L'antimoine du Pakistan, une alternative pour l'approvisionnement des États-Unis
06/1/2026
Le Pakistan ne détient qu'une petite fraction des réserves mondiales d'antimoine, mais c'est suffisant pour susciter l'intérêt des États-Unis, qui n'en produisent quasiment pas et en ont besoin pour fabriquer des retardateurs de flamme, des munitions ou encore des alliages intégrés dans les batteries électriques. L'intérêt américain pour l'antimoine pakistanais s'est renforcé depuis la décision prise par la Chine d'interdire toute exportation vers les États-Unis à partir de décembre 2024. Ces mesures ont fortement perturbé l'approvisionnement et fait grimper les prix : le trioxyde d'antimoine, une poudre dérivée du métal gris argenté qui est incorporée à divers produits pour les rendre ignifuges, a atteint un pic à 60 000 dollars la tonne mi-2025 et tourne désormais autour de 40 000 dollars, soit près du double de ce qu'il valait il y a un an et demi. Toute décision commerciale de la Chine a un impact énorme car elle est en position de force : le pays détient un tiers des réserves mondiales, et environ la moitié de la production d'antimoine raffiné, d'antimoine métal et de trioxyde de métal. Tadjikistan et Pakistan, les alternatives à la Chine Bien qu'assouplies fin novembre 2025, les restrictions chinoises ont eu suffisamment d'impact pour pousser les États-Unis à accélérer la diversification de leur approvisionnement. Le pays avait déjà commencé à sécuriser une partie de ses achats hors de Chine, depuis une décennie, au vu du déclin de la production chinoise, rappelle le cabinet d'analyse Project Blue. Le Tadjikistan, qui représente avec la Russie et la Chine 80 % de la production mondiale, selon le site MineralInfo, est déjà un pays auprès duquel les États-Unis se fournissent. Ils s'intéressent aussi de très près au Pakistan, qui ne contient pourtant que 1 % des réserves mondiales mais où tous les gisements ne sont pas exploités. L'antimoine qui y est produit aujourd'hui provient essentiellement de mines artisanales situées dans une région frontalière avec l'Afghanistan. Plusieurs accords signés Depuis septembre dernier les annonces se sont multipliées entre des sociétés américaines et pakistanaises. On peut citer les protocoles d'entente signés à Islamabad par l'United States Strategic Metals (USSM) en septembre dernier avec Frontier Works Organization (FWO) le plus grand mineur de minerais critiques au Pakistan. Fin 2025, la société pakistanaise Himalayan a aussi signé un partenariat stratégique avec Nova Minerals, une société cotée aux États-Unis et en Australie. L'entreprise entend produire de l'antimoine de qualité militaire d'ici 2026/2027 et projette d'acheter début 2026 plus de 100 tonnes de concentré d'antimoine pakistanais pour un premier test de raffinage en Alaska, selon le Financial Times. Les signatures du dernier trimestre 2025 illustrent les intérêts américains pour l'antimoine pakistanais qui était jusque-là essentiellement capté par des acheteurs chinois. Pour Washington, acheter au Pakistan permet aussi d'éviter que les ressources du pays ne tombent dans les mains de la Chine, qui est la première à investir dans les chaines de raffinage, même hors de son territoire. Signe de ce rapprochement sur fond minier, des représentants américains se seraient vu proposer d'investir dans le développement d'un terminal dédié à l'exportation de minerais critiques, dans le port de Pasni sur la mer d'Arabie. Le projet rapporté par le Financial Times en octobre dernier, mais non confirmé par des voies officielles et manifestement encore embryonnaire, donnerait à Washington un accès privilégié à des ressources minières, aux portes de la Chine, comme le relève le quotidien britannique. À lire aussiLes prix de l'antimoine multipliés par trois après les restrictions chinoises
L'Afrique du Sud surveille de près la production de noix de macadamia en Chine
04/1/2026
Si les ambitions agricoles de la Chine ne sont pas nouvelles, il y a une culture dont on parle peu et dont la production par le géant asiatique augmente fortement : celle de la noix de macadamia. La Chine fournit aujourd'hui plus de 20% de l'offre mondiale, contre 3% en 2016. La Chine ne fait pas qu'exporter la noix, elle la consomme aussi. Le pays était même jusque-là contraint d'importer de gros volumes, en particulier d'Afrique du Sud, car sa consommation dépasse largement sa production. La noix de macadamia reste encore perçue dans le pays comme un aliment haut de gamme, surtout prisé pendant les périodes festives, telles que le Nouvel An lunaire. Les volumes en constante augmentation devraient faire baisser les prix et augmenter la consommation. « Le marché chinois des fruits à coque présente un fort potentiel de croissance à long terme », résumait en novembre dernier le ministère américain de l'Agriculture (USDA) dans l'un de ses bulletins. Une production en hausse de 25% par an Le nombre d'arbres plantés est en hausse depuis plusieurs années en Chine. Les autorités