

[Rencontre] Canine, au seuil de soi
02/1/2026
« Le tranchant avec douceur » : voilà ce qu’évoque, aux oreilles de la compositrice et chanteuse française Magali Cotta, le mot « canine », dont elle a baptisé son projet. Une œuvre singulière, entre soul futuriste et pop cosmique, à la fois incisive et vulnérable. Alors qu’elle s’apprête à dévoiler Liminal, son troisième album, Canine explore pour nous ces états de bascule — ces seuils intimes (limen, en latin) où quelque chose se défait pour mieux se transformer. Rencontre. Depuis près de dix ans, Canine construit une œuvre singulière, indisciplinée, où chaque projet naît d’un moment de passage. Sa musique — hybride, charnelle, viscérale — mêle orchestrations acoustiques, textures électroniques et chœurs puissants. Elle est portée par une voix-matière qui se métamorphose, se diffracte, glisse dans les aigus ou s’ancre dans le grave, et devient parfois polyphonique à elle seule. Pour notre première rencontre, Canine m’a donné rendez-vous au Théâtre du Châtelet (Paris), un lieu fondateur dans son parcours. C’est là qu’est née l’intuition d’un projet résolument pluridisciplinaire, ouvert à la performance immersive, à la danse, au théâtre. Un lieu où les corps se racontent autant que les mots, et où l’on n’entre jamais tout à fait comme on en ressort — en résonance directe avec Liminal, un album inspiré par la notion d’« état liminal », cette zone de transition, souvent chaotique, qui suit un choc et précède une renaissance. Au fil de la conversation, Canine revient sur ces passages invisibles qui façonnent une vie : du repli nécessaire à l’élan collectif, du masque à la révélation, de la solitude de la création à la force de la meute. Elle évoque son rapport à la scène comme espace rituel, au corps en mouvement, mais aussi à la voix — pensée tour à tour comme instrument, comme couleur émotionnelle, comme lieu de lutte et de douceur. Une parole traversée par l’idée du collectif, par cette meute féminine et artistique qui entoure Canine sur scène et fait de sa musique un geste partagé. Une conversation intime sur la manière dont on se transforme intérieurement, dont on se relève, et dont la musique peut devenir un lieu de passage, pour soi comme pour les autres. Pour suivre Canine YouTube / Instagram / Facebook Titres diffusés Extrait de l’album Liminal, à paraître chez TIN NIN NIN NIN : Swallows ; Beast Extraits de Source (Polydor – 2022) : Sun ; FORCE ; Rituals ; Interlude - 5 ans ; Interlude - Hidden Sorrow Extraits de Dune – Deluxe (Polydor- 2019) : Fight (Apollo Noir Remix) Extraits de Dune (Polydor – 2019) : Laughing ; Fight ; Bienveillance ; Glow ; Hill Top (Interlude) ; Ventimiglia ; Sweet Sway ; Forgiveness ; Temps ; Jardin Journaliste : Hortense Volle Réalisation : Benjamin Sarralié Mixage 3D en Dolby ATMOS pour une écoute immersive au casque : Jérémie Besset Responsable d'unité de production FMM – RFI Labo : Xavier Gibert

[Rencontre] La folk affranchie d’Annahstasia
12/12/2025
Afro-américaine à la voix souveraine, Annahstasia dévoile avec Tether un premier album d’une rare intensité, renouant avec la folk dans ce qu’elle a de plus ancrée, essentielle et engagée. À travers quatre objets symboliques, elle retrace un parcours intime entre héritage et spiritualité, en quête de liberté. Rencontre. Puissante et fragile à la fois, sans âge, la voix d’Annahstasia semble sculpter l’air autant que le silence. Elle ne ressemble à rien de connu et paraît venir de loin, et pour cause… À 17 ans, l’industrie a voulu la coincer dans une case r'n'b. Elle a claqué la porte, est devenue mannequin, puis s’est réinventée là où personne ne l’attendait : dans une musique libre, farouche, indomptable. À 30 ans, la voilà qui déploie Tether, un premier album d’une rare intensité, entre folk dépouillée, envolées soul et mysticisme pop. Une musique qu’elle qualifie elle-même de Power Folk, parce qu’elle renoue avec l’esprit engagé de la folk des années 60 et ambitionne de «raconter les histoires