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  • Eurosatory 2026: le plus grand salon de l’armement terrestre se prépare à la guerre

    13/06/2026
    Eurosatory ouvre ses portes lundi 15 juin à Villepinte, au nord de Paris. Les drones en particulier donneront le ton du plus grand salon de l’armement terrestre.
    Ce rendez-vous de l’industrie de défense sera le réceptacle des tensions géopolitiques et des conflits en cours, raison pour laquelle Eurosatory fait le plein. Plusieurs milliers d’exposants venus de 65 pays, c’est un record. Certains petits pays, inconnus jusque-là de la sphère défense, auront même cette année leur stand, indique Charles Beaudoin, commissaire du Salon, et c’est le signe d’un réarmement général : « L'Ouzbékistan, par exemple, est un pays qui apparaît dans le spectre. Il ne venait pas sur le salon, sa présence est une première. Donc, on voit bien que le salon est en augmentation permanente. Nous aurons plus de 2 200 exposants. Nous étions déjà le plus grand salon de sécurité-défense au monde, mais là, nous avons ouvert un hall supplémentaire, il est occupé. On sent très bien qu'il y a une préoccupation très forte dans le monde de pouvoir se réarmer de manière à pouvoir faire face éventuellement à des conflits qui semblent s'annoncer. »
    Risque d’un conflit direct entre l’Europe et la Russie, embrasement du Moyen-Orient, les armées viennent chercher sur étagère des solutions clés en main, et deux sujets prédominent : les drones et les missiles. « Eurosatory 26 s'inscrit dans une situation géopolitique compliquée. Les drones et la lutte anti-drones s’imposent avec la nécessité d'aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort et beaucoup plus en nombre pour les armées européennes. Les sujets missiles et antimissiles reviennent aussi, avec la capacité sol/sol à très longue portée. L'Europe n'en est pas dotée aujourd'hui et c'est un sujet qui revient, il y aura des propositions sur le sujet. Qui dit missiles dit antimissiles. Donc, vous verrez des solutions de missiles hypervéloces et d'interception de missiles hypervéloces. Autre sujet, l'espace : c'est une évidence aujourd'hui, la nécessité absolue de disposer de microconstellations à l'instar de Starlink qui a permis à l'armée ukrainienne de résister. »
    À côté des acteurs traditionnels de l’industrie de défense, beaucoup de nouveaux entrants sont attendus. Beaucoup de startups et d’entreprises duales. La « deep tech » a le vent en poupe, exemple avec l’intelligence artificielle qui s’immisce dans tous les systèmes d’armes, pointe Charles Beaudoin : « La deep tech, ce sont ces startups qui aujourd'hui proposent des technologies de rupture. L’intelligence artificielle, le cloud, ce sont des cas concrets dans l'armée ukrainienne et c'est clairement là où il faut aller. Ce que j'appelle le troisième âge de la numérisation, après les systèmes numériques, c'est maintenant l'âge de l'exploitation de la donnée et donc l'âge de l'IA et des clouds. »
    À Eurosatory, quelque 80 sociétés ukrainiennes, contre dix pour l'édition précédente, présenteront leurs drones, systèmes robotisés et missiles de frappe en profondeur, autant de systèmes d’armes éprouvés dans la guerre contre la Russie.
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  • Les hélicoptères en première ligne dans la lutte anti-drones

    06/06/2026
    C’était les 1ᵉʳ et 2 juin derniers sur le champ de tir de Biscarrosse dans les Landes, l’armée de l’air a expérimenté les premiers tirs contre des drones depuis un hélicoptère de manœuvre. La lutte anti-drones offre un nouveau souffle aux hélicoptères militaires. En France, la reconversion des appareils a commencé.
    La guerre au Moyen-Orient a servi de bascule. Dans l’urgence, des hélicoptères français ont été engagés dans la défense des Émirats arabes unis. Des hélicoptères d’attaque Tigre de l’armée de terre, mais aussi des hélicoptères légers Fennec de l’armée de l’air, ont fait mouche à tous les coups contre les drones Shahed iraniens. Alors puisque les hélicoptères sont efficaces, tous les modèles sont désormais reconvertis à la lutte anti-drones. Cette semaine, c’était le tour des hélicoptères Caracal.
