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Chronique des matières premières

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  • La guerre au Moyen-Orient fait flamber le prix de l'urée, l'engrais le plus utilisé au monde

    05/03/2026
    La guerre au Moyen-Orient ne secoue pas que les marchés des hydrocarbures. Elle provoque aussi une onde de choc sur un secteur moins visible mais tout aussi essentiel : celui des engrais agricoles. En particulier l'urée, l'un des engrais les plus utilisés au monde, fabriqué à partir de gaz naturel. Or une grande partie de la production de cet engrais vient du Moyen-Orient. 
    Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, le prix de l'urée s'est envolé sur les marchés internationaux. En Égypte, par exemple, indique Michaël Sebag, négociant en engrais pour Orcom à Genève, la tonne est passée de 490 à 660 dollars en dix jours, soit une hausse de plus de 30 %. 
    Le Moyen-Orient est un acteur clé sur le marché de cet engrais, indispensable à l'agriculture. La région concentre à elle seule près de 30 % des exportations mondiales, avec en tête des fournisseurs l'Iran, le Qatar et l'Arabie saoudite.
    Perturbations sur le transport et la production
    Avec la fermeture du détroit d'Ormuz et les menaces iraniennes contre les navires marchands, le trafic maritime est quasiment à l'arrêt dans le golfe Persique. Conséquence : presque plus aucun cargo transportant des engrais n'entre ni ne sort de la région. Ce qui fait bondir les prix. 
    Mais les perturbations ne concernent pas seulement le transport, elles touchent aussi la production. Les frappes contre les infrastructures énergétiques désorganisent l'approvisionnement en gaz naturel, une matière première indispensable pour fabriquer l'urée. Au Qatar, la plus grande usine d'urée au monde – exploité par Qatar Energy – a suspendu lundi 2 mars sa production après des attaques de drones.
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    Inquiétudes des importateurs
    Moins d'urée produite et moins d'urée en circulation a de quoi inquiéter les importateurs. En Asie notamment, où les agriculteurs se préparent pour les semis de céréales. L'Inde est aujourd'hui le premier client du Moyen-Orient pour les engrais. Environ 40 % de ses importations d'urée et d'engrais phosphatés viennent de cette région. 
    En février, New Delhi a d'ailleurs conclu un accord pour la livraison de 1,3 million de tonnes d'urée, dont près de la moitié provenant du Moyen-Orient. Mais avec la guerre, les autorités redoutent déjà des retards de livraison. Elles cherchent donc d'autres fournisseurs, en Égypte ou au Nigeria, eux aussi producteurs d'urée. 
    Effet domino redouté sur les prix alimentaires
    La tension sur l'offre fait monter les prix partout dans le monde. Moins d'urée disponible, c'est plus de concurrence entre acheteurs et donc des prix qui grimpent. Le prix de l'urée au Nigeria a bondi de 30 % depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. D'après Mounir Halim, président d'Afriqom, une société d'études de marché spécialisée dans les engrais basée à Dubaï, les cours sont passés de 465 à environ 655 dollars la tonne.
    Les analystes redoutent désormais un effet domino : si les engrais deviennent plus chers, les coûts de production agricoles vont aussi augmenter avec à terme un risque de hausse des prix alimentaires un peu partout dans le monde.
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  • Anacarde en Côte d'Ivoire: vers un renforcement de la transformation locale?

    04/03/2026
    En Côte d’Ivoire, la campagne de commercialisation de l’anacarde a été lancée le 7 février 2026 à Yamoussoukro. Le prix bord champ a été fixé à 400 FCFA/kg. C’est un prix en baisse, mais les acteurs du secteur restent optimistes et continuent de miser sur la transformation locale.
    De notre correspondante à Abidjan,
    Le prix de cette campagne tient compte de la baisse du dollar. Pour autant, à peine 15 % des noix brutes d’anacardes produites en Côte d'Ivoire sont destinées aux États-Unis. Concernant l’exportation, Abidjan mise plutôt sur les pays asiatiques, notamment le Vietnam qui absorbe 80 % de ses noix brutes. Là-bas, les noix ivoiriennes s’échangent à 1470 $/tonne. D’où cette relative sérénité affichée par le Conseil Coton Anacarde.
    Le Conseil table cette année sur une production toujours aussi élevée : elle est estimée à 1 500 000 tonnes, dont près de 700 000 qui devraient être transformées par les usines locales. Certains producteurs estiment que les rendements devraient baisser par rapport à l’année dernière. Ce phénomène serait lié au climat et à l’impact de la présence de ravageurs.
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    Favoriser les transformateurs locaux
    Cette campagne devrait permettre de constater les efforts fournis pour développer une industrie locale. Ces dernières années, le gouvernement a mis en place une série de mesures pour favoriser les transformateurs locaux. Ainsi, pendant cinq semaines, seules les usiniers ivoiriens peuvent acheter les noix brutes. Mais en pratique, on constate un décalage, lié notamment à des lenteurs dans la délivrance des contrats d’achat.
    Résultat : les premiers achats ont dû attendre la semaine du 16 février 2025 pour être effectifs. « De plus, on constate un retard de production, précise un transformateur. La fenêtre actuelle d’achat [qui s’achève le 15 mars] nous semble donc insuffisante. »
    Lutte contre la fuite des produits agricoles
    Autre défi pour la filière : la fuite des produits agricoles vers les pays voisins. Sur ce point, le Conseil Coton Anacarde relativise et estime que la situation est mieux maîtrisée, grâce notamment à un renforcement des contrôles et à la judiciarisation des cas de contrebande. « Il y a trois ans, on perdait près de 200 000 tonnes de production, affirme Mamadou Berthé, le président du CCA. Aujourd’hui, on arrive à les avoir en Côte d'Ivoire ».
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  • Le Kazakhstan propose de créer un hub pour l’exportation du café et du thé kényans en Asie centrale

