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  • Lignes de défense

    Le salon Euronaval 2026 marque le retour de la puissance navale

    31/10/2026
    C'est un rendez-vous incontournable pour le naval de défense, le salon Euronaval ouvre ses portes ce mardi 3 novembre au parc des expositions de Paris Nord Villepinte, et il promet d’être stratégique dans un contexte international en ébullition. Rencontre avec Philippe Missoffe, délégué général du GICAN, le syndicat professionnel de la filière navale.
    RFI : Euronaval ouvre ses portes cette semaine dans un marché mondial en pleine croissance, comment évoluent les principales flottes de combat ?
    Philippe Missoffe : Tous les deux ans, on réalise une étude qui nous permet de voir comment évolue la construction navale de défense. Ce qui est frappant, c'est que l'on est entré dans une phase de croissance sans précédent. Il y a 122 milliards de dollars de production entre 2024 et 2025, versus 82 milliards sur la période précédente. Donc, on a plus de 50 % de croissance en valeur et aussi en tonnage, produits durant ces deux dernières années. Les mers sont redevenues vraiment des espaces de compétition dans le monde entier. On voit que toutes les marines se renforcent.
    Les salons ont toujours des dominantes, que va-t-on voir cette année à Euronaval ?
    Cette année, vous allez voir toutes les évolutions, les nouvelles armes aussi, notamment les drones, qu'ils soient de surface, sous-marins ou aéromaritimes. Ces drones seront extrêmement nombreux et il y aura également tout ce qui concerne l'intelligence artificielle et le quantique qui sont nécessaires à cette dronisation. On va voir aussi beaucoup de missiles. On parle beaucoup en ce moment des missiles hypersoniques chinois et russes. La course à l'innovation dans ce domaine-là est ouverte.
    Vous évoquez les innovations chinoises et russes. Il y a aussi la course à la puissance Chine-États-Unis. Elle est particulièrement vive, on le sait, sur le plan naval. Laquelle de ces deux nations est aujourd'hui numéro un sur les mers ?
    La Chine a livré en deux ans 636 000 tonnes, c'est deux fois plus que le tonnage américain. Ils ont livré neuf sous-marins nucléaires d'attaque contre trois aux États-Unis et dix destroyers contre quatre. C'est aujourd'hui le premier rang mondial en termes de nombre de plateformes. L'Armée populaire de libération dispose de 418 bâtiments de combat. Et 40 % de cette flotte a aujourd'hui moins de huit ans. Donc, c'est une flotte qui est extrêmement moderne.
    La filière navale française a réalisé l'an dernier, en 2025, près de 12 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Où se situe-t-elle dans le paysage industriel naval européen ?
    Elle est parmi les leaders. La France est l'un des seuls pays au monde à savoir construire à la fois des navires à propulsion conventionnelle et à propulsion nucléaire. On est aussi en mesure de produire des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins. La filière compte aujourd'hui plus de 750 entreprises. C'est aussi 46 000 emplois directs. Et c'est une filière qui est reconnue parce qu'elle exporte. Vous avez 36 % aujourd'hui du chiffre d'affaires qui se fait à l'export. Vous avez des contrats assez importants qui ont été remportés récemment avec les sous-marins Orka pour les Pays-Bas, les frégates de défense et d'intervention (FDI) qui ont été vendues à la Grèce et plus récemment à la Suède. On a en France une véritable richesse, la filière maîtrise l'ensemble du spectre, depuis le petit drone jusqu'au SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d'engins, NDLR), en passant par le porte-avions de nouvelle génération. Ça nous permet d'avoir une chaîne de valeur qui est souveraine et complète.
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    Avec HypAIRion la chasse française prépare l'arrivée de l'IA dans les cockpits

    24/10/2026
    L'armée de l'air et de l'espace française veut sa part d'IA. Associée à la Direction générale de l'armement et à l'agence ministérielle pour l'IA de défense, l'armée de l'air lance le projet HypAIRion. Objectif : faire voler des avions de chasse avec des drones collaboratifs grâce à une intelligence artificielle souveraine. 
