Le naphta russe, victime collatérale des ambitions américaines au Venezuela
13/1/2026
C'est l'une des conséquences de l'intervention américaine au Venezuela et de la volonté des États-Unis de mettre la main sur le pétrole du pays : la Russie pourrait y perdre l'un de ses marchés, en l'occurence celui de la vente de naphta, un diluant essentiel pour rendre le pétrole lourd vénézuélien plus liquide et pouvoir le transporter pour l'exporter. Depuis le mois de juin dernier, la Russie est devenue le principal fournisseur de naphta du Venezuela, mais Washington entend bien profiter de son opération militaire à Caracas pour lui vendre à nouveau le sien. Avant le mois de juin 2025, les États-Unis étaient déjà un fournisseur historique du Venezuela, mais les sanctions américaines ont interrompu ces flux, au bénéfice de la Russie qui a pris le relais depuis 6 à 7 mois. Les États-Unis sont donc de retour et très concrètement : 460 000 barils de naphta viennent d'être chargés par le négociant Vitol dans un port américain, selon le cabinet Kpler. Cette expédition fait suite au feu vert donné cette semaine à Vitol et Trafigura par l'administration américaine, explique Homayoun Falakshahi, chef analyste pétrole chez Kpler : ces deux traders peuvent désormais acheter du pétrole vénézuélien ou fournir du naphta au pays. Flux russes en perte de vitesse Les flux de naphta russes vers le Venezuela ont déjà diminué en fin d'année en raison du blocus ordonné par Donald Trump qui vise tous les pétroliers sous sanction qui entrent et sortent du Venezuela. Ceux qui veulent peuvent toujours prendre le risque d'aller livrer, mais ils devraient être de moins en moins nombreux : ces deux dernières semaines, plusieurs ont rebroussé chemin. La Russie va devoir trouver de nouveaux clients pour ses 50 000 à 60 000 barils par jour de diluant qu'elle expédiait, en moyenne, au Venezuela ces derniers mois. Cela représente environ 10% des exportations russes selon Kpler. Le naphta russe n'est plus accepté en Europe en raison de l'embargo total sur les produits pétroliers russes décidé il y a trois ans mais il est toujours le bienvenu au Brésil, en Chine, en Inde ou encore à Taïwan. Un nouveau levier politique ? Les importations de naphta du Venezuela représentaient à peine un peu plus de 2% des flux mondiaux de diluant transportés par voie maritime. L'impact sur les prix s'annonce donc limité d'après l'un des experts de Kpler. D'autant que la production russe qui avait été touchée par des arrêts se redresse. Si les États-Unis redeviennent le principal fournisseur du Venezuela en naphta, cela pourrait leur donner un nouveau moyen de pression. Si Donald Trump ne peut pas empêcher la société pétrolière publique, PDVSA (Petróleos de Venezuela SA), de conclure un accord avec un fournisseur américain, il peut en revanche retirer l'autorisation donnée à Vitol ou Trafigura d'acheminer du naphta américain au Venezuela... Reste qu'il n'existe pas de risque de rupture d'approvisionnement pour l'instant : l'entreprise vénézuélienne aurait encore environ deux mois de stocks de diluant pour son pétrole, selon Kpler. À lire aussiA qui peut profiter le pétrole vénézuélien?
Les prix du coton toujours assommés par l'abondance brésilienne
12/1/2026
Les prix du coton subissent depuis des mois une mauvaise conjoncture : la demande des consommateurs n'est pas satisfaisante, et les taxes douanières américaines ont bouleversé les échanges commerciaux. Début 2026, les prix semblent avoir atteint un nouveau point d'équilibre qui se situe autour de 65 cents la livre, soit 25% de moins qu'il y a un an. Ce qui évite aux cours de sombrer plus bas, c'est notamment la perspective de voir les Américains cultiver moins lors de la prochaine campagne. Les dernières projections des surfaces plantées aux États-Unis, basées sur des intentions de semis, font état de 9 millions d'acres dédiés au coton contre 11 l'année dernière. Ce qui pourrait se traduire par 2 millions de balles de 220 kg en moins. L'aide financière que les cotonculteurs américains ont touché au travers du plan de soutien agricole de 12 milliards de dollars n'a manifestement pas suffi à rassurer. Les cours actuels restent trop bas pour être attractifs. À lire aussiLes cours du coton dévissent sur fond de bonnes récoltes mondiales Des prix peu rémunérateurs Au niveau actuel des prix, peu de cultivateurs tirent leur épingle du jeu : les prix couvrent à peine, voire pas du tout, les coûts de production, selon les pays. Seul le Brésil semble gagner de l'argent et continue d'étendre ses surfaces, relève Mambo Commodities, dans