Et dans une période où va se jouer la succession du président Ismaïl Omar Guelleh, dans les années qui viennent, ça va être tout l'enjeu, finalement, de la situation actuelle.
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À propos de Le grand invité Afrique

Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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Generated: 4/14/2026 - 5:45:06 PM