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  • Les exportations contestées de charbon d'Afrique du Sud vers Israël

    09/04/2026
    C'est un commerce qui ne passe pas inaperçu en Afrique du Sud : les exportations de charbon vers Israël. Elles sont critiquées depuis plusieurs mois par une coalition d'organisations, la South African BDS Coalition, qui vient de rendre un rapport aux autorités de Pretoria pour les appeler à nouveau à cesser d'alimenter Israël en combustible. Cette organisation qui fédère les soutiens de la cause palestinienne dénonce un double jeu des autorités.
    L'Afrique du Sud fait partie des pays qui sont les plus virulents contre Israël. Le pays a même porté plainte le 29 décembre 2023 contre l'État hébreu pour génocide à Gaza, devant la Cour internationale de justice. Mais en parallèle, le commerce continue et se renforce même dans le secteur du charbon : les exportations sud-africaines ont bondi en 2025.
    Dans un rapport remis aux autorités fin mars, la South African BDS Coalition dresse un état des lieux du commerce de charbon entre les deux pays et dénombre 17 navires ayant transporté au moins 2,99 millions de tonnes de charbon sud-africain vers les ports de Hadera et Ashkelon entre octobre 2023 et décembre 2025.
    L'Afrique du Sud a profité de la place libérée par la Colombie : en rétorsion à la guerre menée à Gaza, le pays d'Amérique latine a ordonné un embargo sur les livraisons de charbon à Israël. De fait, ses exportations de combustible ont cessé depuis août dernier. Pour l'auteur du rapport cité par le média Daily Maverick, ces exportations contredisent directement les engagements de l'Afrique du Sud, mentionnés dans une déclaration commune avec la Colombie.
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    Un commerce qui se poursuit en 2026
    Même si ce n'est pas à un rythme régulier, au premier trimestre 2026, les exportations se sont poursuivies et trois navires ont fait le trajet entre les deux pays, selon Jasmine Ng, analyste charbon chez Kpler, ce qui fait en moyenne plus de 100 000 t de charbon exporté chaque mois. Entre 2024 et 2025, le pays a triplé sa part sur le marché israélien. En six mois, l'Afrique du Sud est même devenu le fournisseur principal d'Israël, la Colombie, mais aussi la Russie n'ayant plus expédié de cargaisons depuis plusieurs mois. 
    À l'inverse, Israël n'est pas un acheteur clé pour l'Afrique du Sud, précise Jasmine Ng : le pays ne figure pas dans le top 5 de ses clients, qui sont tous asiatiques : l'Inde, le Pakistan, la Corée du Sud, le Japon et le Vietnam.
    Exportations facilitées par la logistique
    L'Afrique du Sud est globalement, sans parler d'Israël, de plus en plus présente sur le marché mondial. Ses exportations ont augmenté, jusqu'à atteindre, en 2025, leur plus haut niveau depuis 2017. Cette croissance est principalement due à l'amélioration des capacités ferroviaires de Transnet, l'opérateur public des ports et chemins de fer, pour acheminer le combustible vers le port de Richards Bay Coal (RBCT).
    Les cours mondiaux sont aussi porteurs, le pays pourrait donc continuer sur sa lancée : Exxaro, un des opérateurs sud-africains, prévoit d'augmenter de plus de 10 % ses exportations cette année, toutes destinations confondues. 
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  • Les terres rares au cœur de la brouille entre la Chine et le Japon

    09/04/2026
    Les tensions entre la Chine et le Japon mettent à l'épreuve l'approvisionnement de Tokyo en terres rares. Ces minerais sont essentiels à la production des technologies actuelles. Après une déclaration de la Première ministre nippone sur Taïwan, Pékin a décrété en janvier des restrictions d'exportation sur les terres rares. Le Japon cherche tant bien que mal à s'extraire du monopole chinois dans le raffinage de ces produits essentiels pour son économie comme pour sa défense.
    « Regardez comme il est puissant, s'amuse Daisuke Nakajima en montrant une règle en fer claquer sur l'aimant qu'il tient dans les mains. Il faut faire attention : une fois qu'ils sont magnétisés, la force est telle que vos doigts pourraient être écrasés ». L'activité de l'usine dont il est le directeur dépend à 70% de ce morceau de minerai. « Nous utilisons des aimants au néodyme, importés de Chine ; s'ils n'arrivent plus au Japon, nous devrons pratiquement arrêter notre production », souffle le superviseur de l'usine Sanyo Dengyo Ltd.