ont notamment soutenu le développement du secteur de la noix de macadamia via des subventions, mis aussi par la mise à disposition d'engrais, d'une aide à l'irrigation et de formations pour initier les agriculteurs à cette culture jusque-là peu pratiquée dans le pays, explique le Financial Times. La culture se concentre désormais à 70% dans la région du Yunnan, à l'extrême sud-ouest du pays. Les efforts ont payé : depuis six ans, la production augmente, en moyenne, de 25% chaque année. La Chine est devenue le deuxième producteur mondial devant l'Australie et pourrait, en 2025-2026, produire 91 000 tonnes de noix en coque, soit 30% de plus que l'année précédente, selon l'USDA, grâce notamment à une hausse de ses rendements. Le prochain objectif du pays est de dépasser l'Afrique du Sud, premier producteur mondial, qui a vu cette saison sa production baisser. La Chine, premier client de l'Afrique du Sud Cette ambition inquiète sans surprise la filière sud-africaine, la Chine ayant acheté la moitié des exportations de la nation arc-en-ciel sur la dernière campagne, selon l'USDA. Avec une nouvelle production record, la Chine devrait donc diminuer ses importations durant la campagne agricole 2025-2026 qui court de septembre à août. Le pays sera par ailleurs en position de force pour discuter des prix alors que l'Afrique du Sud n'a pas assez d'usines de décorticage et reste dépendante des commandes chinoises. L'industrie sud-africaine peut néanmoins se réjouir d'avoir gagné un acheteur de renommée internationale : le groupe Ferrero a jeté son dévolu sur l'origine sud-africaine pour mettre sur le marché une nouvelle tablette de chocolat fourrée à la crème de noix de macadamia. Un produit qui, s'il séduit les consommateurs, pourrait faire grimper en flèche les ventes de ce petit fruit sec rond, devenu à la mode. À lire aussiTenSenses mise sur la noix de macadamia au Kenya
Aux États-Unis, les producteurs de soja tournent la page d'une année noire
01/1/2026
Pris au piège de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, les producteurs de soja américains ont souffert comme jamais en 2025. Ces fermiers, qui dépendent beaucoup des achats chinois, ont vu leurs productions boycottées par Pékin pendant plusieurs mois en rétorsion aux barrières douanières imposées par Donald Trump. Si le président américain et son homologue chinois Xi Jinping ont fini par trouver un terrain d’entente, le secteur aborde malgré tout l'année 2026 avec fragilité. La Chine semble prête à tenir ses promesses, ayant repris l’achat de soja américain lors d'une campagne d’acquisition massive menée en novembre et décembre 2025. En deux mois, les entreprises publiques chinoises ont englouti au moins huit millions de tonnes, une trajectoire encourageante pour les agriculteurs aux États-Unis. L’objectif fixé par la Maison Blanche de 12 millions de tonnes de soja vendues à la Chine d’ici au début du mois de mars prend une allure de plus en plus concrète. Une éclaircie encore incertaine D'abord, ce sont avant tout les sociétés contrôlées ou liées à l'État chinois qui achètent les pousses américaines. Le secteur commercial n’est presque pas impliqué. Ensuite, il n’y a toujours pas d’accord formel entre Pékin et Washington. En tout cas, aucun document public, ce qui maintient les marchés dans l’incertitude et les prix orientés à la baisse. Enfin, il y a aussi le facteur Brésil, deuxième producteur mondial et concurrent direct des producteurs de soja américain. Au plus haut des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, Pékin s’est tourné vers les fermiers brésiliens. Ceux-ci ont alors étendu leurs surfaces de plantation de soja, avec une possible augmentation de leur production de 3,5% pour la saison 2025-2026. L’Argentine, elle aussi, se tient en embuscade. Dans ces conditions, les exportateurs américains tentent de se diversifier en allant chercher des parts de marché en Thaïlande, au Bangladesh ou au Maroc. Mais il est trop tôt pour dire si cette stratégie va permettre de compenser la baisse globale de la demande chinoise en matière de soja américain. À lire aussiBrésil : plongée au cœur de l’agrobusiness du soja
L’or d’Ikolomani: la découverte d’un gisement record au Kenya suscite espoir et inquiétudes
31/12/2025