sa lettre de marché du 12 janvier. C'est d'ailleurs cette production brésilienne pléthorique, annoncée à plus de 4 millions de tonnes de fibres de coton, qui asphyxie le marché et écrase les prix. Le contexte est particulièrement compliqué pour l'or blanc africain. Le coton standardisé et bon marché brésilien séduit de plus en plus, et quand les importateurs cherchent une autre origine ils achètent souvent aux États-Unis pour faire figure de bon élève vis-à-vis de Donald Trump. Le coton africain subit aussi le rétablissement de la taxe indienne à l'importation depuis le 1er janvier. Plusieurs pays du continent avaient profité de la fenêtre de tir pendant laquelle elle a été levée entre septembre et décembre dernier. À lire aussiLes prix du coton, ballotés par la guerre commerciale, pèsent sur l'Afrique Filatures asiatiques en difficulté Au total, il y a cette année 25 millions de tonnes de fibres de coton à transformer, rappelle Mambo Commodities. Ce n'est pas un record, mais c'est trop par rapport aux volumes que l'industrie est capable d'absorber. La demande textile n'est pas bonne. Les filateurs asiatiques tirent la langue, ils ne maîtrisent plus le prix du fil, et leur vendre du coton est devenu plus compliqué. « Ce contexte crée une incertitude globale sur les marchés », résume un expert de la filière. La situation est difficile en Inde, au Vietnam, au Pakistan, et en particulier au Bangladesh, l'un des principaux importateurs de coton. « Toutes les semaines ou presque, une filature va mal et ne peut pas honorer ses engagements vis à vis des banques », explique notre interlocuteur. Ce qui se passe en Chine illustre le contexte actuel : le 1er janvier, le pays a réduit ses droits de douane sur les importations de coton pour soutenir ses filatures. Mais personne ne se précipite pour l'instant pour acheter, faute de débouchés derrière. À lire aussiLe coton invendu s'accumule et impacte tout les maillons de la chaîne
Les miniers Glencore et Rio Tinto en pourparlers pour une mégafusion
11/1/2026
Le mariage est encore loin d'être scellé mais le géant suisse des matières premières Glencore et le minier anglo-australien Rio Tinto ont confirmé être en pourparlers pour une éventuelle fusion. Si elle se concrétise, l'opération pourrait aboutir à la création de la plus grande compagnie minière au monde. Si elle aboutit, la méga-transaction entre Glencore et Rio Tinto donnerait naissance à la plus grande compagnie minière au monde, valorisée à plus de 260 milliards de dollars - l'équivalent de 225 milliards d'euros -, selon le Financial Times. Le groupe BHP perdrait alors le titre de premier producteur mondial de cuivre qu'il détient depuis longtemps. Le métal rouge est l'un des métaux clés du futur en raison de son importance pour la transition énergétique : on en trouve dans les câbles électriques, les batteries des voitures électriques, les éoliennes ou encore les panneaux solaires. Pour rester dans le jeu, les compagnies minières se sont donc lancées dans une course effrénée en vue de s'assurer d'en avoir assez. Or, Rio Tinto est moins bien doté en la matière que son concurrent. Ce serait donc pour le géant minier un moyen efficace de s'assurer une place à long terme dans le secteur. Techniquement, cette fusion pourrait se faire par un échange d'actions. Rio Tinto doit dire d'ici le 5 février au plus tard s'il souhaite ou non soumettre une offre de rachat de Glencore, qui exploite différents minerais en plus de son activité de négoce international. À lire aussiAnglo American veut recentrer son activité sur le cuivre et le minerai de fer Un précédent échec Une tentative de rapprochement avait déjà eu lieu il y a un an, mais elle s'était soldée par un échec. La question est donc de savoir si les divergences d'hier pourront être dépassées aujourd'hui, d'autant plus que certaines sont structurelles : les deux groupes ont la réputation d'avoir des cultures d'entreprise très différentes, Rio Tinto étant plus conservatrice, et Glencore plus agressive et audacieuse dans sa stratégie de développement. Il y a aussi la question du charbon : Glencore en est le plus grand exportateur et entend bien conserver ses mines, alors que Rio Tinto a abandonné l'activité en 2018. Le groupe anglo-australien serait-il prêt à racheter la totalité de son concurrent et à payer y compris pour acquérir son activité charbon ? C'est ce qui se murmure, mais cela reste l'une des questions qui sera déterminante. Depuis l'échec des précédentes discussions, Rio Tinto s'est choisi un nouveau directeur général, tandis que le britannique Anglo American est en passe de fusionner avec le canadien Teck Resources pour créer Anglo Teck, un autre géant minier du cuivre. Des évolutions qui pèseront peut-être dans les discussions... 