    Située à Numazu, au pied du mont Fuji, l'usine fournit des composants pour des systèmes de réfrigération et de climatisation à des clients prestigieux, au premier rang desquels figure le Shinkansen, le mythique train à grande vitesse japonais. Pour autant, à l'image du pays, qui dépend à plus de 60% de Pékin pour l'importation de terres rares, l'entreprise n'a pas d'alternative. La Chine possède les plus grandes réserves de terres rares, mais dispose surtout d'un quasi-monopole sur le raffinage de cet or du XXIe siècle. En clair : difficile de se passer de Pékin. « Importer ailleurs, c'est quatre fois plus cher ; nous ne cherchons pas vraiment d'autres options », explique Daisuke Nakajima.
    Pression chinoise
    Les tensions sino-nippones ont eu un impact direct sur son activité. Depuis la déclaration de Sanae Takaichi évoquant une potentielle implication de son pays en cas d'invasion chinoise de Taïwan en novembre 2025, les relations ne cessent de se dégrader entre les deux plus grandes économies asiatiques. En plus d'inciter les Chinois à ne pas se rendre au Japon – ce qui a un réel impact sur l'industrie touristique –, Pékin a décidé d'utiliser la dépendance japonaise aux terres rares comme levier. « Nous avons eu deux mois de retard dans les livraisons, ce qui a entraîné un important délai dans la livraison de prototypes à nos clients », explique Daisuke Nakajima.
    Déjà touché par les conséquences de la guerre commerciale sino-américaine, le Japon s'est vu appliquer des restrictions spécifiques par la Chine en janvier, puis en février. D'abord, les entreprises de l'archipel ont dû se plier à des réglementations supplémentaires de Pékin visant à limiter les exportations de terres rares pour les biens à double usage (civil et militaire), avant l'établissement de listes noires. « Il y a deux catégories, résume Tatsuya Terazawa, PDG de l'Institut de l'économie de l'énergie du Japon. Vingt entreprises japonaises devront subir un examen extrêmement rigoureux avant de pouvoir importer des terres rares, et vingt autres ne pourront plus bénéficier de matériaux à double usage. »
    Des règles floues
    Sur ces listes figurent des entreprises du secteur automobile, comme Subaru, de l'énergie, ou encore Mitsubishi et le programme spatial japonais. Des règles qui restent floues et dont l'impact concret demeure encore difficilement mesurable, plusieurs semaines après leur mise en place. En témoignent les chiffres des importations depuis la Chine, toujours relativement stables pour les premiers mois de 2026. « Il y a eu des ralentissements, mais l'impact risque d'être proche de zéro », prédit Hotaka Machida, ancien diplomate nippon en Chine et chercheur à l'Institut de géoéconomie de Tokyo. « ​​​​​​​Mais à mon sens, cela reste un virage stratégique, car Pékin considère désormais l'industrie de défense japonaise de la même manière que celle des États-Unis ou de Taïwan », poursuit-il. En clair : comme hostile.
    Mais pourquoi Pékin met-elle en place des mesures dont l'impact reste limité ? « ​​​​​​​Je pense qu'il y a des efforts intentionnels du côté chinois pour conserver ce levier avec une certaine marge de manœuvre, répond Tatsuya Terazawa. La tactique consiste à effrayer l'industrie japonaise pour pousser le gouvernement à faire des concessions. » Une stratégie pas vraiment payante, alors que la Première ministre reste très populaire tout en maintenant une ligne dure face à Pékin.
    « La Chine cherche aussi à se présenter comme garante des règles du commerce international, analyse de son côté Yoshikiyuo Shimamine, chercheur au Dai-ichi Life Research Institute. En 2010, lorsque les importations chinoises de terres rares se sont arrêtées net, le Japon a porté l'affaire devant l'Organisation mondiale du commerce, qui a jugé que la mesure n'était pas conforme. C'est pour cela que Pékin se limite aux exportations concernant les biens à double usage. » Une décision également en ligne avec les prises de position fréquentes des officiels du Parti communiste chinois sur la menace que représenterait la militarisation accélérée du Japon.
    Le précédent
    Ces restrictions, bien que d'impact limité, exposent à nouveau une dépendance que le Japon a clairement identifiée comme une faiblesse à corriger à tout prix. Car Pékin n'en est pas à son coup d'essai. En 2010, un navire de pêche chinois était entré en collision avec un bâtiment des gardes côtes japonais, et l'une des plus graves crises diplomatiques entre les deux pays conduisit à plusieurs trains de sanctions, dont un embargo sur les terres rares.
