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Chronique des matières premières

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  • La baisse des broyages de fèves de cacao accompagne la chute des cours

    19/1/2026
    On le pressentait en décembre, et cela se précise, la demande mondiale en cacao est orientée à la baisse. Cette tendance est donnée par un indicateur : le volume de fèves transformé par les broyeurs. 
     
    Les broyeurs sont les industriels qui transforment la fève brute en différents produits comme la pâte de cacao ou le beurre, qui sont ensuite vendus à l'industrie de l'agroalimentaire ou à des chocolatiers. Le chiffre des broyages est considéré comme l'indicateur le plus fiable pour évaluer la demande. Schématiquement, quand les Européens mangent moins de chocolat, les broyeurs européens ralentissent la cadence. 
    Les chiffres du quatrième trimestre 2025 qui viennent d'être publiés sont révélateurs : en Europe, les broyages ont baissé de plus de 8 % par rapport à la même période l'année dernière, selon l'Association européenne du cacao (ECA), de 5 % en Asie selon la Cocoa Association of Asia et de 13 % au Brésil. Il n'y a guère qu'aux États-Unis que les broyages se maintiennent.
    Ces baisses montrent une diminution de la demande, en raison du prix des fèves devenu trop élevé entre 2024 et 2025. Au Brésil, l'Association nationale des industries de transformation du cacao (AIPC) confirme une chute de la consommation nationale de produits chocolatés, cette chute dépassant 20 % pour certaines catégories comme la liqueur de cacao et le beurre de cacao.
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    Moins de demande, plus d'offre
    Si les broyages sont en baisse, cela veut dire qu'il restera plus de fèves brutes disponibles, pointe Carsten Fritsch, analyste de Commerzbank, qui prévoit un excédent de l'offre. Cette situation se reflète déjà dans les cours qui ont commencé à fléchir depuis mai 2025.   
    À leur sommet en 2024, les cours avaient frôlé les 12 000 dollars la tonne, ils peinent aujourd'hui à atteindre 5 000 dollars la tonne. Les annonces des dernières statistiques de broyages ne sont pas de nature à inverser la tendance et à faire remonter les prix.
    Incidence pour les producteurs ?
    Ce repli des cours mondiaux a une incidence sur les producteurs dans les pays où les prix sont libres et suivent le marché, comme par exemple au Cameroun. En revanche, chez le premier producteur mondial, la Côte d'Ivoire, la baisse des cours ne devrait pas avoir d'incidence immédiate car les producteurs touchent un prix qui est fixé en amont pour toute la campagne de cacao et qui est cette année plus haut que l'an dernier.
    Paradoxalement, ce prix garanti n'a pas suffi à les protéger : certains cacaoculteurs ivoiriens se retrouvent dans une situation très précaire, une partie de leur récolte n'ayant pas trouvé preneur depuis plusieurs semaines, en raison des difficultés financières de plusieurs acheteurs-exportateurs locaux.
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  • Porté par l'engouement pour les métaux, l'étain bat de nouveaux records

    18/1/2026
    L'étain, un métal à la couleur argentée, essentiel aux soudures et donc à la fabrication des circuits imprimés électroniques, a vu son cours dépasser les 54 000 dollars la tonne la semaine dernière. Un record qui efface le précédent, qui datait de 2022.
    « Le secteur connaît un déficit prolongé », reconnaît l'Association internationale de l'étain qui regroupe les industriels du secteur. Les perturbations en République démocratique du Congo et en Birmanie restent en effet d'actualité, même si les données d'exportation de minerai et de concentré d'étain, en novembre, suggèrent une probable reprise de la production dans l'État de Wa où elle avait été interrompue, explique Luke Adriaans, en charge du marché de l'étain au sein du cabinet de recherche et d'analyse Project Blue. Les craintes de retards d'approvisionnement en Indonésie, le deuxième fournisseur mondial – qui représente 17 % de l'offre – persistent également.
    Cela n'explique cependant pas l'augmentation de 30 % des cours depuis début janvier, car il n'y a pas eu de bouleversement significatif de la dynamique entre l'offre et la demande mondiale ces trois derniers mois, relève l'Association internationale de l'étain. Les industriels du secteur pointent un décalage croissant entre ce qu'on appelle les fondamentaux du marché et les prix. 
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    Engouement pour les métaux
    Ce qui peut justifier la récente flambée des cours, c'est ce qu'on pourrait qualifier d'effet de contagion. L'étain est porté par l'engouement pour les métaux, à l'instar de l'or, de l'argent ou du cuivre dont les prix ont battu des records en cette fin d'année 2025. L'étain suit particulièrement la hausse du nickel, dont les cours ont décollé depuis mi-décembre, et ce, en raison du renouvellement annuel des autorisations propres à la filière minière, en Indonésie, qui concernent le nickel, comme l'étain du pays.
    L'étain profite comme les autres métaux de la dépréciation du dollar – qui rend les matières premières échangées en dollars moins chères – et des anticipations de baisses des taux de la Réserve fédérale américaine, favorables à la croissance économique et donc à une augmentation de la demande en métaux, selon Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank.
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    Forte spéculation
    L'Association internationale de l'étain explique aussi les prix par une forte spéculation sur le marché. Selon l'organisation, les flux financiers jouent un rôle de plus en plus important dans la formation des prix à court terme. On parle d'investisseurs qui n'ont pas besoin d'étain réellement, mais qui achètent des contrats et parient sur une hausse des cours.
    Ces achats spéculatifs font monter artificiellement la demande et donc les prix. Les investisseurs chinois ont été particulièrement actifs. Les prix sont si hauts que les acheteurs reportent leurs commandes. C'est ce qu'indiquent les stocks physiques d'étain, à la bourse de Londres et de Shanghai, qui sont en augmentation.
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  • L'or atteindra-t-il 5000 dollars l'once?

