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Chronique des matières premières

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Dernier épisode

294 épisodes

  • L'Australie en quête de solutions pour son agriculture face au changement climatique

    27/08/2026
    Qui seront les grandes puissances agricoles demain sur la planète ? Le rapport Déméter 2026, rapport annuel qui se penche sur les dynamiques alimentaires mondiales, a publié une série d'études, dont une sur l'Australie. Ce pays-continent, deuxième exportateur mondial de blé et acteur majeur du commerce de viande bovine, est confronté au défi de l'adaptation face au changement climatique.
    Les conditions climatiques se détériorent en Australie. Il est à peu près acquis que les territoires limitrophes des zones arides ou semi-arides deviendront inadaptés à l'agriculture, rapporte Freddy Dutoit, conseiller agro-alimentaire auprès d'Austrade, l'agence australienne de promotion des exportations et des investissements étrangers affiliée au ministère du Commerce.
    La concurrence pour les terres est appelée à augmenter : avec le réchauffement, le désert devrait gagner du terrain, grignoter des prairies utilisées par les moutons qui seront alors contraints de se replier sur les pâturages des bovins, qui devront être nourris avec plus de fourrage. L'avenir de la production céréalière dépendra donc fortement des orientations du secteur de l'élevage. D'ici 2030, l'augmentation des superficies « sera, au mieux, modeste », selon l'expert agro-alimentaire.
    La hausse des volumes reposera essentiellement sur les améliorations technologiques telles que la collecte de données satellitaires, l'amélioration des semences pour qu'elles soient plus résistantes à la chaleur et moins consommatrices d'eau.
    Des agriculteurs peu subventionnés et flexibles
    La force des agriculteurs australiens, qui reçoivent peu ou pas de subventions, c'est leur flexibilité, leur esprit d'entreprise et leur connaissance des instruments financiers auxquels ils peuvent avoir recours, explique Freddy Dutoit. Ces atouts leur permettront probablement de s'adapter au mieux à la pression climatique, mais aussi à la demande sur le marché mondial qui dicte ses règles.
    Les produits dominants dans le pays sont le bœuf, le blé, le colza, le coton et le sucre, mais on assiste à un développement des cultures de sorgho, pois chiches, lentilles et haricots, pour répondre notamment à la demande de l'Inde, un pays avec lequel l'Australie a conclu un accord de libre-échange. Face à la pression climatique, les surfaces de vignes sont aussi appelées à diminuer et pourraient être remplacées par des arbres fruitiers.
    À ce jour, 70 % de la production australienne est exportée, mais ce chiffre pourrait évoluer à la baisse, en raison notamment de la démographie : les Australiens devraient être 30 millions d'habitants d'ici 2030, selon les prévisions.
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    Une politique agricole capable d'évoluer ?
    La trajectoire agricole de l'Australie est aussi très dépendante de la politique commerciale agricole australienne, jusque-là basée sur une intervention minimale de l'État. « Cette politique libérale est-elle encore adaptée au contexte géopolitique actuel, marqué par une tendance au repli des pays sur eux-mêmes ? Le pays est-il capable de changer de modèle ? » s'interroge Freddy Dutoit.
    L'année dernière, le centre de recherche de référence du pays, CSIRO (Commonwealth scientific and industrial research organisation), a appelé l'Australie à changer son fusil d'épaule en matière agricole si elle veut « tenir bon ».
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  • La Turquie, grenier du Moyen-Orient, optimise la gestion de son eau