    Aux manettes du dossier à l'époque au sein du ministère de l'Économie : Tatsuya Terazawa. « Ils n'ont fait aucune annonce, rien. Du jour au lendemain, les licences d'exportation se sont arrêtées, se souvient le diplômé d'Harvard. Nous avons été totalement pris par surprise, et l'industrie automobile était hors d'elle. » Un plan d'un milliard de dollars est alors élaboré pour tenter de réduire la dépendance du pays, plus grand importateur de terres rares de la planète. Cinq axes sont mis en place :
    Augmenter l'efficacité dans l'utilisation des minerais 
    Développer des matériaux alternatifs 
    Généraliser et améliorer le recyclage 
    Trouver des fournisseurs alternatifs (notamment en Australie) 
    Renforcer le stockage pour alimenter les industries stratégiques 
    « Cela a fait baisser notre dépendance aux alentours de 60% », assure Tatsuya Terazawa.
    Objectif autonomie
    À ces cinq piliers s'est ajouté un sixième : le rêve nippon d'exploiter ses propres ressources naturelles. La zone économique exclusive de l'archipel offre des possibilités sur lesquelles compte le gouvernement. C'est à 2 000 kilomètres de Tokyo, dans les boues sous-marines autour de l'île de Minamitori-shima, que le Japon cherche son salut. « Nous avons trouvé, à 6 ​​​​​​​000 mètres de profondeur, des concentrations très riches en terres rares lourdes, comme le dysprosium et le terbium », raconte Shoichi Ishii, directeur du programme SIP qui supervise le projet d'extraction. Dans sa main, il tient un petit tube plastique rempli de cet « ​​​​​​​or marron ».
    Mais avant même de pouvoir filtrer, traiter puis raffiner les métaux rares contenus dans cette boue, aller la chercher relève d'une mission quasi spatiale. « Il s'agit de remonter verticalement des sédiments solides, explique Shoichi Ishii. Pour y parvenir, nous adaptons les technologies de l'industrie pétrolière et gazière offshore. » Un défi de taille dont la rentabilité interroge.
    Première mondiale
    Le projet, lancé en 2014, s'est accéléré en 2023, avec l'ambition de tester en conditions réelles toutes les étapes permettant de lancer une production. En janvier 2026, le Japon a réussi une première mondiale avec l'extraction de boue à 6 kilomètres de profondeur. Une opération impliquant plus de 150 membres d'équipage, des hélicoptères et des transferts par avion.
    Des investissements considérables auxquels s'ajoutent les dépenses énergétiques nécessaires pour extraire la boue à l'aide de gigantesques tubes descendant pendant près d'une semaine avant d'atteindre les fonds. Sans compter l'impact environnemental, que le directeur du programme considère comme quasi nul. Mais la série d'essais grandeur nature prévue doit permettre au pays de l'estimer, d'ici 2028. À cette date, le Japon aura aussi une idée précise de ses capacités potentielles de production.
    « Sur le plan des coûts, nous ne pourrons jamais rivaliser avec la Chine », tempère Yoshikiyuo Shimamine, qui y voit malgré tout un « ​​​​​​​game changer », une rupture, « car les réserves sont très importantes et elles contiennent des terres rares lourdes que l'on ne trouve presque nulle part ailleurs qu'en Chine ». Difficile d'imaginer malgré tout un réel impact pour l'industrie japonaise. « Le jour où nous utiliserons des terres rares produites au Japon, je serais surement mort », assure un industriel. Mais pour les autorités, la souveraineté n'a pas de prix, résume Tatsuya Terazawa : « Dépenser des milliards pour l'indépendance est un investissement de sécurité nationale, au même titre que l'achat d'équipements de défense. » Et dans le secteur militaire, où les terres rares sont essentielles, les deux ambitions du gouvernement nippon se rejoignent.
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  • Les exportations de naphta américain s'envolent avec la guerre au Moyen-Orient

    07/04/2026
    Avec la guerre, l'industrie pétrolière américaine tire profit de la vente de naphta, un dérivé, utilisé comme diluant, qui sert de base pour le secteur de la pétrochimie. Le naphta entre dans la composition aussi bien des adhésifs et des mastics, que des emballages. Mis à part ce qui est exporté par l'Iran, plus aucun baril de naphta ne sort du Golfe persique. Les chiffres du mois de mars montrent en parallèle une hausse des exportations des États-Unis.
