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RFI - Européen de la semaine

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  • Ales Bialiatski, un Nobel derrière les barreaux
    De sept à douze années de prison : c’est la peine qui pourrait être infligée à Ales Bialiatski, le militant des droits de l’homme biélorusse qui a reçu cette année le prix Nobel de la paix. Figure de l’opposition au régime Loukachenko, ce linguiste de formation a déjà connu la prison au début des années 2010. Il se savait menacé après le mouvement de contestation qui a éclaté à l’été 2020, mais a choisi malgré tout de rester dans son pays. C’est derrière les barreaux et alors qu’il vient tout juste de fêter ses 60 ans, le 7 octobre dernier, que l’annonce du prix Nobel lui est parvenue. Arrêté en juillet 2021 par les autorités biélorusses, accusé de « trafic de devises » et pour avoir « financé des actions collectives portant atteinte à l’ordre public », Ales Bialiatski encourt jusqu’à douze années de prison selon l’ONG Viasna qu’il a co-fondée. Une manière pour le régime d’Alexandre Loukachenko de se venger d’un homme qui n’a cessé toute sa vie de lutter pour les droits de l’homme. « Ales Bialiatski est le symbole de l’invincibilité du mouvement démocratique au Belarus », nous explique Franak Viacorka, le conseiller de Svetlana Tsikhanovskaïa, cheffe de l'opposition biélorusse en exil. « Il a commencé comme dissident antisoviétique dans les années 1980. Ensuite, il s’est battu pour l’indépendance de son pays, puis contre l’intégration à la Russie… Et ces vingt dernières années, il s'est battu pour les droits de l'homme. Vous pouvez lire sa biographie et vous connaîtrez l'histoire du Belarus à travers sa vie. » Premier séjour en prison Né en 1962, Ales Bialiatski est un spécialiste de la langue biélorusse. Il a été journaliste, professeur, directeur de musée… Mais c’est en fondant Viasna, la principale ONG de défense des droits de l’homme en Biélorussie, qu’il se met à dos le régime de Loukachenko. En 2011, il est incarcéré une première fois pour « évasion fiscale ». Il reste près de trois ans en prison, un séjour qu’il raconte à sa sortie de détention, au micro RFI de Véronique Gaymard. « Il y a beaucoup de problèmes d'hygiène, de mauvaise alimentation, de mauvaises relations entre détenus et administration pénitentiaire. On est encore dans des schémas de l'Union soviétique. L'objectif principal de la colonie pénitentiaire, c'est d'exercer une pression sur la personnalité du détenu. C'est comme avant, ça n'a pas changé. »  Ces trois années de prison ne sapent en rien la détermination d’Ales Bialiatski. Une volonté farouche qui a profondément marqué Aude Merlin, chargée de cours à l’Université Libre de Belgique, spécialiste de la Russie et du Caucase qui l’a rencontré à plusieurs reprises.   « En juin 2014, après sa libération, il est venu témoigner dans plusieurs pays d’Europe et je me souviens l’avoir accueilli à l’aéroport de Bruxelles. Il était amaigri et avait les cheveux presque ras, car on leur rasait la tête en prison. Mais en même temps, il avait un regard inaltérable, dans lequel on lisait l’intelligence, l'humilité, la modestie. Et l'exigence », explique Aude Merlin qui ajoute : « Il est vraiment typique de ce que sont les défenseurs et défenseuses des droits humains dans l'espace post-soviétique : des personnes qui ont l'indignation chevillée au corps, mais assortie d'une rigueur absolue. »  Le refus de l’exil En août 2020, la réélection contestée d’Alexandre Loukachenko suscite des manifestations sans précédent en Biélorussie, et une répression féroce. De nombreux opposants sont arrêtés, d’autres choisissent de fuir le pays. Mais Ales Bialiatski décide de rester, malgré le risque évident d’être arrêté. « Quand on a constaté les premières arrestations concernant son organisation, il était convaincu qu'il allait finir par être arrêté », se souvient Antoine Madelin, en charge du plaidoyer à la Fondation internationale des droits de l’homme (dont Ales Bialiatski a été le vice-président de 2007 à 2016). « Mais il a fait le choix ainsi que ses autres collègues de Viasna de rester dans le pays parce que c'était leur mission que de porter le message de la défense des droits humains. Il était conscient du risque qu'il prenait, mais il était prêt à prendre ce risque jusqu'au bout, puisque finalement ça faisait partie de son engagement initial. »  Cet engagement l’a ramené en prison dès le mois de juillet 2021. Mais il lui vaut également de recevoir le prix Nobel de la paix. Un prix au retentissement immense, mais qui n’a suscité que le dédain des autorités biélorusses.  « Ces décisions sont tellement politisées qu’Alfred Nobel n’en peut plus de se retourner dans sa tombe », s’est contenté de déclarer le porte-parole de la diplomatie biélorusse après l’annonce du Comité Nobel en octobre dernier.
