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Chronique des matières premières

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  • Le Zimbabwe fait trembler les cours du lithium avec ses restrictions à l'export

    26/02/2026
    Avec 10% de part de marché, le Zimbabwe vient de montrer cette semaine qu'il peut peser sur les cours du lithium : les prix ont en effet fortement réagi à la décision du pays d'interdire les exportations de concentré de lithium, un élément essentiel aux batteries électriques.
    Cette interdiction d'exporter aurait dû s'appliquer seulement l'année prochaine. Le pays avait en effet annoncé il y a huit mois une interdiction à partir de 2027, ce qui laissait du temps aux sociétés minières de mettre en place des unités de raffinage. Les autorités ont décidé visiblement de ne pas attendre aussi longtemps, ce qui va obliger les opérateurs à accélérer leurs investissements. Deux entreprises chinoises – Sinomine Resource et Zhejiang Huayou Cobalt – ont déjà commencé à développer des usines de sulfate de lithium, mais d'autres n'en sont pas encore là.
    La réglementation sur les exportations de lithium a commencé à se durcir en 2022, selon l'Institut Mysteel, avec, au fil des ans, l'instauration de taxes à l'exportation et l'interdiction progressive d'exporter du lithium brut. L'objectif du pays est maintenant de transformer localement le concentré en sulfate de lithium, un produit qui se vend environ trois fois plus cher.
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    Hausse des prix durable ?
    Cette hausse rapide des prix du lithium cette semaine pourrait ne pas être qu'éphémère : le ministre zimbabwéen des Mines l'a précisé, les restrictions s'appliqueront jusqu'à nouvel ordre et ne seront levées que lorsque les miniers se conformeront aux exigences du gouvernement. Or, le Zimbabwe est dans le top 5 des producteurs mondiaux. Le pays est aussi devenu un fournisseur majeur de concentré de lithium à la Chine, qui transforme le produit en matériau de qualité batterie, comme l'hydroxyde de lithium ou le carbonate.
    Selon une enquête de Mysteel, les raffineries chinoises disposeraient de stocks jusqu'au mois d'avril. Ces stocks pourraient donc baisser par la suite, si l'interdiction d'exporter du concentré du Zimbabwe reste en vigueur. Une situation qui pourrait entraîner « une hausse rapide des prix du lithium », selon l'Institut.
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    Marché en tension depuis novembre
    L'annonce du Zimbabwe intervient dans un contexte déjà tendu. Les prix ont commencé à repartir à la hausse depuis novembre 2025, sous l'impulsion d'une forte augmentation de la demande pour la construction d'infrastructures de stockage d'énergie : dans le segment des batteries de puissance, la technologie lithium-fer-phosphate (LFP) a continué de gagner des parts de marché, explique Mysteel.
    Les incertitudes d'approvisionnement, liées notamment à l'arrêt de la production dans des mines chinoises du Jiangxi, ont aussi été un facteur de tension. Selon les données de Mysteel, l'équilibre entre l'offre et la demande pourrait rester serré au moins jusqu'en 2028.
  • Les prix du tungstène encore soutenus par les restrictions chinoises en 2026