    HypAIRion a déjà commencé. Sur la base aérienne de Mont-de-Marsan, deux Mirage 2000, à grand renfort d'ordinateurs embarqués, ont été transformés en banc d'essai dans le bac à sable pour l'IA de l'armée de l'air, sourit le colonel Cédric Abriat. Il dirige le bureau de développement des capacités de l'état-major de l'armée de l'air : « Alors je dis bac à sable parce qu'un avion de combat, ça reste quand même un système complexe, et donc il faut qu'on ait notre ordinateur réservé au sein de cet avion pour pouvoir faire toutes sortes d'essais, d'expérimentations. Le but, ça a été vraiment de créer un troisième ordinateur au sein de l'avion, dans lequel les opérationnels vont pouvoir tester toutes sortes d'algorithmes, expérimenter avec la donnée pour permettre d'avoir des usages opérationnels autour de l'intelligence artificielle. »
    Accélérer la boucle de décision
    L'enjeu des prochaines années : permettre aux pilotes de se concentrer sur l'essentiel. Les ordinateurs de bord dopés à l'IA ont pour ambition de conserver la supériorité aérienne en gagnant la bataille de la vitesse, selon Colonel Abriat : « L'espace dans lequel évoluent nos pilotes est saturé d'informations et il faut qu'on les aide à faire le tri pour qu'ils puissent se focaliser sur les décisions opérationnelles, les choix tactiques. Et pour ça, on va leur faire gagner du temps dans le combat aérien. Celui qui prend l'ascendant, celui qui gagne, c'est celui qui arrive à réfléchir et à agir beaucoup plus vite que son adversaire. Et donc avec l'intelligence artificielle, on va leur offrir plus de ressources cognitives disponibles pour prendre les bonnes décisions, les bons choix tactiques. »
    Un super Rafale avec un drone pour ailier
    L'autre versant d'HypAIRion, c'est de faire voler les avions de chasse avec des drones collaboratifs. Des drones qui, nécessairement, devront obéir à des ordres de haut niveau comme : « attaque cette cible ou protège-moi » et qui, aussi, devront en toute autonomie conduire leurs propres missions. « Les premières missions qu'on envisage, c'est par exemple la mission de défense aérienne. Pour cette mission, on peut parfaitement imaginer que le drone de combat collaboratif, donc la plateforme inhabitée, maintienne son vol afin de détecter les menaces de manière permanente parce qu'elle peut voler beaucoup plus longtemps que des pilotes. Elle va pouvoir, par exemple, maintenir la défense de toute une zone. Comme la plateforme est inhabitée, elle pourra prendre plus de risques et donc, dans le cadre de la mission air-air, elle pourra s'approcher davantage de la menace. Elle pourra également offrir un complément de détection et aujourd'hui pouvoir voir la situation sous plusieurs angles, allumer un radar. Et cela donne effectivement beaucoup plus d'options tactiques et de performance opérationnelle », explique le colonel Cédric Abriat.
    Un avion de chasse épaulé par un drone dopé à l'IA, HypAIRion ressemble furieusement au projet franco-allemand d'avions du futur (SCAF) abandonné cet été. Et dans ce nouveau projet, il y a par conséquent un véritable enjeu de souveraineté, souligne Cédric Abriat :
    « Dans HypAIRion, on cherche à jeter les bases d'une architecture qui soit ouverte, modulaire et qui, surtout, devra nous appartenir. On ne veut pas que des industriels puissent verrouiller les choses et nous empêcher de faire évoluer le système. Donc l'enjeu d'HypAIRion, c'est d'avoir ces types d'architecture qui permettent aux opérationnels, aux aviateurs, en fonction de ce qu'ils ont vu sur le théâtre, de modifier, d'adapter, de rajouter une antenne pour faire face au brouillage, de modifier un armement qui buterait sur une contre-mesure. Et pour ça, il faut que l'on ait la main sur l'architecture. Il faut aussi qu'elle soit suffisamment modulaire pour évoluer au fil des conflits. »
    Les apprentissages des briques d'IA ont déjà débuté. L'ambition est de disposer dès 2028 d'un super Rafale accompagné d'un drone de combat.
