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Chronique des matières premières

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Dernier épisode

24 épisodes

  • L'urée, nouvel objet de friction entre la France et l'Algérie?

    28/10/2026
    La dégradation des relations commerciales entre la France et l'Algérie se matérialise de différentes manières, et notamment par les exportations françaises de céréales vers son voisin méditerranéen qui ont chuté à un niveau proche de zéro. Il est aujourd'hui question de restrictions sur les exportations d'engrais dans l'autre sens, de l'Algérie vers la France.
    C'est un produit qui s'échange entre la France et l'Algérie mais dont on parle peu : l'urée, un engrais azoté qui participe à l'amélioration du rendement des cultures. Le syndicat des distributeurs et fabricants d'engrais de mélange français (Afcome) a été alerté depuis deux semaines, par plusieurs de ses membres, de l'existence de restrictions commerciales : un des plus gros producteurs algériens d'urée aurait demandé à plusieurs traders de ne plus vendre leurs cargaisons à des acheteurs français. Une demande qui est même spécifiée dans les contrats, sous forme de clause. L'information est confirmée par l'agence Reuters qui s'appuie sur trois sources diplomatiques.
    « Les données douanières d'importation sont généralement accessibles avec un décalage de deux mois, explique Emmanuel Nizon, responsable des affaires publiques chez Afcome. Il faudra donc attendre pour confirmer la réalité de ces limitations au commerce de l'urée. »
    Aucune trace officielle
    Pour l'heure, aucune confirmation officielle de l'État algérien ne permet de dire que ces mesures existent et qu'elles émanent d'une décision gouvernementale. « Rendre publique une telle mesure pourrait potentiellement contrevenir à l'accord de libre-échange entre l'Algérie et l'Union européenne » avance un expert du secteur, en guise d'explication.
    De manière plus générale, les milieux économiques français disent ressentir une discrimination à leur égard de la part de leurs partenaires algériens. Une source diplomatique française évoquait, il y a quelques jours, l'existence probable « d'instructions informelles passées cet été pour bloquer l'accès des produits français au marché algérien », tout en spécifiant « qu'il n'y avait pas de trace écrite et que les autorités algériennes avaient démenti ».
    Ces restrictions sur l'urée pourraient être une nouvelle illustration de la détérioration des relations entre la France et son ancienne colonie, sur fond de soutien de Paris à un plan d'autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine.
    Des alternatives limitées
    Si ces restrictions se vérifient, elles pèseront sur l'approvisionnement français. La France importe en effet en moyenne un million de tonnes d'urée chaque année, dont environ 30% en provenance d'Algérie selon les données de 2025. Ce sont des flux importants, dont les agriculteurs ont besoin, pour constituer leurs stocks d'ici le printemps. 
    Il existe des fournisseurs alternatifs, en particulier depuis que les droits de douane sur les engrais azotés ont été suspendus pour atténuer la flambée des prix provoquée par le conflit en Iran. En faisant abstraction de cette mesure temporaire – et qui ne s'applique que sur un volume défini –, seuls deux pays peuvent exporter de l'urée en France sans être taxés : l'Algérie et l'Égypte. Le Carine pourrait donc devenir un partenaire clé dans les prochains mois.
    Le Nigeria fournit l'Europe depuis quelques années, mais avec une contrainte majeure car le pays n'accepte de vendre que de gros volumes, c'est-à-dire un minimum de 25 000 à 30 000 tonnes. Début septembre, les stocks d'urée en France étaient pleins à 50%, soit dix points de moins que leur niveau habituel, selon l'Afcome. 
    À lire aussiGuerre Israël-Iran: le prix de l'urée, l'un des engrais les plus utilisés au monde, s'envole
  • Au Brésil, la réélection de Lula pèse sur le prix des matières premières agricoles

