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Chronique des matières premières

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  • Chine: la chute du prix de la viande de porc, symptôme d'une économie en surproduction

    05/04/2026
    En Chine, le porc devient un révélateur de la crise économique. Les prix s'effondrent, au plus bas depuis plus de 15 ans, conséquence directe d'une surproduction massive encouragée ces dernières années. Un déséquilibre qui met les éleveurs sous pression et qui illustre surtout les forces déflationnistes à l'œuvre dans tout le pays. 
    De notre correspondante à Pékin,
    C'est une chute brutale et spectaculaire. Les prix du porc tombent à 22 yuans le kilo, soit environ 2,75 euros le kilo – leur plus bas niveau depuis 2021. Du côté des éleveurs, c'est pire encore : les porcs vivants se vendent autour de 9,5 yuans le kilo (environ 1,20 euro le kilo), bien en-dessous des coûts de production.
    Autrement dit : produire du porc, aujourd'hui, fait perdre de l'argent à grande échelle, y compris aux principaux groupes du secteur. Un paradoxe dans un pays où cette viande reste un pilier de l'alimentation et un élément central de l'indice des prix à la consommation.
    Surproduction organisée
    Comment en est-on arrivé là ? Après l'épidémie de peste porcine africaine en 2018, Pékin avait fait du rebond de la production une priorité politique nationale. Résultat : des investissements massifs, des élevages industriels géants, parfois sur plusieurs étages, automatisés.
    Quelques années plus tard, retournement complet : trop de porcs, trop d'offre, et une demande qui ralentit dans une économie moins dynamique. Le gouvernement tente désormais de freiner la machine – en achetant du porc pour ses réserves stratégiques, et en appelant les producteurs à réduire les cheptels, notamment le nombre de truies.
    Symptôme d'une économie sous tension
    Cette crise du porc dépasse largement le seul secteur agricole. Elle illustre un phénomène plus large en Chine : la déflation et la spirale de la concurrence par les prix. Du café aux voitures électriques, les industries produisent trop et vendent parfois à perte pour écouler leurs stocks.
    Les autorités visent environ 39 millions de truies reproductrices, un seuil clé pour réguler l'offre. Mais ce niveau reste dépassé. Même les données deviennent sensibles : les chiffres mensuels sur ces truies ne sont plus publiés, laissant les marchés dans le flou, signe que les autorités avancent à tâtons, dans une économie où produire plus ne garantit plus, aujourd'hui, de gagner plus.
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  • Pourquoi un regain d’optimisme sur l’or malgré les prix qui baissent?

    02/04/2026
    Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient il y a plus d'un mois, l’or subit une forte baisse. Après une brève remontée, la tendance à la baisse se poursuit. Cette situation peut-elle durer ?
    Tout dépendra de la volonté réelle du président états-unien de terminer cette guerre. On l'a vu, chacune de ses déclarations a un impact sur les marchés. Les cours de l'or ont ainsi chuté de plus de 4 % le 2 avril pour s'établir autour de 4 600 dollars l'once. Une réaction à la remontée des cours du dollar à la suite de l'allocution de Donald Trump, le 1ᵉʳ avril au soir. Mais sur un an, l'or a tout de même pris plus de 48 %.
    Cette augmentation prouve que le métal jaune reste une valeur refuge qui s'apprécie en période de fortes turbulences sur les marchés ou de tensions géopolitiques. D'autant que les facteurs qui contribuent à la hausse des cours persistent. Il n'est donc pas exclu que le métal précieux puisse à nouveau titiller ses records historiques.
    Le retour possible de l’inflation
    Les marchés restent en effet incertains, car cette guerre a déjà perturbé les flux d'approvisionnement, et notamment ceux des hydrocarbures. Cela suscite des inquiétudes quant à une flambée de l'inflation.
    Une inflation qui rebondit déjà à 2,5 % en mars dans la zone euro. Et aux États-Unis, elle s'approche dangereusement des 3 %. En tant que valeur refuge, le métal jaune a tendance à augmenter dans un contexte d'inflation croissante, surtout si celle-ci est inattendue et prolongée. Goldman Sachs maintient ainsi ses prévisions. Selon ses experts, le prix de l'or pourrait atteindre 5 400 dollars d'ici fin de l'année 2026. Et ce en raison des anticipations de baisses de taux de la Réserve fédérale américaine et de la poursuite des achats d'or par les banques centrales.
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  • Plus de soja et moins de maïs, le choix des agriculteurs états-uniens

