Aux États-Unis, les producteurs de soja tournent la page d'une année noire
01/1/2026
Pris au piège de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, les producteurs de soja américains ont souffert comme jamais en 2025. Ces fermiers, qui dépendent beaucoup des achats chinois, ont vu leurs productions boycottées par Pékin pendant plusieurs mois en rétorsion aux barrières douanières imposées par Donald Trump. Si le président américain et son homologue chinois Xi Jinping ont fini par trouver un terrain d’entente, le secteur aborde malgré tout l'année 2026 avec fragilité. La Chine semble prête à tenir ses promesses, ayant repris l’achat de soja américain lors d'une campagne d’acquisition massive menée en novembre et décembre 2025. En deux mois, les entreprises publiques chinoises ont englouti au moins huit millions de tonnes, une trajectoire encourageante pour les agriculteurs aux États-Unis. L’objectif fixé par la Maison Blanche de 12 millions de tonnes de soja vendues à la Chine d’ici au début du mois de mars prend une allure de plus en plus concrète. Une éclaircie encore incertaine D'abord, ce sont avant tout les sociétés contrôlées ou liées à l'État chinois qui achètent les pousses américaines. Le secteur commercial n’est presque pas impliqué. Ensuite, il n’y a toujours pas d’accord formel entre Pékin et Washington. En tout cas, aucun document public, ce qui maintient les marchés dans l’incertitude et les prix orientés à la baisse. Enfin, il y a aussi le facteur Brésil, deuxième producteur mondial et concurrent direct des producteurs de soja américain. Au plus haut des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, Pékin s’est tourné vers les fermiers brésiliens. Ceux-ci ont alors étendu leurs surfaces de plantation de soja, avec une possible augmentation de leur production de 3,5% pour la saison 2025-2026. L’Argentine, elle aussi, se tient en embuscade. Dans ces conditions, les exportateurs américains tentent de se diversifier en allant chercher des parts de marché en Thaïlande, au Bangladesh ou au Maroc. Mais il est trop tôt pour dire si cette stratégie va permettre de compenser la baisse globale de la demande chinoise en matière de soja américain. À lire aussiBrésil : plongée au cœur de l’agrobusiness du soja
L’or d’Ikolomani: la découverte d’un gisement record au Kenya suscite espoir et inquiétudes
31/12/2025
Mi-novembre, la société britannique Shanta Gold Limited a annoncé la découverte d’un gisement d’une valeur estimée à 5,29 milliards de dollars. Il se trouve dans la circonscription d’Ikolomani, dans la région de Kakamega, vers le lac Victoria. Un territoire où la population vit essentiellement de l’orpaillage. C’est le plus gros gisement découvert depuis des décennies. Près d’un million trois cent mille onces d’or. Pour ce filon, la société minière Shanta Gold Limited voit grand. Dans son rapport d’étude soumis à l’Autorité nationale de gestion environnementale du Kenya, le minier britannique expose son projet. Il entend développer une mine souterraine, une usine de traitement d’une capacité de 1 500 tonnes par jour et une centrale électrique de 12 mégawatts. Le tout pour un investissement estimé autour des 170 millions de dollars. Dans un communiqué, Shanta Gold assure que cela favorisera « le développement local grâce à la création d’emplois et d’opportunités de commerce ». La société britannique prévoit que le comté de Kakamega et les communautés locales percevront respectivement 20% et 10% de la redevance sur l’or versée à l'État kényan. Affrontements Mais cela ne suffit pas à rassurer les habitants d’Ikolomani. Depuis plusieurs semaines, ils manifestent contre ce projet minier, car ils redoutent d’être déguerpis et de perdre leur gagne-pain. Le territoire d’Ikolomani vit de l’orpaillage depuis les années 1930. « Il y a de la place pour que les orpailleurs kényans poursuivent leur activité. Ces espaces seront délimités », promet Ali Hassan Joho, directeur de cabinet du ministère des Mines. Une parole dont font peu de cas les communautés d’Ikolomani. Lors d’une réunion sur le sujet, début décembre, la police a tué quatre orpailleurs lors d’affrontements. Potentiel kényan Pour l'heure, le Kenya reste encore un petit acteur de l’or, avec une production de 410 kilos en 2023. Loin derrière le Ghana, l’Afrique du Sud ou encore le Soudan. Mais son potentiel est reconnu. Dans son dernier classement sur l’attractivité des investissements miniers, l’Institut Fraser a placé le Kenya en 6ᵉ position sur le continent africain. À lire aussiEn Afrique, la ruée vers l'or motivée par son cours historiquement haut
Le cuivre clôture l'année 2025 à plus de 12 000 dollars la tonne
30/12/2025
