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Chronique des matières premières

Chronique des matières premières
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  • Un gisement de chrome en Chine, entre promesse et prudence

    22/1/2026
    La Chine annonce la plus importante découverte de minerai de chrome dans le Xinjiang depuis près de 40 ans. Une trouvaille présentée comme stratégique, alors que Pékin cherche à réduire sa dépendance aux importations de métaux critiques dans un contexte de tensions commerciales mondiales.
    Le ministère chinois des Ressources naturelles affirme avoir mis au jour 20 corps minéralisés, c’est-à-dire 20 poches de roche riches en chrome, avec une teneur moyenne de 30,73 % en chromite. Un niveau jugé significatif à l’échelle nationale, mais qui reste moyen sur le plan mondial, c’est ce qu’affirme Ohmin Zhao, expert du secteur chez Argus Media. Selon lui, « les grands producteurs comme l’Afrique du Sud, la Turquie ou le Kazakhstan exploitent généralement des minerais plus riches, souvent autour de 40 % à 42 % ». 
    Un gisement prometteur, mais encore flou
    Autre inconnue majeure : le volume total des réserves n’a pas été communiqué. Sans ces chiffres, impossible de savoir si le gisement pourra réellement modifier l’équilibre du marché. « Il faudra aussi connaître le calendrier de construction et de mise en production pour mesurer l’impact potentiel sur l’offre mondiale », selon l’expert.
    À court terme, la découverte ne devrait donc pas bouleverser la dépendance chinoise aux importations. La Chine reste le premier consommateur mondial de chrome, porté par son gigantesque secteur de l’acier inoxydable, indispensable à la construction, à l’automobile et aux infrastructures.
    Sur le terrain, les défis sont nombreux. Le Xinjiang souffre d’infrastructures encore limitées, de longues distances de transport pour les équipements lourds et de conditions climatiques extrêmes. Les hivers rigoureux peuvent retarder les chantiers, renchérir les coûts et ralentir l’extraction.
    Une annonce stratégique dans un marché sous tension
    Malgré tout, l’annonce est accueillie positivement par les acteurs du marché chinois. Elle intervient alors que certains fournisseurs clés, notamment l’Afrique du Sud - premier producteur mondial - envisagent de durcir leurs conditions d’exportation, via des taxes ou des licences. Pékin voit donc dans ce gisement un levier potentiel pour renforcer sa sécurité d’approvisionnement et améliorer sa position de négociation.
    Reste une question centrale : ce gisement est-il un simple signal politique ou un véritable tournant industriel ? Tout se jouera désormais sur un point : la taille réelle du gisement et la vitesse à laquelle il pourra être exploité.
    À lire aussiL'embargo européen sur le chrome (métal) russe profite à la Chine
  • Le Botswana voit ses stocks de diamants grossir en raison de la crise du secteur

    21/1/2026
    Le secteur du diamant est toujours en berne. En raison d’une demande trop faible et de la concurrence des diamants synthétiques, les stocks s’accumulent dans les pays producteurs. C’est le cas au Botswana, un des premiers fournisseurs de pierres naturelles, au niveau mondial : ses stocks sont environ deux fois plus élevés que le niveau prévu par les autorités.
    Fin décembre, le Botswana disposait d’un stock de 12 millions de carats, soit près du double du niveau du stock autorisé par le gouvernement qui est de 6,5 millions de carats, selon le ministère des Finances qui a dévoilé cette semaine son document de stratégie budgétaire 2026/207.
    Ces stocks sont l'illustration d’une activité qui tourne au ralenti, et qui pèse sur le gouvernement, dont les recettes en devises reposent au deux tiers sur l'activité diamantaire. En 2025, l'économie du Botswana s'est contractée pour la deuxième année consécutive.
    L’entreprise minière publique (Debswana) qui exploite le diamant avec le géant De Beers, a été contrainte de ralentir la production de certaines mines l’année dernière, pour ne pas alimenter la suroffre. Et il est peu probable que la production reparte à la hausse, précise le ministère, tant que les stocks ne baissent pas.
    De Beers baisse ses prix
    Le groupe De Beers se retrouve contraint de baisser ses prix comme il l'avait déjà fait en décembre 2024. Cette baisse est difficile à quantifier, car les acheteurs payent une facture globale pour des lots différents, dans le cadre de ventes privées. Mais ce qui a filtré, c'est que les prix ont été réduits pour les pierres brutes les moins demandées :  celles qui une fois taillées, donneront des diamants qui valent entre un demi et 1 carat (le carat étant égal à 0,2 g, NDLR). Pour les pierres plus grosses, la demande reste forte et les prix se tiennent.
    Cette baisse des prix concédée par De Beers, qui perd plus d’un million de dollars par jours, s'explique par la situation économique du Botswana, mais aussi par la concurrence du diamant angolais, dont les ventes ont augmenté de près de 70 % l'année dernière, grâce à des prix plus bas. Ce qui a permis à la société minière publique d’engranger 1,8 milliard de dollars, selon le site spécialisé Rapaport. 
    Incertitudes majeures 
    Mais il y a d’autres incertitudes qui pèsent lourdement sur le secteur. Le diamant est pénalisé par les droits de douane américains : ils ont augmenté de 15 % sur la production du Botswana et de 50 % sur les diamants polis en Inde.
    Combien de temps ces taxes vont-elles s'appliquer ? La demande américaine qui n’a pas été mauvaise pendant les fêtes de Noël peut-elle se redresser pour de bon ? Quand aura lieu la prochaine baisse des taux d'intérêt de la Banque fédérale américaine (Fed) ? Les États-Unis représentent le premier marché pour le diamant et une baisse des taux serait bénéfique au porte-monnaie des américains et donc aux achats de pierres naturelles. « Sinon le risque, c'est que les acheteurs se tournent encore plus vers le diamant synthétique dont les prix sont sans cesse plus bas » confie un industriel du secteur.
    L’autre incertitude et pas la moindre, c’est l’avenir du géant De Beers : sa maison-mère Anglo-Américain a annoncé il y a un an et demi en –mai 2024– vouloir se séparer de l’entreprise. Plusieurs candidats à sa reprise se sont manifestés, mais l’avenir du géant minier n’est toujours pas tranché.
  • Boom des importations de poulet brésilien en Afrique ces dernières années