    Au mois de mars, les États-Unis ont exporté environ 15 millions de barils de naphta, selon les données du cabinet de suivi maritime Kpler, soit un record absolu en un mois. Après trois semaines de guerre au Moyen-Orient, l'organisation France Chimie dénombrait 107 sites chimiques en Asie qui avaient annoncé que leur production serait perturbée en raison de « difficultés d'approvisionnement en naphta ». Ce chiffre a dû grimper depuis.
    Parmi les pays directement concernés, il y a le Japon, qui dépend à 60% des importations et qui se fournissait à 70% dans les pays du Golfe, selon l'Association japonaise de l'industrie pétrochimique, citée par l'agence Bloomberg. La tension sur le marché a fait bondir localement les prix de plus de 70% et a obligé les industriels japonais à multiplier les commandes aux États-Unis. Le pays achète désormais plus de 60 000 barils par jour aux producteurs américains, un niveau qui n'avait pas été vu depuis décembre 2021. La Première ministre Sanae Takaichi a cependant assuré, le 5 avril sur X, que le pays disposait de quatre mois de consommation.
    Le Venezuela, un acheteur qui pèse à nouveau
    Le Venezuela contribue aussi aux bonnes affaires des exportateurs états-uniens. Le pays a en effet besoin de naphta pour diluer son pétrole lourd et le rendre plus liquide afin de le transporter et l'exporter. Les sanctions américaines interdisaient d'expédier du naphta au Venezuela, mais l'arrestation de Nicolas Maduro, le 3 janvier, a changé la donne.
    Les traders Vitol et Trafigura ont obtenu le droit de vendre du diluant produit sur le sol américain au géant pétrolier d'Amérique latine. Depuis, 90 000 barils de naphta par jour sont expédiés en moyenne, précise Homayoun Falakshahi, chef analyste pétrole auprès du cabinet Kpler.
    Des prix incitatifs pour les producteurs américains
    Les États-Unis ont-ils les moyens de fournir la nouvelle demande des importateurs ? Ils sont devenus exportateurs nets de naphta depuis une dizaine d'années. Leurs exportations ont augmenté grâce au développement de l'exploitation de pétrole de schiste dans l'ouest du Texas et au Nouveau-Mexique. Ces gisements produisent en effet du brut que l'on qualifie de « léger », idéal pour la production de naphta.  
    La hausse des cours du brut est une incitation à produire plus de pétrole, et en particulier de pétrole de schiste selon Mike Sommers, directeur général de l'American Petroleum Institute, un groupe de pression du secteur pétrolier, interviewé par Bloomberg Television. Ce qui entraînera par ricochet une augmentation de naphta. La forte demande mondiale a déjà fait s'envoler les cours. Ils ont progressé de 30% sur un mois et de plus de 80% sur l'année écoulée. 
    Les États-Unis exportent en moyenne 300 000 barils par jour, contre 1,05 millions barils pour le Moyen-Orient avant la guerre, précise Homayoun Falakshahi. De quoi alimenter la concurrence chez les acheteurs.
     
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  • Le coton retrouve des couleurs sur fond d'incertitudes sur l'offre

    06/04/2026
    Dans le contexte mondial tourmenté, un secteur retrouve des couleurs : celui du coton. Les cours mondiaux ont commencé à remonter avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, sans lien direct donc avec le conflit qui a éclaté le 28 février.
    Les prix du coton se sont redressés depuis le début du mois de février, sans lien direct avec le conflit au Moyen-Orient. Le premier moteur de cette hausse, c'est l'offre : la dernière récolte chinoise pourrait être, dans les faits, plus basse que ce qui a été officiellement annoncé. Les autorités seraient même prêtes, dit-on, à délivrer de nouvelles autorisation d'importation, à hauteur de 300 000 tonnes. Ce n'est encore qu'une rumeur, mais elle est prise au sérieux par les marchés.
    L'autre tension sur l'offre concerne la ceinture cotonnière américaine, qui a subi des températures record en mars. Si les sols ne sont pas assez humides, ce n'est pas de bon augure pour les semis. Face à ces craintes sur la production, il y a une demande qui n'est pas mauvaise et qui suffit à dynamiser un marché qui a été atone pendant des mois, pour ne pas dire plus.
    Hausse des engrais, un impact à retardement
    À ce stade, le conflit du Moyen-Orient n'a pas eu d'impact sur la filière, mais ce n'est peut-être qu'une question de mois : le blocage du détroit d'Ormuz perturbe fortement le commerce de gaz et la production d'engrais dans les pays du Golfe. Or, le coton est une culture très consommatrice d'intrant. Donc, la hausse des prix aura un impact sur les prochaines commandes des cotonculteurs, en particulier ceux qui ne lésinent pas sur les quantités, à l'instar des Brésiliens. Avec une moyenne d'1,5 tonne d'engrais à l'hectare, ils risquent de voir leur facture bondir et pourraient soit utiliser moins d'engrais, soit limiter leurs surfaces.