Quelle sera la limite pour les prix de cuivre ? La question qui se posait déjà il y a un mois est encore plus d'actualité aujourd'hui. Le métal rouge a poursuivi son ascension ce mois de décembre pour dépasser les 12 000 dollars la tonne, et s'apprête à connaître sa plus forte hausse annuelle depuis 2009. La hausse des cours du cuivre de 40 % en un an est l'illustration d'une inquiétude, celle de voir l'approvisionnement rester perturbé par des incidents miniers comme ceux qui ont affecté la production de plusieurs gisements cette année au Chili, en République démocratique du Congo, ou encore en Indonésie - où la production du site de Blockcave, à Grasberg interrompue en septembre, ne devrait reprendre qu'au deuxième trimestre 2026. L'autre crainte, c'est l'instauration de nouvelles taxes américaines. Les droits de douane actuels imposés en août dernier ne visent pas tous les matériaux à base de cuivre. La possibilité de voir d'autres produits taxés, tels que les cathodes de cuivre par exemple, continue de soutenir les achats américains qui ont explosé de 30 % sur les huit premiers mois de l'année, selon Natixis. Les stocks du Comex, la bourse aux métaux de New York, dépassent désormais les 480 000 tonnes. Si les États-Unis continuent d'acheter, cela fera moins de métal rouge pour les autres et notamment pour la Chine, le premier importateur mondial, qui a émis le souhait, via la Commission nationale du développement et de la réforme (CNDR), de mieux contrôler l'expansion de son industrie du cuivre d'ici 2030, par crainte d'être en surcapacité, alors que l'offre minière, c'est-à-dire le minerai brut disponible, ne devrait pas croître l'année prochaine de plus de 1 %. Des prix poussés par la faiblesse du dollar Le cuivre est souvent présenté comme un bon indicateur de l'activité industrielle et manifestement, les perspectives d'un soutien plus grand de Pékin à son économie sont suffisantes pour alimenter les cours à la hausse selon le cabinet SP Angel, cité par le Financial Times. L'autre facteur à prendre en compte, c'est la faiblesse du dollar américain qui a un impact général sur les métaux précieux et les métaux de base : la plupart sont cotés en dollar, ce qui permet aux importateurs d'acheter plus en déboursant le même montant dans leur monnaie. Mécaniquement, la demande augmente et les prix avec. Des prix qui devraient redescendre en 2026 En 2026, il faudra toujours plus de cuivre pour construire les réseaux électriques, et répondre aux besoins énergétiques suscités par le développement de l'intelligence artificielle. Là-dessus il n'y a guère de doute. Ce qui va conditionner l'évolution des prix, c'est à quelle vitesse ces besoins vont augmenter. La hausse actuelle des prix reflète l'anticipation de besoins importants. Les analystes ne sont cependant pas tous d'accord. Chez Natixis on anticipe une demande qui ne devrait pas évoluer drastiquement en 2026 en raison d'un environnement macro-économique relativement terne, mais qui pourrait rester « artificiellement » forte à cause des incitations américaines à l'importation. Natixis anticipe un déficit potentiellement sévère, avec des prix qui pourraient avoisiner les 11 000 dollars la tonne, alors que Goldman Sachs table sur un excédent, et anticipe un prix moyen du cuivre à la bourse aux métaux de Londres (LME) de 10 710 dollars au premier semestre 2026. À lire aussiLes prix du cuivre en augmentation de près de 25% cette année
Le platine flambe en raison de la demande aux États-Unis, en Chine et en Europe
29/12/2025
Le prix du platine, un métal utilisé aussi bien dans les pots d'échappement des véhicules que dans le secteur de la joaillerie, a plus que doublé cette année. En cette fin décembre, le prix du platine a dépassé 2 300 dollars l'once, un record. Ce qui explique les prix historiques du platine, c'est un déséquilibre du marché : 2025 sera bien la troisième année de déficit pour le métal, comme les analystes le pressentaient déjà il y a un an. Ce déficit est alimenté par une offre en baisse de 2 % et par une demande soutenue dans plusieurs régions du monde. Aux États-Unis, c'est la crainte d'éventuels droits de douane qui a fait affluer d'importantes quantités de platine, à l'instar de ce qui a été observé pour le cuivre et l'or en 2025 : 600 000 onces de platine se trouvent aujourd'hui dans les entrepôts américains, un niveau bien plus élevé que la normale. Forte hausse des achats de la Chine En Chine, les importations ont dépassé les estimations des besoins de la consommation. Le pays a importé un volume record de 1,2 million d'onces rien qu'au deuxième trimestre, selon l'agence Bloomberg. Les importations chinoises ont augmenté dans le secteur de la bijouterie, en particulier au premier semestre, elles ont été tirées vers le haut également par les investisseurs, qui ont multiplié les achats de pièces et de lingots, qui ont augmenté de 64 % sur un an. Les achats de platine sous toutes ses formes ont été aussi stimulés par l'ouverture d'un nouveau produit financier, un marché à terme chinois pour le platine créé par le Guangzhou Futures Exchange (GFEX), qui repose sur la constitution de stocks physiques. Les importations se seraient aussi accélérées