    21/1/2026
    Le poulet brésilien est de plus en plus prisé en Afrique. En cinq ans, les importations ont augmenté de près de 75 %. Plusieurs pays ont fermé leurs frontières au poulet congelé qui traverse l'Atlantique, mais ce que montrent les chiffres, c'est que plusieurs États africains restent toujours très dépendants d'un approvisionnement extérieur pour répondre à la demande locale.
    En tête des acheteurs de poulet brésilien, il y a l'Afrique du Sud, qui a absorbé un tiers des volumes expédiés sur le continent, en 2024, la dernière année pour laquelle des statistiques sont disponibles. Viennent ensuite la Libye, le Ghana, l'Angola et la République démocratique du Congo (RDC) ainsi que d'autres pays avec des volumes beaucoup plus faibles. Au total, le Brésil a expédié près d'un million de tonnes de volaille en Afrique en 2024 (selon les dernières statistiques communiquées par l'Association brésilienne des protéines animales (ABPA).
    Des filières locales qui peinent à répondre à la demande
    Certains pays font de la résistance pour protéger leur filière. C'est le cas du Sénégal et du Cameroun qui ont fermé leur frontière au poulet congelé depuis une vingtaine d'années. D'autres, comme le Bénin, ont pris cette décision il y a peu. À chaque ffois,la motivation est la même, permettre au secteur local d'émerger et de se structurer, ce qui est très compliqué, quand le poulet importé à bas prix empêche d'être compétitif et quand les consommateurs sont de plus en plus demandeurs. 
    La consommation de volaille ne fait en effet qu'augmenter, dans le monde, rappelle Yann Nedelec directeur d'ANVOL, l'interprofession française de la volaille de chair, et l'Afrique ne fait pas exception. « C'est une viande bon marché, facile à cuisiner et qui n'est concernée par aucun interdit religieux », rappelle l'expert. 
    Le poulet brésilien plus compétitif que l'européen
    Le poulet brésilien est compétitif, car sa production s'inscrit dans une véritable stratégie de développement des exportations. Ensuite, il n'est pas produit selon les mêmes règles qu'un poulet européen : les normes environnementales, les exigences en matière de bien-être animal et les règles sanitaires sont différentes. La taille des exploitations et la disponibilité d'alimentation pour bétail bon marché aident aussi à faire baisser son coût de production. Résultat, le kilo de filet de poulet produit en France, par exemple, est vendu deux fois plus cher que la même viande venue du Brésil.
    Pour un acheteur africain, il y a donc un avantage financier à acheter brésilien. Sans compter que le Brésil n'a déclaré que quelques rares cas de grippe aviaire, contrairement aux États-Unis et à l'Europe qui ont fait état d'épidémies à répétition ces dernières années. Une donnée qui a visiblement pesé dans l'arbitrage des pays importateurs comme l'Afrique du Sud. 
    À lire aussiEn finir avec le poulet importé, le continent africain pourra-t-il répondre à la demande ?
  • La baisse des broyages de fèves de cacao accompagne la chute des cours

    19/1/2026
    On le pressentait en décembre, et cela se précise, la demande mondiale en cacao est orientée à la baisse. Cette tendance est donnée par un indicateur : le volume de fèves transformé par les broyeurs. 
     