de notre époque d’une manière qui nous aide à nous souvenir — maintenant, et dans cent ans.» Quelques heures avant son concert parisien au Pitchfork Festival, j’ai retrouvé Annahstasia au Café de la Danse, où je lui ai soumis quatre objets choisis tout spécialement pour elle. À travers eux, elle m’a ouvert les portes de son univers : de Los Angeles à Abidjan, de Londres au village nigérian de son père. On a parlé de cette voix qu’elle considère comme un don — une puissance ancestrale dont elle mesure la responsabilité, d’amour — celui qu’on donne, celui qu’on apprend à se porter, et de la manière dont, malgré le racisme et les assignations, elle a appris à «croire en ses possibles». À lire aussiAnnahstasia, une folk habitée et intense dans l’album «Tether» Pour suivre Annahstasia YouTube / Instagram / Site Titres diffusés Extrait de l’album Tether (drink sum wtr– 2025) : "Be Kind" ; "Villain" ; "Unrest" ; "Slow" ; "Silk and Velvet" ; "Satisfy Me" ; "Take Care of Me" ; "Believer" Extraits de l’EP Revival (Sacred Bull Records – 2023 ) : "Midas" ; "Power" ; "Untamed" ; "Milionaire" ; "Evergreen" ; "While You Were Sleeping" Et aussi : "900 Miles" de Terry Callier et "Gasoline" d’Obongjayar.

[Rencontre] La sensation UK reggae avec Joe Yorke
14/11/2025
Révélé sur la scène reggae anglaise, le chanteur-producteur à la voix d’or s’impose aujourd’hui comme l’un des artistes les plus singuliers de sa génération. De Wigan où il est né, à Bristol où il est basé, voyage à travers les villes anglaises qui l'ont façonné. Chanteur, auteur-compositeur et producteur, Joe Yorke s’est imposé au fil des années comme l’une des voix les plus singulières du reggae britannique. Après une série de singles collaboratifs avec la scène dub anglaise et française (The Eastonian Singers, The Grampians, Stand High Patrol), il signe en 2023 Hopeless, troisième long format paru sur son propre label Rhythm Steady. Un album à l’équilibre subtil où la northern soul croise ses premières amours pour le rocksteady et le reggae roots. C’est aussi sur ce disque que s’affirme pleinement son falsetto imparable, cette voix claire et souple que son fidèle collaborateur Eeyun Purkins (The Co-Operators) avait su révéler lors de sessions maison. Une arme douce et agile, à l’image d’un artiste qui refuse de laisser enfermer dans un seul genre. C’est à Marseille, à l’occasion de la Fiesta des Suds, que je le rencontre. Ensemble, nous retraçons son parcours à travers trois villes anglaises qui ont façonné son identité musicale : Wigan, point de diffusion de la northern soul dans les sixties; Manchester, terre de métissages et d’avant-gardes sonores ; et Bristol, creuset d’une scène underground où reggae, dub et électronique se réinventent sans cesse. Pour suivre Joe Yorke YouTube / Instagram / Facebook Titres diffusés Singles : "Rocksteady" feat L’Entourlopp (2025) ; "Smalltown Boy" feat Gentlemen’s Dub Club (2024) ; "Downbeat Melody" feat the Co-Opretaors (2024), "Hard Road" feat The Co-Operators (2024) ; "End of The Day" et "Dub of The Day" feat The 18th Parallel (2023) ; Extrait de l’album Run The Track de Big Chip & Run Come Down (Mash & Greens – 2024) : "Fighting For My Life" ; "Final Dubwise (Eeyun Purkins Kette Cut)" Extraits de l’album Hopeless (Rhythm Steady – 2023) : "Dreaming" ; "Rough Living" ; "Man" Extrait de l’album A Distant beat feat The Co-Operators (Waggle Dance Records– 2023) : "The Singerman" Extrait de l’album Noise and Emptiness (Rhythm Steady – 2022) : "Pressure" Extraits de l’album Rhythms from The Kichen Sink des Co-Operators (Waggle Dance Records– 2020) : "Tonight" ; "Under Heavy Manners" ; "All My Days" ; "Judgement Tree" Et aussi : "Pimpers Paradise" de Bob Marley; "Do I Love You" de Frank Wilson et le générique de la série britannique Eastenders. Journaliste : Hortense Volle Réalisation : Benjamin Sarralié Mixage 3D en Dolby ATMOS pour une écoute immersive au casque : Jérémie Besset Responsable d'unité de production FMM – RFI Labo : Xavier Gibert.