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  • Lignes de défense

    «L'Otan est prête»: le commandant suprême des forces alliées met en garde la Russie

    17/10/2026
    Dans un discours très attendu, le commandant suprême de l'Alliance Atlantique, Alexus Grynkewich, a présenté lundi 12 octobre sa « théorie de la victoire » sur la meilleure façon de battre la Russie en cas d'attaque. Le général américain a toutefois souligné que, même si aucun conflit n'était imminent, les alliés devaient fixer des lignes rouges à l'égard des manœuvres de Moscou en Europe.
    Le ton était martial, et le commandant suprême de l'Alliance atlantique, Alexus Grynkewich, n'a pas fait dans la demi-mesure pour annoncer au compétiteur russe qu'il n'était pas opportun de venir provoquer militairement l'Otan.
    « Nous briserons leur système de combat, a-t-il déclaré. Cela visera non seulement les forces d'attaque elles-mêmes, mais aussi tout ce qui soutient et permet leurs opérations. Nous combinerons nos armes de précision et les munitions de masse. Nous exercerons une pression constante et implacable, sur terre, dans les airs, dans l'espace et dans le cyberespace. Nous détruirons l'ennemi et nous vaincrons : les formations adverses seront privées de ravitaillement, les commandants ennemis perdront le contrôle de leurs troupes, et les capacités de combat ainsi que les moyens de soutien de l'ennemi seront réduits à néant. »
    Puis, le Saceur (acronyme de Supreme Allied Commander Europe, soit Commandant suprême des forces alliées en Europe) a tenu à temporiser l'état de la menace : « Un conflit n'est pas imminent. » Et de rappeler que l'Otan est une alliance défensive.
    Pour Jonathan Guiffard, chercheur associé à l'Institut français de Géopolitique, ce discours a valeur de signalement : « Ce que je retiens du discours, c'est que le général Grynkewich a très bien rappelé que l'Otan est une alliance défensive. Et donc, sa posture martiale doit être comprise comme une mesure de dissuasion. C'est plutôt une mesure de crédibilité. Ce discours vise à expliquer que l'Otan est prête, et que si la Russie devait envisager une attaque contre un membre, une attaque militaire conventionnelle, l'Otan serait en mesure de réagir dès à présent. C'est l'idée de montrer la détermination de l'Alliance face à l'augmentation pour le coup de l'agression venant de la Russie. »
    Le général Alexus Grunkewich appelle à fixer des lignes rouges.
    Interrogé sur ces attaques « hybrides », le général américain a expliqué qu'il était crucial que les pays membres de l'Alliance disent à la Russie, dans un message « clair et concis », où sont situées les limites à ne pas franchir.