    Les broyeurs sont les industriels qui transforment la fève brute en différents produits comme la pâte de cacao ou le beurre, qui sont ensuite vendus à l'industrie de l'agroalimentaire ou à des chocolatiers. Le chiffre des broyages est considéré comme l'indicateur le plus fiable pour évaluer la demande. Schématiquement, quand les Européens mangent moins de chocolat, les broyeurs européens ralentissent la cadence. 
    Les chiffres du quatrième trimestre 2025 qui viennent d'être publiés sont révélateurs : en Europe, les broyages ont baissé de plus de 8 % par rapport à la même période l'année dernière, selon l'Association européenne du cacao (ECA), de 5 % en Asie selon la Cocoa Association of Asia et de 13 % au Brésil. Il n'y a guère qu'aux États-Unis que les broyages se maintiennent.
    Ces baisses montrent une diminution de la demande, en raison du prix des fèves devenu trop élevé entre 2024 et 2025. Au Brésil, l'Association nationale des industries de transformation du cacao (AIPC) confirme une chute de la consommation nationale de produits chocolatés, cette chute dépassant 20 % pour certaines catégories comme la liqueur de cacao et le beurre de cacao.
    À lire aussiCacao: partenariat stratégique entre le broyeur de fêves malaisien GCB et le Conseil Café Cacao ivoirien
    Moins de demande, plus d'offre
    Si les broyages sont en baisse, cela veut dire qu'il restera plus de fèves brutes disponibles, pointe Carsten Fritsch, analyste de Commerzbank, qui prévoit un excédent de l'offre. Cette situation se reflète déjà dans les cours qui ont commencé à fléchir depuis mai 2025.   
    À leur sommet en 2024, les cours avaient frôlé les 12 000 dollars la tonne, ils peinent aujourd'hui à atteindre 5 000 dollars la tonne. Les annonces des dernières statistiques de broyages ne sont pas de nature à inverser la tendance et à faire remonter les prix.
    Incidence pour les producteurs ?
    Ce repli des cours mondiaux a une incidence sur les producteurs dans les pays où les prix sont libres et suivent le marché, comme par exemple au Cameroun. En revanche, chez le premier producteur mondial, la Côte d'Ivoire, la baisse des cours ne devrait pas avoir d'incidence immédiate car les producteurs touchent un prix qui est fixé en amont pour toute la campagne de cacao et qui est cette année plus haut que l'an dernier.
    Paradoxalement, ce prix garanti n'a pas suffi à les protéger : certains cacaoculteurs ivoiriens se retrouvent dans une situation très précaire, une partie de leur récolte n'ayant pas trouvé preneur depuis plusieurs semaines, en raison des difficultés financières de plusieurs acheteurs-exportateurs locaux.
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  • Porté par l'engouement pour les métaux, l'étain bat de nouveaux records

    18/1/2026
    L'étain, un métal à la couleur argentée, essentiel aux soudures et donc à la fabrication des circuits imprimés électroniques, a vu son cours dépasser les 54 000 dollars la tonne la semaine dernière. Un record qui efface le précédent, qui datait de 2022.
    « Le secteur connaît un déficit prolongé », reconnaît l'Association internationale de l'étain qui regroupe les industriels du secteur. Les perturbations en République démocratique du Congo et en Birmanie restent en effet d'actualité, même si les données d'exportation de minerai et de concentré d'étain, en novembre, suggèrent une probable reprise de la production dans l'État de Wa où elle avait été interrompue, explique Luke Adriaans, en charge du marché de l'étain au sein du cabinet de recherche et d'analyse Project Blue. Les craintes de retards d'approvisionnement en Indonésie, le deuxième fournisseur mondial – qui représente 17 % de l'offre – persistent également.
    Cela n'explique cependant pas l'augmentation de 30 % des cours depuis début janvier, car il n'y a pas eu de bouleversement significatif de la dynamique entre l'offre et la demande mondiale ces trois derniers mois, relève l'Association internationale de l'étain. Les industriels du secteur pointent un décalage croissant entre ce qu'on appelle les fondamentaux du marché et les prix. 
    À lire aussiL'étain de Birmanie toujours bloqué crispe le marché
    Engouement pour les métaux
    Ce qui peut justifier la récente flambée des cours, c'est ce qu'on pourrait qualifier d'effet de contagion. L'étain est porté par l'engouement pour les métaux, à l'instar de l'or, de l'argent ou du cuivre dont les prix ont battu des records en cette fin d'année 2025. L'étain suit particulièrement la hausse du nickel, dont les cours ont décollé depuis mi-décembre, et ce, en raison du renouvellement annuel des autorisations propres à la filière minière, en Indonésie, qui concernent le nickel, comme l'étain du pays.
    L'étain profite comme les autres métaux de la dépréciation du dollar – qui rend les matières premières échangées en dollars moins chères – et des anticipations de baisses des taux de la Réserve fédérale américaine, favorables à la croissance économique et donc à une augmentation de la demande en métaux, selon Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank.
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    Forte spéculation
    L'Association internationale de l'étain explique aussi les prix par une forte spéculation sur le marché. Selon l'organisation, les flux financiers jouent un rôle de plus en plus important dans la formation des prix à court terme. On parle d'investisseurs qui n'ont pas besoin d'étain réellement, mais qui achètent des contrats et parient sur une hausse des cours.
    Ces achats spéculatifs font monter artificiellement la demande et donc les prix. Les investisseurs chinois ont été particulièrement actifs. Les prix sont si hauts que les acheteurs reportent leurs commandes. C'est ce qu'indiquent les stocks physiques d'étain, à la bourse de Londres et de Shanghai, qui sont en augmentation.
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À propos de Chronique des matières premières

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.
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