    25/02/2026
    Les prix du tungstène continuent leur ascension. Ils reflètent un décalage entre l’offre et la demande pour ce métal réputé pour sa dureté qui sert à fabriquer aussi bien des munitions que des aciers, des pointes de forage, ou des pièces d’usure des machines industrielles. Les restrictions décrétées par la Chine il y a un an continuent de peser sur les prix.
    Il y a un an, Pékin officialisait la mise en place d'un système de permis d'exportation qui tient compte des usages que les importateurs veulent faire du tungstène, sous-entendu usage civil ou militaire. Fin décembre, les autorités chinoises ont resserré la vis : elles ont limité à 15 le nombre d'entreprises autorisées à exporter du tungstène, comme elles ont aussi réduit le nombre d'entreprises autorisées à exporter de l'argent et de l'antimoine. Une manière de centraliser le contrôle des activités export et peut-être au final de limiter les volumes expédiés à l'étranger. 
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    Offre minière chinoise en baisse
    Ce qui n'arrange rien à la situation, c'est que l'offre minière en Chine a aussi diminué. Elle aurait baissé de 10 % en 2025, selon les estimations du cabinet d'étude Project Blue. Plusieurs raisons sont avancées : le vieillissement des mines, la baisse des teneurs des minerais et l'augmentation des coûts de production.
    Fin 2025, plusieurs mines de petite taille et de taille moyenne ont aussi été suspendues pour ne pas avoir respecté les normes qui leur étaient imposées : sécuritaires et environnementales. Cette tendance à la baisse de l'offre pourrait se poursuivre encore cette année, selon Project Blue, en raison du manque d'investissements dédiés à l'exploration. 
    Prix multipliés par deux
    Malgré la baisse de sa production minière, la Chine contrôle toujours l'essentiel de l'approvisionnement mondial en tungstène – entre 75 et 80 % selon les sources. Les prix se sont donc logiquement envolés ces derniers mois suite à la mise en place des restrictions à l'exportation. Selon Project Blue, les prix annuels moyens du tungstène ont plus que doublé depuis 2020 et pourraient encore rester à des niveaux élevés cette année.
    La demande mondiale ne fait que croître. C'est même le cas en Chine où les importations ont augmenté significativement en 2025, selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS). Le tungstène possède le point de fusion le plus élevé de tous les métaux – 3 422°C –, il est donc difficilement remplaçable. Selon certaines estimations, la demande pourrait être exponentielle dans les années à venir dans plusieurs secteurs industriels, dont celui de la défense.
    Une production limitée, hors de Chine
    Hors de Chine, les sources alternatives de tungstène sont limitées. Selon les données de l'USGS, la production hors de Chine est concentrée au Vietnam et en Russie. On peut ajouter d'autres producteurs plus petits tels que le Rwanda, qui a commencé à exporter aux États-Unis, la Bolivie, l'Australie, et depuis 2025, le Kazakhstan – dont la production dans la mine de Boguty a débuté.
    La production européenne est mineure et se concentre en Espagne et au Portugal. Ensemble, ces pays produisent moins de 20 000 tonnes, contre 67 000 tonnes pour la Chine. Ces producteurs ne pourront donc pas combler l'écart entre l'offre et la demande en 2026, résume Project Blue. 
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  • La banane française veut résister «le plus longtemps possible»

    24/02/2026
    Parmi les nombreuses filières agricoles mises en valeur, au Salon de l'agriculture qui se déroule cette semaine à Paris, il y a celle de la banane française, cultivée en Guadeloupe et en Martinique, essentiellement consommée dans l'Hexagone et qui lutte depuis plusieurs années pour sa survie.
    La filière française n'a plus l'espoir de revenir à ses niveaux historiques de production des années 2000, une époque où le secteur pesait 300 000 tonnes pour une part de marché de 40 % en France. La libéralisation du marché depuis 15 ans, qui a facilité l'arrivée massive des fruits jaunes d'Amérique latine en Europe, a porté un coup à la profession. 
    Le constat en 2026 est celui d'un secteur qui a perdu des producteurs, et des surfaces, et n'a plus accès aux moyens de traitements aériens utilisés par les autres pays pour lutter contre les maladies, depuis l'interdiction, en 2014, de l'épandage de pesticides par hélicoptères en application d'une directive européenne.
    Nicolas Marraud des Grottes, président de l'UGPBAN – l'Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique – résume la situation : « La production est à la peine, mais on espère être là le plus longtemps possible. » Dans les faits, la filière résiste. La production a augmenté l'année dernière de plus de 3 % grâce à de meilleurs rendements – soit 200 000 tonnes – et des conditions climatiques plutôt favorables, sans importante catastrophe météorologique.
    Les défis des prochaines années
    Pour les cinq années à venir, la banane française s'est fixée deux défis principaux : augmenter la production et mieux résister face au changement climatique. Des objectifs qui passent par une limitation des pertes liées à la cercosporiose, ce champignon qui attaque les feuilles du bananier. La possibilité d'utiliser des drones est à l'étude depuis quatre ans, mais est toujours suspendue à la publication des textes d'application de la loi votée en France fin avril 2025, autorisant l'usage des drones en agriculture. Aux Antilles, l'investissement a été évalué par la filière à 10 millions d'euros pour déployer les drones nécessaires au traitement des bananeraies et pour payer les 220 personnes nécessaires à leur fonctionnement.
    L'autre axe de progrès se résume en trois lettres : NGT pour nouvelles techniques génomiques. Il s'agit, pour simplifier, d'une nouvelle génération d'OGM qui permettrait d'augmenter la tolérance à la cercosporiose. Avec le texte signé le 3 décembre 2025, l'Europe a trouvé un accord politique provisoire pour créer une nouvelle règlementation spécifique aux plantes issues des NGT qui étaient jusque-là soumises à la règlementation sur les OGM.
    Cet accord devrait être adopté d'ici la fin du premier semestre et permettra alors de lancer des essais « sans attendre la retranscription du texte par les États membres », précise l'UGPBAN. L'objectif est de replanter 6 000 ha en Guadeloupe et Martinique, soit 12 millions de plants, au fur et à mesure du renouvellement des bananeraies. Cette banane NGT pourrait permettre d'augmenter la production de 10 à 15 % en volume.
    Produit de niche
    Les coûts et le mode de production de la banane française ne lui permettent pas de rivaliser avec les prix bas de la banane d'Amérique latine. « Le mal est fait, la banane dollar prend de plus en plus de place, d'où l'intérêt de proposer un produit rare, un produit de niche », explique Pierre Monteux, directeur de l'UGPBAN.
    44 000 tonnes sont aujourd'hui commercialisées enrubannées sous le label « La banane française » et vendues à un prix fixe, qui ne peut pas faire l'objet de promotion. C'est la garantie d'un revenu plus élevé pour les producteurs de Guadeloupe et de Martinique, dont le nombre ne cesse de diminuer. À l'horizon 2027, l'ambition est d'arriver à 50 000 tonnes de fruits jaunes vendus sous cette étiquette.
  • Une sixième année de déficit mondial pour le caoutchouc naturel

