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Chronique des matières premières

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  • Le nickel, nouveau sujet de friction entre l'Indonésie et la Chine

    12/07/2026
    Pékin s’inquiète de plusieurs mesures prises par Jakarta pour reprendre davantage le contrôle de l'industrie stratégique du nickel, dominée par les investissements chinois. Selon des documents révélés par le Financial Times, la Chine estime que jusqu’à 50 milliards de dollars d’investissements pourraient être affectés. 
    De notre correspondante à Pékin,
    L'Indonésie est devenue en quelques années l’acteur incontournable du marché mondial du nickel. Le pays assure désormais plus des deux tiers de la production mondiale de nickel raffiné. Ce métal est essentiel à la fabrication de l’acier inoxydable, mais aussi à celle de nombreuses batteries destinées aux véhicules électriques. 
    Pour développer cette filière, Jakarta a attiré massivement les capitaux chinois. Des dizaines de milliards de dollars ont été investis dans les mines, les usines de transformation, les batteries et même certaines chaînes de production automobiles. La Chine est ainsi devenue le partenaire incontournable du boom indonésien du nickel.
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    Jakarta reprend la main
    Mais aujourd’hui, Jakarta veut récupérer une plus grande part de la valeur créée. Le gouvernement du président Prabowo Subianto a engagé plusieurs réformes visant à renforcer le contrôle de l’État sur le secteur. Les autorités ont réduit certains quotas de production minière afin de limiter l’offre et soutenir les prix. Elles ont également instauré un nouveau mécanisme de fixation des prix du minerai, qui augmente les coûts d’approvisionnement des industriels. 
    Parallèlement, plusieurs exploitations ont fait l’objet d’enquêtes ou de sanctions pour des raisons environnementales. L’objectif affiché est double : accroître les recettes publiques et s’assurer que les ressources naturelles profitent davantage à l’économie nationale.
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    Pékin hausse le ton
    Ces décisions provoquent l’inquiétude de Pékin. Dans une lettre adressée aux autorités indonésiennes, l’ambassade de Chine estime que ces changements risquent de remettre en cause la viabilité économique de nombreux projets. 
    Selon elle, jusqu’à 30 milliards de dollars d’investissements existants et 20 milliards supplémentaires de projets à venir pourraient être affectés. Des entreprises chinoises évoquent également une multiplication des contraintes réglementaires et une incertitude croissante pour les investisseurs. 
    Jakarta rétorque que les entreprises étrangères restent les bienvenues, à condition de respecter les règles locales. Ce bras de fer illustre surtout un défi auquel sont confrontés de nombreux pays riches en matières premières : attirer les capitaux étrangers tout en conservant la maîtrise de leurs ressources stratégiques.
    À écouter dans C'est pas du ventIndonésie : les ravages de l'extraction du nickel
  • Les restrictions indiennes sur l'importation d'argent pèsent sur les prix

    09/07/2026
    L'Inde a mis en place des restrictions à l'importation sur l'argent, sous différentes formes, depuis près de deux mois, pour alléger la pression sur ses réserves de change et soutenir la roupie. Les importations ne sont pas interdites mais elles sont quasiment à l'arrêt et pèsent sur les prix intérieurs et mondiaux, l'Inde étant un des acheteurs les plus dynamiques du secteur.
    Presque toutes les formes d'argent, y compris la poudre, sont soumises à des règles contraignantes pour entrer en Inde, notamment à des droits de douane deux fois plus élevés qu'ils ne l'étaient auparavant. Les restrictions ont débuté mi-mai, et ont suffi à faire chuter les importations à moins de 50 tonnes dès le premier mois, soit dix fois moins qu'en mai 2025. 
    L'Inde consomme beaucoup d'argent pour alimenter son secteur de la bijouterie, ses industries solaire et électronique ainsi que pour fabriquer ses pièces et lingots. Même si la demande est morose en ce moment, les besoins restent élevés, ce qui se traduit déjà par des pénuries selon un des acteurs importants du secteur, Chirag Takkar, patron d'Amrapali Group Gujarat, comme le rapporte l'agence Reuters.
    Hausse des primes à l'achat 
    Les Indiens doivent donc payer plus cher que le prix officiel en vigueur pour s'approvisionner. Les acheteurs doivent s'acquitter d'une prime de six dollars par once, c'est plus qu'il y a un mois et peut-être plus que demain, au vu de la demande qui repart. 
    Car 80 % de l'argent importé en Inde est acheté à l'étranger. La mesure a donc un impact aussi sur le marché mondial, qui doit composer avec une offre plus importante. Les cours sont d'ailleurs en baisse depuis le mois de mai tout en restant élevés.
    Du cuivre pour remplacer l'argent 
    La flambée des prix qui a débuté il y a un an et demi a poussé les industriels à chercher des alternatives, c'est notamment le cas des fabricants de panneaux photovoltaïques, un secteur qui absorbe 17 % de l'argent consommé dans le monde.
    Il y a trois ans, l'argent ne représentait que 3 ou 4 % du coût total d'un panneau solaire, mais au-dessus de 90 dollars l'once, l'argent compte pour plus de 30 % du coût de production, selon les calculs de Bloomberg.
    La recherche technologique a porté ses fruits : il y a quelques jours, le plus grand fabricant chinois de panneaux, Longi Green Energy Technology, a commencé à produire des cellules solaires dans lesquelles l'argent a été remplacé par du cuivre. Même si les prix du métal rouge sont eux aussi sur une pente ascendante, ils restent beaucoup moins élevés que ceux de l'argent.
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  • En attendant son repreneur, De Beers baisse le prix de ses diamants