    Les Européens ont néanmoins du mal à trouver la parade aux actes de sabotage russes sur leur sol, pointe Jonathan Guiffard : « C'est en fait un peu le problème du moment. On l'a vu à la rentrée en septembre, notamment quand l'Élysée avait convoqué les différents chefs de partis politiques en France pour précisément parler de ce sujet. La Russie est en train d'augmenter, d'accroître l'intensité de sa stratégie à l'égard de l'Europe, sa stratégie d'agression. Le commandant de l'Otan a parlé aussi de stratégie hybride. À mes yeux, il s'agit plutôt de guerre politique. La Russie, depuis maintenant près de 15 ans, est dans une logique de guerre politique à l'égard de l'Europe, c'est-à-dire qu'elle mène non seulement des agressions limitées, qu'on pourrait qualifier d'hybrides sur le plan militaire, des attaques de drones ponctuelles, des cyberattaques, de la désinformation, des coupures de câbles sous-marins par exemple... Mais en vérité, l'ensemble de ces attaques, de ces agressions, constitue plutôt une guerre politique, c'est-à-dire une tentative de subvertir politiquement l'Europe. »
    « Dans ce cadre-là, l'Europe a du mal à prendre conscience de l'enjeu stratégique. Elle voit bien qu'elle subit des cyberattaques, elle voit bien qu'elle subit de la désinformation, mais elle y apporte une réponse très technique. Comment mieux se protéger sur le plan cyber ? Comment mieux se protéger sur les réseaux sociaux ? Néanmoins, elle n'apporte pas vraiment une réponse politique. Elle ne change pas l'équation pour la Russie. Il y a un décalage entre l'agression russe et la réponse européenne. La réponse européenne, qui est quand même assez forte par exemple dans le domaine des sanctions économiques, on voit bien que ce n'est pas suffisant. Cela fait certes du mal à l'économie russe, mais ce n'est pas suffisant pour forcer les élites russes à changer de stratégie. C'est cette réflexion autour du changement de l'équation russe qui doit se poser. Comment faire pour porter des coups à Moscou ? Pour que Moscou renonce à sa campagne d'agression contre l'Europe ? Je pense qu'il y a des domaines, par exemple dans le domaine cyber, où les doctrines de réponse européennes ne sont ni systématiques, ni particulièrement agressives à l'égard de la Russie. Il faut aussi agir dans d'autres champs, comme soutenir des oppositions politiques, des oppositions démocratiques. Bref, il y a toute une palette que les Européens n'ont pas encore mise en œuvre pour changer cette équation russe », explique le chercheur.
    Reste que dans cette équation, le tempo américain pose aussi des difficultés : la recrudescence des manœuvres russes intervient alors que les États-Unis procèdent à un réexamen de leur déploiement militaire sur le continent. La diminution des effectifs doit être annoncée à la fin de l'année, comme un mauvais signal.
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    L'Ukraine face au fléau des drones russes Geran-5

    10/10/2026
    Les frappes russes précipitent Kiev en mode « survie » avant l'hiver, indique le maire de la capitale ukrainienne, alors que les bombardements russes s'intensifient sur la ville. Tandis que la ligne de front reste pour l'essentiel figée, Moscou accentue ses frappes de longue portée contre Kiev, recourant notamment à des missiles balistiques et à des drones à réaction difficiles à intercepter : des Géran-5 qui fragilisent la défense ukrainienne.
    « La principale menace s'appelle Geran 5 et vole à 6 000 mètres d'altitude à plus de 600 kilomètres/heure », s'est alarmé cette semaine le général Jérôme Bellanger, chef d'état-major de l'armée de l'air française.
    Initialement, les Geran étaient les copies des drones Shahed fournis par l'Iran. Ils fonctionnaient avec des moteurs à pistons, ils n'étaient pas très rapides et ils étaient interceptés à plus de 90 %. L'armée de Russie, par conséquent, a ensuite doté le Geran-4 d'un turbopropulseur, doublant ainsi sa vitesse. Mais là encore, sa trajectoire restait prévisible.
    Depuis cet été est apparu le Geran-5, et cette dernière version donne du fil à retordre aux Ukrainiens, souligne Vincent Touré, chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI) : « Le Geran-5 bénéficie de la turbopropulsion, donc il va déjà très vite et à très haute altitude. Ce n'est même plus vraiment un drone. Honnêtement, on arrive à un missile de croisière en bonne et due forme et qui est piloté. Ça crée un appareil qui est rapide, qui n'est pas trop cher, vraiment précis et beaucoup plus agile pour détruire des cibles dans l'arrière de l'Ukraine. Et c'est un problème qui va s'accentuer. »
    Des drones plus précis
    Le Geran-5, on le résume souvent à sa vitesse, insiste Thibault Bonneville, patron de SBG-Systems, spécialiste français de la navigation inertielle pour drones, mais « il y a d'autres paramètres. Il y a beaucoup de composants critiques à l'intérieur de ce Geran qui ont évolué dans le temps. La vitesse est un facteur, mais c'est la capacité de naviguer sans GPS qui est aussi largement améliorée. Ça lui permet d'être beaucoup moins brouillé par les systèmes ukrainiens. »
    « Sa vitesse accrue fait que le temps de réaction pour le détecter avant de l'intercepter est extrêmement réduit. On voit que les Ukrainiens, qui sont toujours très imaginatifs et très pratico-pratiques, ont développé des tourelles avec des mitrailleuses basées sur l'IA pour les identifier et les intercepter plus rapidement », poursuit-il.