    14/1/2026
    Jusqu'où ira le cours de l'or ? Après avoir enchainé les records l'an dernier, le métal jaune démarre 2026 sur les chapeaux de roues : en treize jours, son cours a grimpé de plus de 6%.
    En ce début d’année, l’or suit globalement les mêmes tendances que sur les douze derniers mois. Valeur refuge par excellence, il est un moyen pour les investisseurs de se prémunir des soubresauts du marché. Il faut dire qu’ils ont été nombreux ces quinze derniers jours : l’enlèvement du président vénézuélien par les États-Unis, les menaces d'annexion du Groenland et d'intervention militaire américaine en Iran. Le contexte géopolitique joue beaucoup sur la confiance des investisseurs, qui se détournent des bons du trésor américain, au profit de l'or.  
    Autre inquiétude : celle qui concerne l'indépendance de la Réserve fédérale américaine. Son président, Jerome Powell, a annoncé ce week-end que le ministère américain de la justice avait lancé une enquête à son encontre, procédure qui pourrait conduire à des poursuites pénales. Donald Trump continue dans le même temps de demander une baisse des taux directeurs de la Fed.
    L’instabilité venue des États-Unis, mais aussi les signaux positifs de la Chine, notamment les chiffres des exportations, figurent parmi les facteurs qui font bondir le cours de l’or. Pour la première fois, il a dépassé les 4 600 dollars l'once en ce début d'année.
    « Les règles du jeu sont passées à la trappe »
    Les analystes s’attendent à ce que cette tendance se confirme et s’intensifie, au point que l’once d’or atteigne 5000 dollars. La semaine dernière, dans une note, le groupe HSBC estimait que « la demande des banques centrales en or va se poursuivre » sur fond « d'inquiétudes liées à la faiblesse du dollar ». D’après les analystes, l’or va continuer de grimper, avant une « correction ». Si les risques géopolitiques s'atténuent, ou si la Réserve fédérale américaine cesse de baisser ses taux directeurs, l'once d'or pourrait retomber en dessous des 4000 dollars.
    Il n'y a pas que l'or qui bat des records, le cours de l'argent aussi ne cesse de grimper. Déjà le métal le plus performant de 2025, il prend encore de la valeur en ce début d'année : un nouveau record de 90 dollars l'once a été battu. Ross Norman, analyste indépendant cité par Reuters, résume la situation ainsi : « les règles du jeu sont passées à la trappe, les métaux précieux n'en sont que le reflet ».
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  • Le naphta russe, victime collatérale des ambitions américaines au Venezuela