    08/07/2026
    S'il ne s'agissait pas de diamant, on pourrait parler de « grande braderie ». Le géant De Beers, vient cette semaine de baisser fortement les prix de ses diamants, lors d'une session de vente qui s'est ouverte à Gaborone au Botswana dédiée à des acheteurs triés sur le volet. Ces « soldes » sont rendus possibles par une petite reprise de la demande mais confirment aussi que De Beers n'a pas intérêt, en ce moment, à maintenir des prix trop supérieurs à ceux du marché.
    La stratégie de l'entreprise a longtemps été de proposer des prix de 20 à 30% supérieurs au marché, quitte à ne pas vendre, toute baisse des prix pouvant donner un signal que le marché n'est pas porteur. Quand elle a pratiqué des rabais, c'était en coulisse, discrètement, pour que l'affichage reste celui de prix officiels qui se maintiennent. 
    Depuis un an et demi, cette posture a évolué : l'entreprise, a accepté de baisser ses prix à plusieurs reprises, et cette semaine, elle a opéré des réductions semble t-il importantes sur plusieurs catégories de pierres et en particulier sur les plus petites, celles de moins de un carat et celles comprises entre un et deux carats, ce sont les diamants qui ont le plus souffert de la baisse de la demande.
    Le groupe a aussi choisi de concentrer ses ventes sur un nombre de clients plus réduits, en choisissant les plus importants, « pour peut-être les fidéliser », commente un expert du secteur. Ces gros clients, appelés « sightholders » sont passés d'environ 70 à une cinquantaine voire moins, selon l'agence Bloomberg. 
    Le marché des pierres naturelles est en crise depuis trois ans. De Beers profite aujourd'hui d'une petite reprise du marché, pour faire baisser ses stocks devenus trop importants, et récupérer des liquidités. Ce que l'entreprise perd en baissant ses prix devrait être compensé par les volumes vendus. 
    L'Angola, et ses prix bas
    Pour comprendre la position de De Beers, il faut regarder aussi ce qui se passe chez un autre producteur, l'Angola. Le pays s'est distingué par une production record l'année dernière, ce qui a contribué à créer une surabondance de pierres naturelles, commercialisées à prix très avantageux.
    Cette pratique tarifaire a alimenté le marché à la baisse. Et cela devrait continuer en 2026, même si l'Angola a dit sa volonté de limiter la surproduction de diamants bruts de petites tailles issus des mines de Catoca et de Luele, pour « protéger la valeur de la production angolaise et le marché » a confié le directeur commercial d'Endiama la société minière nationale, à Rapaport News.
    Dernière ligne droite pour la vente de De Beers
    Cette baisse des prix pratiquée par De Beers intervient dans un contexte de grande insécurité pour le géant du diamant. La maison mère de De Beers, Anglo American – qui détient 85% du capital – a décidé, il y a deux ans, de se séparer de son secteur diamant.
    Les négociations seraient entrées dans une phase finale, selon le directeur de l'entreprise qui tablait sur un accord d'ici quelques semaines. En attendant de connaître son repreneur, l'entreprise perd plus d'un million de dollars par jours et personne ne sait à quelle valeur financière elle sera cédée.
    À lire aussiDe Beers perd de la valeur en pleine crise du secteur du diamant
  • La très bonne récolte turque va-t-elle rebattre les cartes du marché mondial de céréales?