    27/08/2026
    Qui seront les grandes puissances agricoles demain sur la planète ? RFI se fait l'écho cette semaine d'une série d'études publiées par le rapport Demeter 2026, rapport annuel qui se penche sur les dynamiques alimentaires mondiales. On s'intéresse ce matin à la Turquie, premier producteur agricole du Moyen-Orient et septième producteur mondial. Une puissance agricole dont le potentiel atteint bientôt ses limites.
    La puissance agricole turque est le résultat de plusieurs décennies d'investissement : investissement mécanique, révolution génétique, structuration de la filière en coopérative, cela fait des décennies que la Turquie a misé sur la révolution verte comme le décrit Tolga Bilener, enseignant-chercheur au département des relations internationales à l'université Galatasaray et co-auteur du Demeter 2026. La croissance du secteur s'est accélérée ces 20 dernières années grâce à la multiplication d'aménagements hydrauliques.
    Le pays ne rivalise pas avec les grands producteurs mondiaux pour ce qui est des grandes cultures, mais il est autosuffisant en blé, avoine, seigle, betterave à sucre ou encore pomme de terre. La Turquie a réussi à se faire une place de leader dans le secteur des abricots, des cerises, des figues et des noisettes et s'illustre aussi dans des cultures non alimentaires, telles que le tabac et le coton.
    De l'abondance au stress hydrique
    La Turquie a longtemps été le château d'eau du Moyen-Orient. Le pays est toujours plus riche en eau que ses voisins, mais plus autant qu'avant. Avec le changement climatique, l'enneigement des hauts reliefs diminue. Il faut ajouter à cela, une démographie qui explose et un tourisme qui fait aussi pression sur la ressource.
    « Le stress hydrique a aujourd'hui remplacé l'abondance d'eau », résume Tolga Bilener. C'est ce qui justifie le plan pour l'eau, annoncé par les autorités pour la période 2026-2035. Un projet qui intègre notamment la construction de réservoirs sur les collines du pays pour récupérer l'eau de pluie et les eaux de ruissellement. L'utilisation de drones et de l'intelligence artificielle pour optimiser la ressource en eau, le « smart farming », se développe également de plus en plus.
    Sur 38 millions d'hectares de terres cultivées, 5 millions sont aujourd'hui irrigués. Mais il y a des fuites sur les réseaux, et les canaux ouverts à l'air libre engendrent d'importantes pertes, précise l'expert.
    Perspectives de croissance limitées  
    Dans ces conditions, le potentiel agricole du pays atteint bientôt ses limites, aussi parce que les surfaces ne sont pas extensibles. La fragmentation foncière, l'abandon des exploitations, ne plaident pas pour une croissance aussi forte que celle de ces deux dernières décennies : plus 2 % par an pour les productions végétales, plus 7 % par an pour les productions animales. « La Turquie peut encore probablement augmenter la valeur de son agriculture, mais difficilement les volumes physiques » qui seront produits et donc exportés selon Tolga Bilener.
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  • La RDC, plus grande réserve de terres arables du continent africain

    25/08/2026
    Qui seront les grandes puissances agricoles demain sur la planète ? RFI se fait l'écho cette semaine d'une série d'études publiées par le rapport Demeter 2026, rapport annuel qui se penche sur les dynamiques alimentaires mondiales. Focus aujourd'hui sur la République démocratique du Congo, riche de 80 millions d'hectares de terres arables, soit l'équivalent du tiers du pays, un chiffre qui fait rêver mais qui reste très théorique.
    Seulement 10 % des terres du pays sont valorisées selon Alain Pholo Bala, économiste au Service Public Fédéral Finances de Belgique et chercheur associé à l'Université de Johannesburg. La RDC reste donc très dépendante des importations, et ce même si le maraîchage est en plein « boom », relève Apollinaire Biloso Moyene, professeur en sciences agronomiques et ingénierie biologique à l'université de Kinshasa, qui cite notamment les cultures de chou, radis et carottes à l'Est du pays, et même si l'agriculture vivrière permet la production de manioc, maïs, pommes de terre, riz ou encore banane plantain et arachides.
    Le frein principal à l'essor du secteur est le manque d'infrastructures routières, les dessertes agricoles construites avant l'indépendance s'étant dégradées, faute d'entretien et d'investissement, selon Alain Pholo Bala.
    Le potentiel des cultures de rente
    Les cultures de rente ne sont, par ailleurs, pas à la hauteur de ce qu'elles pourraient être. À titre d'exemple, la production de café n'est « qu'un fragment de ce qu'elle a été dans les années 1980-1990 » selon un acteur local de la filière. Idem pour l'huile de palme : avant 1950, le pays en était un des premiers exportateurs mondiaux. L'ambition affichée reste néanmoins celle d'un secteur prioritaire. Le gouvernement rêve notamment d'augmenter la production de cacao.
    L'agriculture est un levier qui permet de toucher 70 % de la population qui vit en zone rurale, rappellent nos interlocuteurs qui pointent là un secteur potentiellement créateur de nombreux emplois, beaucoup plus que le secteur minier, sur lequel le pays a jusque-là misé « par facilité », relève Alain Pholo Bala, les mines attirant beaucoup plus d'investissements étrangers. 
    La mine au secours de l'agriculture ?
    Peut-il y avoir des ponts entre les secteurs minier et agricole ? Pourquoi ne pas affecter une partie des recettes minières au développement du secteur agricole ? C'est ce que préconise Alain Pholo Bala.
    Le pays a le potentiel d'être un « État pivot » sur le plan alimentaire, selon la terminologie employée par le rapport Demeter. Sur le papier, l'ONU estime que la RDC aurait la capacité de nourrir plus de deux milliards de personnes, soit bien plus que sa propre population, même si celle-ci est appelée à doubler d'ici à 2050.
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  • La puissance agricole canadienne au défi du changement climatique