avant le 1ᵉʳ novembre, date à partir de laquelle l'avantage fiscal de China Platinum a été levé : l'entreprise d'État était depuis des années la seule à ne pas payer la taxe sur la valeur ajoutée de 13 %, ce qui lui avait permis de devenir le principal acheteur de platine du pays, les autres sociétés ne pouvant pas être compétitives. Stocks en baisse mais difficiles à évaluer Le résultat de cette forte demande chinoise, c'est une diminution des stocks sur les places de négoce européennes. Il est cependant difficile d'avoir une bonne vision de ces réserves. Comme l'explique l'agence Bloomberg, contrairement à l'or ou l'argent détenus sous forme de lingots, et dont les stocks sont publiés de manière mensuelle, une grande partie du platine est conservée sous forme de granulés ou de poudres dans des coffres privés d'investisseurs. L'Europe lâche du lest En Europe, c'est une nouvelle règlementation qui alimente la tension sur le marché du platine. L'UE a renoncé à contraindre les constructeurs automobiles à passer au tout électrique à partir de 2035. Ils pourront continuer à vendre sous certaines conditions un quota de voitures neuves thermiques. Cet assouplissement signifie que le platine, qui entre dans la composition des pots catalytiques, bénéficie d'un sursis dans le secteur automobile européen. Comme ailleurs dans le monde, le parc des véhicules électriques se développe plus lentement que prévu. La demande va se maintenir plus longtemps dans cette filière. Cela se traduit dans les prix actuels, alors qu'ils étaient restés stables et avaient même baissé lors des deux années précédentes de déficit. Ce rebond du platine fait grimper le palladium, son substitut dans les pots d'échappement. Son prix s'est envolé à son plus haut niveau depuis trois ans. Un retour à l'équilibre pourrait avoir lieu en 2026, avec même un léger excédent de 20 milliers d'onces, selon le World Platinum Council, grâce à une offre issue du recyclage qui pourrait permettre d'augmenter l'offre globale de 4 % selon le WPC. Ces prévisions sont conditionnées à un apaisement des tensions commerciales, qui serait synonyme de plus de fluidité des échanges. À lire aussiAnglo American se sépare de ses mines de platine en Afrique du Sud
L'argent atteint des niveaux historiques et confirme sa super forme en 2025
28/12/2025
« L'or du pauvre », comme on l'appelle dans certaines régions du monde, a dépassé le 26 décembre le seuil symbolique des 75 dollars l'once pour la toute première fois. En 2025, le métal a multiplié les records : + 150 % sur l'année, c'est beaucoup mieux que l'or, qui a certes dépassé les 4 500 dollars l'once, mais n'a augmenté finalement que de 70 % depuis janvier. Comme l'or, l'argent a d'abord profité des inquiétudes du secteur économique : le stress ambiant lié à la guerre économique initiée par Donald Trump et les conflits qui ont aussi déstabilisé les marchés expliquent en partie la hausse des cours. L'or et l'argent sont perçus comme des investissements plus sûrs, plus rassurants. La dernière baisse des taux de la Réserve fédérale américaine mi-décembre a réduit l'attractivité du billet vert : le dollar et les métaux précieux évoluent généralement en sens inverse, la faiblesse de l'un a donc profité à l'autre. L'argent bénéficie aussi de son prix, qui même s'il a flambé, reste un investissement beaucoup plus accessible que l'or. Demande industrielle en forte hausse Si l'argent a autant grimpé, c'est surtout en raison de la demande industrielle. L'argent est un conducteur électrique et thermique exceptionnel selon ses défenseurs, et sa demande dans plusieurs secteurs devrait encore augmenter d'ici 2030. Le secteur le plus gourmand est le solaire, qui représente près de 30 % de la demande. L'argent est aussi tiré par l'essor des véhicules électriques, qui en consomment entre 25 g et 50 g environ, soit beaucoup plus que les voitures thermiques. L'autre filière porteuse est celle des centres de données, ces infrastructures physiques qui sont nécessaires au stockage d'informations et qui accompagnent le développement de l'intelligence artificielle. Le Silver Institute parle aujourd'hui de « métal de nouvelle génération ». Croissance de l'offre limitée L'offre pourra cependant difficilement compenser la croissance de la demande : l'argent est un co-produit, sa production dépend de la rentabilité des minerais comme le cuivre, le plomb, le zinc ou l'or avec lesquels il est extrait. Les possibilités d'accroître la production sont donc très limitées. Au vu de la demande, l'année 2025 s'annonce encore une fois déficitaire. À cela il faut ajouter la diminution des stocks en Chine qui ont baissé cet automne à leur plus bas niveau depuis dix ans et des stocks qui ont aussi fondu à Londres, à un moment où la demande indienne a explosé, l'or devenant trop cher. Autant d'éléments qui expliquent la hausse impressionnante des cours de l'argent. À lire aussiPourquoi une telle soif de métal ?