13 000 dollars la tonne Ces nouveaux pourparlers entre les deux miniers ont lieu dans un contexte de prix qu'il est difficile de ne pas évoquer. Ces derniers ont atteint, la semaine dernière, 13 000 dollars la tonne à la bourse aux métaux de Londres (LME), un sommet inégalé. Liée à des arrêts de production dans plusieurs mines et à la politique de stockage en vigueur aux États-Unis pour anticiper de nouvelles taxes sur le cuivre, cette hausse a fait s'effondrer la demande chinoise - qui représente la moitié de la demande mondiale - ces dernières semaines, les raffineries n'étant plus capables de dégager des marges. S'ils confortent la logique de cette opération de fusion, selon l'agence Bloomberg, ces prix pourraient cependant pousser aussi les actionnaires de Glencore à vouloir profiter encore un peu plus de l'empire du cuivre qu'ils possèdent, ou inciter le géant BHP à jouer les trublions en déposant une offre concurrente. À lire aussiAnglo American et Teck Ressources, un mariage taillé pour le marché du cuivre
Céréales, les grandes inconnues qui rythmeront le marché en 2026
08/1/2026
À quoi va ressembler l'année 2026 sur le marché des céréales ? En 2025, les prix du blé et du maïs se sont négociés à des niveaux historiquement bas. L'évolution des prix cette année dépendra de trois principaux facteurs : la guerre en Ukraine, l'appétit de la Chine et le prix des engrais. La première inconnue, c'est l'évolution de la situation en Ukraine. Depuis le début de la guerre, il y a quatre ans, le secteur est sans cesse ciblé et ne connaît pas de répit, rappelle Sébastien Poncelet, analyste chez Argus Media, dans un entretien à l'Agence France-Presse. Les frappes ont affecté la capacité énergétique, et les infrastructures d'exportation. Or l'Ukraine est un des quatre gros fournisseurs mondiaux de maïs, et on sait que la demande mondiale est forte, et les stocks en baisse. Sur cette saison, l'Ukraine a environ 4 à 5 millions de tonnes de retard dans ses exportations de grains jaunes, explique Damien Vercambre, du cabinet Inter-courtage. Ce retard est dû, au-delà de la guerre, à une récolte plus lente liée à la météo, avec une humidité qui requiert un temps de séchage plus long. L'Ukraine est également un fournisseur majeur de tournesol, un secteur qui n'est pas épargné non plus par le conflit : une des dernières attaques de drones russes a ciblé en début de semaine une usine de trituration – qui transforme les graines en huile – de l'américain Bunge à Dnipropetrovsk dans le centre-est du pays. Quid de l'appétit de la Chine ? La Chine et son niveau d'importation est un des autres facteurs qui vont compter. Le géant asiatique a acheté environ deux fois moins de blé l'année dernière que les deux années précédentes. Cela a largement contribué à faire chuter les cours. En un an, les prix européens ont baissé de 5 %. Si la Chine se réveille, ce sera évidemment un facteur de reprise des prix. L'Empire du Milieu joue aussi un rôle crucial sur le marché du soja. Cette graine oléagineuse, qui sert essentiellement à nourrir le bétail, fait l'objet d'un bras de fer entre Pékin et Washington. Les deux pays se sont accordés sur un niveau d'importation de soja américain de 12 millions de tonnes par la Chine. « Si les Chinois dépassent cet objectif, cela pourrait faire bouger le marché », selon Damien Vercambre. La pression des engrais On peut ajouter au paysage de 2026 une autre inconnue, le prix des engrais. Ils ont rarement été si déconnectés du prix des céréales, selon Sébastien Poncelet. C'est surtout vrai pour l'urée, un des engrais les plus répandus au monde : à titre d'illustration, le prix de l'urée d'Égypte – hors transport maritime – a augmenté de 10 % en un an, de 32 % en deux ans et de 85 % par rapport au niveau d'il y a 5 ans alors que les blés français et russes ont retrouvé leur prix bas de 2020. Avec un tel décalage, les cours des céréales ne couvrent plus les coûts de production de nombreux agriculteurs, en particulier en Europe. C'est une des raisons de leur colère. Ils demandent depuis plusieurs semaines que la taxe carbone aux frontières de l'UE en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier ne soit pas appliquée aux fertilisants. Une doléance en passe d'être entendue. À lire aussiAux États-Unis, les producteurs de soja tournent la page d'une année noire
Venezuela, quel impact sur les cours du pétrole à court et moyen terme?
