L'extrême droite ne progresse pas uniquement dans les urnes en Allemagne. Zentrum, une organisation proche du parti extrémiste de droite AfD, veut profiter des élections professionnelles qui ont démarré début mars dans le pays pour mettre un pied dans les usines allemandes. Reportage dans la plus grosse usine de Mercedes et ses 12 500 salariés, à l'est de Stuttgart.
De notre envoyée spéciale à Untertürkheim,
Devant la porte des usines Mercedes, à Untertürkheim, 13h30 sonne l'heure du changement d'équipes sur le parking des salariés. Comme partout en Allemagne, on vote chez Daimler pour le renouvellement du comité d'entreprise. Dans un contexte de crise de l'automobile, l'ambiance dans l'usine est plutôt tendue, comme l'explique Pedro, un ouvrier espagnol qui s'apprête à monter sur son vélo : « Dans les périodes de campagne, l'ambiance est toujours un peu tendue, on sent une certaine nervosité. Tout le monde ne parle que des élections. Zentrum ? Oui, je crois qu'ils s'engageraient aussi bien qu'IG Metall le fait depuis des années. »
Dans la cage d'escalier du parking, les affiches des listes en campagne confirment la joute entre IG Metall, syndicat historique de la métallurgie, réputé proche des sociaux-démocrates, et Zentrum, proche du parti d'extrême droite AfD. « IG Metall est l'ennemi préféré de Zentrum. Pour Zentrum, le conflit salariés-patrons, la lutte des classes, ne jouent aucun rôle. Leur adversaire, c'est toujours IG Metall », explique la chercheuse Daphne Weber, qui étudient les syndicats de droite.
Il y a quelques semaines, la patronne de l'AfD, Alice Weidel, est venue à la rencontre des ouvriers devant les grilles de l'usine Daimler. Une source d'inquiétude pour Danial Bamdali, ouvrier turc en poste chez Daimler depuis 2010 et membre d'IG Metall : « Ce qui nous inquiète, c'est cette agitation d'extrême droite ici dans l'entreprise. Et ce qui nous affecte, c'est que la direction soutient ça, puisqu'ils ne font rien contre. »
Zentrum, qui n'est pas reconnu comme un syndicat, est dépourvu de toute expérience en matière de négociations tarifaires. Christian Steffen, responsable de la stratégie politique chez IG Metall dans le sud-ouest du pays, doute que cela freine l'extrême droite : « Nous supposons qu'il y aura, aux élections des comités d'entreprise, des résultats qui, en partie, ne vont pas nous plaire. L'extrême droite obtiendra davantage de mandats, mais je ne crains pas de tremblement de terre. »
Zentrum, 18 élus dans les comités sortants, ne pèse pour l'heure pas grand-chose sur un total de 180 000 élus dans les entreprises du pays. Mais il menace la paix sociale, surtout dans l'automobile. Et il fragilise les syndicats confrontés à la progression du vote d'extrême droite chez les ouvriers.
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