    01/04/2026
    Le rapport du ministère américain de l'Agriculture (USDA) sur les prévisions de semis aux États-Unis a été publié cette semaine. Il était très attendu, en raison de la hausse du prix des engrais ces dernières semaines, et confirme que les agriculteurs états-uniens vont réorienter une partie de leurs cultures.
    Les cultures qui dépendent fortement des engrais azotés sont annoncées en baisse, c'est le cas des surfaces de maïs. Pour le blé d'hiver et le blé de printemps à venir, les surfaces pourraient atteindre leur plus bas niveau depuis 1919. À l'inverse, les intentions de semis pour le soja, qui coûte moins cher en engrais, sont en hausse.
    Ces prévisions sont issues d’une enquête effectuée dans les premiers jours de mars, quand les perturbations liées à la guerre n’étaient pas encore aussi importantes qu’aujourd’hui. Les chiffres ont donc en quelque sorte été rendus obsolètes par le calendrier militaire.
    La tendance qui se dessine devrait encore s’accentuer, les opérateurs estiment en particulier que les surfaces de maïs seront plus faibles que ce qui vient d'être annoncé, rapporte Damien Vercambre, analyste chez Inter-Courtage. Il est en effet difficile d'imaginer que les fermiers états-uniens ne réagissent pas plus à l’augmentation du coût des engrais (+40% pour l'urée, et + 20% pour l'ammoniac) et du carburant agricole.
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    Du soja pour qui ?
    Est-ce raisonnable de voir les surfaces de soja augmenter aux États-Unis ? La guerre commerciale, lancée l’année dernière par Donald Trump, a considérablement perturbé les exportations de soja états-unien vers la Chine. Produire plus quand on a des relations compliquées avec le premier acheteur mondial peut paraître donc hasardeux, mais en réalité, les agriculteurs ne prennent pas de grands risques. Ils peuvent vendre une partie de leur production sur les marchés à terme, et « si la Chine achète moins, ils vendront au reste du monde », résume Damien Vercambre.
    Pour le soja, comme pour le maïs d'ailleurs, la demande est forte, la consommation augmente presque plus vite que la production. Selon l'expert, « les signaux sont donc plutôt au vert » pour les producteurs états-uniens qui veulent davantage miser sur le soja.
    Quid de l'approvisionnement alimentaire mondial ?
    Pour 2026, la hausse du prix des engrais devrait avoir une incidence limitée : globalement, les agriculteurs aux États-Unis et ailleurs dans l'hémisphère nord ont fait le plein d'intrants avant la guerre, même s'il ne faut pas exclure une baisse des rendements par endroit ou des récoltes de moins bonne qualité. Si les prix des engrais restent élevés dans les prochains mois, c'est la récolte 2027 qui est considérée comme à risque, puisque les achats n'ont pas encore été effectués.
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  • Risques de perturbation du marché de l'aluminium en 2026 et 2027

    31/03/2026
    Les prix de l'aluminium sont devenus, comme ceux des hydrocarbures, un indicateur de la dégradation de la situation dans le golfe Persique. Ils sont repartis à la hausse après les attaques du week-end du 28 mars qui font craindre des pénuries d'approvisionnement prolongées.
     