    Une défense ukrainienne saturée par les drones Geran
    Depuis janvier, l'armée russe a tiré 50 000 drones de bombardement. C'est déjà plus que pour toute l'année 2025, résume l'expert aéronautique Xavier Tytelman : « Les Russes ont réussi à industrialiser cette production, c'est-à-dire qu'ils ne vont plus avoir quelques moteurs à réaction de temps en temps. Désormais, c'est une centaine de drones à réaction qui est tirée chaque jour. Et évidemment, les Ukrainiens ont un taux d'interception qui est relativement plus faible puisque seulement 60% des vecteurs sont interceptés. C'est la masse qui fait la différence, c'est la capacité des Russes à en lancer des centaines en même temps qui fait que les défenses sont simplement submergées. »
    L'industrie de guerre du Kremlin s'est muée en un rouleau compresseur. Les usines tournent à plein régime, précise Vincent Tourret : « Il y a encore un an, il y avait 4 000 Geran qui étaient produits chaque mois. Aujourd'hui, on est à plus de 6 000. Même chose pour l'arsenal de missiles : aujourd'hui, on est à plus de 800 têtes produites par an, avec des vecteurs qui sont plus performants, certains qui sont devenus beaucoup moins chers. »
    « Cela permet aux Russes de frapper plus fort, poursuit l'expert, mais ça leur permet aussi d'étendre la palette des cibles, soit parce qu'avant, ils n'avaient pas assez de ressources pour frapper, soit parce que ces cibles étaient trop petites ou trop agiles pour être visées convenablement. »
    Et les ponts de Kiev sont désormais dans cette palette de cibles. Pour parer les attaques, les huit structures qui enjambent le Dniepr sont désormais recouverts de filets anti-drones.
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    Avec Arcadia, la France porte l'ambition d'une IA militaire souveraine

    03/10/2026
    La puissance militaire est de plus en plus de nature numérique. Avec le projet Arcadia, les armées françaises veulent échapper à la domination américaine sur les réseaux de l'Otan, elles ont donc développé un système de fusion de données qui a été présenté cette semaine.
    C'est au cœur de la forteresse militaire du Mont-Valérien, à l'ouest de Paris, qu'est née Arcadia, une infrastructure numérique de commandement et de contrôle destinée à fusionner le renseignement avec cette interface. La data est au cœur de l'action militaire, indique Jean-Baptiste Paing, ingénieur général de l'armement en charge du programme. « C'est une des grandes choses que l'on veut faire avec Arcadia, qui est, au-delà de donner la capacité de commandement pour des états-majors de conduire des opérations, aussi de former une espèce de socle numérique que l'on veut déployer le plus possible dans tous nos programmes de capacité, détaille-t-il, et que l'on pourra embarquer dans des véhicules, dans des bateaux pour que l'on partage un socle commun et que l'échange de données soit plus simple qu'auparavant. »
    Décloisonner la data
    Décloisonner les renseignements détenus par la Marine, l'armée de l'air, l'armée de terre, fusionner ces renseignements avec ceux obtenus par la multitude de capteurs qui irriguent les forces, le projet Arcadia s'inspire du système Delta développé par les Ukrainiens et qui leur offre une compréhension du terrain en temps réel.