    08/07/2026
    Avec près de 23 millions de tonnes de blé et 9 millions de tonnes d'orge, la Turquie s'apprête à enregistrer une de ses plus importantes récoltes de céréales de ces dernières années, grâce à une météo favorable et à des surfaces de culture plus étendues. Cette récolte pourrait contraindre les exportateurs à réorienter une partie de leurs volumes vers d'autres acheteurs.
    Avec une récolte en hausse d'au moins 20 % pour le blé et de plus de 30 % pour l'orge, les importations turques de céréales devraient logiquement diminuer. Celles de blé pourraient baisser de 700 000 tonnes, selon les prévisions publiées au mois d'avril par le ministère américain de l'Agriculture (USDA) dont les données mondiales font référence.
    Elles ne vont cependant pas s'effondrer et pourraient dépasser six millions de tonnes, estime l'USDA, non pas pour des besoins de consommation intérieure mais pour soutenir l'activité des moulins du pays : la Turquie est le premier exportateur mondial de farine, notamment vers l'Irak, la Syrie et la Somalie mais aussi vers l'Indonésie ou encore le Ghana.
    La récolte exceptionnelle qui se profile aura aussi un impact sur les stocks du pays : ils devraient grossir et atteindre deux mois de consommation intérieure, selon l'USDA, ce qui évidemment constituerait un atout pour affronter la prochaine campagne 2026/2027 qui risque d'être marquée par une baisse des réserves chez de grands exportateurs.
    Moins d'importations de blé de la mer Noire ?
    Les blés de la mer Noire pourraient souffrir de cette bonne récolte turque. La Turquie avait été l'année dernière un débouché précieux pour le blé russe et dans une moindre mesure pour celui d'Ukraine et de Moldavie. 
    L'impact dans les prochains mois va dépendre des volumes que le pays achètera sur le marché mondial. On ne parle pour l'instant que de prévisions et elles sont très fluctuantes selon les organismes. « On peut s'attendre à plus de compétition sur le marché du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord », explique Gautier Le Molgat, président d'Argus Media France. Ce qui augure de prix potentiellement plus intéressants pour les acheteurs.
    L'agriculture pour mieux résister aux crises
    Ces perspectives de récolte s'inscrivent dans le cadre d'une volonté du pays d'être mieux armé sur le plan agricole et de gagner en autosuffisance face aux dernières crises géopolitiques qui ont eu d'énormes conséquences logistiques. 
    Les objectifs agricoles de la Turquie sont toutefois très dépendants des aléas climatiques. L'augmentation des surfaces d'orge et de blé s'est ainsi faite au détriment du coton ou du maïs dans les régions les plus arides. Or, l'industrie de l'aliment pour bétail est aussi en pleine croissance. Ankara devra donc probablement se résoudre cette année à augmenter ses achats de grains jaunes afin d'éviter toute rupture d'approvisionnement. Un quota d'importation de 3 millions de tonnes de maïs pour la période du 20 avril au 31 juillet, a déjà été autorisé, comme le rapporte Miller Magazine.
  • Les prix du minerai de fer orientés à la baisse encore pour plusieurs années

    06/07/2026
    Un pic à la mi-mai, une chute de 10 % depuis, les variations du prix du minerai de fer ces derniers mois masquent une véritable tendance de fond à la baisse qui a débuté en 2021 et devrait se poursuivre. L'Australie, premier producteur et premier exportateur de fer, prévoit une baisse des prix au moins jusqu'en 2031.
    Même si elle est contredite ponctuellement par des hauts et des bas, c'est une tendance lourde qui se dessine. La première raison, c'est l'abondance de l'offre, en particulier au Brésil où la production devrait augmenter de plus de 56 millions de tonnes par an jusqu'en 2031. En Australie aussi la production augmente depuis deux décennies mais devrait néanmoins se stabiliser d'ici deux ans, comme le relève un rapport économique du gouvernement australien, les nouvelles mines et les extensions de mines servant essentiellement à remplacer les sites arrivés en fin de vie.
    Un autre nouvel acteur pèse de plus en plus lourd sur le marché, il s'agit de la Guinée. Le projet Simandou, entré en exploitation fin 2025, promet de faire grossir l'offre mondiale jusqu'en 2030, année à laquelle le niveau de production maximal de 120 millions de tonnes/an sera atteint. En dehors de ces mastodontes, les nouvelles capacités de l'Inde et du Canada vont contribuer à alimenter l'offre mise sur le marché.
    Demande chinoise en berne
    Les prix du fer sont guidés par l'abondance de production, mais aussi par la demande qui est elle-même liée aux besoins en acier. Dans le secteur, c'est la Chine, premier importateur mondial de fer, qui donne le tempo, or les aciéries chinoises font face à une demande qui s'affaiblit lentement depuis des années à cause du ralentissement du secteur immobilier.
    L'année dernière, elles ont produit 10 % de moins qu'en 2020. La production est tombée sous la barre du milliard de tonnes l'an dernier pour la première fois depuis 2019. D'autres moteurs vont compenser en partie le recul de la Chine, on parle de l'Inde, de l'Asie du Sud-Est et du Moyen-Orient, mais cela ne s'annonce pas suffisant pour stabiliser les prix.
    Baisse des recettes chez les producteurs
    La baisse des cours va peser sur les finances des pays producteurs, et en premier sur l'Australie. Le prix du minerai utilisé comme référence – à 61 % de teneur en fer – pourrait perdre près de 30 dollars par tonne d'ici la fin de la décennie, passant de 91 dollars la tonne en 2026 à 64 dollars, prix corrigé de l'inflation. 
    Les recettes australiennes liées à l'exportation du minerai de fer devraient passer de 117 milliards de dollars l'année dernière à 77 milliards de dollars en 2030, selon les prévisions du gouvernement. Le secteur minier devrait pouvoir cependant résister à la baisse des cours : les producteurs australiens de minerai de fer ont des coûts de production qui figurent parmi les plus faibles au monde, ce qui devrait leur permettre de rester concurrentiels.
À propos de Chronique des matières premières
Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.
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