[Rencontre] Avec le roi de la samba pop, le Brésilien Seu Jorge, au festival Les Suds (Arles)
21/10/2025
Il n’avait pas sorti d’album depuis dix ans et nous est revenu cette année avec un petit bijou funky de musiques à danser. Un album-racine riche de tout ce que le Brésil recèle de musiques afros, de Rio à Salvador de Bahia. Rencontre avec un artiste qui porte haut les couleurs d’un pays complexe et incarne, avec une élégance intemporelle, une certaine idée de la résilience. Seu Jorge, «Monsieur» Jorge, est né en 1970 dans la banlieue industrielle de Rio, bien loin des clichés de plages dorées. Il a appris la vie dans la rue, la guitare lui a donné une voix. C’est avec Farofa Carioca, un groupe de samba-funk déjanté, qu’il a fait ses premières armes dans les années 90. Puis, dès le début des années 2000, sa carrière solo va être marquée par des albums qui claquent comme des classiques : Carolina, Cru ou encore Música para Churrasco. Chacun de ces disques est une déclaration d’amour à la culture brésilienne, un mélange de samba, de bossa-nova et de pop qui fait vibrer les hanches et les tripes. Mais c’est au cinéma que le grand public l’a découvert. En 2002 d’abord, dans La Cité de Dieu de Fernando Meirelles, où il incarne un voyou tragique avec une intensité rare. Puis, deux ans plus tard, dans le film de Wes Anderson, La Vie aquatique, où ses reprises acoustiques de David Bowie en portugais sont devenues cultes. Aujourd’hui, le roi de la samba pop met sa voix, tantôt suave, tantôt rugueuse, ses textes – des chroniques du quotidien – et son incroyable présence scénique, au service du seul pouvoir qui soit : celui de la musique sur les corps et les esprits ! Rencontre dans le sud-est de la France, au festival Les Suds, à Arles, avec un artiste qui porte haut les couleurs d’un pays complexe et incarne, avec une élégance intemporelle, une certaine idée de la résilience. Pour suivre Seu Jorge YouTube / Instagram / Facebook Titres diffusés Extrait de l’album Baile à la Baiana (Cafumé/ Black Service – 2025) : "Sabada a Noite" Extraits de l’album Musica par Churrasco vol.1 (Cafumé / Sony ATV – 2011) : "Amiga da Minha Mulher" ; "Quem Nao Quer Sou Eu" Extrait de l’album America Brasil (Cafumé / Sony ATV – 2007) : "America do Norte" Extraits de l’album Cru (Wrasse Records – 2004) : "Tive Razao" ; "Chatterton" ; "Fiore de la Citta" ; "Sao Gonca" ; "Don’t "; Extraits de l’album Carolina (Mr Bongo Worlwide – 2001) : "Carolina" ; "Tu Queria" ; "Mangueira" ; "De Alegria Rajou o Dia" Et aussi Avec le groupe FAROFA CARIOCA : "Dudivara" ; "Moro No Brasil" ; "Menino da Central" Avec PLANET HEMP : "Hip Hop Do Rio" (Bruno e remix) Extraits de la bande originale du film The Life Aquatic with Steve Zissou (Hollywood Records - 2004) : "Shark attack theme"; "Life on mars?" ; "Rock n' roll suicide" Extrait de l’album Direct-to-disc Sessions (Night Dreamer – 2020) avec Rogê : "Pra voce amigo" Journaliste : Hortense Volle Traduction française : Margaux Borel Réalisation : Benjamin Sarralié Mixage 3D en Dolby ATMOS pour une écoute immersive au casque : Jérémie Besset Responsable d'unité de production FMM – RFI Labo : Xavier Gibert