    Arcadia va permettre de rendre fluide la connectivité du champ de bataille et va surtout offrir la possibilité d'accélérer le ciblage, souligne l'amiral Frédéric Décup, qui fait partie de la task force de ce projet. « Oui, le ciblage en fait partie, comme tous les autres modules, on aura dessus de la situation tactique, de la situation opérative. Et le ciblage est un module parmi d'autres. Comme il y aura aussi des modules de renseignement, des modules de guerre de champ électromagnétique et de situation tactique, explique-t-il. Avant, on travaillait avec des réseaux très ségrégués, très cloisonnés, et le passage de l'information d'un réseau à l'autre était très complexe. Aujourd'hui, le fait d'avoir introduit cette IA, la data-centrée, et cette capacité à exploiter et améliorer la data, c'est ça le grand gain en fait. »
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    Zero Trust
    Décider mieux, plus vite que l'ennemi et surtout rester souverain. Arcadia se veut une alternative au système Maven de l'Américain Palantir, choisi par l'Alliance atlantique pour les cinq prochaines années. Dans un contexte interalliés, les promoteurs d'Arcadia jouent donc la carte de l'interopérabilité, une interopérabilité conçue sur le principe du Zero Trust, c'est-à-dire d'une sécurité renforcée. Les utilisateurs, pointe Jean-Baptiste Paing, n'auront accès qu'aux données qui les concernent : « C'est tous les enjeux de ce qu'on appelle la data-centric security, c'est-à-dire qu'on cherche à relier les différents constituants, soit des systèmes d'armes, des data centers, des centres de données, qu'on essaie de les relier entre eux au maximum pour pouvoir s'échanger les données de façon plus fluide, de mettre ça sur un même réseau pour éviter ce que l'on pouvait connaître par le passé, c'est-à-dire que pour passer d'un système à l'autre, d'un réseau à l'autre, il fallait faire des extractions de disques durs, des échanges de données par clé USB. Donc tout ça fait perdre beaucoup de temps, pointe-t-il. On essaie de mettre ça un peu à plat sur des mêmes réseaux pour aller plus vite. Ce qu'on recherche là-dedans, c'est la capacité à traiter la donnée plus vite que l'autre, plus vite que l'adversaire. Mais effectivement, ça pose des questions de sécurité. Ces ruptures avant, c'était souvent des standards de sécurité. Donc là, tout l'enjeu, c'est de développer un peu ces nouvelles technologies qui permettent de gérer en fonction du besoin de connaître de la personne qui va se connecter au réseau en fonction de sa nationalité. Potentiellement, si on est dans un contexte interallié, que les utilisateurs n'aient accès qu'à la donnée qu'ils ont le droit de connaître. »
    La data comme un effecteur
    Grâce à cette capacité d'offrir un renseignement sur mesure. Le système porte l'ambition d'être suffisamment ouvert pour être partagé, justifie le général Erwan Rolland, chef du Commissariat au numérique de Défense, qui chapeaute le projet Arcadia, « Le fait de dire que nos solutions sont interopérables by design, ce n'est pas parce qu'il faut que tout le monde l'adopte, c'est parce qu'il sera interfaçable et interconnectable avec d'autres solutions développées, mises en œuvre par d'autres partenaires. Et il faut pouvoir innerver l'ensemble des capacités sur un théâtre d'opérations, des états-majors centraux jusqu'aux états-majors opérationnels, jusqu'aux unités les plus tactiques, comme une arme, comme une munition, spécifie-t-il, en tout cas comme un effecteur. C'est-à-dire qu'on considère qu'il y a un effet opérationnel produit par le numérique, là où avant, c'était plus considéré comme une fonction support. »
    Une première solution opérationnelle est attendue fin 2027. Le défi étant que tous les membres de l'Otan devront adopter un système data-centré au plus tard en 2029.
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À propos de Lignes de défense
Dans un système globalisé, où les menaces prennent des formes de plus en plus variées, la chronique de Franck Alexandre vous plonge chaque semaine, au cœur des enjeux et des problématiques de défense et de sécurité du XXIème siècle. Les acteurs d’un monde militaire en mutation et les meilleurs observateurs des questions de Défense répondent à Franck Alexandre tous les dimanches matins dans sa chronique.
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