    23/02/2026
    Une sixième année de déficit se profile sur le marché du caoutchouc naturel : l'offre mondiale peine à suivre le rythme imposé par la demande. Elle devrait cependant augmenter de 2 % cette année, pour atteindre 15,2 millions de tonnes contre 1,4 % de hausse en 2025.
    Parmi les freins à la production, il y a des prix trop bas pendant des années, qui n'ont pas été incitatifs, des conditions météo défavorables, et des plantations qui peinent à se renouveler, selon l'Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (l'ANRPC). Dans plusieurs pays, les rendements ont également baissé de 30 à 35 % en raison d'une épidémie qui touche les feuilles des arbres.
    Le premier producteur mondial, la Thaïlande, devrait voir son niveau de production se maintenir cette année, mais ça ne sera pas le cas de l'Indonésie, numéro 2 mondial, qui devrait poursuivre son déclin, pour des raisons là aussi de maladies, mais aussi de concurrence très forte du palmier à huile.
    L'ambition ivoirienne
    Dans ce contexte d'approvisionnement tendu, un pays africain pèse de plus en plus sur le marché, la Côte d'Ivoire. Au fur et à mesure que les plantations d'Asie du Sud-Est (64 % de la production en 2024) montrent des signes d'essoufflement, confirme le rapport Cyclope 2025 sur les matières premières, l'Afrique de l'Ouest monte en puissance. La Côte d'Ivoire est en passe de devenir le troisième producteur mondial à la place du Vietnam.
    Le secteur est porté par une politique nationale pro-hévéa qui prévoit l'augmentation des surfaces de 500 000 ha dans les dix années à venir. « Si l’État lance un tel projet, c’est parce que la demande mondiale existe. Il faut comprendre que l’hévéa demeure une filière qui nourrit son homme », expliquait fin décembre le président du conseil d'administration de l’Association des producteurs pour la redynamisation de l’hévéaculture en Côte d’Ivoire (APRHE-CI). Les exportations ivoiriennes ont aussi fait un bond considérable ces dernières années, mais elles ne suffisent pas à combler le déficit asiatique.
    Demande mondiale en hausse en 2026
    La production africaine ne suffira pas à répondre à la demande qui s'annonce bonne en 2026. Elle est attendue en hausse de 1,7 %, soit 15,6 millions de tonnes selon l'ANRPC. Le secteur compte sur une augmentation des livraisons de pneumatiques aux États-Unis, sur une hausse des immatriculations de véhicules neufs en Europe, mais aussi en Chine en raison du maintien des incitations gouvernementales à l'achat de voitures électriques. 
    Avec l'Empire du Milieu, l'Inde s'annonce comme un relais de croissance important dans les mois qui viennent, la production locale n'étant pas suffisante pour répondre à la demande. L'accord signé fin janvier entre l'UE et l'Inde pour l'élimination totale des taxes européennes sur les importations de produits en caoutchouc dans les années à venir est un facteur de hausse supplémentaire, à moyen terme.
    La demande pour le caoutchouc naturel pourrait augmenter de plus de 4 % par an jusqu'en 2030, selon Mordor Intelligence. Depuis janvier, les prix reflètent cette pression sur le marché, ils sont en hausse de près de 5 %.
  • De Beers perd de la valeur en pleine crise du secteur du diamant