Mi-novembre, la société britannique Shanta Gold Limited a annoncé la découverte d’un gisement d’une valeur estimée à 5,29 milliards de dollars. Il se trouve dans la circonscription d’Ikolomani, dans la région de Kakamega, vers le lac Victoria. Un territoire où la population vit essentiellement de l’orpaillage. C’est le plus gros gisement découvert depuis des décennies. Près d’un million trois cent mille onces d’or. Pour ce filon, la société minière Shanta Gold Limited voit grand. Dans son rapport d’étude soumis à l’Autorité nationale de gestion environnementale du Kenya, le minier britannique expose son projet. Il entend développer une mine souterraine, une usine de traitement d’une capacité de 1 500 tonnes par jour et une centrale électrique de 12 mégawatts. Le tout pour un investissement estimé autour des 170 millions de dollars. Dans un communiqué, Shanta Gold assure que cela favorisera « le développement local grâce à la création d’emplois et d’opportunités de commerce ». La société britannique prévoit que le comté de Kakamega et les communautés locales percevront respectivement 20% et 10% de la redevance sur l’or versée à l'État kényan. Affrontements Mais cela ne suffit pas à rassurer les habitants d’Ikolomani. Depuis plusieurs semaines, ils manifestent contre ce projet minier, car ils redoutent d’être déguerpis et de perdre leur gagne-pain. Le territoire d’Ikolomani vit de l’orpaillage depuis les années 1930. « Il y a de la place pour que les orpailleurs kényans poursuivent leur activité. Ces espaces seront délimités », promet Ali Hassan Joho, directeur de cabinet du ministère des Mines. Une parole dont font peu de cas les communautés d’Ikolomani. Lors d’une réunion sur le sujet, début décembre, la police a tué quatre orpailleurs lors d’affrontements. Potentiel kényan Pour l'heure, le Kenya reste encore un petit acteur de l’or, avec une production de 410 kilos en 2023. Loin derrière le Ghana, l’Afrique du Sud ou encore le Soudan. Mais son potentiel est reconnu. Dans son dernier classement sur l’attractivité des investissements miniers, l’Institut Fraser a placé le Kenya en 6ᵉ position sur le continent africain. À lire aussiEn Afrique, la ruée vers l'or motivée par son cours historiquement haut
Le cuivre clôture l'année 2025 à plus de 12 000 dollars la tonne
30/12/2025
Quelle sera la limite pour les prix de cuivre ? La question qui se posait déjà il y a un mois est encore plus d'actualité aujourd'hui. Le métal rouge a poursuivi son ascension ce mois de décembre pour dépasser les 12 000 dollars la tonne, et s'apprête à connaître sa plus forte hausse annuelle depuis 2009. La hausse des cours du cuivre de 40 % en un an est l'illustration d'une inquiétude, celle de voir l'approvisionnement rester perturbé par des incidents miniers comme ceux qui ont affecté la production de plusieurs gisements cette année au Chili, en République démocratique du Congo, ou encore en Indonésie - où la production du site de Blockcave, à Grasberg interrompue en septembre, ne devrait reprendre qu'au deuxième trimestre 2026. L'autre crainte, c'est l'instauration de nouvelles taxes américaines. Les droits de douane actuels imposés en août dernier ne visent pas tous les matériaux à base de cuivre. La possibilité de voir d'autres produits taxés, tels que les cathodes de cuivre par exemple, continue de soutenir les achats américains qui ont explosé de 30 % sur les huit premiers mois de l'année, selon Natixis. Les stocks du Comex, la bourse aux métaux de New York, dépassent désormais les 480 000 tonnes. Si les États-Unis continuent d'acheter, cela fera moins de métal rouge pour les autres et notamment pour la Chine, le premier importateur mondial, qui a émis le souhait, via la Commission nationale du développement et de la réforme (CNDR), de mieux contrôler l'expansion de son industrie du cuivre d'ici 2030, par crainte d'être en surcapacité, alors que l'offre minière, c'est-à-dire le minerai brut disponible, ne devrait pas croître l'année prochaine de plus de 1 %. Des prix poussés par la faiblesse du dollar Le cuivre est souvent présenté comme un bon indicateur de l'activité industrielle et manifestement, les perspectives d'un soutien plus grand de Pékin à son économie sont suffisantes pour alimenter les cours à la hausse selon le cabinet SP Angel, cité par le Financial Times. L'autre facteur à prendre en compte, c'est la faiblesse du dollar américain qui a un impact général sur les métaux précieux et les métaux de base : la plupart sont cotés en dollar, ce qui permet aux importateurs d'acheter plus en déboursant le même montant dans leur monnaie. Mécaniquement, la demande augmente et les prix avec. Des prix qui devraient redescendre en 2026 En 2026, il faudra toujours plus de cuivre pour construire les réseaux électriques, et répondre aux besoins énergétiques suscités par le développement de l'intelligence artificielle. Là-dessus il n'y a guère de doute. Ce qui va conditionner l'évolution des prix, c'est à quelle vitesse ces besoins vont augmenter. La hausse actuelle des prix reflète l'anticipation de besoins importants. Les analystes ne sont cependant pas tous d'accord. Chez Natixis on anticipe une demande qui ne devrait pas évoluer drastiquement en 2026 en raison d'un environnement macro-économique relativement terne, mais qui pourrait rester « artificiellement » forte à cause des incitations américaines à l'importation. Natixis anticipe un déficit potentiellement sévère, avec des prix qui pourraient avoisiner les 11 000 dollars la tonne, alors que Goldman Sachs table sur un excédent, et anticipe un prix moyen du cuivre à la bourse aux métaux de Londres (LME) de 10 710 dollars au premier semestre 2026. À lire aussiLes prix du cuivre en augmentation de près de 25% cette année