    Les pays du Golfe produisent plus de 6,5 millions de tonnes d'aluminium chaque année. L'essentiel est exporté, ce qui finalement représente entre 10 et 15% du commerce mondial. La région est aussi leader en matière d'alliage d'aluminium, avec une production de métal de qualité militaire très prisée par l'industrie américaine de la défense. Mais depuis le 28 février, les cartes ont été rebattues et les attaques iraniennes sur deux fonderies majeures, le week-end dernier, sont venues alimenter les inquiétudes.
    Aluminium Bahrain n'a pas encore communiqué sur l'étendue des dégâts subis, mais avant même les dernières attaques, l'entreprise avait déjà annoncé l'arrêt de 20% de sa capacité de production. Les Émiriens d'EGA (Emirates Global Aluminium) ont confirmé de leur côté que les dommages sur un de leurs sites à Abou Dhabi étaient importants.
    Les cours ont donc réagi par anticipation, mais aussi sur la base de signaux concrets : les stocks d'aluminium de la bourse aux métaux de Londres ont chuté brutalement, rapporte l'agence Bloomberg, les négociants s'étant précipités pour retirer du métal des entrepôts, afin de pouvoir honorer leur contrat.
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    Hausse des prix sur la durée ?
    Grâce aux stocks offshore importants dont disposerait l'entreprise émirienne EGA, l'impact sur l'approvisionnement en 2026 pourrait être limité, explique Bernard Dahdah, analyste mines et métaux chez Natixis. En revanche, précise l'expert, l'excédent de 200 000 tonnes qui était prévu en 2027 pourrait se transformer en déficit de plus d'un million de tonnes d'aluminium.
    Ce déséquilibre s'accentuera si l'unité de production d'Alba (Aluminium Bahrain) est durablement endommagée. Le pire des scénarios serait qu'un arrêt complet des opérations soit décidé : il faudrait alors plusieurs mois, jusqu'à un an peut-être, pour redémarrer les installations.
    Plusieurs secteurs et pays dépendants
    Les États-Unis mais aussi les pays membres de l'UE qui ont réduit leurs achats d'aluminium russe et augmenté leurs importations du Moyen-Orient sont les premiers concernés par la situation. Pour l'instant, les conséquences sont limitées car certaines cargaisons du Golfe avaient déjà franchi le détroit d'Ormuz quand la guerre a éclaté.
    Mais à partir du troisième trimestre, le manque pourrait commencer à se faire sentir. L'aluminium est le métal le plus utilisé après l'acier, que ce soit dans le secteur aéronautique, le solaire, ou encore celui du bâtiment.
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  • En Asie, le blocage du détroit d'Ormuz fait vaciller l'industrie pétrochimique

    30/03/2026
    Du pétrole au plastique, le choc se propage. La quasi-paralysie du détroit d'Ormuz ne fait pas seulement grimper les prix du brut : elle fragilise toute la chaîne pétrochimique asiatique. En première ligne, la Chine, très dépendante du méthanol iranien, voit ses approvisionnements se tendre et ses coûts exploser. Une crise discrète mais potentiellement structurante pour son industrie.
    C'est un produit peu connu du grand public, mais central pour l'industrie chimique. Le méthanol, dérivé du gaz, est aujourd'hui le premier point de tension. L'Iran en est le principal fournisseur hors Chine, couvrant jusqu'à 57% des importations chinoises.
    Avec des usines à l'arrêt et un détroit d'Ormuz quasiment bloqué, les flux se contractent brutalement. Les prix s'envolent déjà de 8% à 10%, et les stocks chinois – environ 1,45 million de tonnes – pourraient fondre rapidement. À court terme, le risque est clair : si les perturbations durent, certaines usines pourraient réduire ou stopper leur production, faute de matière première.
    Plastiques chinois sous pression
    En Chine, le méthanol ne sert pas seulement à fabriquer des solvants. Il alimente directement la production de plastiques via le procédé MTO (conversion du méthanol en oléfines). Or, environ 60% de ces usines sont situées sur les côtes et dépendent des importations.
    Résultat : une double contrainte. D'un côté, des coûts de matières premières en forte hausse. De l'autre, des chaînes logistiques perturbées. Cette tension se répercute sur toute la filière – de la construction à l'automobile –, avec des marges qui se compressent et des risques de ralentissement industriel.
    Une onde de choc plus large dans la pétrochimie
    Au-delà du méthanol, c'est toute la chaîne des dérivés pétroliers qui vacille. Le naphta, le propane ou encore l'éthylène sont également touchés, avec une dépendance massive de l'Asie au Moyen-Orient.
    Les prix de l'éthylène ont déjà bondi de plus de 60% en Chine depuis fin février, tandis que des unités de production réduisent leur cadence au Japon, en Corée ou en Asie du Sud-Est. Si la crise se prolonge, ce choc pourrait accélérer une recomposition industrielle : diversification des sources, relocalisation partielle, ou montée en puissance d'alternatives comme le charbon ou l'éthane.
    En toile de fond, une réalité transparaît : derrière le baril de pétrole, c'est toute l'économie du plastique mondial qui vacille.
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À propos de Chronique des matières premières

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.
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