    Ces gros hélicoptères habituellement dédiés à la logistique ont été lestés de mitrailleuses de sabord et se sont révélés parfaitement adaptés à cette lutte. Ce fut même plutôt facile, juge le lieutenant-colonel Laurent, en charge des nouvelles capacités pour les hélicoptères à l’état-major de l’armée de l’air : « En réalité, ça n'a pas été si compliqué que ça, puisqu'on dispose déjà d'une très grande variété de savoir-faire, que ce soit au travers de notre contribution à la défense aérienne, mais également de notre engagement quotidien en opérations extérieures, souligne le lieutenant-colonel. Et l'enjeu pour les hélicoptères de l'armée de l'air et de l'espace en particulier a été d'adapter ces capacités de tir qui étaient soit tournées vers de l'appui-feu air-sol en opérations extérieures, soit tournées vers des menaces qui étaient un petit peu différentes, mais malgré tout assez similaires dans le cadre de la défense aérienne. Et l'enjeu a bien été de pouvoir adapter relativement facilement ces capacités-là face aux drones. »
    Pour que les hélicoptères servent de bouclier, il a fallu néanmoins moderniser une partie de la flotte en l’équipant d’une liaison 16, le système d’identification qui équipe tous les avions de combat. « On a vu au Moyen-Orient qu'il y avait énormément d'aéronefs qui étaient en vol dans le même espace aérien. Il y a des aéronefs alliés, mais également des menaces qu'il faut identifier, détruire éventuellement, poursuit le lieutenant-colonel. Et pour ça, il faut éviter à tout prix le tir fratricide. On a fait un très gros effort sur la capacité de liaison 16, pour laquelle nos hélicoptères n'étaient pas équipés jusqu'ici, en particulier l'hélicoptère Fennec que nous avons engagé. En 48 heures, on a été en mesure d'équiper ces hélicoptères de cette nouvelle capacité pour pouvoir les intégrer au mieux dans ce dispositif. »
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    La lutte anti-drones, qui fait quoi ?
    La lutte anti-drones, c’est une défense multicouche, souligne le lieutenant-colonel Laurent : de haut en bas, chacun à sa place : « Ça part déjà au sol d'un dispositif de détection qui, lui, va être en charge de détecter le plus tôt possible la menace lorsqu'elle arrive. Et ensuite, c'est tout un dispositif qui va partir de l'avion de chasse, qui lui vole au loin et a des capacités de détection accrues. Le Reaper sera vraiment entre le Rafale et l'hélicoptère. C'est un élément qui a des caractéristiques qui lui sont propres. En particulier, il a de la persistance parce qu'il est capable de voler longtemps. Il est capable de voler haut, explique le lieutenant-colonel Laurent. Dans le bas du spectre, il y a l'hélicoptère à proximité des côtes, qui, lui, aura des capacités d'identification et une capacité à se rapprocher par son domaine de vol, qui est plus proche du drone. Aujourd'hui, on a mis en place tout un spectre de capacités et on est encore en train de les adapter pour pouvoir être le plus efficace possible. Et l'enjeu, il n'est pas d'avoir un hélicoptère qui soit exclusivement capable de traiter cette menace-là, mais bien de pouvoir utiliser l'ensemble des capacités qu'on a à notre disposition pour pouvoir les traiter. »
    Véritable alternative aux très coûteux missiles sol-air, les hélicoptères prouvent qu’ils n’ont pas dit leur dernier mot, c’est aussi l’une des révélations de la révolution drone.
    À écouter dans DécryptageLes drones dans la guerre du XXIè siècle
  • Loi de programmation militaire: 14 milliards d’euros de plus pour les armées?

    30/05/2026
    Ce mercredi 27 mai 2026, au Sénat, la chambre haute a proposé d’accentuer l’effort budgétaire en faveur des armées en votant en commission une enveloppe de 14 milliards d’euros qui viennent s’additionner aux 36 milliards demandés par le gouvernement dans l’actualisation de la Loi de programmation militaire. Une hausse destinée à gonfler le format des armées.