    12/3/2022
    3:32
  • Gianni Infantino, un patron de la Fifa imperméable aux critiques
    Face aux polémiques suscitées par la Coupe du monde de Football au Qatar, le président de la Fifa Gianni Infantino a choisi un ton offensif, fustigeant le discours « hypocrite » de tous ceux qui appellent au boycott de l’évènement. Élu en 2016 avec la promesse de « restaurer l’image de la Fifa », Gianni Infantino refuse toute remise en question et défend bec et ongles le choix du Qatar pour cette Coupe du Monde 2022. Les chiffres semblent lui donner raison, puisque l’audience est au rendez-vous, de même que les revenus records de cette édition. Des arguments sonnants et trébuchants qui devraient lui assurer sa reconduction à la tête de la Fifa pour un troisième mandat. C’est une conférence de presse qui restera sans doute dans les annales de la Fifa. Nous sommes à la veille du coup d’envoi de la compétition et Gianni Infantino se lance dans un vibrant plaidoyer pour le Qatar. « Aujourd’hui, je me sens Qatarien, aujourd’hui, je me sens arabe, gay, travailleur immigré », déclare le patron de la Fifa qui rappelle, pour mieux défendre le pays hôte, ses propres origines : celles d’un enfant de travailleurs italiens venus en Suisse pour y gagner leur vie. « Je pense qu’étant donné ce que nous les Européens avons fait dans le monde au cours des 3000 dernières années, lance-t-il devant un parterre de journalistes médusés… nous devrions nous excuser pour les 3000 prochaines années au lieu de donner des leçons de morale ! » Ulcéré par les critiques formulées à l’encontre du Qatar, premier pays arabe accueillir la Coupe du Monde, Gianni Infantino est à l’offensive. « Il se positionne comme un paratonnerre, comme un bouclier vis-à-vis du Qatar, décrypte Rémi Dupré, journaliste au Monde. Pour la Fifa cette Coupe du Monde décidée en 2010 est un boulet et Infantino est dans une logique de défense bec et ongles de ce choix – la même logique qui lui a fait choisir le Qatar, depuis un an, comme lieu de résidence principale. C’est une manière de se placer au centre du jeu et de dire : “voilà, je suis président de la Fifa, j’assume tout et je protège le pays hôte”. »  ► À lire aussi : Coupe du monde au Qatar: Gianni Infantino, symbole du malaise autour de la Fifa Ancien bras droit de Platini Aujourd’hui âgé de 52 ans, Gianni Infantino a fait toute sa carrière dans le milieu du football… non pas celui des vestiaires et des stades, mais des bureaux feutrés et confortables des institutions internationales. Juriste de formation, il devient en 2009 le bras droit de Michel Platini à la tête de l’UEFA, l’Union des associations européennes de football. Et sa carrière va prendre un tournant inattendu lorsque celle de son mentor se brise sur les affaires judiciaires. « Gianni Infantino était l’homme de confiance qui a trahi Michel Platini », rappelle Vincent Chaudel, cofondateur de l’Observatoire Sport Business. « Avec le Fifagate et la chute de Sepp Blatter et de Michel Platini, il en a profité pour briguer la présidence de la Fifa. C’est un stratège et c’est un juriste, donc c’est un homme de pouvoir. Il y a un côté évidemment machiavélique chez lui, mais la réalité des choses, c’est que jusqu’ici, il a su tirer profit de la situation pour lui comme pour l’institution. » Un bilan mitigé À son arrivée en 2016, la Fifa est plombée par les affaires de corruption. Gianni Infantino promet de restaurer son image et d’en faire une institution transparente et exemplaire. Mais, six ans plus tard, le bilan du patron de la Fifa est sur ce point plus que mitigé aux yeux de nombreux observateurs. « Il avait promis de restaurer la réputation de la Fifa et aujourd’hui, on a un président qui est poursuivi en Suisse pour incitation à l’abus d’autorité et pour d’autres chefs d’inculpation dans le cadre de ses rencontres secrètes avec l’ancien procureur général suisse Michael Lauber », souligne le journaliste Rémi Dupré. « En outre, il ne respecte par les statuts de la Fifa puisqu’il la dirige comme un hyper-président alors qu’il devrait laisser la réalité du pouvoir