    24/08/2026
    Qui seront les grandes puissances agricoles demain sur la planète ? RFI se fait l'écho cette semaine d'une série d'études publiées par le rapport Demeter 2026, rapport annuel qui se penche sur les dynamiques alimentaires mondiales. Zoom sur le Canada, un acteur majeur des marchés qui figure parmi les premiers exportateurs de blé, d'avoine, de lentilles, de pois secs et de colza, mais qui s'inquiète pour son avenir.
    Les changements climatiques affectent les grandes plaines agricoles du pays, en particulier la région des « prairies », à cheval sur les provinces de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba. Plus de 70 % du blé qui y est produit est exporté, plus de 67 % de l'avoine, et plus de 30 % de l'orge. 
    Dans ces régions, l'agriculture est essentiellement pluviale, et donc directement affectée par les sécheresses. Elles sont beaucoup plus fréquentes et intenses depuis 25 ans et s'étendent vers le nord et l'ouest. Les hivers sont plus courts et la saison de croissance des plantes s'est allongée de plus de trois semaines depuis les années 1950. « Les étés plus longs et plus chauds accentuent l'assèchement des sols et l'évapotranspiration », ajoute Patrick Mundler, professeur à la faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation à l'université Laval à Québec au Canada.
    Rendre les sols plus résilients
    En réponse à la menace climatique, les pratiques agricoles tentent de s'adapter. Quand c'est possible, des systèmes d'irrigation sont mis en place. Mais d'une part l'eau doit être partagée entre les provinces, et d'autre part elle vient pour partie de glaciers qui sont en train de fondre, donc la ressource elle-même est appelée à diminuer, explique Patrick Mundler. Il est sinon vivement conseillé aux agriculteurs de préserver l'humidité des sols et de limiter l'érosion : cela passe par la sélection de variétés résistantes à la sécheresse, la plantation de haies brise-vent qui permettent de conserver la neige plus longtemps là où elle est utile. 
    Autre possibilité, le changement de culture : des producteurs se tournent vers la luzerne par exemple, plus adaptée à des conditions arides et qui contribue à enrichir le sol en azote. Cela concerne en particulier ceux qui sont situés à proximité de ranchs d'engraissement de bovins. La capacité d'adaptation ou non, dont saura faire preuve le pays, aura un impact sur les niveaux de production à venir, et inévitablement sur les exportations mondiales.
    Le Québec et l'Ontario, eldorado de demain ?
    83 % des terres arables du pays se trouvent dans les provinces de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba, mais un des scénarios prospectifs est d'étendre l'agriculture en Ontario et au Québec, dans la zone forestière de « la grande ceinture d'argile », région présentée comme un potentiel eldorado agricole, grâce au changement climatique précisément.
    Les freins à l'exploitation de la région restent cependant nombreux. Ils sont aussi bien économiques que sociaux en raison de la présence de populations autochtones, ou encore environnementaux. La déforestation de cette zone – qui constitue une des réserves de carbone de la planète – serait difficilement compatible avec les impératifs de lutte contre le changement climatique. Patrick Mundler y voit là « un projet très discutable qui pose des questions de durabilité et d'éthique majeures ».
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  • Les défis du Brésil pour rester un géant mondial de l'agriculture