    03/03/2026
    Bientôt du thé et du café kényans distribués en Asie centrale depuis le Kazakhstan ? C’est en tout cas la proposition que font les autorités d’Astana aux producteurs kényans. L’idée : créer un hub au Kazakhstan pour ces matières premières à destination de l’immense marché voisin.
    De notre correspondante à Nairobi,
    Le Kazakhstan se dit prêt à soutenir les producteurs de thé et de café kényans dans leur conquête de nouveaux marchés. C’est en substance le message qu’a fait passer l’ambassadeur kazakh à Nairobi, Barlybay Sadykov, lors d’une rencontre avec la chambre de commerce kényane, fin janvier.
    Le projet est assez simple : Astana se dit disposée à exempter de taxes les cargaisons de café et de thé kényans à destination de son marché. Une fois sur place, elles seront transformées pour être ensuite exportées de nouveau vers ses voisins d’Asie centrale.
    « L’exemption de droits d’importation sur les grains de café vert, par exemple, permettra aux exportateurs kényans d’envoyer leur production pour être torréfiée, conditionnée au Kazakhstan puis redistribuée », a expliqué l’ambassadeur kazakh.
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    Café : le marché kazakh en expansion
    Le marché kazakh du café est aussi en pleine expansion. Selon l’Institut kazakh des statistiques, sa consommation augmente de 5 à 7 % chaque année. Un début prometteur, selon l’ambassadeur à Nairobi, qui assure qu’une tasse de café peut se vendre jusqu’à 5 dollars. « Ce qui offre des marges intéressantes aux producteurs désireux d’explorer ce marché », a-t-il ajouté. En 2024, le Kazakhstan a importé pour près de 27 millions de dollars de café, venu notamment du Brésil, de l’Italie ou encore de la Russie.
    Le thé kényan en quête de nouveaux marchés
    Le thé reste la boisson préférée de la population kazakhe, bien que sa consommation baisse depuis plusieurs années au profit du café. En 2024, chaque Kazakhstanais en consommait environ 1,5 kilo en moyenne. Un débouché non négligeable alors que le Kenya a perdu deux marchés d’exportation importants : le Soudan, pour des raisons politiques, et l’Iran, à cause d’un scandale de fraude, ont suspendu leurs importations.
    Une délégation de la Chambre de commerce kényane participera à une mission commerciale « de haut niveau » au Kazakhstan, en mai.
    À écouter dans C'est pas du ventBientôt la fin du café ?
  • L’exportation de matières premières fait exploser la balance commerciale entre la RDC et les États-Unis