à sa secrétaire générale, Fatma Samoura. Enfin, il a décapité sa commission d’éthique un an après son accession au pouvoir, et il a mis sous contrôle les organes indépendants. Il y a donc beaucoup à dire sur sa pratique du pouvoir et sur sa prétendue posture de réformateur. » Reste le bilan économique du patron de la Fifa : il est florissant avec plus de 6 milliards d’euros de revenu pour les quatre dernières années ! En outre, malgré les appels au boycott, les audiences sont au rendez-vous de cette Coupe du monde qatarienne. De quoi conforter l’ancien bras droit de Michel Platini, malgré les polémiques qui continuent de plomber l’évènement – l’affaire du « brassard arc-en-ciel » en étant le dernier exemple. Gianni Infantino devrait sans problème être reconduit à son poste lors du Congrès de la Fifa qui aura lieu en mars prochain à Kigali. Et les voix discordantes qui s’élèvent parmi les fédérations européennes – l’Allemagne a déjà fait savoir qu’elle ne voterait pas pour lui – ne devraient rien y changer.
    11/26/2022
    3:33
  • Suella Braverman, l’épineuse caution droitière du Premier ministre britannique
    Il y a un an presque jour pour jour, 27 migrants se noyaient dans la Manche en traversant vers l’Angleterre. Cette semaine, le 14 novembre, la ministre de l’Intérieur britannique Suella Braverman est venue signer à Paris avec son homologue un nouvel accord de surveillance des côtes françaises. Elle venait d’être renommée à ce poste par Rishi Sunak après une démission pour faute et des propos outranciers. Portrait. Ancrée à l’extrême-droite du Parti Conservateur, Suella Braverman ne s’embarrasse pas de retenue lorsqu’elle évoque les sujets qui lui tiennent à cœur, comme la lutte contre l’immigration. « J’adorerais voir à la une du Telegraph la photo d’un avion qui décolle pour le Rwanda. C’est mon rêve ! Mon obsession ! »  a clamé l’ancienne avocate de 42 ans en marge d’une conférence des Tories début octobre. La nouvelle ministre de l’Intérieur soutient ardemment l’accord signé par sa prédécesseure Priti Patel avec Kigali. D’un montant de 120 millions de livres (144 millions d’euros), il permettrait aux autorités britanniques d’envoyer sur le territoire rwandais les migrants sans visa et les demandeurs d’asile arrivés au Royaume-Uni. Invalidé par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), il ne s’est pas concrétisé.    D’autres mots de Suella Braverman ont déclenché une mini-crise diplomatique avec l’Albanie : la ministre avait qualifié les migrants albanais de criminels en bandes organisées. Le Premier ministre Edi Rama l’a en retour accusée d’alimenter la xénophobie pour masquer des échecs politiques.  Autant de propos et positions qui inquiètent les associations humanitaires alors que Londres et Paris viennent de signer un nouvel accord de coopération frontalière, à quelques jours de la commémoration du naufrage du 24 novembre 2021 survenu dans un contexte de vives tensions entre les deux capitales. La fondatrice de Care4Calais rappelle que Suella Braverman a évoqué une « invasion à combattre » en parlant des migrants. « Nous savons que ce dénigrement ne reflète pas l’opinion générale, affirme Clare Moseley. Et c’est très décevant d’entendre le gouvernement tenir des propos qui sèment la haine et la division dans le pays. Ce n’est pas bon pour la société, et nous sommes très déçus par cette approche. Suella Braverman a dit publiquement que selon elle les gens qui sont à Calais ne sont pas en besoin de protection, notre expérience démontre le contraire. Elle est très favorable au projet Rwanda. Nous ne sommes pas très optimistes pour l’avenir. »  ► À lire aussi : Vol de migrants entre le Royaume-Uni et le Rwanda : Kigali persiste après l’annulation L’image d’abord  Si les associations dénoncent la signature de ce nouvel accord avec la France pour renforcer la surveillance des côtes, elles ne sont pas les seules. Les critiques viennent aussi du parti conservateur. La députée Torie du Kent Nathalie Elphicke juge que le texte n’aura pas l’effet escompté.  