[Rencontre] Au restaurant solidaire Le Chalet, à Paris, avec la magnétique Celia Kameni
09/9/2025
Après avoir longtemps prêté sa voix singulière, tour à tour puissante et fragile, à d'autres projets, la chanteuse française d’ascendance camerounaise s’impose avec Méduse, son premier projet personnel (mais pas solitaire), comme une créatrice souveraine. Depuis une quinzaine d'années à Lyon, où elle a grandi, et ailleurs sur scène, comme sur disque, le public a pris coutume d'être subjugué par cette chanteuse-musicienne qui sublime projets et collaborations avec la même radieuse et imperturbable intensité. Après avoir notamment été la voix de The Amazing Keystone Big Band et s'être promenée comme en son jardin dans le répertoire d'Ella Fitzgerald ou de Nina Simone, celle qui fait partie des chanteuses de jazz incontournables de la scène française actuelle nous revient en créatrice souveraine avec son premier projet. Méduse est le fruit d’un long processus de recherche et de rencontres, avec soi-même, et avec d’autres artistes à la composition (Yael Naim, Sarah Mikovski), à la réalisation (LaBlue, Janoya) et à l’interprétation : Giani Caserotto (guitare), Juliette Serrad (violoncelle), Robinson Khoury (trombone). La voix profonde et texturée de Célia Kameni investit un monde sonore dont elle a défini les contours mobiles en défiant toute classification. Le résultat : quatre chansons aux fortes personnalités qui oscillent entre le folk, la soul contemporaine, la chanson et le jazz, où la vulnérabilité et l'authenticité règnent en maîtres. Alors qu’elle vient d’être couronnée par les Victoires du Jazz 2025, dans la catégorie « artiste vocale », Celia Kameni nous a donné rdv au Chalet, le bar-restaurant de l’association IDL, qui défend notamment le droit de l’alimentation. Titres diffusés Extraits de l’EP Méduse (Muse Indigo / Naïve – 2025) : "Wrong Again" ; "Used" ; "I do" ; "De doute et de joie". Et aussi The Amazing Keystone Big Band : "A woman is a sometime thing" (feat Célia Kameni) ; "Born to be blue" (feat Célia Kameni); "Stompin' at the Savoy" (feat Célia Kameni); "Bess' scat" (feat Célia Kameni) BIGRE! : "L'étoile filante" (feat Célia Kameni) ; "Demain" (feat Célia Kameni); "Tu sais" (feat Célia Kameni); "Il pleut dans la lumière" (feat Célia Kameni) Yael Naim : "Dream in my head"; "The Sun" Mr. President : "Plenty loads of loving" (feat. Celia Kameni & Cindy Pooch) Joni Mitchell : "California"; "The Last Time I Saw Richard" Pour suivre Célia Kameni YouTube / Instagram / Facebook En concert 25.09 Les Étoiles, Paris 02.10 Festival Un Doua de Jazz, Villeurbanne 17.10 Tour des Arts, Les Herbiers 19.10 Atlantique Jazz Festival, Brest 29.10 Festival Jazz Onze+, Lausanne 05-06.11 Les Gémeaux, Sceaux 07.11 Festival Jazz à l’Ouest, Chartres-de-Bretagne 08.11 Espace Culturel Musique et Danse, Le Blanc Mesnil. Journaliste : Hortense Volle Réalisation : Benjamin Sarralié Mixage 3D en Dolby ATMOS pour une écoute immersive au casque : Jérémie Besset Responsable d'unité de production FMM – RFI Labo : Xavier Gibert.