    Dans un contexte mondial marqué par les crises, les sénateurs veulent donc aller plus loin que l’exécutif. Et l’objectif financier final de la loi de programmation militaire (LPM) devient vertigineux puisqu’avec cette nouvelle hausse, les sénateurs proposent un pic des dépenses militaires de 450 milliards d’euros à la fin de la décennie, soit 2,7 % du PIB.
    Les 450 milliards d’euros, pourquoi faire ?
    Les urgences capacitaires sont nombreuses, pointe le sénateur Cédric Perrin, membre de la commission Défense et des Forces armées. Il faut notamment gonfler le format de la Marine et celui de l'Armée de l'Air, dont les forces sont aujourd'hui très sollicitées : « On a amendé le tableau capacitaire pour répondre en quelque sorte, d'abord, à la demande qu'avait faite à l'époque le ministre des Armées en février 2025, lorsqu'il disait qu'il manquait une trentaine de Rafale, trois frégates et du matériel terrestre. Et donc le tableau annexe a été modifié avec 20 Rafale Air supplémentaires et 10 Rafale Marine, trois frégates. Il y a aussi évidemment des amendements sur l'aérobalistique à 1 000 kilomètres et qui pourraient être utilisés par les trois armes terre, mer et air, avec évidemment des demandes qui sont importantes. »
    « On a des sujets sur les drones navals, sur les drones furtifs également, étant entendu que tout ça ne sera pas forcément livré tout de suite. Il est bien évident que l'idée c'est aussi de cranter des commandes, de cranter des objectifs et de ne pas perdre de temps puisque, à force de repousser aux calendes grecques un certain nombre de commandes, évidemment on perd du temps et on est livré très tardivement. On se bat pour une LPM sincère et surtout une LPM de cohérence avec les menaces auxquelles l'exécutif nous prépare depuis maintenant un certain temps. »
    Un signalement stratégique budgétaire
    À plusieurs reprises, l'état-major des armées a alerté sur un risque de conflit avec la Russie d’ici la fin de la décennie, mais le vote du Sénat ne présente qu’une trajectoire indicative.
    Cela s’apparente à un signalement stratégique budgétaire, pour donner beaucoup plus d’ambition à une loi de programmation militaire jugée insuffisante à l’égard de la menace, insiste Cédric Perrin.
    « Je pense que c'est une question de priorité qu'on doit se donner. Aujourd'hui, on est dans une situation extrêmement complexe où on a envoyé des précurseurs au Groenland. On a ensuite envoyé notre groupe aéronaval à Chypre. On est dans une situation extrêmement complexe dans le détroit d'Ormuz. L'Ukraine étant elle aussi en difficulté, les théâtres d'opérations se multiplient et je crois qu'il faut que nous soyons prêts. Et donc c'est une sorte de priorité qu'on doit se donner aujourd'hui. Pour moi en tous cas, la question de la défense est une priorité absolue. Et puis on a besoin aussi, dans le cadre du débat pour l'élection présidentielle, de débattre de ces sujets. Or, je rappelle quand même que pour toutes les élections présidentielles qui se sont déroulées ces quinze dernières années, il n'y a pas eu de débat sur les questions de défense. Je pense que fondamentalement, aujourd'hui, c'est un sujet qui doit être débattu. Et je pense aussi, fondamentalement, que nous sommes observés par nos adversaires potentiels, les adversaires qui regardent ce que nous faisons et ce que nous votons. »
    Les investissements réels pour les armées sont votés chaque année dans le projet de loi de finances. Le supermarché de 50 milliards d’euros d’ici 2030 souhaité par le Sénat sera donc potentiellement adopté qu’après l’élection présidentielle, mais le débat est ouvert.
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  • Les drones ukrainiens frappent dans la grande profondeur du territoire russe

    23/05/2026
    Les 16 et 17 mai 2026, Kiev a lancé sur la Russie l'une de ses attaques les plus massives. Plus de 600 drones sont tombés sur la capitale, Moscou, mais aussi sur des zones qui se trouvent à plus de 1 700 kilomètres de la frontière ukrainienne. Les frappes ukrainiennes en Russie sont de plus en plus nombreuses et efficaces et pourraient être une bascule.