La ministre elle-même, en réponse à la question d’un autre député conservateur, a reconnu qu’ « en lui-même cet accord [n’allait] pas régler le problème ». « Vendu comme un grand pas en avant, ce texte n’est que le dernier en date d’une longue série d'accords conclus entre Londres et Paris. En ce sens, les critiques sont justifiées et compréhensibles » estime Simon Usherwood, professeur de l’Open University au nord de Londres, car il y a d’autres problèmes urgents à régler. « Ce qui est frappant, c'est que Suella Braverman a consacré beaucoup plus d’efforts à ce texte qu’à essayer de résoudre le problème de délai de traitement des demandes d'asile, qui semblent être le véritable goulot d'étranglement dans le système. Elle s’intéresse plus à ce qui est visible, à ce qui va plaire aux électeurs, qu’au fait d’avoir le meilleur impact possible sur les politiques publiques et les meilleurs résultats ».  La justice en question   Fervente apôtre du Brexit, Suella Braverman a dirigé en 2015 le groupe d’élus eurosceptiques ERG. Elle a fait partie des « hard brexiters » : sous-secrétaire d’État au Brexit début 2018, elle en a claqué la porte le 15 novembre à la publication du projet d’accord de retrait négocié par Theresa May.  Aujourd’hui, elle souhaite que le Royaume-Uni quitte la Cour européenne des droits de l'Homme.   Diplômée en droit des universités de Cambridge et de la Sorbonne, la ministre conteste également le pouvoir des juges dans son propre pays. À l’instar de Boris Johnson, elle dénonce le processus de « judicial review », équivalent du contrôle juridictionnel assuré en France en dernière instance par le conseil d’État. Aurélien Antoine, professeur de Droit public à l’Université Jean Monnet Saint-Etienne, se souvient : « À l’époque où elle a commencé à monter, elle a soutenu un gouvernement qui a été très restrictif tant en matière de politique migratoire qu’en ce qui concerne les recours au juge - c'est-à-dire en ce qui concerne l’état de droit, tout simplement ». La nomination de Suella Braverman au poste de Procureur général par Boris Johnson en 2020 avait d’ailleurs fait polémique au sein de la justice. Selon Aurélien Antoine ce positionnement confirme une évolution du parti conservateur : il y a « cristallisation d'une extrême droite, d'une frange droite du parti conservateur depuis quelques années. Et Suella Braverman s’inscrit plutôt dans cette ligne-là, qui a clairement émergé à partir de 2016, même s'il y existait déjà bien sûr des éléments latents de cette orientation. »  ► À lire aussi : Royaume-Uni : un centre d'accueil de migrants au cœur de la première crise du gouvernement Sunak Ministre sous surveillance  Issue d’une famille d’origine indienne, Sue-Ellen pour l’état civil, s’est engagée en politique dès l’université. Elle s’est présentée pour la première fois devant les électeurs à 25 ans. Mais elle a essuyé plusieurs échecs avant d’être élue députée de Fareham, circonscription très conservatrice du sud de l’Angleterre en 2015 puis 2017. Outre son franc-parler, elle est connue pour sa persévérance, mais aussi pour un penchant opportuniste selon de nombreux analystes. « C’est vraiment un animal politique, estime Simon Usherwood, elle sait très bien que son poste d’attirer la lumière et de se faire un nom. "Law and Order", la loi et l’ordre, c’est un fondamental des conservateurs. Je ne suis pas sûr que ce soit une passion pour elle, mais pour l’instant ça lui est très utile. En réalité, elle donne l’impression d’avoir les yeux tournés vers le 10 Downing Street, et je pense qu’il est intéressant de considérer son action dans cette perspective ».    Pour autant, même si Suella Braverman ne manque pas de soutien à la droite du parti elle « n'est pas le premier choix des conservateurs » au poste de Premier ministre précise le chercheur. « Elle est aujourd’hui à un stade intermédiaire. C’est pourquoi le fait d’avoir une visibilité croissante est important pour elle. Cela l'aidera dans sa campagne lors du prochain défi pour la direction ». Mais d’ici là, la ministre de l’Intérieur devra aussi discipliner ses actes. Sa nomination par Rishi Sunak le 25 octobre dernier a surpris. Une semaine plus tôt, elle avait été obligée de quitter le précédent gouvernement pour violation des règles de sécurité ministérielles. Suella Braverman a reconnu avoir utilisé son adresse courriel personnelle pour envoyer des documents officiels à six reprises, dont un brouillon de déclaration ministérielle sur la politique migratoire.   