    22/02/2026
    Le géant du diamant De Beers vient de confirmer ses pertes financières pour 2025. Anglo American, sa maison mère, annonce sans surprise avoir baissé de moitié la valeur comptable de sa filiale. De Beers ne vaut aujourd'hui plus que 2,3 milliards de dollars.
    Les pertes de De Beers ont été impressionnantes l'année dernière, elles ont atteint 511 millions de dollars – contre 25 millions de dollars en 2024 –, ce qui fait près de 1,5 million de dollars par jour. Ces pertes expliquent cette troisième dépréciation consécutive, qui intervient dans un contexte très particulier : De Beers est à vendre et sa maison mère, Anglo American, espère trouver un acquéreur d'ici la fin de l'année.
    Cette baisse de la valeur du géant minier joue en faveur des repreneurs et pourrait les inciter à formuler des offres sous la barre des deux milliards de dollars. À ce stade, plusieurs acteurs jugés « très crédibles » sont entrés en négociations avancées aux côtés du Botswana, de l'Angola et de la Namibie, trois États cités par Duncan Wanblad, le directeur général d'Anglo American.
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    Une crise qui dure
    La chute de De Beers est la conséquence d'une crise qui n'arrive pas à se résorber depuis 2023 et qui se répercute sur les finances des groupes miniers. « Tout le monde saigne », résume un industriel, car aux prix actuels, tous ceux qui doivent investir n'arrivent plus à générer de profit. C'est notamment le cas au Botswana, où la mine principale de diamant – Jwaneng – a besoin d'investissements évalués entre 8 et 10 milliards de dollars pour s'agrandir, sous terre.
    Les résultats de De Beers sont à mettre en lien avec la baisse de 12 % de l'indice moyen des prix en 2025, selon De Beers, et avec l'excédent de diamants bruts disponibles par rapport à la demande. Si le secteur haut de gamme et le marché américain sont toujours porteurs, le commerce des pierres naturelles est toujours sous pression : les ventes de bagues en diamant synthétique représentent désormais environ 60 % des ventes aux États-Unis.
    L'introduction en 2025 de droits de douane états-uniens sur les importations indiennes a contribué à la déprime du marché, l'Inde étant le pays où sont taillés 90 % des diamants bruts.
    L'Angola contribue à faire baisser les prix
    Un pays n'aide pas à faire remonter les prix du diamant, il s'agit de l'Angola, le troisième producteur. La production angolaise ne cesse d'augmenter. Après une année record l'année dernière – production de 14 millions de carats –, le pays annonce un objectif de plus de 17 millions de carats d'ici l'année prochaine, un niveau qui se rapproche de plus en plus de la production de De Beers – 21 millions de carats en 2025.
    L'Angola a des mines à ciel ouvert qui demandent moins d'investissements que les mines souterraines, ce qui autorise le pays à produire plus et à vendre à des prix extrêmement bas. Ces prix angolais ont créé un climat baissier et ont indirectement aussi fait chuter la valeur de De Beers. Ce qui pourrait, en retour, profiter à l'Angola, un des candidats déclarés au rachat de De Beers. 
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À propos de Chronique des matières premières

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.
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