    Situées à près de 2 000 kilomètres de l'Ukraine, les villes russes de Iekaterinbourg, Perm, Tcheboksary ont été touchées : des usines d'armement, des raffineries, des aérodromes attaqués dans cette région de l'Oural russe, qui se pensait jusque-là à l'abri de la guerre. Des frappes dronisées longue distance qui, pour les forces ukrainiennes, ont représenté quelques défis.
    Vincent Tourret, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri), explique : « Le premier défi, c'est tout simplement le nombre de drones en production pour atteindre ces distances-là. C'est augmenter la charge utile sur chaque drone. Réussir à avoir des appareils qui soient capables d'évoluer malgré les interférences électroniques russes. Et puis enfin, le problème est d'affaiblir suffisamment la défense anti-aérienne et antimissiles de Moscou pour passer de plus en plus. Les Ukrainiens, sur plus d'un an, on fait cet effort industriel, technologique et opérationnel, où petit à petit, ils ont grignoté les batteries et les radars situés en Ukraine, puis ensuite dans les régions limitrophes comme Belgorod ou la Crimée, et ont commencé à élargir les trous dans la raquette de la défense russe. »
    Amener la guerre dans le quotidien des Russes
    Ces frappes dans profondeur révèlent des failles béantes dans le dispositif de protection russe et provoque de fait des bouleversements stratégiques. Vincent Tourret poursuit : « Le niveau qui est le plus visible, celui stratégique, est d'amener la guerre dans la vie de tous les jours des Russes. C'est un des buts avoués de la stratégie ukrainienne. Mais là, ce qui est le plus intéressant et le plus important, c'est que jusqu'à maintenant, on avait une lutte ukrainienne avec les drones qui étaient dans l'infiniment petit, avec les FPV, les drones sur la ligne de front, et l'infiniment grand, donc les frappes sur les villes russes et les raffineries. Ce qui, maintenant, est en train de changer, c'est l'interdiction à portée moyenne – entre 50 et 100 kilomètres –, où les Ukrainiens ont désormais des drones efficaces pour aller frapper des centres de munitions, leur logistique, les zones de concentration, les bases, les garnisons. Et donc, il y a un vrai risque pour les Russes que les Ukrainiens arrivent à finalement asphyxier leurs efforts et à stabiliser le front, voire à reprendre l'initiative. »
    Un été 2026 possiblement décisif
    Si pour le moment, aucune inflexion n'a été observée côté russe, l'été est propice aux offensives et servira de test à la théorie de la victoire de chacun, souligne Vincent Tourret : « Les Russes sont restés sur l'idée selon laquelle ils peuvent user les forces ukrainiennes en les pressurisant jusqu'à ce qu'elles craquent. La théorie ukrainienne, inversement, c'est de se dire qu'ils peuvent mettre un coup d'arrêt suffisamment fort, détruire suffisamment des pointes d'offensives russes pour qu'il y ait une stagnation, voire une stabilisation du front. Et pour y parvenir, ils robotisent à outrance le front. Effectivement, cet été ces deux théories vont se répéter à forte puissance. »
    Après plus de quatre ans de guerre, l'été 2026 pourrait donc être décisif, avec pour bilan un possible épuisement des forces en présence.
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  • Le très long déploiement au Moyen-Orient du porte-avions Charles-de-Gaulle

    16/05/2026
    Le Charles-de-Gaulle se dirige vers la mer d'Arabie. Un « signal » selon lequel la coalition montée par Londres et Paris se tient prête à sécuriser le détroit d'Ormuz. Si cette opération de réassurance au profit des navires de commerce voit le jour, la mission articulée autour du groupe aéronaval devrait nécessairement être longue. Les 1 800 marins du navire-amiral de la flotte française déjà en mer depuis bientôt quatre mois s'organisent pour rester mobilisés et garder le moral. 
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À propos de Lignes de défense
Dans un système globalisé, où les menaces prennent des formes de plus en plus variées, la chronique de Franck Alexandre vous plonge chaque semaine, au cœur des enjeux et des problématiques de défense et de sécurité du XXIème siècle. Les acteurs d’un monde militaire en mutation et les meilleurs observateurs des questions de Défense répondent à Franck Alexandre tous les dimanches matins dans sa chronique.
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