À sa démission, la ministre avait accéléré la chute de Liz Truss en faisant part de ses « graves inquiétudes » sur la politique de la Première ministre. Que ce soit dans les rangs de l’opposition ou ceux de la majorité, les bruyants faits et gestes de Suella Braverman vont être suivis de près.    ► À lire aussi : Migrants : Londres augmente ses versements à la France pour enrayer les traversées de la Manche
    11/19/2022
    3:44
  • Nadiia Tsalinska, infirmière ukrainienne sous l’occupation russe
    Les forces ukrainiennes sont entrées ce vendredi dans la ville de Kherson : la reprise de la ville aux mains des Russes depuis les premières semaines de la guerre était l’objectif principal de la contre-offensive lancée fin août dans le sud de l’Ukraine. La commune de Vyssokopillia, 4 000 habitants avant la guerre, n’a plus d’hôpital ni de médecins. Pendant l’occupation russe, deux infirmières ont assuré, seules les soins aux habitants. Portait de l’une d’entre elles. De nos envoyés spéciaux dans la région de Kherson Sa voix éraillée traduit les angoisses, la peur et la fatigue, vécues ces derniers mois : Nadiia Tsalinska, 62 ans, tente de mettre un peu d’ordre dans sa maison, touchée à deux reprises par des obus. Sous la treille où pendent des grappes de raisin noir, elle raconte ces six mois d’occupation russe, où les 286 habitants restés à Vyssokopillia ont connu les bombardements, le deuil, la faim. Le 13 mars, les troupes russes sont entrées dans la petite commune. L’hôpital a fermé deux jours plus tard, endommagé par des obus. « Deux de nos employés, deux hommes, ont été tués et on les a enterrés dans le jardin de l’hôpital. Les gens ont commencé à quitter la ville », raconte Nadiia. Ses deux enfants et six petits-enfants partent à leur tour le 23 avril. « Des militaires russes, des Bouriates, cherchaient des jeunes filles. Or, j’ai deux petites filles de 18 et 20 ans. On a dû les cacher dans la maison. On a réussi à les faire partir alors qu’il faisait encore nuit », se souvient l’infirmière, la voix étouffée par l’émotion.  Soigner les patients sans eau ni électricité Nadiia Tsalinska se retrouve seule avec un mari malade et une autre collègue, Svitlana Vlassenko, pour soigner les habitants restants. Son salon se transforme en service d’urgence. Un pied à perfusion et des dizaines de boites de médicaments sont encore entreposés dans la pièce, qui a été endommagée par un tir d’obus. « Juste avant le début de la guerre, j'avais reçu une importante commande de médicaments à l’hôpital. Heureusement qu’on a eu le temps de les transporter jusqu’à ma maison », raconte la sexagénaire. Le travail ne manque pas : « il fallait stopper les hémorragies. Il y avait aussi des problèmes gastriques, des problèmes de tension. On a fait tout ce qu’on a pu. Lorsqu’on a été à court de bandages, on a découpé des draps ». ► À lire aussi : Ukraine: après le retrait des troupes russes, des scènes de liesse dans les rues du pays Ôter un éclat d’obus ou soigner une maladie chronique, Nadiia Tsalinska et Svitlana Vlassenko affirment avoir soigné plus de cent patients, sans électricité, sans gaz, sans eau courante. Il fallait aller puiser l’eau à plusieurs centaines de mètres de là, sous les bombardements. « Huit personnes sont mortes comme ça en allant chercher de l’eau », affirme une voisine. Mais le plus difficile, raconte Nadiia, c’était la cohabitation avec les Russes qui la soupçonnaient de soigner des militaires ukrainiens. « Ils nous disaient : si un soldat ukrainien ou un inconnu vient vous voir, vous devez nous le dire. Ils voulaient qu’on les dénonce. Ils ont commencé à nous mettre la pression quand ils ont attrapé l’un de nos soldats,raconte