    23/08/2026
    Qui seront les grandes puissances agricoles demain sur la planète ? RFI se fait l'écho cette semaine d'une série d'études publiées par le rapport Demeter 2026, rapport annuel qui se penche sur les dynamiques alimentaires mondiales. Zoom sur un géant incontournable : le Brésil. En 2025, les exportations agricoles brésiliennes ont généré un record de plus de 169 milliards de dollars.
    On ne devient pas un géant agricole du soja, du maïs ou encore du coton sans raison. Parmi les atouts du Brésil, on peut évoquer d'abord la volonté politique : l'agriculture est vue par tous les partis, quel que soit leur bord, comme une force stratégique du pays, qui génère d'importants excédents commerciaux, contribue à l'équilibre des comptes extérieurs et constitue une source majeure de revenus et d'emplois, explique Caroline Rayol, chef de projet Agroindustrie au sein du groupe d'intelligence économique ADIT et experte associée du Club Demeter.
    Selon une étude de la Banque nationale de développement du Brésil (BNDES), chaque million de reais consacré à l'agriculture génère 187 emplois, soit trois fois plus que dans le pétrole et le gaz, plus de deux fois plus que dans la sidérurgie et près de trois fois plus que dans l’industrie automobile. L'experte précise que le secteur joue également un rôle essentiel dans la souveraineté alimentaire et énergétique, notamment grâce à la production des bioénergies.
    Une agriculture « pragmatique »
    Le Brésil a par ailleurs une vision très pragmatique de l'agriculture : « Produire plus avec moins : moins de fertilisants, moins de surfaces et moins de capitaux », explique Caroline Rayol, et ce en s'appuyant sur des semences OGM, des drones et les réseaux 5G. En parallèle, ce modèle intensif s'appuie, depuis 2012, sur un code forestier qui a pour vocation de garantir la préservation d'une partie de la végétation native de chaque exploitation – proportion qui va de 20 % à 80 % dans les zones forestières de l'Amazonie légale.
    « Les propriétaires ruraux sont responsables de la conservation de ces réserves légales ainsi que des zones de protection permanente, notamment celles situées le long des cours d’eau », précise Caroline Rayol, qui ajoute que le non-respect de ces obligations peut entraîner des sanctions administratives et civiles - telles que des amendes et l’obligation de restaurer les espaces dégradés, et, dans certains cas, des sanctions pénales.
    Un géant non moins fragile
    Le géant d'Amérique latine doit cependant aussi faire face à des fragilités. On peut citer notamment sa  dépendance aux importations d'engrais. Plus de 40 % de l'urée consommée est importée du détroit d'Ormuz. Le Brésil a aussi une forte dépendance à la Chine, acheteur majeur de grains brésiliens qui s'est engagé dans une stratégie de production à long terme, pour garantir sa sécurité alimentaire et réduire sa dépendance aux achats extérieurs.
    L'autre limite, qui pèse sur le rayonnement brésilien, c'est la politique américaine. Les taxes douanières de l'administration Trump se sont encore renforcées mi-juillet sur le sucre, l'éthanol, le soja, le maïs, le poulet congelé et le coton, et personne ne sait dans quel sens elles vont évoluer. 
    Une image à redorer
    Un autre défi se pose au Brésil, pour garder une place centrale sur l'échiquier alimentaire mondial, c'est son image. La puissance future du Brésil ne se jouera pas uniquement dans ce qu'il produit mais aussi dans sa capacité à améliorer sa réputation. La production brésilienne est souvent montrée du doigt parce qu'elle ne respecte pas telle ou telle norme de durabilité, ou de traçabilité à l'international. 
    Pour se développer et pour échapper aux barrières non tarifaires qui lui sont imposées, le Brésil doit donc arriver à convaincre que l'Union européenne, le Canada ou les États-Unis n'ont pas le monopole des standards de demain. On parle d'une bataille moins visible, qui implique une stratégie d'influence de long terme, dont l'issue aura un impact direct sur les équilibres mondiaux. « S'il parvient à transformer ses spécificités en références globales, le Brésil pourrait à l'horizon 2050 s'affirmer comme l'un des centres de gravité d'un nouvel ordre climatique et agroalimentaire international », selon Caroline Rayol.
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À propos de Chronique des matières premières
Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.
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