    27/10/2026
    La réélection de Lula da Silva à la présidence du Brésil a eu un effet immédiat sur les marchés des matières premières : les principaux produits agricoles brésiliens – le sucre, le café, mais aussi le soja – ont vu leur prix chuter. Cette baisse s'explique essentiellement par la chute du real, la monnaie nationale, qui a perdu plus de 10% dès l'annonce de la victoire du président sortant.
    Les matières premières agricoles s'échangent généralement en dollars sur le marché mondial. Quand la monnaie locale chute, et qu'une tonne de soja vendue par exemple à 2 500 reaux par un producteur brésilien, cette tonne vaut moins qu'avant en dollars.
    La compétitivité du Brésil devient alors meilleure sur les marchés, ce qui s'est traduit lundi 26 octobre par un prix du sucre en baisse de 5%, pendant que celui du café reculait de 4% et celui du soja d'un peu plus de 2%. Des prix attractifs qui pourraient provoquer une accélération des ventes brésiliennes.
    Effet d'aubaine
    Un pays pourrait en profiter : la Chine. Les achats d'opportunité sont un principe : s'il y a moyen d'importer sur les marchés à plus bas prix, pour remplir ses stocks, l'Empire du Milieu n'hésite pas, même si la fenêtre de tir est courte, et que le pays ne commande qu'un seul bateau. 
    Pékin avait laissé entendre que les achats de soja pourraient diminuer cette année, mais ce positionnement peut évoluer, pour profiter d'un effet d'aubaine. Plus d'achats au Brésil, cela signifierait probablement moins de commandes aux États-Unis. Sur les neuf premiers mois de l'année, le Brésil a déjà fourni 80% des importations chinoises de soja, malgré l'accord entre Pékin et Washington sur le sujet.
    À lire aussiLa forêt d'Amazonie se réjouit-elle de la réélection de Lula au Brésil?
    Baisse durable du real ?
    Pour que les prix brésiliens gardent leur nouvelle attractivité, il faudrait que la baisse du real s'inscrive dans le temps. Lundi 26 octobre, les marchés ont, selon certains experts, surréagi parce qu'ils ont été surpris par la victoire de Lula. Cela n'exprime pas pour autant une perte de confiance généralisée.
    « Il s'agit plus d'un coup de semonce des opérateurs financiers que d'une lame de fond », relève Olivier Antoine, directeur d'ORAE Géopolitique, qui rappelle que durant le dernier mandat de Lula, il n'y a pas eu de décrochage de la monnaie lié à sa conduite économique du pays. Le président réélu n'a lui-même pas intérêt à affoler les marchés, « car si ses exportations agricoles sont plus compétitives quand le real baisse, le pays est pénalisé pour ses achats d'intrants dont il est un gros importateur », relève un de nos interlocuteurs.
    Le prix des matières premières agricoles brésiliennes paraît aujourd'hui plus dépendant des aléas climatiques que d'une dépréciation du real sur la durée. Le pays vit en effet sous la menace d'El Niño qui pourrait entraîner une sécheresse historique en Amazonie et des inondations dans le sud du pays.
    À lire aussiBrésil: la victoire inattendue de Lula sème le trouble sur les marchés financiers
  • Forte chute des cours du blé tendre aux États-Unis et en Europe grâce à l'espoir de pourparlers de paix en Ukraine

    26/10/2026
    Les prix du blé sont en forte chute ce mois d’octobre aux États-Unis et en Europe. Une baisse liée à une moindre demande pour le blé états-unien et aux espoirs d'une solution pour les exports de céréales en mer Noire.
    La baisse des prix ne veut pas dire que toutes les inquiétudes ont été balayées, loin de là, mais l'espoir de voir se dessiner des pourparlers de paix entre Kiev et Moscou a suffi, ces dernières semaines, à renverser la tendance globale, et même très nettement puisque, après avoir atteint un pic en septembre, les prix ont baissé durant huit semaines d’affilée – soit la plus longue chute depuis 1997.
    Le blé américain n'a pas été assez compétitif sur le début de la campagne commerciale et s'est donc moins vendu, explique Maxence Devillers, analyste marché pour Argus Media France. Quand un produit est moins demandé, son prix finit logiquement par baisser.
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    Le blé européen finalement aussi vulnérable
    En Europe aussi les prix montrent des signes de faiblesse. Jusqu'au 26 octobre, la baisse était moins marquée car beaucoup plus d'éléments tiraient dans le sens d'un raffermissement des prix. Les exportations de blé français et roumain ont par exemple profité des difficultés d'exportations via la mer Noire, et sont en avance en termes de volumes vendus par rapport aux prévisions initiales. Mais le 26 octobre, le blé européen a fortement baissé lui aussi, en raison d'annonces russes sur des discussions autour des exportations de céréales.
    Les exportations de blé russes poussent aussi les prix vers le bas : elles ont été finalement meilleures que prévu et ce grâce à l'ouverture de routes alternatives, via les ports de la Baltique. En octobre, le pays pourrait exporter 3 millions de tonnes, selon Argus Media France.
    À lire aussiImportations de blé: les tensions en mer Noire ravivent les inquiétudes en Afrique
    Production mondiale quasi-record
    Les bonnes perspectives de production de l'Australie et de l'Argentine sont elles aussi défavorables pour les prix, européens comme américains. La production mondiale s'annonce quasi record cette année, et sera peut-être la deuxième plus importante récolte jamais enregistrée.
    L'année prochaine, la donne s'annonce différente : les difficultés d'exportation des blés de la mer Noire devraient entrainer une baisse de la production ukrainienne : le ministre de l’Agriculture annonce une diminution de 18 % des semis de blé d’hiver, qui sont actuellement en cours. Cette baisse pourrait aussi se dessiner en Russie, même si le pays n'a pas communiqué sur le sujet.
    À écouter dans GéopolitiquePétrole, gaz, blé: Moscou et Washington se partagent-ils les robinets du monde?
  • Prix record de l’hévéa en Côte d’Ivoire: quelles perspectives pour la filière caoutchouc?