l’infirmière. Il avait une blessure au visage et il avait été recousu. On a eu alors la visite d’un commandant, un dénommé "Kaspij". Il a commencé à nous harceler en nous accusant d’avoir apporté de l’aide à un combattant ukrainien. Ils pensaient qu’on l’avait recousu, mais ça n’était pas le cas ». « C’était comme dans un film d’horreur » Tous les jours, les infirmières reçoivent la visite de militaires russes, qui exigent un compte rendu détaillé de leur activité. Elles n’ont pas le droit de quitter la maison, un drone survole régulièrement la cour. « Ensuite, ils ont mis leur artillerie juste là, au croisement des deux rues, en nous disant : “C’est l’une de nos positions”. Ils se sont mis à tirer. Et nous, on était juste là, dans la maison. On est restés dans un coin, on se tenait la main, on avait peur », se souvient Nadiia. Les bombardements font des blessés et des morts, qu’il faut enterrer. « C’était comme dans un film d’horreur », dit l’infirmière, en racontant comment des hommes du village transportaient les corps des défunts dans une brouette, en courant, puis creusaient rapidement un trou pour les enterrer au plus vite et retourner se mettre à l’abri des bombardements. Après trois mois sans approvisionnement en nourriture, Nadiia se résout à aller parler aux forces d’occupation. « On s’est mis à distribuer deux tasses de farine par-ci, une tasse de vermicelle par là. On a construit un four et on y cuisait du pain », raconte-t-elle. Les hommes armés continuent à maintenir la pression sur les deux infirmières, alors que la santé du mari de Nadiia diabétique, se dégrade. Une gangrène à l’orteil finit par gagner toute la jambe, faute de soins adaptés. « Il aurait fallu qu’on aille le faire soigner, mais ils ne nous laissaient pas partir. Tout juin, juillet et août, ils nous surveillaient tellement qu’on ne pouvait aller nulle part ». L’époux de Nadiia finit par succomber à une thrombose. Lorsqu’elle raconte ses derniers instants, sa voix s’emballe, se casse et toute l’horreur de l’instant se lit dans ses yeux : « il est mort le 22 août. Ce jour-là, on a subi un bombardement massif. Vous imaginez comme c’est effrayant : ça explose de partout et à ce moment, mon mari est en train de mourir ». Comme pour essayer d’effacer toute trace de ce passé si proche et si douloureux, Nadiia, aidée de voisines, colle des papiers peints dans une chambre : cette nouvelle pièce servira à accueillir les patients en attendant que les médecins, dont les maisons ont été détruites, puissent reprendre du service. ► À lire aussi : Guerre en Ukraine: «Cela commence à faire beaucoup de revers du côté russe»
    11/12/2022
    3:30
  • Mette Frederiksen, la ligne dure de la gauche danoise
    Score historique pour le parti de Mette Frederiksen. Le bloc de gauche de la Première ministre danoise sortante est arrivé en tête des élections législatives anticipées avec 27,5% des suffrages. Ce scrutin avait été déclenché par le scandale de l’abattage de millions de visons porteurs d’une mutation du coronavirus en 2020. Bien que fragilisée par cette affaire, la sociale-démocrate a décroché de justesse la majorité au Parlement avec sa coalition. Forte de cette victoire, la Première ministre entend désormais former un gouvernement d’union, au centre de l’échiquier politique. Contre toute attente, le bloc de gauche mené par la sociale-démocrate Mette Frederiksen a remporté mardi 1er novembre, la majorité absolue nécessaire de 90 sièges, lors des élections législatives anticipées. La droite et l’extrême droite ont remporté 73 sièges et le centre 16. « Je suis incroyablement heureuse et fière. […] Nous avons mené une campagne formidable », s’est félicitée la dirigeante danoise dans un discours après l’annonce des résultats. Elle a par ailleurs souligné que le parti social-démocrate venait de décrocher « ses meilleurs résultats » depuis plus de 20 ans.  