07/1/2026
L’attaque de Donald Trump sur le Venezuela et l’enlèvement de Nicolas Maduro, peuvent-ils avoir un impact sur les cours du pétrole ? Et si oui, sera-t-il baissier ou haussier ? Si à très court terme pour l'instant les cours n'ont réagi qu'à la marge, à moyen ou long terme les scénarios pourraient être différents. À part quelques frémissements dans les premières heures, pour l’instant les cours du brut n’ont pas bougé de manière significative. La première raison, c'est que la production du Venezuela, qui était de 2,5 millions de b/j il y a 20 ans – et même de 3,5 millions b/j quand le pays était le premier exportateur mondial dans les années 1970 – a chuté en dessous du million de barils par jour. Elle était de 900 000 b/j en novembre et se situe aujourd’hui autour de 750 000 b/j. Un volume qui n'est pas totalement exporté, 15 à 20 % de ce pétrole reste dans le pays. Au dernier trimestre 2025, les exportations du Venezuela n’ont représenté que 1,5 % des flux pétroliers maritimes mondiaux, rappelle Homayoun Falakshahi, chef analyste pétrole au cabinet franco-belge de suivi maritime Kpler. Donc, si perturbation de la production il devait y avoir dans les prochains mois, et même interruption totale dans le pire des cas, cela resterait gérable pour le marché, assure Arne Lohmann Rasmussen, analyste en chef chez Global Risk Management. Le marché a d'ailleurs déjà intégré dans les prix la baisse de la production vénézuélienne ce dernier trimestre. Suroffre de pétrole sur le marché mondial Une perturbation de la production vénézuélienne serait d’autant moins problématique qu’il y a abondance de pétrole dans le monde. Depuis plusieurs mois, un surplus est annoncé en ce début d’année 2026, en raison d’une moindre demande liée à la saison hivernale, et de la mise sur le marché ces derniers mois d’une partie des volumes que plusieurs pays de l’Opep+ avaient décidé de ne pas produire. Cet excédent, estimé par Kpler à environ 3 millions de b/j, au premier trimestre, est une des explications du niveau actuel des cours. Même si d’ici février, la production du Venezuela devait baisser encore de 100 000 à 200 000 barils – en raison notamment d’un manque de pétroliers disponibles, un nombre record étant aujourd’hui déjà chargés et en mer –, et atteindre les 600 000 barils par jour, cela ne devrait avoir qu’un impact très relatif sur les prix. Le cabinet Kpler estime que les risques géopolitiques que constituent la situation au Venezuela, en Iran, en plus de la guerre en Ukraine devraient continuer à soutenir les prix dans les prochains mois et les faire progressivement remonter au-dessus de 65 dollars le baril pour ne parler que du Brent, qui pourrait atteindre 67 dollars d’ici décembre. Un niveau qui est, par ailleurs, essentiel pour que les nouveaux forages de gaz de schiste soient à l’équilibre aux États-Unis, rappelle un des experts de Kpler. Quand la production remontera À moyen terme, les niveaux de production du Venezuela vont remonter, à la faveur des premiers investissements, tels que des réparations dans des usines exploitées par Chevron, la levée du blocus et l’obtention d’une nouvelle dérogation pour la compagnie américaine. La production pourrait revenir à près d’un million de barils par jour en l'espace de trois mois, selon Kpler. Pour faire un bond majeur dans la production, il faudra en revanche des années d’investissements considérables – une douzaine de milliards de dollars d’investissements nécessaires annuellement pendant 5 à 10 ans – pour retrouver une production digne des capacités du pays, explique Homayoun Falakshahi. Dans un scénario très optimiste, si des contrats sont signés d'ici à l'année prochaine avec des entreprises étrangères, les volumes pourraient atteindre, d'ici à trois ans, deux millions de b/j. L’impact sur les prix sera alors à reconsidérer, tout comme l’impact géopolitique d’une telle montée en puissance du Venezuela. Un empire pétrolier pour Donald Trump En mettant la main sur le pétrole vénézuélien, Donald Trump gagne en influence. C'est la thèse défendue par Javier Blas, spécialiste des questions énergétiques de l’agence Bloomberg et co-auteur du livre Un monde à vendre, publié aux éditions Novice. Le président américain a désormais, dit-il, un empire pétrolier, et « jamais aucun président américain n’a eu depuis Franklin Roosevelt un levier économique et politique si grand ». Son influence va maintenant de l'Amérique du Sud au Canada. Washington a les moyens, selon le chroniqueur, d’agir aujourd'hui plus ou moins directement sur 40 % de la production mondiale de pétrole et donc sur les prix. Un accès illimité aux réserves vénézuéliennes, inexploitées à ce stade, renforcerait encore plus ce pouvoir de Donald Trump lors d'éventuels futurs bras de fer avec ses adversaires producteurs de pétrole. À lire aussi[EN DIRECT] Les décisions des autorités vénézuéliennes seront «dictées» par les États-Unis affirme la Maison Blanche