    13/1/2026
    C'est l'une des conséquences de l'intervention américaine au Venezuela et de la volonté des États-Unis de mettre la main sur le pétrole du pays : la Russie pourrait y perdre l'un de ses marchés, en l'occurence celui de la vente de naphta, un diluant essentiel pour rendre le pétrole lourd vénézuélien plus liquide et pouvoir le transporter pour l'exporter. 
    Depuis le mois de juin dernier, la Russie est devenue le principal fournisseur de naphta du Venezuela, mais Washington entend bien profiter de son opération militaire à Caracas pour lui vendre à nouveau le sien. Avant le mois de juin 2025, les États-Unis étaient déjà un fournisseur historique du Venezuela, mais les sanctions américaines ont interrompu ces flux, au bénéfice de la Russie qui a pris le relais depuis 6 à 7 mois.
    Les États-Unis sont donc de retour et très concrètement : 460 000 barils de naphta viennent d'être chargés par le négociant Vitol dans un port américain, selon le cabinet Kpler. Cette expédition fait suite au feu vert donné cette semaine à Vitol et Trafigura par l'administration américaine, explique Homayoun Falakshahi, chef analyste pétrole chez Kpler : ces deux traders peuvent désormais acheter du pétrole vénézuélien ou fournir du naphta au pays.
    Flux russes en perte de vitesse
    Les flux de naphta russes vers le Venezuela ont déjà diminué en fin d'année en raison du blocus ordonné par Donald Trump qui vise tous les pétroliers sous sanction qui entrent et sortent du Venezuela. Ceux qui veulent peuvent toujours prendre le risque d'aller livrer, mais ils devraient être de moins en moins nombreux : ces deux dernières semaines, plusieurs ont rebroussé chemin. 
    La Russie va devoir trouver de nouveaux clients pour ses 50 000 à 60 000 barils par jour de diluant qu'elle expédiait, en moyenne, au Venezuela ces derniers mois. Cela représente environ 10% des exportations russes selon Kpler. Le naphta russe n'est plus accepté en Europe en raison de l'embargo total sur les produits pétroliers russes décidé il y a trois ans mais il est toujours le bienvenu au Brésil, en Chine, en Inde ou encore à Taïwan.
    Un nouveau levier politique ? 
    Les importations de naphta du Venezuela représentaient à peine un peu plus de 2% des flux mondiaux de diluant transportés par voie maritime. L'impact sur les prix s'annonce donc limité d'après l'un des experts de Kpler. D'autant que la production russe qui avait été touchée par des arrêts se redresse. 
    Si les États-Unis redeviennent le principal fournisseur du Venezuela en naphta, cela pourrait leur donner un nouveau moyen de pression. Si Donald Trump ne peut pas empêcher la société pétrolière publique, PDVSA (Petróleos de Venezuela SA), de conclure un accord avec un fournisseur américain, il peut en revanche retirer l'autorisation donnée à Vitol ou Trafigura d'acheminer du naphta américain au Venezuela... Reste qu'il n'existe pas de risque de rupture d'approvisionnement pour l'instant : l'entreprise vénézuélienne aurait encore environ deux mois de stocks de diluant pour son pétrole, selon Kpler. 
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  • Les prix du coton toujours assommés par l'abondance brésilienne

    12/1/2026
    Les prix du coton subissent depuis des mois une mauvaise conjoncture : la demande des consommateurs n'est pas satisfaisante, et les taxes douanières américaines ont bouleversé les échanges commerciaux.
    Début 2026, les prix semblent avoir atteint un nouveau point d'équilibre qui se situe autour de 65 cents la livre, soit 25% de moins qu'il y a un an. Ce qui évite aux cours de sombrer plus bas, c'est notamment la perspective de voir les Américains cultiver moins lors de la prochaine campagne. 
    Les dernières projections des surfaces plantées aux États-Unis, basées sur des intentions de semis, font état de 9 millions d'acres dédiés au coton contre 11 l'année dernière. Ce qui pourrait se traduire par 2 millions de balles de 220 kg en moins. L'aide financière que les cotonculteurs américains ont touché au travers du plan de soutien agricole de 12 milliards de dollars n'a manifestement pas suffi à rassurer. Les cours actuels restent trop bas pour être attractifs.
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    Des prix peu rémunérateurs
    Au niveau actuel des prix, peu de cultivateurs tirent leur épingle du jeu : les prix couvrent à peine, voire pas du tout, les coûts de production, selon les pays. Seul le Brésil semble gagner de l'argent et continue d'étendre ses surfaces, relève Mambo Commodities, dans sa lettre de marché du 12 janvier. C'est d'ailleurs cette production brésilienne pléthorique, annoncée à plus de 4 millions de tonnes de fibres de coton, qui asphyxie le marché et écrase les prix.
    Le contexte est particulièrement compliqué pour l'or blanc africain. Le coton standardisé et bon marché brésilien séduit de plus en plus, et quand les importateurs cherchent une autre origine ils achètent souvent aux États-Unis pour faire figure de bon élève vis-à-vis de Donald Trump. Le coton africain subit aussi le rétablissement de la taxe indienne à l'importation depuis le 1er janvier. Plusieurs pays du continent avaient profité de la fenêtre de tir pendant laquelle elle a été levée entre septembre et décembre dernier.
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    Filatures asiatiques en difficulté
    Au total, il y a cette année 25 millions de tonnes de fibres de coton à transformer, rappelle Mambo Commodities. Ce n'est pas un record, mais c'est trop par rapport aux volumes que l'industrie est capable d'absorber. La demande textile n'est pas bonne. Les filateurs asiatiques tirent la langue, ils ne maîtrisent plus le prix du fil, et leur vendre du coton est devenu plus compliqué. « Ce contexte crée une incertitude globale sur les marchés », résume un expert de la filière. La situation est difficile en Inde, au Vietnam, au Pakistan, et en particulier au Bangladesh, l'un des principaux importateurs de coton. « Toutes les semaines ou presque, une filature va mal et ne peut pas honorer ses engagements vis à vis des banques », explique notre interlocuteur.
    Ce qui se passe en Chine illustre le contexte actuel : le 1er janvier, le pays a réduit ses droits de douane sur les importations de coton pour soutenir ses filatures. Mais personne ne se précipite pour l'instant pour acheter, faute de débouchés derrière.
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À propos de Chronique des matières premières

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.
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