    Pour l'instant, le ministère américain de l'Agriculture annonce des surfaces en hausse pour cette année, mais « les chiffres ont surpris tout le monde », confie un de nos interlocuteurs, et sont pris avec des pincettes, en attendant la réalité des semis. On ne connaît pas les intentions chinoises ni indiennes pour cette année, mais il n'est pas exclu qu'elles soient revues à la baisse.
    Perspectives africaines
    En Afrique, les stocks de coton de l'ancienne campagne sont en train d'être vendus, en partie grâce à l'Inde, qui a acheté ces derniers temps des volumes au Togo, au Mali et au Burkina Faso. Donc, le regain de la demande, aussi modéré soit-il, a profité à l'Afrique, même s'il reste du coton à vendre, notamment parce que l'égrenage se poursuit encore dans certains pays comme le Mali.
    La grande question maintenant, c'est de savoir à quoi ressemblera la suite, car tous les producteurs ne sont pas totalement couverts. Or, l'engrais doit être acheminé au plus tard fin mai, explique un négociant. Le problème, c'est que ce qui n'a pas été acheté à temps coûte aujourd'hui entre 20 et 40% de plus. « Hors subvention, les cotonculteurs maliens, par exemple, ont déjà payé cette année les engrais autour de 25 000 francs CFA le sac de 50 kilos », précise un acteur local, qui se dit très inquiet pour la prochaine campagne. 
    C'est dans ce contexte à risque que la Banque ouest africaine de développement (BOAD) a annoncé, la semaine dernière, avoir approuvé un financement de 50 milliards de francs CFA au profit de la filière coton au Burkina Faso, pour faciliter l'achat de 120 000 tonnes d'engrais, comme le rapporte nos confrères de l'agence Ecofin.
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  • Chine: la chute du prix de la viande de porc, symptôme d'une économie en surproduction

    05/04/2026
    En Chine, le porc devient un révélateur de la crise économique. Les prix s'effondrent, au plus bas depuis plus de 15 ans, conséquence directe d'une surproduction massive encouragée ces dernières années. Un déséquilibre qui met les éleveurs sous pression et qui illustre surtout les forces déflationnistes à l'œuvre dans tout le pays. 
    De notre correspondante à Pékin,
    C'est une chute brutale et spectaculaire. Les prix du porc tombent à 22 yuans le kilo, soit environ 2,75 euros le kilo – leur plus bas niveau depuis 2021. Du côté des éleveurs, c'est pire encore : les porcs vivants se vendent autour de 9,5 yuans le kilo (environ 1,20 euro le kilo), bien en-dessous des coûts de production.
    Autrement dit : produire du porc, aujourd'hui, fait perdre de l'argent à grande échelle, y compris aux principaux groupes du secteur. Un paradoxe dans un pays où cette viande reste un pilier de l'alimentation et un élément central de l'indice des prix à la consommation.
    Surproduction organisée
    Comment en est-on arrivé là ? Après l'épidémie de peste porcine africaine en 2018, Pékin avait fait du rebond de la production une priorité politique nationale. Résultat : des investissements massifs, des élevages industriels géants, parfois sur plusieurs étages, automatisés.
    Quelques années plus tard, retournement complet : trop de porcs, trop d'offre, et une demande qui ralentit dans une économie moins dynamique. Le gouvernement tente désormais de freiner la machine – en achetant du porc pour ses réserves stratégiques, et en appelant les producteurs à réduire les cheptels, notamment le nombre de truies.
    Symptôme d'une économie sous tension
    Cette crise du porc dépasse largement le seul secteur agricole. Elle illustre un phénomène plus large en Chine : la déflation et la spirale de la concurrence par les prix. Du café aux voitures électriques, les industries produisent trop et vendent parfois à perte pour écouler leurs stocks.
    Les autorités visent environ 39 millions de truies reproductrices, un seuil clé pour réguler l'offre. Mais ce niveau reste dépassé. Même les données deviennent sensibles : les chiffres mensuels sur ces truies ne sont plus publiés, laissant les marchés dans le flou, signe que les autorités avancent à tâtons, dans une économie où produire plus ne garantit plus, aujourd'hui, de gagner plus.
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À propos de Chronique des matières premières

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.
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Generated: 4/12/2026 - 8:18:47 PM