L’ombre de « l’affaire des visons »  La victoire n’était pourtant pas acquise après « l’affaire des visons », qui a fait tomber le gouvernement de Mette Frederiksen. Ces derniers mois, le scandale a déchaîné les passions au sein des sphères politique et médiatique danoises. En novembre 2020, la Première ministre avait donné l’ordre d’abattre 15 millions de visons, animal dont le Danemark était alors le premier exportateur mondial pour sa fourrure. Cette mesure visait à contenir l’émergence d’un variant du Covid dans les élevages. Il s’est ensuite avéré que le gouvernement ne disposait d’aucune base légale pour l’imposer aux éleveurs. « Le résultat des dernières législatives n’était donc pas forcément attendu étant donné la mise en cause de Mette Frederiksen dans le scandale des visons. […] En même temps, elle ressort de la crise sanitaire avec une confiance élevée chez les Danois […] grâce à un taux de mortalité parmi les plus faibles d’Europe », analyse Yohann Aucante, maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). ► À lire aussi : Covid-19: excuses et embarras de la Première ministre danoise Mette Frederiksen Engagée en politique dès l’adolescence  À son arrivée au pouvoir en 2019, Mette Frederiksen est la plus jeune cheffe d’un gouvernement danois. Cette fille d’un ouvrier typographe et d’une puéricultrice a fait ses classes dans les mouvements de jeunesse de sa formation politique. À l’adolescence, elle milite contre l’apartheid en Afrique du Sud et cotise à l’ANC, le parti de Nelson Mandela. « Mette Frederiksen est un pur produit de la formation sociale-démocrate. […] Elle a ensuite suivi une carrière typique de ce genre de cadre du parti », explique Yohann Aucante, spécialiste de la politique dans les pays nordiques. La future cheffe du gouvernement a été élue députée à 23 ans avant d’enchaîner les postes de ministre de l’Emploi en 2011 puis de la Justice en 2014. L’année suivante, elle succède à Helle Thorning Schmidt à la présidence du parti social-démocrate qui perd le pouvoir à l’issue de la défaite électorale.   Politique migratoire sévère  Sur les réseaux sociaux, la Première ministre affiche le visage d’une élue simple, aimant les sandwiches au pâté ou au maquereau, les deux ingrédients les plus modestes de l’assiette danoise. Mette Frederiksen veut se montrer à l’écoute des préoccupations de ses concitoyens. Pour preuve, la leader sociale-démocrate a opéré un virage idéologique sur les questions migratoires. Issue de la gauche, elle affiche désormais un objectif zéro réfugié, exception faite des Ukrainiens fuyant l’invasion russe. « Au début des années 2000, elle a critiqué les positions du parti social-démocrate sur l’immigration, car elle les jugeait trop à droite, rappelle Rune Stubager, politologue à l’Université d’Aarhus au Danemark. Aujourd’hui, elle incarne la ligne plutôt dure sur l’immigration représentée par son parti au Parlement. » Malgré les grincements de dents de l’ONU et de l’Union européenne, Mette Frederiksen assume un projet controversé de délocalisation de l’accueil des demandeurs d’asile au Rwanda ou les pertes de permis de séjour pour des Syriens originaires de régions considérées désormais comme sûres.  ► À lire aussi : Danemark: à l’approche des législatives, tous les partis veulent une politique migratoire dure Vers un gouvernement d’union ? Avec la majorité absolue obtenue aux dernières législatives, Mette Frederiksen n’a donc théoriquement pas besoin pour diriger d’une alliance avec l’ancien Premier ministre centriste, Lars Løkke Rasmussen. Mais elle lui tend pourtant la main pour former une large coalition. La cheffe du gouvernement espère aussi rallier les libéraux, au risque d’aliéner ses alliés d’extrême gauche. « Elle devra trouver un moyen d’atteindre un équilibre entre certaines politiques économiques de droite du parti social-libéral et les postions plus à gauche de partis comme les socialistes », note Rune Stubager.   Au lendemain du scrutin, Mette Frederiksen a présenté sa démission à la reine du Danemark. Elle a entamé le 4 novembre des discussions avec ses partenaires pour former une coalition. Le nouveau gouvernement ne verra pas le jour avant plusieurs semaines.
    11/5/2022
    3:35

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