    25/10/2026
    En 2025, la Côte d’Ivoire a produit environ 1 932 106 tonnes de caoutchouc sec, soit 12 % de la production mondiale. Le pays se place au 3e rang des producteurs mondiaux et occupe la première place en Afrique. L’hévéaculture, qui génère plus de 8 % du PIB ivoirien, poursuit son développement, stimulée par la hausse des cours.
    Au mois d’octobre, le prix de l'hévéa ivoirien a enregistré un record historique à 526 francs CFA (0,80 euro) le kilo bord champ, selon l'Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (Apromac). Cette performance confirme une trajectoire spectaculaire depuis le début de l’année, marquée par une envolée des cours nationaux de plus de 50 %.
    Elle s’explique par deux facteurs principaux : la forte demande du secteur automobile mondial d’une part ; le repli de la production asiatique, d’autre part. Les deux premiers producteurs mondiaux, Thaïlande et Indonésie, ont fait face ces dernières années à des conditions climatiques défavorables.
    L’hévéa ivoirien tente donc de tirer son épingle du jeu, même si sa contribution au marché mondial demeure modeste face aux géants asiatiques. En 2025, la Côte d’Ivoire a produit environ 1 932 106 tonnes de caoutchouc sec, selon le Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (Firca), soit 12 % de la production mondiale.
    À lire aussiUne sixième année de déficit mondial pour le caoutchouc naturel
    Vers un essor de la filière ?
    Le pays a récemment mis en place plusieurs réformes sur le mécanisme du prix. Parmi elles : la suppression de la décote de 2 francs CFA par kilo. Cette retenue était héritée d’une époque où le caoutchouc ivoirien était considéré de qualité inférieure, comparé à celui d’Asie. Autre mesure : la revalorisation de la part du planteur, de 63 % elle passe à 66 % du prix de référence net. Les primes incitatives ont également été plafonnées à 10 francs CFA/kg. Il s'agit d'une prime que les usiniers versent pour attirer la production. Ces dernières années, la filière faisait face à une surenchère des montants de la part des grands usiniers, au détriment des plus petits.
    Pour autant les défis demeurent quant à l’application du mécanisme, constate le Conseil hévéa-palmier à huile-coco (CHPC), l’organe régulateur.
    Encouragées par cette embellie sur les marchés, les autorités ivoiriennes ambitionnent de développer la filière, aujourd’hui encore largement cantonnée à de la production de caoutchouc naturel destiné à l’export. À travers l’initiative PURE (Programme d’urgence de renouvellement et d’extension) la Côte d'Ivoire prévoit de planter 500 000 nouveaux hectares d’hévéa d’ici 2035.
    À lire aussiUne seconde vie pour le bois d’hévéa en Côte d’Ivoire
  • Au Kenya, la filière lait bientôt fournie par les bufflonnes?

    22/10/2026
    Et si le Kenya se mettait au lait de bufflonne ? C’est une proposition récemment faite par le président, William Ruto, lors du sommet kényan sur l’agriculture et l’agro-industrie. La filière lait connaît une crise d’approvisionnement. Depuis septembre, les étals sont régulièrement vides, le gouvernement veut donc diversifier les espèces productrices.
    De notre correspondante à Nairobi,
    L’annonce du président kényan a d’abord provoqué une certaine hilarité. Sur les réseaux sociauxn ont fleuri de nombreuses vidéos parodiques montrant des éleveurs courant après des buffles dans la savane. À tel point que le secrétaire principal du ministère de l’Élevage a dû clarifier les choses : « Les animaux dont nous parlons sont des buffles d’eau domestiqués, et non pas des buffles africains sauvages », a précisé Jonathan Mueke. Et d'ajouter que le projet est bien avancé.
    Le gouvernement entend importer ces animaux d’Inde et les certifications vétérinaires ont déjà été enclenchées. Nairobi et New Delhi travaillent désormais sur les dispositions commerciales, à savoir le prix des buffles d’eau et le coût de leur importation. Leur prix varie en fonction de l’âge, du poids, de l’état de santé, mais, selon le quotidien kényan Daily Nation qui a étudié plusieurs annonces en Inde, il oscille entre 75 000 et 300 000 roupies indiennes, soit entre 700 et 3 000 euros.
    Un investissement conséquent pour un éleveur kényan, mais le ministère de l’Élevage assure avoir déjà reçu plus de 800 commandes. Le gouvernement y voit une solution à long terme pour un problème récurrent au Kenya : la pénurie de lait.
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    Des espèces plus résistantes, au meilleur rendement
    Depuis septembre, l’approvisionnement est très aléatoire. D’abord minimisée par le KND, le Bureau des produits laitiers du Kenya qui regroupe les professionnels de la filière, le ministre de l’Agriculture lui-même a reconnu au début du mois une situation de crise. Selon lui, les livraisons au secteur formel ont baissé d’environ 6 % ces derniers mois.
    En cause : la sécheresse, le manque de pâturage et le prix élevé des aliments de bétail. Moins bien nourries, les vaches kényanes produisent moins de lait. Pour le gouvernement, il faut donc investir dans des espèces plus résistantes et aux meilleurs rendements. « Le lait de la bufflonne d’eau produit trois fois plus de matières grasses qu’une vache ordinaire », explique le secrétaire principal au ministère de l’Élevage. Le buffle d’eau est déjà présent sur le continent africain. L’Égypte en compte 5 millions de spécimens.
    À écouter dans DécryptageLes droits des animaux, défi démocratique du XXIème siècle ?
À propos de Chronique des matières premières
Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.
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