    02/03/2026
    C’est un pic inédit depuis plusieurs décennies : l’excédent commercial de la RDC avec les États-Unis atteint plus d’un milliard de dollars pour l’année 2025. Une dynamique portée surtout par les matières premières.
    La RDC a exporté près de 2 milliards de dollars de marchandises vers les États-Unis contre 200 millions de dollars d’importations. Résultat : la balance commerciale avec les États-Unis atteint un niveau record pour le pays, quasiment 20 fois plus qu’en 2024.
    Et selon un analyste, le principal produit d’exportation est le cuivre avec près d’1,8 milliard de dollars, selon les chiffres qu’il a pu recueillir. Viennent ensuite les hydrocarbures : un peu plus de 100 millions de dollars. La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), qui a également constaté cette hausse, y voit le résultat d’une demande américaine soutenue pour les matières premières, mais aussi les « effets de détournement du commerce ».
    En effet, la RDC bénéficie de droits de douanes avantageux vers les États-Unis, notamment via l’Agoa, l'African growth and opportunity act. Cette loi commerciale permet depuis les années 2000 à plusieurs pays d’Afrique d’accéder au marché américain sans droit de douane. La RDC avait été réintroduite dans le programme en 2020. Depuis, la balance commerciale est chaque année excédentaire pour le Congo, sans pour autant atteindre ce niveau de 2025.
    Les analystes prévoient une nouvelle augmentation de ces chiffres pour 2026, « au moins de 10 à 15 % » d’exportation. L’Agoa a en effet été reconduit pour une année et la RDC continue donc de pouvoir bénéficier de ces avantages.
    Il y a aussi l’accord économique signé entre Washington et Kinshasa en décembre 2025. Désormais, prévient un expert, une partie des minerais qui allait en Chine va prendre la direction des États-Unis, notamment en empruntant le corridor de Lobito. Une évolution majeure, car actuellement le marché chinois absorbe plus de 90 % du cuivre congolais.
    Une première cargaison de cuivre et de cobalt est d’ailleurs en route vers le marché américain, a annoncé début février l’entreprise Trafigura, géant du négoce de matières premières. Le tout porté par le prix du cuivre, en hausse, avec un niveau historique atteint fin janvier. Une augmentation de 40 % l’année dernière : la tonne est même passée en janvier 2026 au-dessus des 15 500 dollars.
  • Le durian, révélateur de la puissance économique de Pékin

    01/03/2026
    Longtemps moqué pour son odeur, le durian est devenu en Chine un fruit star, au point de transformer des économies en Asie du Sud-Est. Premier importateur mondial, Pékin absorbe l'immense majorité de la production exportée et pèse sur les prix, les standards sanitaires et les choix agricoles de ses voisins. Derrière, les premières secousses apparaissent : surproduction en Malaisie, flambée des prix au Vietnam, concurrence régionale accrue. Le durian n'est plus seulement un fruit tropical : c'est un baromètre de la puissance économique chinoise.
    En une décennie, la Chine est devenue le cœur du marché mondial du durian. Elle représente désormais l'écrasante majorité des importations globales, faisant bondir les exportations de pays comme la Malaisie, la Thaïlande ou le Vietnam. Le fruit est même devenu un outil diplomatique : lors de visites officielles, des variétés premium comme le Musang King sont offertes aux dirigeants chinois. On parle désormais de « durian diplomacy ».
    Pour les producteurs, les effets ont été spectaculaires : hausse des revenus, expansion des plantations, modernisation des infrastructures rurales... Dans certaines régions malaisiennes, des exploitations familiales ont doublé de taille en quelques années. Le durian s'est ainsi transformé en produit stratégique, à la croisée du commerce, de la diplomatie et de la sécurité alimentaire chinoise.
    Boom… puis déséquilibres : les limites d'une dépendance
    Mais ce succès repose sur une dépendance extrême à un seul marché. En Malaisie, l'expansion massive des plantations – encouragée par la demande chinoise – a conduit à une surproduction. Or, le durian est une culture lente : un arbre met cinq à dix ans avant de produire. Impossible donc d'ajuster rapidement l'offre. Résultat : lorsque Pékin a commencé à privilégier les durians frais plutôt que surgelés, une partie de la filière malaisienne s'est retrouvée en difficulté logistique. Les prix se sont effondrés, certains parlant même de « tsunami du durian ».
    À l'inverse, au Vietnam, la pénurie saisonnière, combinée à une forte demande chinoise, a récemment fait flamber les prix. Ce contraste illustre un marché devenu hypercyclique, sensible aux saisons, aux normes sanitaires et aux capacités de transport.
    Un fruit au cœur de la géoéconomie asiatique
    Au-delà des fluctuations de prix, le durian révèle une dynamique plus large : la stratégie chinoise de diversification alimentaire. Depuis plus d'une décennie, Pékin cherche à sécuriser ses approvisionnements agricoles via des partenariats régionaux, ce que certains chercheurs appellent une « route alimentaire de la soie ». Le commerce du durian s'inscrit dans cette logique.
    Mais cette expansion soulève aussi des questions : déforestation liée aux nouvelles plantations, concurrence accrue entre producteurs et même ambitions chinoises de cultiver du durian sur son propre territoire.
    Si la demande chinoise a enrichi de nombreux agriculteurs d'Asie du Sud-Est, elle les expose aussi à une volatilité croissante. Le durian est ainsi devenu un révélateur des rapports de force économiques en Asie : un fruit tropical au parfum puissant… et aux implications géopolitiques bien réelles.
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À propos de Chronique des matières premières

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.
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